A qui appartiennent les reliques des saints de l’Église catholique?

COMMENTAIRE: Le don improvisé que le pape François a donné au patriarche de Constantinople à partir de fragments d’os de Saint-Pierre mérite une exploration plus approfondie.

NATIONAL CATHOLIC REGISTER – Père Raymond de Souza
Le 27 juin, le corps du Vénérable Fulton Sheen a été transporté de New York à Peoria, Illinois. Deux jours plus tard, quelques reliques de l’apôtre Pierre étaient dans un avion de Rome à Constantinople (Istanbul).

Ces deux transferts importants de reliques – bien que complètement différents dans les circonstances – soulèvent une question intéressante : A qui appartiennent les reliques des saints ?

Les catholiques des États-Unis, après avoir observé le différend juridique de trois ans entre l’archidiocèse de New York et le diocèse de Peoria au sujet des restes terrestres de Fulton Sheen, auraient pu être surpris que le pape François ait envoyé des reliques de saint Pierre au patriarche Bartholomée de Constantinople avec moins de 24 heures de réflexion. Continuer la lecture de « A qui appartiennent les reliques des saints de l’Église catholique? »

Roberto de Mattei sur: La fin du droit

Par Roberto de Mattei  – Katholisches

Si le pape François était accusé d’un crime par un juge n’importe où dans le monde, il devrait s’exposer à sa dignité de chef de l’Église catholique et se soumettre au jugement d’un tribunal. C’est la conséquence logique et nécessaire de la décision sensationnelle par laquelle le Saint-Siège accuse le Nonce apostolique en France, Monseigneur Luigi Ventura, de harcèlement sexuel qui a retiré l’immunité diplomatique.

Le Saint-Siège aurait pu relever le Nonce de ses fonctions et – dans l’attente que la justice française suive son cours – ouvrir une enquête canonique contre lui, mais aussi pour lui, afin de garantir ses droits. La décision de remettre le représentant pontifical à un tribunal laïc fait sauter l’institution juridique de l’immunité diplomatique, qui est l’expression par excellence de la souveraineté de l’Église et de sa liberté et indépendance. Nous parlons de la même immunité diplomatique, pour le dire encore plus clairement, à laquelle le cardinal Konrad Krajewski, l’aumônier du pape François, a fait référence, pour le protéger de poursuites en Italie pour les crimes qu’il a commis.

Utilisation instrumentalisée du droit canonique
Ce qui se passe ici s’inscrit dans le cadre d’une inquiétante dissolution des principes constitutionnels au sein de l’Église. Le droit est essentiel à l’Église, qui a une dimension charismatique et une dimension juridique indissociable les unes des autres, comme l’âme et le corps. La dimension juridique de l’Église, cependant, est orientée vers son but surnaturel et est au service de la vérité. Lorsque l’Église perd de vue son but surnaturel, elle devient une structure de pouvoir et le pouvoir de la fonction ecclésiale l’emporte sur ce qui est vrai et juste. Cette conception “fonctionnaliste” de l’Eglise a été déplorée par le Cardinal Gerhard Müller dans un récent entretien avec Edward Pentin dans le National Catholic Reporter. Le Cardinal Müller a expliqué qu’avec la soi-disant réforme de la curie, comme cela a été discuté pendant des mois, il y a le danger de transformer la Curie romaine en une institution où tout le pouvoir est concentré au Secrétariat d’Etat et au Collège des Cardinaux et où les congrégations compétentes sont privées du pouvoir :

“Ils transforment l’institution de la Curie en une pure bureaucratie au sens de simple fonctionnalisme et non d’institution ecclésiastique”.

Une expression de ce fonctionnalisme est l’utilisation instrumentalisée du droit canonique pour imposer des sanctions aux ordres religieux et aux prêtres individuels qui ne sont pas prêts à s’adapter au nouveau paradigme du pape François.

Dans le cas des communautés religieuses, l’intervention répressive se fait généralement en les plaçant sous le contrôle d’une administration provisoire, suivie d’un décret de dissolution ou de reconstruction complète de l’institut, sans motivation adéquate et généralement en “forma specifica”, c’est-à-dire avec l’accord du pape et donc sans possibilité de recours. Cette approche, de plus en plus fréquente, ne contribue certainement pas à calmer les émotions d’une situation dans l’Église qui est secouée par de fortes tensions. Même si l’on suppose qu’il y a des défauts humains dans certaines communautés religieuses : Ne vaudrait-il pas mieux les corriger que les détruire ? Qu’adviendra-t-il des jeunes prêtres et séminaristes qui ont choisi de consacrer leur vie à l’Église mais qui ont été privés du charisme par lequel ils s’orientent ? Quelle miséricorde leur accorde-t-on ?

