L’écologie intégrale : un concept confus

LBQ – Le concept d'”écologie intégrale” indiqué par le pape François dans le “Laudato Yes” est aujourd’hui fait par beaucoup, pour être correctement compris il a des exigences à la fois conceptuelles et pratiques, en dehors desquelles il devient une source de confusion. Essayons d’en voir quelques uns.

Le mot “intégral”, pour le lire de manière positive, signifie qu’il concerne tous les aspects d’un certain objet. Comme quand on parle de développement humain intégral ou de pain avec de la farine. Rien n’est laissé de côté dans la considération intégrale. Le mot écologie, en revanche, est utilisé pour l’environnement naturel, c’est-à-dire non pas de manière intégrale, mais sectorielle. L’écologie intégrale signifierait donc que l’écologie naturelle devrait également être étendue à d’autres secteurs, à une écologie humaine, à une écologie de la vie, à une écologie de la famille, à une écologie sociale, spirituelle, éducative, etc. Dans ce sens, le mot écologie signifie physiologie et exhaustivité de la perspective.

La question devient alors la suivante : on peut partir de l’écologie environnementale et l’étendre ensuite à d’autres domaines, ou on peut partir d’autres domaines et étendre leur écologie à l’écologie environnementale. Dans le sens actuel de l’écologie intégrale, nous suivons la première voie, qui est réductrice et erronée, car elle voudrait tirer le maximum du minimum. La bonne voie est l’inverse : l’écologie environnementale sera le fruit, et non la cause, de l’écologie humaine, spirituelle et – il faut aussi ajouter – religieuse. En suivant la première voie, en revanche, l’écologie environnementale est considérée comme la matrice de toute autre écologie, comme un critère fondateur qui est respecté et qui est également respecté par d’autres formes d’écologie dans d’autres domaines de la vie. Pendant le synode sur l’Amazonie, nous avons vu cette perspective menée à l’extrême, comme si les gens devaient apprendre de la nature, s’inspirer pour leurs relations (qui sont d’ordre moral, spirituel et religieux) des dynamiques naturelles (qui sont d’ordre matériel), avec la célébration du primitivisme comme modèle de relations naturelles.

En suivant cette voie, il arrive aussi que l’écologie environnementale, en plus d’être la source normative de l’écologie intégrale, devienne son terrain d’essai. Si, à l’occasion de la Première Communion, le curé donne aux enfants un plant à planter, le respect de la nature devient la première forme d’exercice de la nouvelle vie acquise par les Sacrements. Si les paroissiens sont invités à adopter un arbre et à lui donner un nom, l’effet est le même.

Dans la notion d’écologie intégrale, il y a donc un défaut conceptuel (à comprendre comme une extension de l’écologie environnementale) et un défaut pratique (à prendre comme critère principal de la qualité des actions).

Nous en arrivons maintenant à une autre exigence du concept d’écologie intégrale si l’on veut le comprendre correctement. L’engagement en faveur de l’écologie environnementale doit toujours être accompagné – dans la pratique et dans les déclarations – par un engagement dans les autres domaines de l’écologie intégrale que nous avons considérés comme prioritaires. Aujourd’hui, en revanche, les paroisses (je dirais toutes sans exclusion) parlent beaucoup d’écologie environnementale mais ne parlent jamais de l’écologie de la vie humaine, ne disant plus un mot sur le fléau de l’avortement. Il s’agit d’un grave déséquilibre qui brouille les idées des fidèles de manière radicale. Je souligne que ce déséquilibre est également évident au niveau du magistère épiscopal et pontifical.

Une conséquence de ce que l’on vient de voir est qu’il ne faut pas collaborer dans le domaine de l’écologie environnementale avec des réalités sociales et religieuses qui contredisent dans leur idéologie et leur travail les exigences de l’écologie humaine. Aujourd’hui, au contraire, l’idée de collaborer avec tous dans le domaine de l’écologie environnementale prévaut, même avec les mouvements qui prônent l’avortement ou le suicide ou la location d’utérus. Voici un autre exemple évident qu’en écologie intégrale, la matrice qui est étendue au reste est l’écologie environnementale. Le 9 juillet 2020, le pape François a rencontré Giorgio Petrini à la Casa Santa Marta et de cette rencontre le livre “Terrafutura”. Dialogues avec le pape François sur l’écologie intégrale” (éditions Giunti). La matrice culturelle de l’activité de Petrini dans le domaine de la gastronomie, qui trouve son origine au sein de l’ARCI, ne se combine pas du tout avec la vision catholique de l’écologie intégrale. Cela donne l’impression qu’il suffit de promouvoir le slow-food pour contribuer à l’écologie intégrale.

La notion d’écologie intégrale est confuse et déroutante. La principale erreur de formulation est de partir de l’écologie environnementale et de la comprendre comme une matrice et une cause plutôt que comme un effet et une conséquence : à l’heure actuelle, il n’y a aucune référence à la Terre nourricière dans les documents du Magistère. D’où des erreurs pratiques, comme se taire sur l’écologie humaine pour parler des arbres ou des oiseaux ou collaborer avec des associations et des mouvements pour la protection de la faune mais pas pour celle de la vie humaine ou familiale (Stefano Fontana).