FRATELLI TUTTI : LA GLOIRE DE L’HOMME AU PLUS HAUT NIVEAU

by Jules Gomes  •  ChurchMilitant

L’encyclique de François “pleine de son et de fureur ne signifiant rien”.

Les mauvais écrivains ont besoin de bons rédacteurs. Le pape François a besoin d’un bon plombier. Les canalisations de Santa Marta ont provoqué une fuite titanesque. Les 43 000 mots de Fratelli Tutti inondent la place Saint-Pierre, et Grzegorz Brzęczyszczykiewicz – l’élite des plombiers polonais du Vatican – est aussi déconcerté qu’un parachutiste en chute libre dont la cordelette est emmêlée dans la fermeture éclair de son pantalon.

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Fratelli Tutti : la verbosité sur les stéroïdes

Fratelli Tutti, la dernière encyclique de François, est une véritable bacchanale de verbosité. Elle est plus longue que Jérémie – le plus long livre de la Bible. Jérémie (et ses rédacteurs) se lèvent, parlent et se taisent en utilisant 22 285 mots hébreux. La bouteille d’encre du pape François déborde. Il réduit son clavier en bouillie. Il double presque l’exploit de Jérémie. Il est fini !

La plus longue encyclique de l’Eglise sort des entrailles du Vatican comme le Léviathan, le monstre marin mythique, dans le livre de Job : “Pouvez-vous tirer le Léviathan avec un hameçon, ou presser sa langue avec une corde ? Pouvez-vous lui mettre une corde dans le nez ou lui percer la mâchoire avec un hameçon ?

Ou, comme Holopherne le dit bien dans le livre de Shakespeare, Love’s Labour’s Lost : Le pape François “tire le fil de sa verbosité plus fin que l’agrafe de son argumentation.”

Alors que les classes catholiques bavardent dans la prose douloureusement lourde du verbiage dense de l’encyclique, Job offre une pépite de sagesse dans l’interprétation du Léviathan de François : “Tout espoir de le capturer sera déçu ; les dieux n’ont-ils pas été bouleversés à sa vue ?”

Saint Paul a écrit sa première lettre aux Corinthiens alors que l’église embryonnaire de Corinthe se noyait dans un tourbillon de paroles. La diarrhée des mots d’une secte surnommée les Sophistes entraînait une constipation de la théologie. La secte des Sophistes prêchait une spiritualité biaisée en utilisant “des mots, des mots, des mots” – comme le ferait Hamlet en réponse à Polonius.


L’Évangile de Fratelli Tutti est la bonne nouvelle d’un Dieu sans colère qui a amené les hommes sans péché dans un Royaume sans jugement grâce aux ministères d’un Christ sans croix.


Les chrétiens de Corinthe, selon une récente étude du Nouveau Testament, imitaient les Sophistes et invalidaient la puissance de la Croix du Christ en substituant la “sagesse” humaniste à la “sagesse de la Croix”.

Comme le pape François, les Sophistes étaient “enivrés par l’exubérance de leur verve” et chantaient le refrain humaniste de “Gloire à l’homme au plus haut des cieux”.

L’humanisme des Sophistes était basé sur la philosophie de Protagoras qui élevait “l’homme comme la mesure de toutes choses”.

“A propos des dieux”, écrivait Protagoras, “je suis incapable de savoir s’ils existent ou non, ni à quoi ils ressemblent dans la forme, car il y a beaucoup de choses qui entravent la connaissance sûre – l’obscurité du sujet et la brièveté de la vie humaine”.

Fratelli Tutti fait écho à l’humanisme protagore avec des expressions futiles comme “humanité partagée”, “humanité commune” et “nouvelle humanité” qui ponctuent l’encyclique comme des contrepoints dans une toccata et une fugue de Bach.

Mais, comme le rapporte Church Militant, “le pontife ne mentionne pas le “salut” ou le caractère unique de Jésus et de son œuvre salvatrice sur la croix, même une seule fois dans les huit chapitres de son encyclique”.


Comme le pape François, les Sophistes étaient “enivrés par l’exubérance de leur verve” et chantaient le refrain humaniste de “Gloire à l’homme au plus haut des cieux”.


François pousse l’idée “naïvement optimiste” d’un royaume à venir qui est “tout accomplissement de la promesse sans jugement”, selon les mots de l’éthicien H. Richard Niebuhr. La nouvelle humanité de François a une “vision unilatérale du progrès qui voit la croissance du blé mais pas celle de l’ivraie, la cueillette du grain mais pas la combustion de l’ivraie”.