Le cas des Franciscains de l’Immaculée Conception constitue malheureusement un précédent en ce sens.

En ce qui concerne les prêtres individuels, la dissolution correspond à l’exclusion du statut juridique du clerc, c’est-à-dire de ce qu’on appelle la laization. Le statut clérical, qui renvoie au statut juridique, ne doit pas être confondu avec le sacrement de l’ordination, qui indique le statut sacramentel et imprime un caractère indélébile à l’âme du prêtre.

La perte du statut clérical est une mesure problématique, surtout pour les évêques qui sont les successeurs des apôtres. De nombreux évêques sont tombés dans des péchés graves, des schismes et des hérésies tout au long de l’histoire. L’Église les a souvent excommuniés, mais ne les a jamais renvoyés à l’état laïc parce que leur ordination épiscopale est indélébile. Aujourd’hui, en revanche, la laïcisation se fait avec une grande facilité et souvent non pas après une procédure judiciaire, mais par l’application d’une procédure administrative introduite en 1983 dans le nouveau Code de droit canonique. Il n’y a pas de procédure d’appel dans les procédures administratives. Il n’y a qu’un seul degré de décision, le pouvoir discrétionnaire des juges est très large, et l’accusé, qui ne bénéficie parfois même pas de l’assistance judiciaire, est privé des droits qui lui garantissent une procédure régulière. Le Préfet de la Congrégation compétente a également la possibilité, par exemple lorsqu’une communauté religieuse est abolie, de demander l’approbation papale in forma specifica, ce qui prive l’intéressé de toute possibilité d’ester en justice et de faire appel contre elle.

Pratique discutable du processus court
Le résultat est une pratique du processus court par l’institution même qui a rendu le service le plus remarquable de l’histoire en matière de garanties juridiques. Les paroles de Pie XII, qu’il adressait aux avocats, sont oubliées :

“La fonction du droit, sa dignité et le sens naturel de la justice pour l’homme exigent que les mesures punitives du début à la fin ne soient pas fondées sur l’arbitraire et la passion, mais sur des normes juridiques claires et fermes[…]. S’il n’est pas possible d’établir la culpabilité avec certitude morale, le principe doit être appliqué : “In dubio standum est pro reo”. (Discours du 3 octobre 1953 aux participants à la Conférence internationale de droit pénal, dans AAS 45 (1953), p. 735-737).

Contrairement à l’excommunication, qui renvoie à l’idée de vérités absolues confiées à l’Église, le retour à l’état laïc est plus facilement compris par le monde, qui voit l’Église comme une entreprise qui peut “licencier” ses employés sans justification. Cette conception fonctionnaliste de l’autorité détruit la dimension pénitentielle de l’Église. En imposant la prière et la pénitence aux coupables, l’Église montre qu’elle se soucie avant tout de ses âmes. Pour plaire au monde, qui exige des châtiments exemplaires, on se désintéresse des âmes des coupables, qui sont renvoyés chez eux sans que l’Église ne s’occupe d’eux davantage.

La vraie raison de l’effondrement moral de l’Église
Dans un essai publié par le Corriere della Sera le 11 avril 2019, Benoît XVI attribue la raison de l’effondrement moral de l’Église au “garantisme”, une défense excessive des droits et garanties civils. Pour la période après 1968, il écrit :

“En outre, cependant, il y avait un problème fondamental dans la conception du droit pénal. Le seul ” conciliaire ” était le soi-disant garant. Cela signifie qu’il fallait avant tout garantir les droits de l’accusé, et ce jusqu’à un point qui, en fait, excluait toute condamnation. En contrepoids aux possibilités de défense souvent inadéquates des théologiens accusés, leur droit à la défense dans le sens de la garantie a été étendu à un point tel que les condamnations étaient difficilement possibles.

