Erdogan, le sultan à la conquête de l’Europe

MPI – Francesca de Villasmundo

Exaltation de la Grande Turquie et conquête de l’Europe vont de pair chez le président turc Erdogan, qui se rêve en sultan, et en restaurateur de la puissance ottomane.

Après la transformation de Sainte-Sophie et de l’église tout aussi ancienne Saint Sauveur in Chora en mosquées, Erdogan poursuit sa campagne politico-religieuse en faveur d‘un islam conquérant et dominateur.

 

Sur son compte twitter, il vient de publier le 25 août dernier, une vidéo de propagande où savamment s’entremêlent louange du sultan Alp Arslan, victorieux des chrétiens Byzantins à la bataille Manzikert le 26 août 1071, point de départ de la montée en puissance turque en Anatolie et début de la fin de l’Empire romain d’Orient, et célébration d’une armée turque moderne, guerrière sur le front turco-syrien et déployée en Méditerranée orientale. « Rhétorique guerrière, rhétorique de conquête »,  peut-on lire sur la page Facebook de l’Institut Iliade :

« Le Turc s’y fait très explicite car il y parle de « kızılelma », qu’on traduit par « pomme rouge ».

De quoi s’agit-il ? De la conquête de l’Europe.

Avant Mehmet II et les ottomans, les musulmans des dynasties Omeyyades et Abbassides avaient cherché à huit reprises à conquérir Constantinople.

Les Turcs ne sont pas asiatiques – au contraire par exemple des Mongols. Ils ont toujours été attirés vers Constantinople et, au-delà du Bosphore, par l’ouest. Car, pour les Turcs, l’Europe ce sont les régions « d’or », celles qu’il faut atteindre au nom de l’ensemble du monde musulman.

C’est cela la « pomme rouge », c’est cela « kızılelma » : c’est Constantinople, remportée en 1453, ce fut ensuite Vienne, et la défaite de 1683, et cela reste aussi Rome. »

« Je me souviens avec gratitude du sultan Alparslan et de tous nos héros qui ont participé à cette guerre avec lui. » nous dit Erdogan dans son tweet.

En commémorant Manzikert, Erdogan cherche à raviver l’esprit de conquête, la pomme rouge, kızılelma.

La vidéo se termine par un montage : le drapeau de la dynastie seldjoukide au profit de celui de la Turquie moderne, les troupes à cheval laissent place à l’armée actuelle.

Et Erdogan salue un de ces bateaux qui sillonnent actuellement la Mer Egee à la recherche d’hydrocarbure. »

Il y a maintenant une rhétorique guerrière, une rhétorique de conquête, une activation de tous les leviers symboliques : celui de la défaite des byzantins, donc, des grecs.

Erdogan est un sultan qui part en guerre contre l’Europe. »