Les plaintes d’un cardinal québécois contre les restrictions du gouvernement sur les COVIDÉS arrivent trop tard

Cdl. Gérald Lacroix.

LIFESITENEWS 

La lettre fortement formulée de Gérald Lacroix semble avoir surtout cherché à rassurer les nombreux catholiques qui ont « remis en question l’engagement des évêques du Québec tout au long de cette pandémie ».

L’archevêque de Québec, le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, a protesté officiellement dimanche dernier contre les mesures COVID-19 qui ont laissé les religions, et en particulier l’Église catholique, à la traîne dans la province francophone du Canada. Dans sa déclaration, faite dimanche dernier dans la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, en la fête de Sainte Anne, patronne de Québec, le cardinal Lacroix a énuméré les façons “décevantes” dont les droits des croyants ont été négligés tout au long de la crise du coronavirus chinois.

“Il a été très difficile de se faire entendre”, a déclaré le cardinal Lacroix, qui a ensuite fait remarquer que le gouvernement du Québec n’avait jamais engagé de dialogue direct avec l’Église catholique et les autres autorités religieuses. “Cela me donne l’impression que les autorités gouvernementales ne nous prennent pas au sérieux et veulent ignorer notre existence”, a-t-il déclaré.

“Après 400 ans de présence, d’engagement et de coopération dans la construction de ce pays, il n’est pas juste que les communautés de foi soient traitées de cette façon. Notre participation à l’édification du Québec n’est pas insignifiante. Nous sommes fiers de notre contribution et nous n’avons pas l’intention de nous retirer dans nos sacristies. La mission de l’Église est au cœur de la société”, a-t-il déclaré à la fin de sa déclaration.

Il avait déjà constaté que les lieux de culte ont été largement ignorés pendant les premières phases de fermeture, pour n’apparaître que lorsque de nombreuses restrictions ont été levées, y compris pour les casinos : “Dans le calendrier du gouvernement du Québec publié le 25 mai, nous avons appris qu’après la phase préliminaire, après les phases 1, 2, 3, 4, 5 et 6, les “lieux de culte” apparaissent dans la rubrique Phases ultérieures au même titre que les bars et les croisières”.

Bien que franche, la protestation publique du cardinal arrive tard dans la journée et semble avoir eu pour but principal de rassurer les nombreux catholiques du Québec qui “remettent en question l’engagement des évêques du Québec tout au long de cette pandémie”.

Ses éclaircissements sont toutefois quelque peu décevants.

Le cardinal Lacroix a longuement insisté sur la tentative de dialogue de la hiérarchie de l’Église catholique au Québec avec les autorités, ainsi que sur leur volonté de respecter toutes les réglementations sanitaires, même s’il a été déçu de constater que le gouvernement ne tenait pas compte des “protocoles de déconfinement” raisonnables élaborés par ces dernières. Il ne semble pas, d’après sa déclaration, que l’Église catholique ait fermement insisté sur ses droits et prérogatives lorsqu’elle “dialogue” avec le gouvernement.

“Alors que la vente d’alcool et de cannabis a été considérée comme un service essentiel tout au long de la pandémie, les communautés religieuses, que nous pouvons certainement considérer comme un service essentiel à la communauté, ont été pratiquement ignorées. Même les casinos ont eu le droit, avant nous, d’accueillir 250 personnes dans des lieux beaucoup plus petits que nos églises. Cela n’a aucun sens”, a-t-il poursuivi. Un langage fort, certes, mais les catholiques québécois auraient probablement aimé l’entendre pendant les longues semaines sans la Sainte Messe et les sacrements.

La stratégie de l’Église catholique au Québec semble avoir été de se joindre à tous les autres groupes confessionnels – “anglicans, chrétiens évangéliques, juifs et musulmans” – dans leur dialogue avec les autorités de santé publique afin de demander une solution commune.

Le cardinal Lacroix a clairement indiqué que les autorités catholiques s’alignaient pleinement sur une plate-forme “interreligieuse” : “Les besoins spirituels font partie intégrante de la vie humaine pour ceux qui manifestent ce besoin – et ils sont encore nombreux au Québec ; toutes ces personnes méritent d’être traitées avec respect, d’être prises en considération par leur gouvernement. Nos communautés de foi ne sont pas seulement des lieux de prière. Elles sont aussi des lieux de soutien, d’entraide au niveau social, familial et humain”.

