La messe n’enseigne pas, pourtant nous apprenons

1P5Patrick Kornmeyer 

John Senior est un nom familier pour trois catégories de personnes qui se chevauchent souvent. Il est connu pour sa liste des “mille bons livres”, un canon qui cherche à nourrir l’habitat intellectuel et imaginatif d’une vision du monde profondément chrétienne, indispensable à l’appréciation des “grands” livres. Il est aussi connu pour sa défense des anciennes formes de prière face à l’aggiornamento rapide et auto-justifiant, en particulier en ce qui concerne le rite romain classique de la messe, la forme monastique de l’office divin et la Regula Benedicti. Enfin, il est reconnu pour sa création et son mécénat (avec Dennis Quinn et Frank Nelick) dans les années 1970 du Programme intégré des sciences humaines de l’Université du Kansas. Continuer la lecture de « La messe n’enseigne pas, pourtant nous apprenons »

«Un chemin est ouvert pour l’ordination des femmes», affirme l’évêque synodal

Mgr Evaristo Pascoal Spengler, OFM (Daniel Ibanez / CNA)

Un évêque brésilien a appelé à l’ordination des femmes au diaconat pour le service dans la région amazonienne. L’évêque a dit que les révisions de 2009 du droit canonique pourraient permettre l’ordination de diacres femmes, mais un éminent avocat canonique au Vatican a contesté cette idée.

Mgr Evaristo Pascoal Spengler, OFM dirige la prélature territoriale de Marajó au Brésil et participe au Synode sur la région panamazonienne à Rome. Continuer la lecture de « «Un chemin est ouvert pour l’ordination des femmes», affirme l’évêque synodal »

Préparez-vous à canarder la boule de démolition synodale

THE FATIMA CENTERpar Chris Ferrara

Eh bien, le rapport “petit groupe” anglais/français, préparé par les subversifs triés sur le volet du pape François, dont le travail se fera passer pour “la voix de l’Esprit”, a fourni une fenêtre sur le processus synodal qui confirme nos pires attentes : ils ont l’intention de détruire non seulement le sacerdoce, mais littéralement ce qui reste du Catholicisme traditionnel dans la “Église du Vatican II” déjà dysfonctionnelle.

C’est-à-dire qu’ils ont l’intention de se suicider ecclésialement, ce qui est bien sûr le résultat inévitable de la protestanisation, et maintenant de la paganisation, d’une grande partie de l’élément humain de l’Église depuis le “printemps de Vatican II” qui a ouvert un long et encore plus profond hiver post-conciliaire. Continuer la lecture de « Préparez-vous à canarder la boule de démolition synodale »

Le retour au paganisme visible au Synode sur l’Amazonie à sa source dans la doctrine de l’inculturation de Jean-Paul II

MPI – Le rite païen qui a eu lieu dans les jardins du Vatican le 4 octobre dernier et tout le cortège de rituels et vénérations d’idoles païennes durant le Synode sur l’Amazonie font grincer beaucoup de dents dans la sphère conservatrice de l’Église conciliaire. Qui a malheureusement, et paradoxalement en ces temps mémoriels, la mémoire courte…

Cette cérémonie fut certes infâme mais elle n’a rien d’extraordinaire, il faut le rappeler, dans l’Église conciliaire. Les papes conciliaire avant François ont toléré les rituels païens,  les ont même encouragés au nom de ce concept sorti des brumes conciliaires qu’est l‘inculturation.

Le pape Jean-Paul II, si vénéré par les conservateurs d’aujourd’hui, plus que tout autre pontife d’après le Concile a favorisé ce retour au paganisme à travers cette pratique de l’inculturation, position conciliaire à laquelle il a été fidèle. Les cérémonies liturgiques qu’il présida aux quatre coins du monde et où des rituels païens furent introduits sont nombreuses et ne dépareillent pas, loin de là, des cérémonies en cours durant ce synode pan-amazonien.

Pour ne pas avoir la mémoire courte, croire que cette terrible crise d’apostasie non pas silencieuse mais visible n’est imputable qu’à l’ère bergoglienne, mais se souvenir qu’elle est profondément enracinée dans le concile Vatican II, ses décrets et la nouvelle doctrine qui en est issue en rupture avec la Tradition bi-millénaire, voici quelques pages du livre de l’abbé Daniel Leroux, paru en juin 1988, et intitulé Pierre m’aimes-tu ? :

« Mais avant d’aborder ce sujet, nous allons montrer que l’œcuménisme du pape envers les religions non chrétiennes, par manque d’esprit surnaturel, amorce, à travers l’inculturation, un retour au paganisme.

Dans la soirée du 8 décembre 1965, quelques heures après la clôture du Concile, Mgr Wojtyla s’entretenait de la réforme liturgique avec le Père Malinski. Tout à coup, l’évêque de Cracovie lui déclara :« Il n’y a pas que les mots qui signifient quelque chose, mais aussi le comportement, les mouvements, les gestes, les bras ouverts, les mains jointes, le baiser de paix, tout ceci ce sont des gestes romains. Et si les Noirs, les Japonais…, veulent traduire ces gestes dans leurs comportements traditionnels, car cela aussi, on doit le traduire, à quoi aboutirons-nous ? En assistant dans cinquante ans à une messe africaine et à une messe européenne, constaterons-nous encore quelque chose de commun ? Certainement on conservera les éléments de base, tels que le pain et le vin, mais tout le reste sera traduit d’après la tradition locale : les mots, les gestes, les couleurs, les habits, les chants, l’architecture, le décor. Le problème de la réforme liturgique est énorme et il est difficile d’imaginer où il se terminera »390.

Fidèle à ses positions conciliaires, Jean-Paul Il déclara même, quinze ans plus tard, dans un discours sur la misère des paysans brésiliens : « La liturgie est l’un de ces domaines et certainement pas le seul, où se fait cet échange entre l’Église et les cultures »391. La mise en pratique de cet échange, par le pape lui-même, s’inscrit dans les pages les plus sombres de la crise dans l’Église. Il nous était difficile en effet d’imaginer les scènes qui vont suivre, et pourtant la réforme liturgique est une dynamique qui ne fait que s’ébranler.

Le 4 mai 1980, devant un million de personnes, le pape ordonne huit évêques africains à Kinshasa au Zaïre. Cette messe, dont plusieurs télévisions européennes ont retransmis les images en direct, a offert au monde un exemple de liturgie africaine où la danse s’intègre à tous les chants :« Vêtus d’aubes aux couleurs du Vatican – jaune et blanc – de jeunes prêtres noirs se déhanchaient doucement autour de l’autel, tandis que la foule chantait le Gloria. Quelques instants plus tard, elle entonnait des cantiques en swahili, en lingala ou en kikongo, masse noire ondulant au rythme des tam-tams, avec accompagnement d’accordéons et de guitares. Sur son fauteuil protégé d’un toit de paille en forme de case, Jean-Paul Il ne boudait pas son bonheur et sa joie »392.

« La première lecture a été faite par une jeune Zaïroise à la voix éclatante, en lingala »393.

Un peu plus tard, il célébrait la messe dans le parc Uhuru, au centre de Nairobi. « Après le Credo, chanté en latin, la prière des fidèles a de nouveau été récitée en Kiswahili et l’offrande s’est déroulée suivant un rite purement africain : jeunes gens portant des paniers de fleurs et de fruits, un berger avec un mouton bêlant, jeunes filles avec des objets d’artisanat locaux. Chaque diocèse du Kenya avait tenu à son offrande particulière… »394. Au cours de la grand-messe, le pape n’a pas hésité à porter la coiffure (haute de plus de quarante centimètres et ornée de plumes) ainsi que la cape des Masaï, pour bien montrer combien il est ouvert aux traditions et aux préoccupations des africains.

Le 22 juin 1980 à Rome, le pape béatifie cinq missionnaires du Nouveau Monde. « La cérémonie s’est déroulée dans la basilique Saint-Pierre, en présence de plus de vingt cinq mille fidèles. Des chefs indiens aux costumes traditionnels, représentant les peuples iroquois, cheroquee… et micmac, se sont joints aux Indiens guatémaltèques, à l’offertoire, pour la procession des offrandes : calumet de la paix, couvertures, flûtes, des coiffures de plumes… L’une des femmes indiennes fit la première lecture liturgique »395.

