Scandale d’abus homosexuels et dissimulation pendant le pontificat de Benoît XVI secoue le Vatican

Mgr Christoph Kühn (de gauche à droite), ancien chef du Département germanophone de la Section I du Secrétariat d’État du Saint-Siège; Mgr Erwin Josef Ender, nonce apostolique en Allemagne; Benoît XVI; Le Président fédéral Horst Köhler lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, en Allemagne, le 19 août 2005.

LIFESITENEWS – Par John-Henry Westen

En 2002, l’Église catholique a été ébranlée par la révélation publique d’abus sexuels perpétrés par le clergé catholique. Si les abus sexuels dans toutes les professions n’étaient pas nouveaux, ils suscitaient une répugnance particulière au sein du clergé. Mais plus que cela, les nouvelles révélations ont mis en lumière le rôle des évêques eux-mêmes dans la crise, car elles ont clairement montré qu’ils avaient permis à des prêtres connus pour leurs abus sexuels de rester impunis et d’être transférés dans d’autres paroisses ou diocèses où ils allaient parfois même de nouveau commettre des abus.

Six mois après que les révélations aient fait surface dans le Boston Globe, les évêques américains ont publié leur “Charte de Dallas”. Tout en stipulant une politique de tolérance zéro pour les prêtres sexuellement abusifs, elle a été critiquée pour ne pas avoir abordé le rôle des évêques eux-mêmes dans le scandale. La charte, qui excluait les responsabilités des évêques, était dirigée par le cardinal Theodore McCarrick et l’archevêque Wilton Gregory, alors président de l’USCCB.

Le pape Jean-Paul II a rencontré les cardinaux américains pour aborder la question à la suite de l’éclatement du scandale en 2002, puis en 2004 avec les évêques américains. Le pape Benoît XVI a lui aussi tenu de nombreuses réunions sur le scandale des abus.

Néanmoins, le Vatican lui-même a fait l’objet d’un examen minutieux pour sa gestion des abus dès le début. La réputation du pontificat du pape Jean-Paul II a été considérablement entachée lorsque les révélations d’abus sexuels du fondateur de la Légion du Christ, le père Marcial Maciel, ont été mises au jour. Une source proche du Pape Jean-Paul II a déclaré à LifeSite que Jean-Paul II ne pouvait pas se résoudre à croire les accusations puisque Maciel se faisait passer pour un conservateur, et dans la Pologne natale de Jean-Paul, les communistes accusaient souvent des prêtres fidèles d’abus sexuels afin de nuire à leur réputation.

Un groupe de huit anciens séminaristes légionnaires s’est d’abord rendu au Vatican pour porter plainte pour abus en 1998, mais il a fallu attendre 2006 pour que Maciel soit retiré de tout ministère public, et seulement après l’élection du pape Benoît XVI.

Juste avant cela, fin 2005, Benoît XVI a pris des mesures décisives pour réaffirmer l’interdiction des hommes homosexuels dans les séminaires, en réponse au constat que la grande majorité des abus perpétrés par les prêtres étaient de nature homosexuelle.

Néanmoins, il semble qu’un autre scandale d’abus homosexuels se soit déroulé discrètement au Vatican en même temps que Maciel. Alors que le pape Benoît lui-même et le reste de l’Église exprimaient publiquement leur chagrin, rencontraient les victimes d’abus et promettaient des réformes, les hauts responsables du Vatican se servaient du même vieux livre de tactique pour mal traiter les allégations crédibles d’abus sexuels dans les propres murs du Vatican.

Les tribunaux pénaux allemands sont actuellement saisis d’une affaire dans laquelle deux prêtres allèguent avoir été victimes d’horribles abus sexuels de la part d’un haut fonctionnaire de la Secrétairerie d’État du Vatican, Monseigneur Christoph Kühn.

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Monseigneur Christoph Kühn en compagnie de la future chancelière allemande Angela Merkel lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, Allemagne, le 19 août 2005. SOURCE : KNA

Monseigneur Florian Kolfhaus et un deuxième homme – un ancien prêtre – affirment tous deux que Kühn les a violemment contraints à des actes sexuels masochistes.

Mgr Kolfhaus a déposé une première plainte contre Kühn au Vatican en 2006. Il témoigne que ses abus ont eu lieu dans les bureaux de la Secrétairerie d’État, ainsi que dans la Casa Santa Marta, une résidence pour les prélats du Vatican.

Mais il semble qu’aucune enquête officielle n’ait été ouverte avant 2019, malgré le fait que le rapport de l’archevêque Carlo Maria Viganò, délégué pour les représentations pontificales, ait été présenté aux supérieurs de la Secrétairerie d’État le 3 juillet 2006.

