Quand les catholiques sont-ils tenus d’obéir à leurs évêques ?

LIFESITENEWS – Dr Joseph Shaw

« Ils ne peuvent pas nous plier à leur volonté humaine, et ils ne peuvent pas nous imposer leurs opinions sur des questions non spirituelles, aussi bonnes que soient leurs intentions »

Les lecteurs peuvent être surpris, ou scandalisés, par le fait que des catholiques comme moi, qui critiquent les évêques qui semblent pousser la pratique de la communion dans la main pendant l’épidémie de COVID-19, minimisent l’importance de la vertu d’obéissance. Ayant critiqué une vision de l’obéissance, je voudrais donc dire quelque chose de positif sur l’obéissance.

L’obéissance est en effet une merveilleuse vertu. Nous ne devrions pas la considérer comme une vertu passive ou efféminée, mais comme une vertu primaire du soldat. Les chrétiens sont, après tout, des soldats du Christ, et c’est le thème constant de la spiritualité catholique traditionnelle que nous devrions surmonter notre volonté propre afin de nous conformer à la volonté de Dieu. C’est, après tout, ce qu’est l’amour de Dieu : “Si vous m’aimez, obéissez à mes commandements” (Jean 14:15). En outre, nos supérieurs religieux exercent sur nous l’autorité de Dieu, et pour la plupart d’entre nous, la possibilité d’obéir à Dieu dans des domaines spécifiques se présente sous la forme de l’obéissance à Dieu dans nos supérieurs.

Les difficultés que les catholiques modernes ont rencontrées en matière d’obéissance sont en partie dues au fait que les auteurs spirituels de ces derniers siècles considèrent comme allant trop de soi qu’ils ne parlent pas d’obéir à nos supérieurs en matière de péché, ou d’obéissance “inconsidérée” alors que ce qui nous est commandé pourrait être un péché ; ni de questions qui dépassent la compétence de nos supérieurs, ou de commandements qui ne favorisent pas le bien commun.

Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin adoptent une ligne si stricte sur ce dernier point qu’il semble que les commandements qui sont bien intentionnés mais qui ne vont pas réellement faire du bien ne comptent pas du tout comme des commandements valables, puisque pour eux la définition même d’un commandement implique la promotion du bien commun. Nous pouvons laisser une petite marge de manoeuvre sur des questions où notre jugement de ce qui va promouvoir le bien commun ne sera peut-être pas meilleur que celui d’un supérieur, mais il reste que pour les grands Pères et les docteurs de l’Eglise, l’obéissance consiste à laisser de côté nos propres intérêts pour ceux de la communauté, sous la direction de la personne chargée de promouvoir ce bien commun, et non pas du tout à s’asservir à une autre volonté humaine, quelle que soit la dignité de la fonction.

La seconde alternative ne serait pas un substitut à l’obéissance à Dieu, mais plutôt à l’obéissance à Satan, qui est le chef des tyrans humains, gouvernés comme ils le sont par leurs passions.

L’idée que le commandement du supérieur est le commandement de Dieu pourrait être très dangereuse si l’on ne se souvient pas qu’elle contient en elle-même cette importante limitation : que nous devons obéir à Dieu plutôt qu’à l’homme (Actes 5:29). Si nous considérons notre évêque – comme nous devrions le faire – comme exerçant une autorité de Dieu, et que nous nous engageons donc à lui obéir comme une façon d’obéir à Dieu lui-même, nous ne pourrions jamais imaginer que cela impliquerait de désobéir à la volonté de Dieu. Cela ne signifie pas seulement que nous ne devons pas obéir à l’évêque en enfreignant les dix commandements, mais que ce n’est pas une véritable obéissance que de réaliser les désirs de l’évêque, s’il les abrite, de nuire aux âmes de quelque manière que ce soit.

Beaucoup d’entre nous, catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, ont été très satisfaits en 2011 lorsque nos évêques ont réimposé l’obligation d’abstinence du vendredi : nous sommes désormais obligés de nous abstenir de viande tous les vendredis de l’année, sauf s’il s’agit d’une solennité. Il en a été de même en 2017, lorsque nos évêques ont réimposé l’obligation d’aller à la messe aux dates traditionnelles des fêtes de l’Ascension et de l’Épiphanie, qui avaient été déplacées au dimanche le plus proche. Nous devrions nous réjouir, de la même manière, de l’autorité que les prêtres ont sur nous au confessionnal, pour donner ou refuser l’absolution et nous imposer une pénitence. Ces exercices d’autorité sont pour notre bien spirituel : il est facile de voir à quel point ils nous sont bénéfiques, et les inconvénients mêmes auxquels ils peuvent nous exposer peuvent être une source de grâce lorsqu’ils sont acceptés avec humilité.

L’obéissance peut être difficile, lorsqu’on nous demande de faire quelque chose de difficile ou de dangereux pour le bien commun, comme lorsqu’on demande à un prêtre de servir une communauté éloignée et appauvrie. L’obéissance a une valeur particulière – et c’est un thème favori des auteurs spirituels – par rapport à la pénitence, puisque les pénitences que nous choisissons pour nous-mêmes peuvent être une source de fierté spirituelle, un problème qui est atténué si la pénitence nous est imposée par un supérieur.

Cependant, l’autorité des évêques et des prêtres sur les laïcs catholiques est en fait extrêmement limitée, et ne va guère au-delà du genre d’exemples que nous venons de donner. Ils ne peuvent pas nous plier à leur volonté humaine, et ils ne peuvent pas nous imposer leurs opinions sur des questions non spirituelles, aussi bonnes que soient leurs intentions. Par-dessus tout, ils ont le pouvoir de faire le bien et de ne jamais faire le mal.