En février 1982, pour sa dernière messe sur la terre africaine, il retrouve le stade de Libreville. « Des chorales très fournies, avec des instruments traditionnels, ont accompagné l’attente de la foule et chanté toute la messe. Voix des femmes aiguës, un peu criardes, sur des rythmes syncopés. Alléluia et Kyrie devenaient des airs obsédants et entêtants, d’autant plus que pendant tout le séjour pontifical au Gabon, la radio nationale Africa numéro un a utilisé ces refrains comme indicatifs à toutes les émissions concernant le voyage de Jean-Paul Il. Femmes et hommes agitaient des plumets blancs en chantant, à la façon des jeunes Américaines encourageant l’équipe de football de leur collège. En fait, ils « dansaient » la messe, se balançant, levant les bras vers le Ciel, joignant les mains. Les petites filles elles-mêmes qui portaient les paniers d’hosties avançaient en dansant et oscillant de la tête »396.

Dès son retour à Rome, le pape s’est félicité d’avoir pu constater, pendant ce voyage en Afrique, « combien toute l’œuvre du Concile Vatican Il a été opportune dans sa théologie de l’Église et ses orientations pastorales ». Et d’affirmer : « Enfin il faut accentuer l’évangélisation de la culture africaine, qui forme une base splendide pour l’incarnation du christianisme »397.

Deux mois plus tard, la Commission nationale de liturgie de l’épiscopat de Haute-Volta définissait un certain nombre de gestes et d’attitudes à adopter au cours de la liturgie. En voici un extrait : « Claquement des mains de toute l’assistance, marquant le rythme de certains cantiques, et cris stridents poussés par des femmes… Proclamation de l’Évangile annoncé par le tam-tam, ou proclamé phrase par phrase, répété par le tam-tam… Batterie de tam-tam à l’élévation… Grand salut mossi à la croix, le Vendredi Saint, ou au Saint Sacrement après l’élévation par un groupe de danseurs ou de danseuses »398.

Où s’est retrouvée l’Église militante ?

Depuis quelque temps, on ne parle plus de l’Église militante (luttant sur terre), ni purgative (au Purgatoire), ni triomphante (au Ciel), alors qu’aujourd’hui les pessimistes ajoutent une autre catégorie : celle de “l’Église apostate” qui nie le vrai Dieu. Et ce n’est pas à cause de l’usure de la Doctrine Catholique, fondée sur l’Evangile, qui reste parfait et éternel, mais parce qu’un membre de la Hiérarchie, gardien de la Doctrine et de l’Evangélisation, ne se trouve pas à la hauteur du poste.

Aujourd’hui, la qualification la plus appropriée pour définir la position du baptisé est précisément celle de “l’Église apostate” : ce n’est donc pas une situation d’alarme, mais, comme elle est destinée à s’imposer comme une situation de normalité au peuple chrétien, elle est aussi accueillie et justifiée parce que les évêques ne font pas entendre leur réprobation et que les fidèles n’ont pas le courage de protester. Continuer la lecture de « Où s’est retrouvée l’Église militante ? »

Mgr Athanasius Schneider condamne le culte rendu à Rome au veau d’or, la Pachamama, et appelle à la prière

Le blog de Jeanne Smits – Mgr Athanasius Schneider, êvêque auxiliaire de Sainte-Marie in Astana, a lancé un vibrant appel à une chaîne de prière mondiale, proposant une invocation à la Sainte Trinité afin de réparer et contrer le culte idolâtre rendu à Rome à des statuettes de la « Terre Mère », la Pachamama, avec la complicité des plus hautes autorités vaticanes.

Il n’hésite pas à qualifier de « veau d’or » les statuettes de femmes nues enceintes, symboles de la fertilité, et rappelle que tout évêque, de par sa charge de successeur des apôtres, a le devoir de dire la vérité à leur propos.

Je vous propose ici ma traduction rapide de la Lettre ouverte que Mgr Schneider a publiée à cette occasion. La prière à la Sainte Trinité se trouve à la fin. – J.S.


1. « Vous n’aurez pas d’autres dieux devant moi », dit le Seigneur Dieu, et c’est le premier des commandements (Ex 20:3). Donné à l’origine à Moïse et au peuple hébreu, ce commandement reste valable pour tous les peuples et pour tous les temps, ainsi que Dieu nous le dit : « Tu ne te feras point d’idoles en forme de quoi que ce soit dans le ciel, en haut, sur la terre, en bas, ou dans les eaux sous la terre ; tu ne te prosterneras point devant eux et tu ne les adoreras point ” (Ex 20:4-5). Notre Seigneur Jésus-Christ a parfaitement observé ce commandement. Lorsque le démon lui promit tous les royaumes du monde, à condition qu’il se prosternât devant devant lui, Jésus répondit : « Retire-toi, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu Le serviras Lui seul. » (Mt 4,10 ; Dt 6,13-14). L’exemple du Christ est donc de la plus haute importance pour tous ceux qui désirent « le vrai Dieu et la vie éternelle », comme nous y exhorte l’apôtre saint Jean : « Mes petits enfants, gardez-vous des idoles » (1 Jn 5, 20-21).

De nos jours, ce message revêt une importance particulière, car le syncrétisme et le paganisme sont comme des poisons qui coulent dans les veines du Corps mystique du Christ, l’Église. En tant que successeur des Apôtres, chargé de veiller sur le troupeau de Dieu, je ne peux rester silencieux face à la violation flagrante de la sainte volonté de Dieu et aux conséquences désastreuses qu’elle aura sur les âmes individuelles, l’Église dans son ensemble, et même sur le genre humain tout entier. C’est donc avec beaucoup d’amour pour l’âme de mes frères et sœurs que j’écris ce message.

2. Le 4 octobre 2019, à la veille du Synode de l’Amazonie, une cérémonie religieuse a eu lieu dans les Jardins du Vatican, en présence du Pape François et de plusieurs évêques et cardinaux, en partie dirigée par des chamans et dans laquelle des objets symboliques ont été utilisés, notamment une sculpture en bois représentant une femme enceinte déshabillée. Ces représentations sont connues et appartiennent aux rituels indigènes des tribus amazoniennes, et plus particulièrement au culte de la Pachamama, la Terre Mère ; au cours des jours suivants, les statuettes de femmes nues en bois étaient également vénérées dans la Basilique Saint-Pierre, devant la Tombe de Saint-Pierre. Le Pape François a également salué deux évêques portant en procession la « chose » Pachamama sur leurs épaules à l’intérieur de la salle du Synode où elle a été mise à une place d’honneur. Des statues de Pachamama ont également été exposées dans l’église de Santa Maria in Traspontina.

En réponse aux protestations des fidèles catholiques concernant ces rites et l’utilisation de ces statues, les porte-parole du Vatican et les membres des comités du Synode amazonien ont minimisé ou nié le caractère syncrétiste religieux évident de ces statues, mais leurs réponses étaient évasives et contradictoires ; elles n’étaient que des acrobaties intellectuelles et des négations de preuves manifestes.

L’entreprise américaine de visuels de presse « Getty Images » a réalisé une photo de presse officielle de ce rituel en y ajoutant cette description : « Le pape François et le cardinal Cardinal Claudio Hummes, archevêque émérite de São Paulo, président du Réseau Ecclésial Pan-Amazonien (REPAM), se tiennent devant une statue représentant la Pachamama (Terre Mère). Le Père Paulo Suess, participant au Synode sur l’Amazonie, n’a laissé subsister aucun doute sur le caractère païen des cérémonies autour des images en bois dans les jardins du Vatican, et il a même osé saluer ces rites païens, affirmant : “Même s’il s’agissait d’un rite païen, c’est néanmoins un culte païen rendu à Dieu. On ne peut pas rejeter le paganisme comme n’étant rien » (interview du 17 octobre, Vatican News). Dans un communiqué officiel, le 21 octobre, le Réseau ecclésial panamazonien (REPAM) a condamné l’acte héroïque de ces Messieurs qui avaient jeté les images en bois dans le Tibre en le qualifiant d’acte « d’intolérance religieuse ». Ils ont ainsi dévoilé les mensonges et les astuces dont ils se sont servis pour nier le caractère religieux des images en bois vénérées. Les volontaires de l’église carmélite Santa Maria in Traspontina, où les statues en bois étaient exposées, ont corroboré cette affirmation en affirmant : « La mère[sculptée] que j’ai ramenée du Brésil… qui était dans la procession, eh bien, nous l’avons ramenée du Brésil. Elle a été réalisée par un artiste indigène, et nous lui avons demandé une œuvre d’art qui symboliserait toute cette connexion de la Terre Mère, des femmes, l’aspect féminin de Dieu, le fait que Dieu est le protecteur de la vie et celui qui la nourrit. » Elle l’a qualifiée à la fois de symbole de la “« Terre-Mère »et de « Pachamama ».