L’autre prêtre est devenu laïc depuis et est maintenant un homosexuel pratiquant et un activiste LGBT. Il a donné son témoignage pour la plainte Kolfhaus qui est actuellement en cours en Allemagne. Dans les dossiers du tribunal, on trouve également un message WhatsApp (vu par LifeSite) de Kühn à son intention (à partir d’avril 2017), dans lequel le Monseigneur lui offre un soutien financier futur si le prêtre laïcisé l’aide à se disculper des allégations portées contre lui.

Le lundi 7 septembre, Kolfhaus aura sa première audience au diocèse d’Eichstatt, le diocèse d’origine de Kühn.

Kühn a été le chef de la section allemande de la Secrétairerie d’État au Vatican de 2001 à 2008. À ce poste, il était chargé de contrôler les prêtres et les évêques d’Allemagne pour les élévations, et à ce titre, il avait accès à tous les dossiers personnels de ces prélats. Étant donné sa position élevée et son implication dans l’Église allemande, M. Kühn a souvent été en contact étroit avec le pape Benoît XVI, tant après son élection en 2005 qu’avant celle-ci, dans son rôle de chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

En tant que chef de la section allemande jusqu’en 2008, Kühn a organisé les voyages de Benoît en Allemagne, a voyagé avec lui dans l’avion pontifical et a souvent été photographié à ses côtés lors de réceptions officielles comme celle avec le président allemand Horst Kohler en 2005 lors de sa visite à Cologne, le chancelier Gerhard Schröder, ainsi que la future chancelière Angela Merkel.

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Monseigneur Christoph Kühn voyage avec le pape Benoît XVI dans l’avion papal sur cette photo non datée.

La réputation de Kühn était conservatrice. Comme l’explique Kolfhaus dans une dénonciation au Vatican ainsi qu’au diocèse d’Eichstätt dans laquelle il souligne les abus, “Mgr Kühn s’est intéressé à moi personnellement, étant donné le travail difficile qu’il allait entreprendre, à savoir changer radicalement la “ligne politique” de la conférence des évêques en Allemagne sur la participation des évêques allemands dans le système national concernant la législation sur l’avortement. (Les diocèses allemands – contrairement à diverses directives données par le Saint-Siège – participaient au système géré par l’État, en donnant sur demande aux femmes un certificat qui était nécessaire pour avoir un avortement légal. Ce conflit a fortement polarisé l’Église catholique en Allemagne)”.

Kolfhaus dit avoir été victime d’abus sexuels aux mains de Kühn de fin 2003 à 2004 et a signalé ces abus à différents supérieurs au Vatican et ailleurs depuis 2006. Par l’intermédiaire de son avocat, le Dr Alexander Stevens, Kolfhaus a déclaré à LifeSite qu’il n’avait pas entamé de procédure judiciaire ni fait appel à la presse pour les abus dont il a été victime. Ce n’est qu’après que les détails de ces abus ont été rapportés par le journal allemand Die Bild en 2019 et que la police a interrogé Kolfhaus, qu’il a agi.

“Lorsque des journalistes ou des autorités civiles viennent me voir, je dois répondre en toute sincérité, mentir ici ne serait rien d’autre que couvrir l’auteur des faits”, a déclaré Kolfhaus à LifeSite.

Intervention de Viganò

Le 22 janvier 2020, l’archevêque Carlo Maria Viganò a témoigné pour l’enquête de l’Église sur l’affaire car, de mai 1998 à juillet 2009, il a été le délégué des représentations pontificales à la Secrétairerie d’État, poste qui était responsable du personnel de la Curie romaine subordonné au suppléant du Secrétaire d’État.

Dans le témoignage de Viganò – dont LifeSite a confirmé avec l’archevêque qu’il l’avait effectivement publié – il déclare qu’il “a connaissance d’informations précises concernant le harcèlement et les abus de toutes sortes commis par Mgr Christoph Kühn à l’encontre de Mgr Florian Kolfhaus”.

L’archevêque Viganò note également que M. Kolfhaus a informé diverses personnes de ces abus, dont un supérieur à la Secrétairerie d’État et un évêque chargé de la préparation des candidats au service diplomatique pour le Vatican.

L’archevêque Viganò rapporte également que l’actuel cardinal Pietro Parolin a également été informé. Parolin était à l’époque sous-secrétaire de la section des relations avec les États de la Secrétairerie d’État.