En réalité, cependant, le problème n’est pas un excès de garanties juridiques pour les accusés, mais une tolérance excessive de leurs crimes. Certaines d’entre elles, comme l’homosexualité, n’ont pas été considérées comme telles depuis les années du Concile Vatican II qui a précédé la Révolution de 68. Dans les années du Concile et de la période post-conciliaire, une culture relativiste a pénétré dans les séminaires, collèges et universités catholiques, où l’homosexualité était considérée comme moralement non pertinente et tolérée sans objection. Benoît XVI, qui exigeait la “tolérance zéro” contre la pédophilie, n’a jamais exigé la “tolérance zéro” contre l’homosexualité et s’est donc – comme son successeur – incliné devant les lois du monde.

De quoi l’Église a-t-elle peur ?
Ces dernières semaines, l’archevêque Carlo Maria Viganò a révélé de graves crimes contre la morale commis par l’archevêque Edgar Peña Parra, que le pape François a remplacé par le cardinal secrétaire d’État. Pourquoi les autorités ecclésiastiques, informées de ces accusations depuis des années, n’ont-elles jamais ouvert d’enquête, tout comme elles n’ont jamais ouvert d’enquête sur les crimes commis dans le pré-séminaire Pie X, qui forme les enfants de chœur pour les cérémonies pontificales dans la basilique Saint-Pierre ? Les autorités ont le devoir d’ouvrir une enquête, un devoir indispensable après que les paroles du courageux archevêque ont été entendues dans le monde entier.

Une autre question appelle une réponse : le cardinal George Pell est isolé depuis mars dernier dans une prison de haute sécurité à Melbourne, où il attend son appel après avoir été condamné en première instance. Pourquoi les autorités ecclésiastiques le privent-elles d’un procès canonique qui établit sa culpabilité ou son innocence non pas devant le monde mais devant l’Église ? C’est un scandale que le Cardinal Pell soit en prison et que l’Église soit silencieuse, attendant le jugement du monde et refusant de faire son propre jugement, ce qui pourrait être contraire à celui du monde.

De quoi l’Église a-t-elle peur ? Jésus n’est-il pas venu pour vaincre le monde ? La loi, qui devrait être un instrument de vérité, est devenue un instrument de pouvoir pour ceux qui gouvernent l’Église aujourd’hui.

Une église dans laquelle le principe de légalité se dissout est une église sans vérité, et une église sans vérité cesse d’être une église.

*Robert de Mattei, historien, père de cinq enfants, professeur d’histoire moderne et d’histoire du christianisme à l’Université européenne de Rome, président de la Fondation Lepanto, auteur de nombreux livres, dont le dernier en traduction allemande : Defense of Tradition : The Invincible Truth of Christ, avec une préface par Martin Mosebach, Altötting 2017.

Traduction : Giuseppe Nardi
Photo : Corrispondenza Romana

Le principe de légalité est-il en train d’être éteint dans l’Église?

ROTATE CEALI – Roberto de Mattei

Si le Pape François est accusé d’un crime par un juge, dans n’importe quelle partie du monde, il doit se dessaisir de sa charge de Souverain Pontife de l’Église catholique et se soumettre au jugement d’un tribunal. Telle est la conclusion logique et nécessaire de la décision stupéfiante par laquelle le Saint-Siège a refusé l’immunité diplomatique au Nonce apostolique français, Monseigneur Luigi Ventura, accusé d’agressions sexuelles. Continuer la lecture de « Le principe de légalité est-il en train d’être éteint dans l’Église? »

REMETTRE EN QUESTION LES JUGEMENTS PRUDENTIELS DU PAPE N’EST PAS SCHISMATIQUE.

par Bradley Eli, M.Div., Ma.Th. – ChurchMilitant.com

Saint Paul : ” Je lui ai résisté en face, parce qu’on devait lui en vouloir “.

Si remettre en question les jugements prudentiels d’un pape était schismatique, comme c’était supposé l’être pour le P. Vaughn Treco, alors St Paul aurait été excommunié.

Saint Pierre, ou Céphas comme on l’appelait, a reçu une vision, telle qu’elle est consignée au chapitre 10 des Actes des Apôtres, selon laquelle Dieu n’exige plus l’observation de la loi mosaïque. C’est ce qu’il a enseigné infailliblement au Concile de Jérusalem, comme l’indique le chapitre 15 des Actes des apôtres.