Des sources objectives notent que la Pachamama est un objet de vénération, une déesse à laquelle certains Boliviens sacrifient des lamas, une divinité terrestre vénérée par certains Péruviens, enracinée dans les croyances et pratiques païennes inca.

3. Les catholiques ne peuvent accepter aucun culte païen, ni aucun syncrétisme entre les croyances et pratiques païennes et celles de l’Église catholique. Les actes d’adoration consistant à allumer une flamme, à s’incliner, à se prosterner ou à s’incliner profondément devant le sol et à danser devant une statue féminine nue, qui ne représente ni la Vierge ni un saint canonisé de l’Église, violent le premier commandement de Dieu : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant Moi » ainsi que  l’interdiction explicite de Dieu, qui commande : « … de peur qu’élevant tes yeux au ciel, et y voyant le soleil, la lune et tous les astres, tu ne tombes dans l’illusion et dans l’erreur, et que tu ne rendes un culte d’adoration à des créatures que le Seigneur ton Dieu a faites pour le service de toutes les nations qui sont sous le ciel. » (Dt 4,19), et : « Vous ne vous ferez point d’idoles ni d’image taillée, vous ne dresserez point de colonnes ni de monuments, et vous n’érigerez point dans votre terre de pierre remarquable par quelque superstition, pour l’adorer. Car je suis le Seigneur votre Dieu. » (Lev 26:1).

Les Apôtres allaient même jusqu’à interdire la moindre allusion ou ambiguïté à l’égard des actes de vénération des idoles : « Quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles ? » (2 Co 6, 15-16), et “Fuyez l’idolâtrie. Ce que les païens immolent, ils l’immolent aux démons, et non à Dieu. Or je ne veux pas que vous soyez en société avec les démons. Vous ne pouvez pas boire le calice du Seigneur, et le calice des démons. Vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur, et à la table des démons. Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Est-ce que nous sommes plus forts que lui ? » (1 Co 10, 14, 21-22).

Saint Paul, sans aucun doute, dirait ces mots à tous ceux qui ont participé activement aux actes de vénération des statues de Pachamama, qui symbolisent des choses matérielles ou créées : « Mais maintenant que vous connaissez Dieu, bien mieux, que vous êtes connus de Dieu, comment retournez-vous vers ces pauvres et faibles éléments, auxquels vous voulez de nouveau vous asservir ? » (Gal 4:9). Les païens, en effet, adoraient les éléments comme si c’étaient des êtres vivants. Et en observant les actes religieux syncrétistes ou du moins très ambigus dans les Jardins du Vatican, dans la Basilique Saint-Pierre et dans l’église de Santa Maria in Traspontina, saint Paul dirait : « (eux) qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni dans tous les siècles. »(Rom 1:25).

Tous les vrais catholiques qui ont encore l’esprit des Apôtres et des martyrs chrétiens, devraient pleurer et dire à propos des cérémonies païennes qui ont eu lieu dans la Ville éternelle, en paraphrasant les paroles du Psaume 79:1 : « O Dieu, les nations sont entrées dans ton héritage, ta ville sainte de Rome ; elles ont souillé Rome, elles l’ont réduite à des ruines. »

4. La tradition ininterrompue de l’Église a évité la moindre ambiguïté ou collaboration avec des actes idolâtres. Les explications données par les porte-parole du Vatican et par des personnes liées au Synode sur l’Amazonie pour justifier la vénération religieuse de la figure en bois d’une femme nue enceinte, étaient très semblables aux arguments donnés par les païens à l’époque des Pères de l’Église, comme le rapporte saint Athanase. Athanase a réfuté les pseudo-arguments des païens, et ses réfutations s’appliquent pleinement aux justifications invoquées par les autorités du Vatican. Saint Athanase a dit : « Ils se vanteront d’adorer et de servir, non seulement le bois et la pierre et des formes humaines, des oiseaux irrationnels, des reptiles et des bêtes, mais le soleil, la lune et tout l’univers céleste, et la terre, déifiant ainsi la création » (Contre-Gentiles, 21, 1-3) et : « Ils réuniront tout ensemble, comme constituant un seul corps, et diront que le tout est Dieu » (Contra Gentiles, 28, 2). « Au lieu du vrai, du véritable Dieu, ils ont déifié des choses qui n’étaient pas Dieu, servant la créature plutôt que le Créateur (voir Rom. 1:25), participant ainsi à la folie et à l’impiété » (Contra Gentiles, 47, 2).

L’apologiste du deuxième siècle Athenagoras a parlé de la vénération des éléments matériels par les païens : « Ils déifient les éléments et leurs différentes parties, en leur appliquant des noms différents à des moments différents. On dit que Kronos est le temps, et Rhéa la terre, et qu’elle devient enceinte de Kronos, et qu’elle engendre, d’où elle est considérée comme la mère de tous. Manquant de découvrir la grandeur de Dieu, et ne pouvant s’élever en haut avec leur raison (car ils n’ont aucune affinité pour le lieu céleste), ils se languissent parmi les formes de la matière, et enracinés sur la terre, déifient les changements des éléments » (Apol. 22).

Les paroles suivantes du Deuxième Concile de Nicée s’appliquent pleinement à tous les hommes d’Eglise qui ont soutenu les actes religieux syncrétistes mentionnés ci-dessus à Rome : « De nombreux pasteurs ont détruit ma vigne, ils ont souillé ma part. Car ils ont suivi des hommes impurs et, faisant confiance à leurs propres frénésies, ils ont calomnié la sainte Église, que le Christ notre Dieu s’est donnée à lui-même, et ils n’ont pas su distinguer le saint du profane, affirmant que les icônes de notre Seigneur et de ses saints ne sont pas différentes des images en bois des idoles sataniques. »

Comme l’a établi le deuxième Concile de Nicée, l’Église ne permet pas la vénération par des gestes extérieurs de culte tels que s’incliner, embrasser et bénir, d’autres symboles, images ou statues que « les icônes de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ, celles de Notre Dame la Théotokos, celles des anges vénérables et celles de tout le peuple saint. Chaque fois que ces représentations sont contemplées, elles amèneront ceux qui les regardent à commémorer et à aimer leur prototype. »

5. Ceux qui croient au Dieu Unique et Véritable ont toujours travaillé à l’élimination de l’adoration des faux dieux, en enlevant leurs images du milieu du peuple saint de Dieu. Quand les Hébreux se prosternèrent devant la statue du Veau d’Or – avec les encouragements et la complicité du haut clergé – Dieu condamna de tels actes. Son serviteur Moïse condamna également ces actes d’« accueil et de tolérance » envers les divinités indigènes locales de l’époque, et il réduisit la statue en poudre et la dispersa dans l’eau (voir Ex 32,20). De même, les Lévites furent félicités pour avoir arrêté tous ceux qui adoraient le veau d’or (Ex 32:20,29). A travers les âges, les vrais catholiques ont aussi œuvré pour renverser les « les dominateurs de ce monde de ténèbres » (Ep 6, 12), et la vénération des images qui les représentent.

Au milieu de la consternation et du choc face à l’abomination perpétrée par les actes religieux syncrétistes au Vatican, l’Église entière et le monde entier ont été témoins d’un acte hautement méritoire, courageux et louable de la part de quelques courageux hommes chrétiens qui, le 21 octobre, ont chassé et jeté dans le Tibre les statues en bois idolâtres de l’église de Santa Maria in Traspontina, à Rome. Tels de nouveaux Maccabées, ils ont agi dans l’esprit de la sainte colère de Notre Seigneur expulsant les marchands du temple de Jérusalem avec un fouet. Les gestes de ces hommes chrétiens seront inscrits dans les annales de l’histoire de l’Église comme un acte héroïque qui a rendu gloire au nom chrétien, tandis qu’au contraire, les actes des ecclésiastiques de haut rang qui ont souillé le nom chrétien à Rome, resteront dans l’histoire comme des actes d’ambiguïté et de syncrétisme lâches et perfides.