L’évangile de Fratelli Tutti est la bonne nouvelle d’un “Dieu sans colère qui a amené les hommes sans péché dans un Royaume sans jugement grâce aux ministères d’un Christ sans croix”, comme Niebuhr l’a prophétiquement souligné dans son livre Le Royaume de Dieu en Amérique.

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Tapisserie de Raphaël représentant Saint Paul prêchant à Athènes

Saint Paul répondra à la folie du Sophérisme et à la fatuité de Fratelli Tutti par sa proposition : “Car ce n’est pas pour baptiser que le Christ m’a envoyé, mais pour annoncer l’Évangile ; non par des paroles de sagesse, afin que la Croix du Christ ne soit pas vidée/vide et rendue vaine.”

L’Apôtre déclare ce qu’il considère “de première importance” – “que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures”.

Le Sophistère divisait l’église corinthienne parce que ses colporteurs étaient gonflés d’orgueil. Russell Kirk, dans son livre The Roots of the American Order, suggère que c’est le Sophistère qui a sonné le glas de la civilisation grecque.

La servante de la verbosité est la pompe. Dans Fratelli Tutti, la verbosité et la pompe s’embrassent sans masque comme le pape François et le grand imam Ahmed al-Tayyeb dans une étreinte passionnée.

Bergoglio se cite lui-même ad nauseam – plus souvent qu’il ne cite Jésus, la Bible ou les papes précédents. L’encyclique cite 292 sources non bibliques dans 288 notes de bas de page. Parmi celles-ci, 172 proviennent de ses propres écrits. François, le pontife de l’écologie, nous rappelle si souvent combien il aime entendre la mélodie de la création. Il aime aussi entendre la cacophonie de sa propre voix.

La pompe pontificale se reflète également dans l’arrogance de François dans l’interprétation des autres religions : “Le commandement de la paix est inscrit au plus profond des traditions religieuses que nous représentons”, affirme-t-il, et la “violence religieuse” est le résultat d’une “déviation des enseignements religieux” et d’une “manipulation politique des religions”.

Le Grand Panjandrum a même le bon sens d'”annuler” la Bible sur la peine de mort, Saint Augustin sur la guerre juste, et le Pape Léon XIII sur la propriété privée. “Dans le pontificat actuel, je soutiens qu’il est devenu tout simplement impossible de mettre en adéquation les déclarations du pape avec celles de ses prédécesseurs”, écrit Phil Lawler, auteur de Lost Shepherd : How Pope François is Misleading His Flock.


Le pape François tire le fil de sa verbosité plus fin que l’agrafe de son argument.


Fratelli Tutti est l’épitaphe de François à une église de Nice post-Vatican II mourante qui a substitué à la croix du Christ la logorrhée du bavardage psycho-éco, du marxisme culturel, du déisme thérapeutique moraliste et du discours mondialiste flatulent des Nations unies.

Il est amusant de constater que le manifeste du parti démocrate pour l’élection de 2020 correspond au penchant papal pour la diarrhée verbale avec un décompte de 42 889 mots.

L’église et la théologie chrétiennes ne deviennent pertinentes pour les problèmes du monde moderne que lorsqu’elles révèlent le “noyau dur” de leur identité dans le Christ crucifié”, a écrit Jürgen Moltmann dans Le Dieu crucifié.

Dans cette épreuve décisive, Fratelli Tutti échoue irrémédiablement. François, comme les Sophistes, a annulé la croix du Christ. Jésus le sauveur est redondant par rapport au projet de “fraternité humaine” du pape.

Sans le Christ, Fratelli Tutti est, selon les mots de Shakespeare, “une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, ne signifiant rien”.

Au mieux, les passages fugaces de ce tortueux opus magnum seront salués par les larbins de François pour ce que les Allemands appellent “Binsenweisheit” – poliment traduit par l’énoncé d’une évidence saignante, par exemple : “Mais trop vite, on oublie les leçons de l’histoire”. Vraiment ? Je ne l’aurais pas su si le pape ne me l’avait pas dit !

Au pire, Fratelli Tutti est, selon les mots de Saint Paul aux Galates, un “évangile différent”. Et, exhorte saint Paul, “même si nous ou un ange du ciel vous annonçons un évangile contraire à ce que nous vous avons annoncé, que celui-ci soit anathème !”