La franc-maçonnerie qui a préparé la brèche de Porta Pia

LBQ – Rino Cammilleri

Lorsque Napoléon le Grand fut vaincu en 1814, puis, définitivement, en 1815, son empire s’effondra avec lui et la Restauration continua. Déjà, mais dans l’ancien Royaume d’Italie, les loges comptaient « pas moins de 20 000 affiliés, coïncidant en grande partie avec la classe dirigeante ». Ils, laissez les eaux se calmer, ont commencé à jeter les bases de ce qu’on appelait la Résurgence. Cela en 1870 a terminé, et pour toujours, le travail.

Le 150e anniversaire de la Breccia di Porta Pia et du vol de Rome au Pape par la Savoie a été célébré, à cause de Covid, presque en catimini, aussi à cause de la coïncidence avec les élections, si seulement les fanfares des bersaglieri distrayaient le peuple du rite le plus sacré de la laïcité. Ceux qui suivent les écrits d’Angela Pellicciari, notre signature, savent bien que l’obsession de détruire le pouvoir temporel de l’Église était ancienne et constituait le point fixe de l’organisation qui, plus que toute autre, incarnait la ” laïcité “, la Franc-maçonnerie. Même Proudhon, célèbre idéologue révolutionnaire de la première moitié du XIXe siècle, était convaincu qu’en lui retirant la chaise sur laquelle elle s’asseyait, l’Église se dissoudrait.

En fait, l’athée ne pouvait pas penser différemment, puisqu’il ne pouvait concevoir que des réalités terrestres. Et il faut dire qu’il n’avait pas tort : l’Église a toujours un État, un très petit État, mais elle en a un ; sinon, elle finirait comme à l’époque de la soi-disant captivité avignonnaise, pendant soixante-dix ans otage du roi de France, des papes français, des cardinaux français. Qui a suivi les quarante années dévastatrices du schisme occidental, avec pas moins de trois papes, dont aucun n’est “émérite”.

De retour à Porta Pia, ce n’était pas la première fois que le pape devait partir. Au Moyen Age, il avait dû le faire à de nombreuses reprises, mais le premier coup d’Etat idéologique fut le coup d’Etat jacobin de la première République romaine, avec Pie VI envoyé pour mourir en prison. Napoléon suivit, qui déporta Pie VII. Il faut noter que pour ce dernier, être prêtre est plus important qu’être souverain, à tel point qu’il refuse catégoriquement de déclarer le mariage religieux de Napoléon avec Joséphine Tascher de la Pagérie, veuve Beauharnais, pour lui permettre d’épouser Marie-Louise de Habsbourg (dont le père, empereur d’Autriche, avait cédé au maître de l’Europe pour éviter plus d’ennuis).

Mais c’est Rome qu’ils voulaient, les loges. Le temps de naître et le fils de Napoléon et de Marie-Louise est immédiatement créé Roi de Rome. L’historien de la franc-maçonnerie Aldo A. Mola, dans un long article du “Giornale del Piemonte e della Liguria” consacré au 150ème anniversaire, écrit que le fait “a sanctionné l’inclusion de la Ville éternelle dans un horizon qui, pour simplifier, peut être configuré comme néo-païen avec des suggestions de l’Egypte ancienne”. En 1811, à Milan, pour célébrer l’événement, les hauts dignitaires maçonniques du Royaume d’Italie se réunirent dans une “salle décorée avec la représentation du mariage de la Terre avec le Ciel, les orgies de Bacchus, les mystères de Cybèle et d’autres bizarreries”. Et ils acclament “la naissance d’Or (Napoléon II, le Loweton – fils du maître maçon), d’Osiris, ou plutôt de Napoléon le Grand “notre frère et protecteur de l’ordre maçonnique dans l’Empire de France et dans le Royaume d’Italie” (d’où le procès-verbal des “Travaux maçonniques”, ndlr), et de son épouse Marie Louise de Habsbourg (Isis)”.

Lorsque Napoléon le Grand fut vaincu en 1814 puis, définitivement, en 1815, son empire s’effondra avec lui et la Restauration fut effectuée. Oui, mais dans l’ancien royaume d’Italie, les loges comptaient “pas moins de 20 000 affiliés, coïncidant largement avec la classe dirigeante”. Celles-ci, en laissant les eaux se calmer, ont commencé à jeter les bases de ce que l’on a appelé le Risorgimento. Qui en 1870 a achevé, et pour toujours, le travail.

Mola souligne que le premier à utiliser le mot “Risorgimento” était un prêtre (tout comme Mola dans une autre de ses œuvres indique dans un autre prêtre le véritable auteur de l'”Hymne de Mameli”). Ce prêtre s’appelait Saverio Bettinelli, c’était un savant d’une certaine renommée et “il n’a pas manqué de rencontrer Voltaire à Genève”. En 1775, il a publié Il risorgimento d’Italia…after the year 1000. J’avais presque oublié : il était jésuite.