Le pape saint Grégoire le Grand, dans une lettre à saint Æthelbert, le premier roi chrétien d’Angleterre, l’exhorte à détruire les images idolâtres : « Supprimez le culte des idoles, renversez leurs édifices et leurs sanctuaires » (Bède, Histoire ecclésiastique, Livre I).

Saint Boniface, l’apôtre de l’Allemagne, a abattu de sa propre main un chêne dédié à l’idole Thor ou Donar, qui était non seulement un symbole religieux, mais aussi un symbole de la protection des soldats, de la végétation et même de la fertilité dans la culture autochtone des tribus germaniques.

Vladimir, le premier prince chrétien de Kiev, a fait abattre, démolir et tailler en pièces les idoles en bois qu’il avait lui-même érigées. Quant à la statue en bois du dieu païen en chef, Peroun, il l’a jetée dans le Dniepr. Cet acte de saint Vladimir rappelle l’acte héroïque de ces Messieurs chrétiens qui, le 21 octobre 2019, jetèrent les statues en bois de la culture indigène païenne des tribus amazoniennes dans le Tibre.

Si les actes de Moïse, de Notre Seigneur Jésus-Christ expulsant violemment les marchands du Temple, de saint Boniface et de saint Vladimir avaient eu lieu à notre époque, les porte-parole du Vatican les auraient sûrement condamnés comme des actes d’intolérance religieuse et culturelle, et comme des vols.

6. La phrase du document d’Abou Dhabi, qui se lit comme suit : « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains » a trouvé sa réalisation pratique dans les cérémonies du Vatican de vénération des statues en bois, qui représentent des divinités païennes ou des symboles culturels indigènes de fertilité. C’était la conséquence pratique logique de la déclaration d’Abou Dhabi.

7. Compte tenu de ce qu’exige le culte authentique et l’adoration du Dieu unique, la Très Sainte Trinité, et du Christ Notre Sauveur, en vertu de l’ordination qui a fait de moi un évêque catholique et un successeur des Apôtres, et dans une fidélité et un amour véritables envers le Pontife romain, le Successeur de Pierre, et envers sa tâche qui est de présider à la « Cathédrale de la vérité » (cathedra veritatis), je condamne le culte du symbole païen du Pachamama dans les jardins du Vatican in Saint Paul, dans la basilique Saint-Pierre, et dans l’église romaine de Santa Maria in Traspontina.

Il serait bon que tous les vrais catholiques, et d’abord et avant tout les évêques, et aussi prêtres et les fidèles laïcs, forment une chaîne mondiale de prières et d’actes de réparation pour l’abomination de la vénération des idoles en bois perpétrée à Rome pendant le synode sur l’Amazonie. Face à un scandale aussi évident, il est impossible qu’un évêque catholique se taise, cela serait indigne d’un successeur des Apôtres. Le premier dans l’Église qui devrait condamner de tels actes et faire réparation est le Pape François.

La réaction honnête et chrétienne à la danse autour de la Pachamama, le nouveau Veau d’Or, au Vatican, doit consister en une protestation digne, une correction de cette erreur, et surtout en des actes de réparation.

Les larmes aux yeux et avec une douleur sincère au cœur, il faut offrir à Dieu des prières d’intercession et de réparation pour le salut éternel de l’âme du pape François, Vicaire du Christ sur terre, et le salut des prêtres et fidèles catholiques qui ont commis de tels actes de culte interdits par la Révélation divine. On pourrait proposer à cet effet la prière suivante :

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Quand le «consentement» et le «contrôle» remplacent la morale et la vertu

THE CATHOLIC THINGPar David G Bonagura, Jr.

Notre nation a depuis longtemps abandonné l’enseignement de la morale. Aujourd’hui, le mot “morale” est prononcé avec parcimonie, ayant été remplacé par “valeurs”, un mot plus subjectif et plus agréable à prononcer que son prédécesseur, qui évoque des normes objectives et un comportement prescrit. Le glissement vers des “valeurs” s’est produit presque sans effort après que les forces séculières ont expulsé Dieu de nos systèmes scolaires et de la place publique. Continuer la lecture de « Quand le «consentement» et le «contrôle» remplacent la morale et la vertu »

Woodall: «Des péchés écologiques? Attention, ici nous risquons l’idolâtrie »

Le nouveau compas quotidien“Tout péché est contre Dieu et, dans ce cas, contre la nature humaine, contre son prochain. La nature sous-humaine affecte la nature humaine. Nier, diminuer ou obscurcir la vraie différence entre l’être humain et tout autre élément de la création n’est pas seulement une grosse erreur, mais aussi une violation de la foi”. Le moraliste George Woodall explique au Nouveau BQ que les soi-disant “péchés écologiques” “doivent être compris de la bonne manière”. Voilà ce que c’est.

Lors des briefings du Synode sur l’Amazonie de ces jours-ci, certains orateurs ont demandé qu’une plus grande attention soit accordée aux soi-disant “péchés écologiques”. Nous avons demandé à Don George J. Woodall, professeur de théologie morale à l’Athénée pontifical Regina Apostolorum à Rome, quelques éclaircissements à ce sujet. Continuer la lecture de « Woodall: «Des péchés écologiques? Attention, ici nous risquons l’idolâtrie » »

La FSSPX, la lettre ouverte et les hérésies du pape François

Dr. John RT Lamont 

Note de la rédaction : Les arguments contenus dans ce qui suit ne sont pas nécessairement la position de 1P5. Cependant, nous croyons que ce que vous lirez ici est une contribution importante au débat théologique en cours sur ce qui peut, en termes pratiques, être fait au sujet de notre pape hérétique.

Mgr Marcel Lefebvre s’est distingué pendant et après le Concile Vatican II par son combat public contre les hérésies modernistes de l’époque et par sa volonté de s’opposer publiquement aux papes régnants quand il considérait qu’ils toléraient ou même encourageaient ces hérésies. Cette opposition a culminé avec l’ordination de quatre évêques en 1988, au mépris de la volonté du Pape Jean-Paul II, une action qui l’a conduit à mourir excommunié.

On pourrait donc s’attendre à ce que la fraternité sacerdotale qu’il a fondée et qui prétend poursuivre sa mission suive son exemple de résistance face au comportement ouvertement hérétique du pontife actuel. La Société Saint-Pie X doit être à l’avant-garde de l’opposition aux attaques du Pape François contre la foi et l’Église. Cette attente a été déçue, ce qui n’est pas la moindre des mauvaises surprises de ce pontificat. La Société ne s’est pas opposée à ces attaques, ni ne s’y est opposée activement. L’opposition importante au Pape François est venue de clercs et de laïcs extérieurs à la Société.

En réaction à la récente publication de la Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique, la Société a fait un pas de plus dans la lutte contre les hérésies du pape François. Cette lettre ouverte accusait le pape François du crime canonique d’hérésie et demandait aux évêques de l’Église catholique de le réprimander pour ce crime. S’il n’a pas abjuré ces hérésies après y avoir été invité à trois reprises, il a en outre demandé aux évêques de déclarer qu’il avait renoncé à la charge papale en raison de son hérésie.

La Maison générale de la Société Saint-Pie X a fait une déclaration en réponse à cette lettre, la condamnant avec force : “Cette Lettre Ouverte est une perte de temps – une action peu efficace, fruit d’une indignation légitime mais qui tombe dans l’excès.” Ici, non seulement nous n’avons pas réussi à nous opposer à la promotion de l’hérésie par le pape François, mais nous avons aussi une attaque contre ceux qui s’opposent à lui. En tant que signataire de la Lettre ouverte, je pense qu’il est nécessaire d’aborder cette attaque.

La déclaration de la Maison générale ne donne pas de raisons pour rejeter le contenu de la Lettre ouverte. Il critique l’approche de la Lettre :

Nous risquons d’être captivés par le mal actuel, en oubliant qu’il a des racines, qu’il est le résultat logique d’un processus entaché à son origine. Comme un pendule, certains croient pouvoir magnifier le passé récent pour mieux dénoncer le présent, y compris compter sur le magistère des papes du Concile – de Paul VI à Benoît XVI – pour opposer François. Telle est la position de nombreux conservateurs qui oublient que le Pape François ne fait que tirer les conséquences des enseignements du Concile et de ses prédécesseurs.