Mais quand il est allé à Antioche, il a mangé avec les soi-disant judaïsants qui enseignaient que les chrétiens doivent garder la loi mosaïque et recevoir la circoncision. C’est alors que saint Paul a critiqué le jugement prudentiel d’un pape régnant en voyant que l’acte de saint Pierre scandaliserait d’autres chrétiens en leur faisant croire qu’eux aussi devaient respecter la loi mosaïque. L’incident est raconté par saint Paul dans Galates 2:11-14 comme suit :

Mais quand Céphas est venu à Antioche, je lui ai résisté en face, parce qu’on devait lui en vouloir. Avant cela, il y en avait qui venaient de Jacques, et il mangeait avec les païens ; mais quand ils furent arrivés, il se retira et se sépara, craignant les circoncis. Et le reste des Juifs consentirent à sa dissimulation, de sorte que Barnabas fut aussi conduit par eux dans cette dissimulation. Mais, voyant qu’ils ne marchaient pas droit vers la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant eux : “Si toi, étant Juif, tu vis à la manière des païens, et non comme les juifs, comment as-tu contraint les païens à vivre comme les juifs ?

Les jugements prudentiels d’un pape, tels que permettre la Communion dans la main ou ne pas discipliner les clercs hérétiques, ne sont certainement pas infaillibles et peuvent être remis en question par les fidèles.

Le père Treco a remis en question certains jugements prudentiels des papes récents et a été excommunié pour cela. Il critiquait surtout l’inactivité papale, comme la décision du Pape Saint Paul VI de ne pas corriger les hérétiques connus et la décision du Pape François de ne pas empêcher la Sainte Communion d’être reçue de façon sacrilégieuse par les catholiques vivant dans le péché.

L’Église catholique enseigne que ses papes ne sont pas impeccables, ce qui signifie qu’ils peuvent commettre des péchés de commission et d’omission. Les papes pèchent et se confessent. L’Église enseigne aussi que les papes sont infaillibles, c’est-à-dire incapables de se tromper dans leur enseignement, seulement quand ils enseignent la foi et la morale catholiques de façon définitive à l’Église universelle.

Les catholiques peuvent même être en désaccord avec les papes sur certains jugements prudentiels qui touchent à l’application de la doctrine, par exemple quand appliquer la peine de mort dans diverses sociétés. Le Cardinal Joseph Ratzinger en 2004, en tant que chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, l’a bien dit :

Si un catholique devait être en désaccord avec le Saint-Père sur l’application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas pour cette raison considéré comme indigne de se présenter pour recevoir la Sainte Communion. … Il peut y avoir une diversité légitime d’opinions, même parmi les catholiques, au sujet de la guerre et de l’application de la peine de mort.

Müller sur le document du Synode de l’Amazone: «Hérésie? Pas seulement, c’est aussi de la bêtise »

«Nous ne pouvons pas faire de l’environnement une nouvelle religion»

Le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’a dit dans une interview publiée dans La Nuova Bussola Quotidiana, et traduite par Secretum Meum Mihi.

Votre Éminence, vous dites “ils veulent changer l’Église”, mais quels sont les signes clairs de cette volonté ?

L’Instrumentum Laboris se concentre sur une vision idéologique qui n’a rien à voir avec le christianisme. Ils veulent sauver le monde selon leur idée, peut-être en utilisant certains éléments des Écritures. Il n’est pas surprenant que, bien que nous parlions de la Révélation, de la Création, des sacrements, des relations avec le monde, il n’y ait presque aucune référence aux textes du Concile Vatican II qui définissent ces aspects : Dei Verbum, Lumen Gentium, Gaudium et Spes. Il n’est pas fait mention de la racine de la dignité humaine, de l’universalité du salut, de l’Église comme sacrement du salut. Il n’y a que des idées profanes, qui peuvent aussi être discutées, mais elles n’ont rien à voir avec la Révélation. Continuer la lecture de « Müller sur le document du Synode de l’Amazone: «Hérésie? Pas seulement, c’est aussi de la bêtise » »