LifeSite a contacté le cardinal Parolin pour obtenir des commentaires par l’intermédiaire de la Secrétairerie d’État et, le 24 août, a reçu la réponse suivante du bureau de presse du Vatican : “Comme vous le savez, les accusations concernant Mons. Kühn sont en cours d’examen par les autorités canoniques et civiles. Dans ces circonstances, nous sommes convaincus que vous comprenez qu’un commentaire n’est pas approprié en ce moment”. La réponse du service de presse du Vatican ajoute : “En attendant, nous espérons que vous ferez tout votre possible pour rapporter les faits et éviter les spéculations sur cette affaire.

À la connaissance de M. Viganò, aucune enquête officielle n’a été entreprise avant juillet 2009 (date à laquelle il a cessé ses fonctions de délégué des représentations pontificales) pour examiner les rapports de M. Kolfhaus sur les abus dont il a été victime. Parmi les preuves qui auraient nécessité une enquête officielle, citons : le rapport envoyé à la Secrétairerie d’État par l’archevêque Justo Mullor, président de l’Académie pontificale ; un rapport du psychologue qui a rendu un jugement négatif sur Kühn, daté du 14 juin 2006 ; et la note de Viganò pour le suppléant le 3 juillet 2006. L’archevêque Viganò raconte :

Son Excellence Mgr Mullor a estimé qu’il était de son devoir d’informer par écrit ses supérieurs à la Secrétairerie d’État des confidences que lui avait faites le Père Kolfhaus. Vu la gravité de l’affaire, le président de l’Académie ecclésiastique pontificale a jugé opportun de soumettre les documents contenant les confidences du père Kolfhaus au jugement du père Bartholomew Kiely, S.J., professeur de psychologie à l’Université pontificale grégorienne, reticito nomine. Sur la base de ce document, le P. Kiely a formulé un pronostic négatif sur la personnalité de Mgr Kühn. (Ces documents se trouvent également dans les archives de la Secrétairerie d’État).

Le témoignage de Viganò remet également en question la décision de 2001 de faire venir Kühn au Vatican. Il raconte que le comportement sexuellement scandaleux de Kühn était connu du Vatican dès 1997, lorsque Kühn était prêtre à la nonciature au Zimbabwe. Viganò raconte :

Mgr Christoph Kühn a commencé son service le 1er juillet 1997 à la nonciature apostolique du Zimbabwe. Au cours de sa première mission, le Nonce, Son Excellence Mgr Peter Prabhu, a dû signaler certains comportements de son collaborateur [Kühn] qui auraient pu indiquer sa possible tendance homosexuelle. Le Nonce a rapporté en février 1998 qu’au retour d’une visite pastorale de plusieurs jours, on lui a dit que le Père Kühn était très malade et qu’il [Kühn] voulait le voir [Prabhu] immédiatement. Le Nonce est allé dans sa chambre et a frappé à la porte. Kühn lui a dit d’entrer et s’est révélé être allongé dans son lit, ne portant qu’une petite culotte. Le Nonce lui a dit de s’habiller et est parti. Ensuite, Kühn est allé de sa chambre à coucher à son bureau habillé de la même manière, malgré l’admonestation qu’il avait reçue, puis est descendu dans la salle commune de la Nonciature dans le même état déshabillé.

À une autre occasion, au cours d’une rencontre qui a duré deux heures dans un club italien, avec les lumières éteintes pour projeter des diapositives, le Père Kühn a pris un jeune garçon blond d’environ 9 ou 10 ans et l’a fait s’asseoir sur lui en le prenant dans ses bras.

En 2008, le Père Kühn a été transféré à Vienne par l’archevêque suppléant Fernando Filoni pour travailler à la nonciature (ambassade du Vatican).

Deux sources proches du pape Benoît ont parlé anonymement à LifeSite à ce sujet, suggérant que Kühn a été déplacé à Vienne parce que son comportement sexuel scandaleux (que certains croyaient consensuel) est devenu trop connu. L’une d’entre elles a déclaré que le pape avait déplacé Kühn en connaissant les problèmes et avait même demandé au cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, de prendre Kühn dans son diocèse, mais Meisner a refusé. Une autre source a déclaré : “Lorsqu’on a appris qu’il [Kühn] avait harcelé plusieurs jeunes hommes (dont Kolfhaus), il a été renvoyé du Vatican par Benoît XVI et envoyé à Vienne”. Cette source a insisté, en défendant le pape, sur le fait que Benoît XVI était intervenu personnellement et qu’il avait puni Kühn à deux reprises en l’envoyant à des postes moins importants, d’abord à Vienne (2008) puis à Eichstätt (2012), cette fois en le retirant du service diplomatique.

Le pape Benoît a été le Pontife romain de l’Église catholique de 2005 à 2013.