Cette critique n’a pas beaucoup de poids. La lettre vise spécifiquement à aborder les actions du Pape François. Il n’est pas pertinent d’objecter qu’il ne considère pas les fautes de ses prédécesseurs ou les racines historiques et idéologiques de ses déviations. Il n’est pas tout à fait exact non plus de soulever cette objection ; la Lettre Ouverte a été présentée comme la continuation d’un processus qui a commencé par une lettre envoyée aux cardinaux et aux patriarches de l’Église, assignant des censures théologiques à certaines propositions de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia et qui a continué par une correction filiale envoyée au Pape François lui-même. Cette correction filiale identifiait l’hérésie modériste comme une source des aberrations du Pape François et donnait une description détaillée et une condamnation de cette hérésie.

De plus, même une enquête superficielle sur les signataires de ces documents révélera que beaucoup d’entre eux ont beaucoup écrit sur les maux du modernisme, du Novus Ordo et du Concile Vatican II et ont critiqué les papes Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI pour leurs paroles et leurs actions qui sont néfastes à la foi. Beaucoup des principaux critiques de ces maux se trouvent parmi les signataires. En fait, cela a été présenté comme une raison pour rejeter ces documents lorsqu’ils ont été rendus publics. Il est absurde que la Société qualifie les signataires de ces documents de “conservateurs” dans le sens donné ci-dessus.

La déclaration de la Maison générale critique également l’initiative de la Lettre ouverte :

Nous devons nous demander quels résultats sont attendus d’une telle action. Cette façon de faire est-elle prudente ? A-t-il une chance de réussir ? Interrogeons-nous sur les destinataires. Qui sont-ils ? Qui sont-ils ? Quelle formation ont-ils reçue ? Quelle théologie leur a été enseignée ? Comment ont-ils été choisis ? Compte tenu de la manière dont les textes incriminés ont été reçus par les différents épiscopats du monde, il est fort probable, voire certain, que la grande majorité des évêques ne réagiront pas.

Mais quelles réponses Mgr Lefebvre aurait-il pu donner à ces questions lorsqu’il a mis sur pied la SSPX ? Quelles réponses, en effet, la SSPX pourrait-elle donner à ces questions aujourd’hui, si on lui demandait quelle est la probabilité que les évêques du monde considèrent et acceptent une des positions que la Société existe pour soutenir ?

Le P. Jean-Michel Gleize, FSSPX, a tenté de justifier ce rejet de la Lettre Ouverte dans deux articles du mensuel traditionaliste Courrier de Rome (“Si Papa” et “Fidelis servus et prudens”) de mai 2019. Le P. Gleize est professeur d’ecclésiologie au séminaire de la Société à Écône, et il a participé aux discussions doctrinales de la Société avec la Congrégation pour la doctrine de la foi. Nous pouvons supposer que ses arguments sont les meilleurs arguments que la SSPX puisse faire valoir contre la lettre ouverte et que leur contenu est jugé acceptable par la direction de la Société. Il offre deux lignes de critique. Dans un article, il s’attaque à la base canonique de la Lettre ouverte, et dans un autre, il critique la sagesse prudentielle de l’initiative.

Objections canoniques à la Lettre Ouverte

Avant d’examiner les arguments canoniques du P. Gleize, nous devons clarifier la question en jeu. La Lettre Ouverte affirme qu’elle accuse le Pape François du crime canonique d’hérésie. Cette expression est utilisée afin d’éviter tout malentendu sur l’accusation portée contre le pape. Le terme “hérésie” est utilisé pour désigner le péché personnel de l’hérésie, ainsi que le crime public de l’hérésie. Le péché personnel de l’hérésie est un péché contre la vertu théologale de la foi. Il se produit lorsqu’une personne rejette la foi, en doutant ou en ne croyant pas à une proposition qu’elle sait être enseignée par l’Église catholique comme étant une vérité divinement révélée contenue dans le dépôt de la foi. Aucune manifestation publique de cette incrédulité n’est nécessaire pour commettre le péché personnel d’hérésie. Un refus intérieur de croire suffit. Le crime public d’hérésie, d’autre part, implique un doute public pertinent ou la négation d’une telle vérité divinement révélée. Le doute ou le déni d’une vérité divinement révélée est pertinent lorsqu’il existe des faits publics qui établissent que la personne qui doute ou nie la vérité a été présentée avec le fait qu’elle est enseignée par l’Église catholique comme divinement révélée.

Le droit canonique de l’Église punit le crime public d’hérésie. Par conséquent, ce crime public est décrit à juste titre comme un crime canonique. Cependant, elle n’est pas constituée comme un crime par la loi de l’Église ou définie par la loi de l’Église. On peut le comparer au meurtre en droit civil, par opposition à l’évasion fiscale en droit civil. La nature de l’évasion fiscale et son caractère criminel sont tous deux définis par le droit civil. Nous pourrions imaginer une société où il n’y aurait pas d’impôts (peut-être que l’État fonctionnerait en exigeant le service militaire et le travail de ses citoyens, et non des paiements monétaires). Dans une telle société, il n’y aurait pas d’évasion fiscale, et il ne pourrait pas y avoir de crime d’évasion fiscale. Le meurtre, cependant, est identifié et puni comme un crime par le droit civil, mais il n’est pas considéré comme un crime ou défini comme tel par le droit civil. Il s’agit d’un crime avant sa condamnation par le droit civil, qui le reconnaît seulement comme un crime et précise le traitement juridique qu’il reçoit.

L’hérésie est comme le meurtre à cet égard. Sa nature et son caractère de crime sont précisés par la loi divine ; la loi ecclésiastique le reconnaît simplement comme un crime et précise les moyens de l’identifier, de le juger et de le punir. Le crime public d’hérésie peut être considéré comme indiquant le péché personnel de l’hérésie, mais c’est un crime non seulement parce qu’il indique l’existence de ce péché personnel. Son caractère criminel va plus loin. C’est une attaque contre l’Église et la foi des catholiques, ainsi qu’un péché individuel contre Dieu.

Comme cette attaque est un rejet public et délibéré de la foi de l’Église, celui qui la commet se sépare volontairement de l’Église. Cette séparation n’a pas lieu parce que l’Église l’inflige comme punition pour le crime. C’est une conséquence intrinsèque du crime d’hérésie en soi. “Tout péché, aussi grave soit-il, n’est pas de nature à séparer un homme du Corps de l’Église, comme le schisme, l’hérésie ou l’apostasie ” (Pie XII, Mystici Corporis 23). Les sanctions pénales pour hérésie infligées par le droit canonique reconnaissent et appliquent cette séparation, plutôt que de la provoquer.

La critique du P. Gleize sur le contenu de la Lettre Ouverte vise à affirmer que le droit canonique de l’Eglise soutient l’idée qu’un pape coupable d’hérésie doit perdre la charge papale. Il ne nie pas qu’il existe un consensus théologique en faveur de ce point de vue, pas plus qu’il ne nie la vérité du point de vue lui-même. Il rejette simplement l’affirmation selon laquelle ce consensus a une force canonique et affirme que ce point de vue n’est rien de plus qu’une opinion théologique.

Il y a une incohérence importante dans sa caractérisation de la position de la Lettre Ouverte. Dans certains passages, il décrit la lettre comme soutenant qu’un pape peut être déposé pour hérésie (“l’hypothèse théologique qui voudrait légitimer la déposition du Pape tombé dans l’hérésie”). Dans d’autres passages, il décrit la lettre comme une simple affirmation selon laquelle un pape coupable d’hérésie et qui s’obstine dans ses vues hérétiques ne peut continuer d’être Pape. Ces positions sont très différentes. Il y a trois points de vue qui ont été avancés sur la façon dont un pape perd le bureau papal à cause de l’hérésie. L’opinion conciliaire soutient qu’un pape hérétique doit être déposé par un concile œcuménique qui exerce une juridiction supérieure sur lui. Le point de vue de saint Robert Bellarmin est qu’un pape manifestement hérétique perd ipso facto la papauté, sans nécessité ou possibilité d’une intervention de l’Église. Le point de vue de Cajetan et Jean de Saint Thomas est que l’Église doit agir pour qu’un pape hérétique tombe de la papauté.