Le conseil confus de Vatican II sur la conscience et la dignité humaine

1P5 par Hilarius Bookbinder –

La conscience douteuse de l’homme contemporain

La doctrine moderne sur les dignitatis humanae, ou dignité de l’homme, a encouragé et même assuré la laïcité, ou la sécularisation de la sphère politique. Le Dignatis Humanae du Concile Vatican II aborde d’abord cette doctrine d’une manière descriptive, notant que ” le sens de la dignité de la personne humaine s’est imposé de plus en plus profondément dans la conscience de l’homme contemporain, et l’on exige de plus en plus que les hommes agissent selon leur propre jugement, jouissant et utilisant une liberté responsable, non motivée par la contrainte mais par un sens du devoir “. La dignité, poursuit le document, exige que les pouvoirs du gouvernement n’empiètent pas sur la liberté légitime des personnes et des associations. La dignité exige donc des limites constitutionnelles et d’autres lois garantissant la liberté, en particulier la libre recherche des “valeurs propres à l’esprit humain”. Continuer la lecture de « Le conseil confus de Vatican II sur la conscience et la dignité humaine »

Cardinal Gerhard Muller: ‘La vraie réforme de l’Église concerne son renouveau dans le Christ’

NATIONAL CATHOLIC REGISTER par Edward Pentin – Dans une vaste interview qui traite du synode pan-amazonien et de l’Église dans son pays d’origine, l’Allemagne, le cardinal affirme que le christianisme occidental vit une crise de foi et de leadership spirituel.

Le document de travail du Synode des évêques de la région pan-amazon, qui a fait l’objet de nombreux débats, est une “projection” de la pensée théologique européenne qui ne correspond pas à la théologie catholique et qui doit être corrigée “d’une manière plus catholique”, a déclaré le cardinal Gerhard Müller.

Dans ses commentaires au registre qui sera diffusé sur EWTN Pologne, le préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a également dit que le célibat sacerdotal ne peut être changé (certains participant à l’organisation du synode souhaitent ordonner les hommes mariés dans la région amazonienne) “comme si c’était seulement une discipline extérieure, car il est profondément lié à la spiritualité du sacerdoce”. Continuer la lecture de « Cardinal Gerhard Muller: ‘La vraie réforme de l’Église concerne son renouveau dans le Christ’ »

“Religion faite par l’homme”

THE CATHOLIC THING par Bevil Bramwell, OMI –

La phrase ci-dessus est apparue dans les commentaires du pape Benoît XVI sur les récents scandales. Bien sûr, ses origines sont beaucoup plus anciennes. On le retrouve dans les religions séculières qui se sont développées pendant et après la Révolution française, par exemple. Ensuite, de nouvelles expressions religieuses ont dû être développées parce que même les révolutionnaires savaient qu’il y avait une dimension religieuse inéluctable aux grands événements qui se déroulaient, comme les funérailles du Marat assassiné. Ils ont célébré les funérailles de Marat dans l’église des Cordelliers. Ils avaient renversé l’Église, mais ils se sentaient toujours poussés à imaginer une sorte de substitut. Continuer la lecture de « “Religion faite par l’homme” »

Ukelele dynamique: un examen de la ‘tradition vivante’

1P5 – Dans une récente interview à la revue America, Mgr Rino Fisichella a loué la “nature dynamique” de la Tradition sacrée. Une telle Tradition, affirmait-il, est “avant tout vivante”. Il ne faut pas considérer la Tradition comme cachée, comme le laisse entendre l’archevêque, car nier la “nature dynamique de la tradition revient à nier la contemporanéité de la foi chrétienne”.

Ici, je ne veux pas entrer dans le débat habituel entre catholiques et protestants sur le sens de la Tradition. Qu’il suffise de dire que les protestants essaient de construire leur argumentation autour de l’avertissement de ne pas suivre les traditions des hommes (p. ex, Mt 15,1-9, Mc 7,1-9, Col. 2,8), et les catholiques comprennent la Tradition sacrée, ou Paradôse, comme complémentaire de l’Écriture (voir CEC No. 80-84 ; Vatican II, Dei Verbum, 8-10) – et comme la transmission fidèle de la vérité (comme dans 1 Co 11,2, 23 ; 15,3-11 ; 2 Th 2,15 ; 2 Tim. 1,13-14). En fait, Dei Verbum se réfère à la Tradition sacrée comme “la doctrine, la vie et le culte” de l’Église (n°8).