Une autre source du cercle de Benoît suggère cependant que Benoît n’était pas au courant de l’affaire et qu’elle a été traitée soit par le secrétaire d’État de l’époque lui-même (l’actuel cardinal Tarcisio Bertone), soit par son remplaçant de l’époque (l’actuel cardinal Fernando Filoni).

LifeSite a contacté le pape émérite Benoît XVI, par l’intermédiaire de son secrétaire personnel, l’archevêque Georg Gänswein, pour lui demander son avis, mais n’a pas reçu de réponse.

Dans les dossiers du tribunal, qui se trouvent actuellement au bureau du procureur général, un homme qui occupait un poste de haut niveau dans le diocèse d’Eichstätt résume ce que lui ont dit les hauts responsables du diocèse au sujet de Kühn. On lui a conseillé d’être “prudent” autour de Kühn “en raison de son passé quelque peu difficile”. Lorsqu’il a demandé des informations complémentaires, le directeur des finances du diocèse et le vicaire général lui ont fait savoir que Kühn était connu pour avoir eu des “rencontres non résolues” pendant son séjour en Afrique qui étaient liées à “l’homosexualité du prélat Kühn”. Pendant son séjour à Vienne, ils ont ajouté : “C’était tellement sauvage qu’on lui a interdit l’entrée dans un hôtel.”

Selon cette source, le vicaire général lui a dit que la raison officielle du renvoi de Kühn de Vienne était “l’histoire avec l’hôtel” ainsi que “des contacts sexuels supplémentaires non consensuels pendant ses postes diplomatiques”.

Au milieu de ce scandale, en avril 2011, le pape Benoît XVI a accordé à Kühn la désignation spéciale de “Prélat d’honneur de Sa Sainteté”, une désignation papale qui vient souvent après plusieurs années de service dans le corps diplomatique du Vatican.

Fin août 2012, Kühn a été retiré du service diplomatique du Vatican et a été transféré dans son diocèse natal d’Eichstätt en Allemagne où il a été personnellement nommé chanoine de la cathédrale par l’évêque Gregor Hanke. Ce poste lui a cependant valu un salaire beaucoup plus élevé et une position notable.

En avril 2019, des accusations contre Kühn ont été portées au public par le journal allemand Die Bild. Ce n’est qu’après cela que l’évêque Hanke du diocèse d’Eichstätt, qui selon le témoignage de Viganò, avait été informé des agressions de Kühn auparavant, suspendit Kühn de ses fonctions. Kühn a également été informé qu’il ne devait célébrer que des messes privées ; cependant, LifeSite a découvert qu’en juin 2020, il avait célébré une messe publique dans le diocèse de Ratisbonne. En réponse à une demande de LifeSite à ce sujet, le diocèse d’Eichstätt a simplement fait remarquer que Kühn a célébré la messe dans un autre diocèse. Le diocèse de Ratisbonne a refusé de commenter.

LifeSite a contacté Monseigneur Kühn pour lui poser des questions. En réponse, l’avocat de Kühn a menacé de poursuites judiciaires si LifeSite faisait un rapport sur l’affaire. La réponse a nié toutes les accusations et a non seulement interdit de faire un rapport sur l’affaire, mais aussi de poursuivre les recherches.

Kühn a publiquement abordé les accusations pour la première fois en juillet 2020 après que le Vaticaniste italien Marco Tosatti ait publié sur son blog la traduction de parties d’un article de Die Bild du 16 juillet 2020 sur l’affaire. Kühn a nié avec véhémence toutes les accusations. De plus, Kühn affirme que l’avocat de Kolfhaus, Alexander Stevens, est “un activiste LGBTQ bien connu et un partisan du style de vie relatif et de la débauche”.

Stevens a déclaré que l’accusation de LifeSite Kühn contre lui est fausse. “Le prélat n’hésite évidemment pas à discréditer l’avocat de la victime”, a-t-il écrit par e-mail. “Ici, à mon avis, la stratégie de Kühn est une fois de plus exposée : neutraliser l’ennemi par des contre-vérités délibérées.”

Le droit canonique (1395) insiste sur le fait qu'”un ecclésiastique qui persiste avec scandale dans un autre péché extérieur contre le sixième commandement du Décalogue doit être puni par une suspension. S’il persiste dans le délit après un avertissement, d’autres sanctions peuvent être ajoutées progressivement, y compris la révocation de l’état clérical”. Les experts en droit canonique ont déclaré à LifeSite qu’une grande partie du problème qui a conduit aux scandales d’abus sexuels de l’Eglise a été l’ignorance et le refus d’appliquer le droit canonique.

Le Dr. Maike Hickson a contribué à ce rapport