La position conciliaire a été condamnée par l’Église. Aucun choix n’a été fait par l’Église concernant les positions de Bellarmin et de Cajetan, toutes deux soutenues par des érudits catholiques réputés jusqu’à nos jours. La Lettre Ouverte rejette le point de vue conciliariste, mais elle ne prend pas position sur le choix entre Cajetan et Bellarmine. C’est écrit :

L’Église n’a pas compétence sur le pape et, par conséquent, elle ne peut destituer un pape de ses fonctions en exerçant une autorité supérieure, même pour le crime d’hérésie. … Il y a moins de divergences d’opinion entre les théologiens catholiques concernant les mesures que l’Église doit prendre dans ses rapports avec un pape hérétique. L’école de Cajetan et Jean de Saint Thomas affirme que pour que l’office papal soit perdu, l’Église, après s’être assurée et avoir déclaré que le pape est un hérétique, doit aussi commander aux fidèles de l’éviter pour son hérésie. L’école de saint Robert Bellarmin ne rejette pas l’idée de commander aux fidèles d’éviter le pape comme hérétique, mais elle ne le considère pas comme une condition préalable nécessaire pour que le pape perde sa charge d’hérésie. Ces deux écoles ont des adhérents, jusqu’à aujourd’hui inclus. Nous ne nous prononçons pas sur ces questions controversées, dont la résolution est du ressort des évêques de l’Église.

Elle se limite à maintenir l’opinion générale, commune à Cajetan et à Bellarmine, qui dit qu’un pape qui nie pertinemment une vérité de la Foi doit perdre la charge papale. Il n’y a pas d’opposition insurmontable entre ces deux points de vue quand il s’agit des mesures pratiques qui doivent être prises pour qu’un pape hérétique tombe de la papauté. La position de Cajetan soutient que certaines mesures sont nécessaires pour que cela se produise ; la position de Bellarmine déclare que ces mesures ne sont pas nécessaires mais accepte qu’elles sont autorisées. Les recommandations pratiques de la Lettre ouverte sont acceptables pour les deux positions. Les références du P. Gleize à la Lettre Ouverte comme appelant à la déposition du pape sont donc inexactes.

Le P. Gleize offre deux lignes d’argumentation qui tentent de réfuter la position de la Lettre Ouverte concernant la base canonique pour le dépôt d’un pape. Dans la première argumentation, il fait appel à l’article “Déposition” du Père Clayes Bouuaert dans le Dictionnaire de droit canonique de Raoul Naz. Cet article, souligne-t-il, précise que “la question de la déposition d’un pape ne se pose pas en droit canonique”. Il cite plus en détail l’article du P. Bouuaert à ce sujet :

Résumons, en guise de conclusion, l’explication que les meilleurs théologiens et canonistes ont donnée à cette difficulté… Il ne peut y avoir de jugement et de dépôt d’un pape dans le sens strict et propre de ces mots. Le vicaire de Jésus-Christ n’est soumis à aucune juridiction humaine. Dieu seul est son juge direct et immédiat. Si, par conséquent, certains textes conciliaires ou doctrinaux anciens semblent admettre qu’un pape peut être déposé, le sens de leurs affirmations doit être correctement distingué et rectifié. En partant de l’hypothèse (très improbable) qu’un Pape aurait dû tomber dans l’hérésie publique et formelle, il ne serait pas privé de sa charge papale par un jugement humain, mais par sa propre action, puisque l’adhésion formelle à l’hérésie l’exclut de l’Église. [1]

Le P. Gleize présente cet article comme soutenant la conclusion que le seul principe canonique pertinent à la question d’un pape hérétique est celui énoncé au canon 1556 du Code de 1917 et au canon 1404 du Code de 1983, “Prima sedes a nemine judicatur”, “le Siège Apostolique n’est jugé par personne”. L’opinion selon laquelle un pape hérétique doit perdre la charge papale qu’il qualifie de simple opinion théologique sans poids canonique.

C’est un mystère de savoir comment le P. Gleize tire cette conclusion de l’article du P. Bouuaert. Le passage de l’article cité ci-dessus est une simple affirmation de la position de saint Robert Bellarmine concernant la situation d’un pape hérétique, et il dit que le pape perd sa charge s’il est hérétique. Cette affirmation n’est pas qualifiée d’opinion, mais d’affirmation de fait sur le droit canonique.

En plus de cet appel à l’autorité du P. Bouuaerts, le P. Gleize présente ses propres arguments contre l’affirmation de la Lettre Ouverte selon laquelle la tradition canonique de l’Église veut qu’un pape hérétique perde son office pontifical. Il souligne que la Lettre Ouverte cite un texte des Décrets du Gratien à l’appui de son affirmation. Les Décrets de Gratien sont un recueil de textes canoniques du XIIe siècle qui fut incorporé plus tard dans le Corpus iuris canonici, recueil de textes législatifs qui a servi de base au droit canon de l’Église latine jusqu’à la promulgation du premier Code de droit canonique en 1917. Le texte en question stipule que le pape ne peut être jugé par personne à moins que l’on ne découvre qu’il s’est écarté de la foi (“Hujus culpas redarguere præsumit mortalium nullus, quia cunctos ipse judicaturus a nemine est judicandus, nisi deprehendatur a fide devius,” (distal. XL, C.6). Le P. Gleize affirme que ce texte n’a pas d’autorité pour deux raisons : i) les Décrets de Gratien sont une collection privée plutôt qu’un texte officiel de l’Église et ii) le Corpus iuris canonici entier, y compris ce texte, a de toute façon été supprimé par la promulgation du Code de Droit Canonique de 1917, à moins que son contenu ne soit explicite ou implicitement inclus dans ce code ou ne soit des déclarations du droit positif ou de loi naturelle divine.

Le premier argument du P. Gleize pour rejeter le contenu de ce texte des Décrets est clairement invalide. Partant du principe que tous les textes des Décrets de Gratien n’ont pas force de loi, il ne s’ensuit pas qu’aucun texte des Décrets n’énonce une loi de l’Église. Cette argumentation permettrait de rejeter le principe juridique selon lequel le Siège apostolique n’est jugé par personne, puisque ce principe est énoncé dans les Décrets, et il l’est d’ailleurs dans le texte même des Décrets auxquels le Père Gleize s’oppose.

Le deuxième argument du P. Gleize soulève la question. Il suppose que le contenu de ce texte de Gratien n’est pas basé sur la loi divine positive ou la loi naturelle. Mais les canonistes et les théologiens qui ont cité ce texte à l’appui de l’affirmation selon laquelle un pape hérétique doit perdre sa charge ont soutenu que cette affirmation est fondée sur la loi divine positive et même sur la loi naturelle. Saint Robert Bellarmine le dit clairement, en soutenant sa thèse qu’un pape hérétique doit tomber de la papauté :

Il n’y a pas de fondement à ce que certains y répondent : que ces Pères se soient fondés sur le droit ancien, alors qu’aujourd’hui, par décret du Concile de Constance, ils sont les seuls à perdre leur juridiction qui sont excommuniés par leur nom ou qui agressent les clercs. Cet argument, je le dis, n’a aucune valeur, car ces Pères, en affirmant que les hérétiques perdent leur compétence, n’ont cité aucune loi humaine, qui n’existait peut-être d’ailleurs pas en relation avec la question, mais ont argumenté sur la base de la nature même de l’hérésie. Le Concile de Constance ne s’occupe que des excommuniés, c’est-à-dire de ceux qui ont perdu leur juridiction par sentence de l’Église, alors que les hérétiques, déjà avant d’être excommuniés, sont hors de l’Église et privés de toute juridiction. Car ils ont déjà été condamnés par leur propre sentence, comme l’enseigne l’Apôtre. (De Romano Pontifice, lib. II, chap. 30)

Jean de St. Thomas fait appel à la loi naturelle pour soutenir la revendication qu’un pape hérétique peut perdre son poste pour hérésie : “De plus, comme l’hérétique est un ennemi de l’Église, la loi naturelle offre une protection contre un tel Pape selon les règles de l’autodéfense, parce qu’elle peut se défendre contre un ennemi comme un Pape hérétique ; elle peut donc agir (en justice) contre lui” (In Secunda Secundae, q. 1 a. 7, disp. II, a. III).