Nous ne nous intéresserons pas non plus ici à l’érudite question du développement de la doctrine, laissant les détails de ce débat aux étudiants de St. John Henry Newman (1801-1890) et autres. La question à se poser ici est la suivante : y a-t-il des ” choses permanentes ” (comme Russell Kirk[1918-1994] l’affirmait continuellement), ou le changement est-il la seule chose éternelle et significative (comme Heraclitus[vers 540-480 av. J.-C.] l’affirmait) ? Chez les philosophes, cela a été, et continuera d’être – cela ne change pas ! – une question de discussion parfois mystérieuse.

Pour nos compagnons catholiques sur les bancs, cependant, il n’y a rien d’absurde dans un tel débat : ils ont vu la liturgie et la doctrine changer, ou se métastaser, un certain nombre de fois au cours du dernier demi-siècle ou ainsi. Rien n’est réglé ?

Oui : “Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour toujours” (Hébreux 13:8). L’enseignement fondamental – la Tradition sacrée – de l’Église est, et doit être, au-delà du changement. La manière dont cet enseignement peut être communiqué peut toutefois changer. C’est là que réside la confusion. “Au fil des siècles, l’Église avance toujours vers la plénitude de la vérité divine, jusqu’à ce que les paroles de Dieu s’accomplissent en elle ” (Dei Verbum, 8).

Une façon plus facile d’exprimer ce concept est que la vérité ne change pas, mais notre compréhension de la vérité peut et doit se développer, et notre capacité d’exprimer cette vérité – de la communiquer efficacement à un monde moralement assiégé – avance ou recule de la même manière. Même l’archevêque Fisichella se donne beaucoup de mal dans son entretien pour s’opposer au caprice dans le développement ou l’expression doctrinale. C’est précisément le “caprice” qui a accompagné, ou engendré, tant de changements au cours des dernières décennies semble avoir échappé à l’archevêque.

Permettez-moi une observation personnelle. Patrick à Monson, Massachusetts, par l’héroïque évêque Cuthbert M. O’Gara, C.P. (1886-1968), qui avait été emprisonné et torturé tant par les communistes japonais que chinois. Lors de son éloge funèbre pour Mgr O’Gara, le 17 mai 1968, Mgr Fulton Sheen (1895-1979) a qualifié l’évêque de “martyr sec” en raison de son expérience carcérale en Chine de 1951 à 1953. L’archevêque Sheen a utilisé Mgr O’Gara comme exemple d’un individu qui “peut passer le point de rupture et ne pas casser”. Quand Mgr O’Gara nous a parlé à la Confirmation d’être témoins de la foi, nous l’avons écouté ; quand il nous a gentiment giflés pour nous rappeler d’être fidèles à la vérité catholique malgré les mensonges et les séductions du monde, nous avons compris – du moins pour ce moment. Les années 1960 tumultueuses s’annonçaient tout droit.

Voici, en revanche, une “homélie” de confirmation prononcée récemment par un évêque ukulélé-strumentiste de Detroit (en tant qu’organiste, sans doute frappé par la “contemporanéité” de l’évêque, qui cherche à noyer les souches de “This Little Light of Mine”).

Ce serait comme si un aumônier militaire fredonnait “Kumbaya” à travers du papier ciré et un peigne tout en offrant l’invocation aux nouveaux diplômés de l’école des Rangers de l’armée américaine à Fort Benning, Géorgie. Une telle invocation serait nouvelle, divertissante et dynamique – et grotesque et incongrue. Malgré sa contemporanéité (pour utiliser le nom de l’archevêque Fisichella), une telle invocation serait un instantané de la latitude trop souvent prise au cours des six dernières décennies avec la doctrine, la vie et le culte de l’Église. C’est précisément ce qui se produit lorsque la Tradition est rendue “pertinente” (du moins selon le jugement de quelqu’un) : le style défait la substance, l’opinion personnelle criarde éclipse la belle et personnelle loi naturelle, et le laïc triomphe du sacré – le tout au nom du courant, de la mode ou du moderne.

En économie, la loi de Gresham nous dit que l’argent bon marché chasse l’argent cher de la circulation. Nous pourrions suggérer un corollaire théologique à la loi de Gresham : la prostration aux dieux de l’esprit du temps obscurcit ou exclut le culte approprié de Dieu (voir Lévitique 10:1-3, 10).

C’est ce qu’a conclu G.K. Chesterton (1874-1936) : “Partout où les gens ne croient pas quelque chose au-delà du monde, ils adoreront le monde. Mais, par-dessus tout, ils adoreront la chose la plus forte du monde.”