L’argument de la loi divine positive est basé sur les textes scripturaires suivants :

“Et nous vous chargeons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de vous retirer de tout frère marchant dans le désordre et non selon la tradition qu’ils ont reçue de nous.” (2 Thess. 3:6 🙂

“Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans la maison et ne lui dites pas : Que Dieu te bénisse.” (2 Jean 1:10)

“Un homme hérétique, après la première et la deuxième réprimande, évite : sachant qu’il est ainsi, il est subverti et pèche, étant condamné par son propre jugement.” (Tit. 3:10-11)

“Mais si nous, ou un ange du ciel, vous annonçons un évangile autre que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème. Comme nous l’avons déjà dit, je le répète maintenant : Si quelqu’un vous prêche un évangile, en plus de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème.” (Gal. 1:8-9)

Ces arguments scripturaires sont soutenus par des enseignements magistraux. Le contenu du texte de Gratien est soutenu par l’enseignement de Grégoire le Grand, Moralia XXV c. 16 ; l’allocution du pape Hadrien II au Concile romain en 869, qui a été incorporé dans les actes du quatrième Concile de Constantinople (869-870) ; et l’enseignement du pape Innocent III, qui affirme que seul l’Église peut juger l’homme d’honneur (“propter solum peccatum quod in fide commititur possem ab Ecclesia judicari”). Le texte de Gratien est généralement cité par les canonistes et les théologiens comme exprimant simplement la conclusion établie par ces arguments des Écritures et de l’enseignement magistral. Ce texte est considéré comme dérivant et exprimant le contenu du droit positif divin et de l’enseignement de l’Église, plutôt que comme l’origine du principe juridique selon lequel un pape hérétique doit perdre la papauté.

La justification donnée par les théologiens et les canonistes pour le texte en gratien implique que le P. Gleize a tort de supposer que ce texte peut avoir été abrogé par les Codes de Droit Canonique de 1917 ou 1983. Le Code de 1917 stipule qu’il n’abroge pas les lois antérieures dérivées du droit naturel ou du droit positif divin[2]. Il stipule également qu’en cas de doute sur la question de savoir si une loi antérieure diffère du nouveau code, l’ancienne loi ne doit pas être rejetée[3]. Le Code de 1983 stipule que ” dans la mesure où ils répètent le droit antérieur, les canons de ce Code doivent être appréciés aussi selon la tradition canonique ” (can. 6 §2). Le Code de 1983 ne modifie pas les canons du Code de 1917 qui sont pertinents à la question d’un pape hérétique, de sorte que le contenu du Code de 1983 par rapport à cette question est le même que le contenu du Code de 1917.

Dans des écrits antérieurs sur la question d’un pape hérétique[4], le P. Gleize a soutenu que ces passages scripturaires n’exigent pas qu’un pape hérétique perde la papauté. Il prétend qu’ils exigent simplement qu’un pape hérétique soit évité, et que cela peut être fait tant que le pape en question conserve la charge papale. Mais cet argument est absurde. Le pape est la tête de l’Église, et l’Église ne peut éviter sa tête. Une personne qui a été anathèmatisée par l’Église ne peut pas non plus conserver la charge papale, ni aucune charge dans l’Église.

Les arguments du P. Gleize contre le consensus des canonistes et des théologiens manquent donc de force. Son propre point de vue sur la situation canonique par rapport à un pape hérétique n’est pas défendable. Il affirme que la seule loi pertinente à cette situation est le principe traditionnel affirmé au canon 1556 du Code de 1917 et au canon 1404 du Code de 1983, “le Siège apostolique n’est jugé par personne”. Si cette affirmation doit être utilisée pour soutenir sa position concernant un pape hérétique, nous devons nous abstenir de demander ce que signifie le canon 1404 et comment il doit être interprété. Nous ne pouvons pas demander comment l’occupant du Siège apostolique est déterminé, et en particulier, nous ne pouvons pas demander si l’hérésie conduit ou non à la perte de la charge papale. Cependant, il est évident que ces questions doivent être posées si nous voulons savoir comment obéir au canon. Si nous leur posons la question, nous trouvons que la réponse offerte par les canonistes est celle donnée dans le Nouveau Commentaire faisant autorité sur le Code de Droit Canonique :

“Canon 1404 – Le Premier Siège n’est jugé par personne.

Le canon 1404 n’est pas une déclaration sur l’impeccabilité ou l’inerrance personnelle du Saint-Père. Si, en effet, le pape tombait dans l’hérésie, il est entendu qu’il perdrait son poste. Tomber de la foi de Pierre, c’est tomber de sa chaise. [5]

La même réponse est donnée par tous les commentateurs du Code de 1917 concernant le canon 1557 §1.

La position du P. Gleize trahit une mauvaise compréhension de la nature des Codes de 1917 et 1983. La structure de ces codes est influencée par les codes européens de droit civil, dérivés du Code Napoléonien. La codification du droit canonique a produit un résultat beaucoup plus petit et plus organisé que la masse législative précédente dans le Corpus iuris canonici. Cette brièveté et cette organisation ne se font pas sans coût. Le coût est que les lois d’un tel code ne sont généralement pas explicites et ne peuvent souvent pas être comprises sans référence à une masse de documents juridiques qu’elles supposent nécessairement. Ce matériel comprend les définitions des termes standard, l’histoire de la législation antérieure, l’enseignement magistral concernant le contenu des lois, et le consensus des canonistes sur la portée et la signification des lois. Un tel matériel n’est pas constitué d’opinions théologiques indépendantes de la loi elle-même, à accepter ou à rejeter selon le jugement que l’on forme de la force de l’argumentation théologique faite. Ils sont une partie essentielle de la loi. Lorsque ces documents s’entendent sur une interprétation de la loi, c’est cette interprétation que les catholiques devraient interpréter la loi. Ils ne sont pas libres de le rejeter. Mais dans le cas d’un pape hérétique, cet accord existe. Il affirme qu’un pape hérétique ne peut pas conserver la fonction papale. Le P. Gleize a tort de rejeter cet accord comme une opinion théologique qu’il est libre de rejeter. C’est la loi de l’Église.

Le rejet de cette loi par le P. Gleize est mystérieux à la lumière de la position prise sur cette question par d’autres autorités de la SSPX. En 2015, John Salza et Robert Siscoe ont publié le livre True or False Pope ? Refuting Sedevantism and Other Modern Errors. Ce livre a été publié par STAS Editions, la maison d’édition du SSPX’s St. Thomas Aquinas Seminary à Winona, Minnesota. Le livre donne un bon aperçu des débats théologiques sur les papes hérétiques et vaut la peine d’être lu et même acheté. Salza et Siscoe décrivent les positions de Cajetan, Bellarmine, Suarez, et Jean de Saint Thomas sur la situation d’un pape hérétique et concluent que Jean de Saint Thomas avance la vue correcte. Le livre a une préface élogieuse de Mgr Bernard Fellay, alors supérieur général de la SSPX, qui déclarait : “Nous prions donc que le Vrai ou le Faux Pape ? trouve son chemin vers de nombreux catholiques de bonne volonté”. Il reçoit l’appui enthousiaste d’autres prêtres et universitaires de haut rang de la SSPX :

“Il donnera de la lumière à tous ses lecteurs.” -François Laisney, SSPX, ancien supérieur de district, USA

“Cet exposé clair de la doctrine catholique nourrira la foi de tous les catholiques de bonne volonté.” -Steven Reuter, SSPX, professeur, Séminaire St. Thomas Aquinas, Winona.

“Siscoe et Salza communiquent à leurs lecteurs un autre grand avantage : ils présentent patiemment et clairement l’enseignement constant de l’Église sur sa propre nature. -Paul Robinson, SSPX, professeur de théologie dogmatique, Holy Cross Seminary, Australie.

On ne voudrait pas calomnier ces clercs en les accusant d’être d’accord avec Jean de Saint Thomas quand ils s’opposent au sédévacantisme, mais en rejetant sa position comme non fondée quand il s’agit d’accuser le Pape François d’hérésie. Il faut donc les considérer comme étant d’accord avec la position de la Lettre Ouverte sur ce sujet et rejetant l’opinion du P. Gleize.

L’appui de Mgr Fellay à la position de la Lettre ouverte ne s’est pas limité à son approbation du livre de Salza et Siscoe. Il signa aussi la correction filiale adressée au Pape François, qui reprochait au pape de soutenir l’hérésie et lui demandait de répudier ses paroles et ses actes hérétiques.

Il est vrai que Mgr Fellay n’est plus le supérieur général de la SSPX. Le caractère de la nouvelle direction de la Société peut donner un indice de la position que la SSPX a prise envers la Lettre Ouverte. L’actuel supérieur général de la Société est le P. Davide Pagliarani, qui a été supérieur du séminaire SSPX à La Reja, Argentine, de 2012 jusqu’à son élection en 2018. Les nouveaux assistants du Supérieur général sont Mgr Alfonso de Galarreta et le P. Christian Bouchacourt. Mgr de Gallareta a également été recteur du séminaire de la Société en Argentine. Le P. Bouchacourt a été supérieur de district de la Société en Amérique latine de 2003 à 2014 et est connu pour avoir entretenu de bonnes relations avec l’archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio. La nouvelle direction de la SSPX semble donc avoir été choisie pour promouvoir de meilleures relations avec le Pape François. L’application de cette politique exige le rejet de la Lettre Ouverte. Il explique pourquoi la Société a choisi d’attaquer la lettre, indépendamment de la vilenie des raisons qu’elle invoque pour la rejeter.

Objection pratique à la lettre ouverte
L’attaque du P. Gleize sur la base canonique de la Lettre Ouverte a nécessité une discussion détaillée en raison de la complexité du sujet. Sa critique de la sagesse prudentielle de l’initiative peut être traitée plus brièvement. Le P. Gleize observe que si Mgr Lefebvre pensait que Paul VI et Jean-Paul II encourageaient l’hérésie, et aurait pu parfois être considéré comme l’ayant exprimée, il ne les a jamais accusés d’être hérétiques et les a toujours acceptés comme des papes légitimes. Le P. Gleize affirme que cette politique ne devrait être modifiée qu’en cas de changement de circonstances. Il reconnaît que certaines personnes prétendent que les circonstances ont en fait changé, parce que le pape François a franchi des limites que ses prédécesseurs respectaient. Cependant, le P. Gleize nie qu’il y ait une différence significative entre le Pape François et ses prédécesseurs. Il justifie cette conclusion de la manière suivante :

En fait, les circonstances n’ont pas beaucoup changé. D’une part, Rome continue à se distancier de la tradition doctrinale à cause des erreurs du Concile, erreurs qui n’ont pas changé, même si quelques concessions ont été faites pour tolérer certains aspects de la Tradition en matière disciplinaire ou liturgique. D’autre part, cette distanciation, bien qu’elle se soit accrue du fait de son extension de la doctrine à la morale, conserve la même racine, qui est la fausse idée de la liberté de conscience. [6]

La prémisse de cet argument est douteuse. Une fausse idée de la liberté de conscience est sans doute l’une des racines des erreurs théologiques que l’on peut attribuer aux Papes Paul VI, Jean-Paul II et François, mais ce n’est pas la seule. La correctio filialis décrit quelques-unes des autres sources intellectuelles des hérésies du pape François, dont le modernisme et les idées de Martin Luther. En tout cas, l’argument du P. Gleize est un non sequitur. Admettons, à des fins d’argumentation, que les idées et déclarations discutables de Paul VI, Jean-Paul II et François ont certaines des mêmes sources, ou même exactement la même source. Cela n’empêcherait pas François d’aller plus loin que ses prédécesseurs et de le faire d’une manière qui signifie qu’il est un hérétique formel là où ils ne l’étaient pas.

La conclusion pour laquelle le P. Gleize plaide est aussi évidemment fausse. Toute personne informée peut citer plusieurs aspects dans lesquels François s’est montré beaucoup plus hostile à la Foi que ses prédécesseurs. Par exemple, Paul VI et Jean-Paul II ont tous deux fait des déclarations magistrales fortes pour défendre les vérités de la foi qui étaient largement remises en question – Paul VI dans Mysterium Ecclesiae, par exemple, et Jean Paul II dans Veritatis Splendor et Fides et Ratio. Francis n’a jamais fait ça. Au contraire, il a délibérément répudié l’enseignement de nombreux documents de Jean Paul concernant les vérités morales divinement révélées. Ses nominations épiscopales montrent une politique délibérée de nommer uniquement des hérétiques et d’exclure autant que possible les croyants orthodoxes, ce que Paul VI et Jean-Paul II n’ont pas fait. La Lettre ouverte fournit un cas détaillé de l’hétérodoxie de François, auquel les lecteurs peuvent se référer.

Conclusion
La Maison générale de la SSPX conclut sa critique de la Lettre ouverte par cette exhortation : “Que faire ?”, demandent certains. Sans esprit de clocher ni orgueil mal placé, nous pouvons dire qu’il y a un exemple à suivre, celui de l’Athanase des temps modernes – Mgr Marcel Lefebvre.” Cette conclusion peut être acceptée de tout cœur par ceux qui approuvent la Lettre Ouverte. La partie pertinente de l’exemple de Mgr Lefebvre est que, face à une crise sans précédent, il a fait quelque chose pour y remédier. C’est ce que la Lettre Ouverte a fait dans le cas du Pape François.

1] Il ne peut être question de jugement et de déposition d’un Pape dans le sens propre et strict des mots. Le vicaire de Jésus Christ n’est soumis à aucune juridiction humaine. Son juge direct et immédiat est Dieu seul. Si donc d’anciens textes conciliaires ou doctrinaux semblent admettre que le pape puisse être déposé, ils sont sujets à distinction et rectification. Dans l’hypothèse, invraisemblable d’ailleurs, où le Pape tomberait tomberait dans une hérésie publique et formelle,il ne serait pas privé de sa charge par un jugement des hommes, mais de par son propre fait, puisque l’adhésion formelle à une hérésie l’exclurait du sein de l’Église. (P. Clayes Bouuaert,’Déposition’, dans Raoul Naz ed, Dictionnaire de droit canonique, vol. IV : Condition-Droits acquis[Paris : Letouzey et Ané, 1949], col. 1159.)

2] Can. 6 §6 : “Si qua ex ceteris disciplinaribus legibus, quae usque adhuc viguerunt, nec explicite nec implicite in Codice contineatur, ea vim omnem amisisse dicenda est, nisi in probatis liturgicis libris reperiatur, aut lex sit iuris divini sive positivi sive naturalis.

3] Can. 6 §4 : “in dubio num aliquod canonum praescriptum cum veteri jure discrepet, a veteri jure non est recedendum.”

4] “Does the Pope who falls into heresy lose his investiture in the Primate?”, Courrier de Rome, no. 595, January 2017. This can be found at laportelatine.org/publications/press/press/rome_mail/2017/1701cdr595.pdf.

5] New Commentary on the Code of Canon Law, John P. Beal, James A. Coriden, and Thomas J. Green eds. (New York: Paulist, 2000), p. 1,618.

6] “Indeed, circumstances have not changed substantially: on the one hand, Rome remains as far away from Tradition in doctrinal matters as ever, because of the Council’s unchanged errors, even if some concessions have been made, in order to tolerate a certain part of Tradition in disciplinary or liturgical matters; on the other hand, this distance, to worsen in extent, because it extends from the dogmatic to the moral level, remains the same in its root, which is the false idea of the freedom of conscience.”

 

Le vrai Newman: anti-libéral et anti-moderniste

Corrispondenza Romana | Agenzia di informazione settimanale

(Cristina Siccardi) En martelant et en frappant, on peut faire penser aux gens à tout et à l’opposé de tout, en les enivrant de faussetés : que l’homme descend du singe (Darwin), que la religion est l’opium du peuple (Marx), que les juifs doivent être exterminés (nazisme), que les anticommunistes doivent être annihilés (stalinisme), que l’homosexualité doit être propagée, que l’avortement est aussi bon que l’euthanasie, que la “conversion écologique” est indispensable… Ainsi, mensonge après mensonge, au temps de la dictature relativiste, le grand saint cardinal John Henry Newman (1801-1890), qui a combattu de façon titanesque le libéralisme, en a fait un libéral à part entière, puisque L’Osservatore Romano rapporte la veille de sa canonisation le 13 octobre dernier, par la voix de Charles d’Angleterre, Prince de Galles, fils aîné de la reine Elizabeth, Primat de l’Eglise anglicane : “Newman représentait la vie de l’esprit contre les forces qui dégradaient la dignité humaine et la destinée humaine. A l’époque où il est arrivé à la sainteté, son exemple est plus nécessaire que jamais : pour la manière dont, au mieux, il a su défendre sans accusation, désapprouver sans mépris et peut-être surtout pour la manière dont il a su voir les différences comme des lieux de rencontre et non d’exclusion”. Continuer la lecture de « Le vrai Newman: anti-libéral et anti-moderniste »