La confirmation ” nous donne une force particulière pour répandre et défendre la foi par la parole et l’action comme de véritables témoins du Christ, pour confesser le nom du Christ avec audace et pour ne jamais avoir honte de la Croix ” (CEC, 1303). Nous parlions de la Confirmation dans le contexte des “soldats pour le Christ”. Voyons voir : sommes-nous plus susceptibles d’avoir des hommes et des femmes catholiques résolus après confirmation par Mgr O’Gara ou par l’évêque ukulélé Hanchon ?

Mais l’évêque Hanchon ne fait-il pas preuve d’un style novateur et dynamique ? Mgr O’Gara, en revanche, nous a parlé de la souffrance pour la Foi. Je résisterai à la tentation d’insister sur un point évident par un contraste douloureux entre les deux évêques. D’ailleurs, il ne s’agit pas de remettre en cause la sincérité de Mgr Hanchon, mais il faut être perplexe quant à ce qui, sur Terre, l’amènerait à parler à confirmandi à un moment critique de leur croissance en et pour Notre Seigneur en jouant “Cette Petite Lumière de la Mine” ? Peut-on jouer “La Foi de nos Pères” sur un ukulélé ? (J’espère que non.)

Il n’y a pas de crise à modifier les vérités et les vertus de la vérité chrétienne pour faire appel aux caprices et aux valeurs morales du monde séculier. Nous sommes très accomplis, au point, en fait, d’être syncrétistes. La crise réside plutôt dans notre incapacité à élever les voies débauchées du monde vers le plan de la sagesse divine afin que nous sachions ce qui est “conforme aux commandements[de Dieu]” (Sagesse 9:9).

Ne sommes-nous pas appelés à savoir ce qui perdure (cf. Psaume 119,89-176, Hébreux 1,12, Jude 1,25, Jean 8,58), à savoir ce qui est éternel, à savoir ce qui est permanent ? Quand nous ne discernons pas ces choses, nous perdons de vue la loi morale naturelle, qui est immuable (CEC #1958) et qui doit guider les lois et coutumes positives qui régissent la société laïque. Mais si tout est en train de changer, alors nous nous retrouvons avec le “vertige de la vertu”, des images changeantes du bien et du mal, sans la stabilité morale dont nous avons besoin pour agir correctement et courageusement (cf. Ga 5, 19-21). Soyez très prudent, pourrait-on dire à Mgr Fisichella : n’exaltez pas trop hâtivement ce que vous pouvez considérer comme “dynamique”.

Nous sommes bons – non, experts – pour desserrer dynamiquement les liens de notre religion (et la religion se réfère à ce qui lie) afin d’accommoder une société engagée dans ce qu’elle considère comme du plaisir et de la frivolité. Nous voyons cela comme un compromis nécessaire, comme l’évangélisation, comme la modernisation. Nous protestons donc la sainte messe, embrassons le Coran et insistons pour que la réflexion personnelle l’emporte sur la loi naturelle. Nous inventons des mots comme “subsister”, “sans couture”, “inculturation” et “circonstances exceptionnelles” pour alléger le fardeau de la foi.

Nous sommes bons – en fait, experts – pour compromettre les enseignements de la foi afin d’attirer ou d’accommoder la voie du monde quand, au contraire, nous sommes appelés à élever les voies du monde, en travaillant toujours pour les rendre conformes à l’enseignement divin (Rom. 12:2). Nous oublions l’avertissement de saint Jacques : “Des gens infidèles ! Tu ne sais pas qu’être l’ami du monde signifie être l’ennemi de Dieu ? Celui qui veut être l’ami du monde se fait l’ennemi de Dieu ” (4:4).

Les dieux de l’air (Eph. 2:2) ne sont pas le Dieu de la Bible, pourtant nous sommes si influencés, ou, mieux, infectés, par la connaissance profane (voir Gal. 1:6 ; 1 Tim. 6:20-21) et par l’esprit du temps que nous embrassons le style sur la substance : ainsi voyons-nous des tambours et, oui, des ukulélés à la messe, mais pire encore, entendons-nous, dans les sermons, le pablum plutôt que la confession (parrhesia) du nom du Christ et son enseignement (cf. Rom. 10,14). Mgr O’Gara, à son crédit, n’aurait jamais compris cette négligence pédagogique contemporaine.

Nous considérons souvent les évêques (et les prêtres) comme des savants et de sages conseillers. Dieu merci, il n’y en a pas quelques-uns qui, à juste titre, peuvent être décrits de la sorte. Mais beaucoup, nous avons appris à notre grande tristesse, sont peu instruits, manquent de formation intellectuelle et morale, non seulement en théologie et en philosophie, mais aussi en histoire, en littérature et en politique classique. De plus, ils ont peu de connaissances et aucune expérience en leadership organisationnel, n’ayant même pas réussi à gérer une équipe de baseball dans une école secondaire. Un prêtre que je connais m’a dit que son premier chèque de salaire diocésain était le premier argent qu’il avait jamais gagné (tout revenu antérieur avait été un cadeau de sa famille) !

Au cours des cinq ou six dernières décennies, nous avons modifié la Tradition sacrée – la doctrine, la vie et le culte de l’Église – d’une manière que Mgr O’Gara n’aurait jamais pu prévoir. Nous les connaissons par leurs fruits : comme nous le disent David Masci et Gregory Smith du Pew Research Center, l’Église catholique a connu ” une perte nette plus grande due aux changements de religion que toute autre tradition religieuse aux États-Unis. Dans l’ensemble, 13% de tous les adultes américains sont d’anciens catholiques[je souligne] – des gens qui disent avoir été élevés dans la foi, mais qui se considèrent maintenant comme ” non protestants ” religieux, ou avec une autre religion. En revanche, 2% des adultes américains sont convertis au catholicisme – des gens qui s’identifient maintenant comme catholiques après avoir été élevés dans une autre religion (ou sans religion). Cela signifie qu’il y a 6,5 anciens catholiques aux États-Unis pour chaque conversion à la foi. Aucun autre groupe religieux analysé dans l’Étude du paysage religieux de 2014 n’a connu un rapport aussi proche de ce rapport entre les pertes et les gains obtenus par le changement de religion.”

Peut-on imaginer qu’une organisation sérieuse perde 13% de ses “supporters”, “clients” ou “fidèles” et que ses dirigeants persistent dans l’illusion que ce qu’il faut, c’est davantage la même “tradition dynamique” qui est à l’origine de la catastrophe ?

Se peut-il que le plus grand bien aujourd’hui ne soit pas le développement ” dynamique “, mais une gestion fidèle, y compris la restauration du Paradosis que nous avons trop souvent gaspillé, ou trahi, ces six dernières décennies sans réfléchir ? Comme je nous l’ai dit au Vatican à Dei Filius :

La doctrine de foi que Dieu a révélée n’a pas été transmise comme une invention philosophique à l’esprit humain pour être perfectionnée, mais a été confiée comme un dépôt divin à l’Époux du Christ, pour être gardée fidèlement et interprétée sans faille. Par conséquent, cette compréhension de ses dogmes sacrés doit être perpétuellement conservée, ce que la Sainte Mère l’Église a déclaré un jour ; et il ne doit jamais y avoir de récession de cette signification sous le nom spécieux d’une compréhension plus profonde.

Eric Voegelin (1901-1985) nous a rappelé dans The New Science of Politics la promesse de Richard Hooker (1554-1600) : “La postérité sait peut-être que le silence n’a pas permis aux choses de passer comme dans un rêve.”

Mgr Cuthbert O’Gara a compris. Puissions-nous aussi, par la grâce de Dieu, en venir à comprendre et ensuite travailler à restaurer ce qui a été gaspillé de façon si prodigue au nom frauduleux du “progrès”.

Motifs d’athéisme

THE CATHOLIC THING – Par David Carlin – Tous les athées ne sont pas les mêmes, et tous les athées ne sont pas athées pour la même raison. Mais étant donné la montée de l’incrédulité parmi nous, il est utile d’examiner certaines de ces raisons. Voici donc une liste – sans ordre particulier et sans doute incomplète – de quelques motifs actuellement notables pour l’athéisme. Notez également qu’une personne peut avoir simultanément plus d’un de ces motifs.

Recherche infructueuse. Certains athées prétendent honnêtement qu’ils ont examiné beaucoup des arguments pour l’existence de Dieu qui ont été offerts et les ont trouvés peu convaincants. Continuer la lecture de « Motifs d’athéisme »