Sur son blog hébergé par Campagne Québec-Vie, Augustin Hamilton a observé que le cardinal semble croire que seule une partie de la population ressent des “besoins spirituels”, comme si tous les autres “pouvaient s’en passer”. “Tous les hommes ont des besoins spirituels. Tous ont leur salut éternel en jeu”, a-t-il commenté.

Hamilton a également noté que le cardinal n’a pas souligné le fait que l’accès à l’avortement était présenté comme un “besoin essentiel” tout au long de l’enfermement.

Vu de France, la stratégie du cardinal Lacroix et de ses collaborateurs semble avoir été vouée à l’échec. Lorsque plusieurs groupes d’associations catholiques traditionnelles et des particuliers ont saisi le Conseil d’État par une procédure d’urgence, en mai dernier, afin de demander la discrimination de l’Église catholique dans les protocoles de déconfinement mis en place le 12 mai, ils se sont présentés spécifiquement comme catholiques.

Ils ont concédé que la prière peut être faite n’importe où et ont insisté sur le fait que l’unité en tant que communautés n’était pas la question principale. Leur principal conseil a déclaré aux juges que les catholiques doivent pouvoir s’unir dans l’église parce que la messe est le renouvellement non sanglant du sacrifice de Notre Seigneur et que dans la Sainte Communion, les catholiques reçoivent le Corps et le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ, et que cela ne peut pas se faire virtuellement en suivant la messe sur internet.

C’était une stratégie audacieuse, car la France est un État laïque, où l’Église et l’État ont été formellement séparés en 1905 par une loi qui a été appliquée avec violence. Mais elle a porté ses fruits : les messes publiques ont pu reprendre avant que le gouvernement français ne l’ait initialement prévu, et d’autres groupes confessionnels ont obtenu le droit d’avoir à nouveau des rassemblements publics, par ricochet.

Voici la traduction complète de la déclaration du cardinal Lacroix par LifeSite.

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Déclaration du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix

Archevêque de Québec

dans la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré,

26 juillet 2020, fête de la Sainte Anne, patronne du Québec

La situation que nous vivons depuis le mois de mars n’a pas été facile, ni pour vous ni pour nous. Personne n’avait prévu une telle pandémie et personne n’avait un plan de réponse en main. Nous en avons élaboré un au fur et à mesure de l’évolution de la situation. Nous avons tous fait de notre mieux pour protéger la santé des fidèles, des ministres ordonnés et des collaborateurs dans les différentes sphères de la vie de notre Église.

Cela nous a obligés à prendre des décisions difficiles et exigeantes. Je suis conscient que la fermeture de nos lieux de culte et l’annulation des activités pastorales communautaires ont bouleversé de nombreuses personnes. Être privé de la célébration eucharistique, de la communion eucharistique et des autres sacrements pendant près de quatre mois a été très douloureux, tant pour les fidèles que pour les pasteurs et les équipes pastorales.

Vous êtes nombreux à vous interroger sur l’engagement des évêques du Québec tout au long de cette pandémie : “Que font nos évêques ? Est-ce qu’ils maintiennent un dialogue avec les autorités de la santé publique et le gouvernement du Québec afin de faire valoir nos besoins et de s’assurer que les croyants sont pris en compte ?

Je peux vous assurer que, dès les premières heures de cette pandémie, les évêques catholiques du Québec ont fait de grands efforts pour entrer en dialogue avec les autorités québécoises. Il a été très difficile de nous faire entendre.

Nous avons pris l’initiative de réunir des leaders d’autres communautés de foi : catholiques, anglicans, chrétiens évangéliques, juifs et musulmans, pour réfléchir ensemble et faire savoir aux autorités de santé publique et au gouvernement du Québec que nous voulions collaborer en transmettant à nos fidèles les consignes pour que ce virus malin se propage le moins possible. Depuis le début – et tout au long des derniers mois – nous avons été des acteurs justes, désireux de faire notre part pour le bien de la société et de collaborer à l’effort collectif en temps de crise. Il était nécessaire que nous soyons solidaires et nous l’avons fait.

Malheureusement, nous devons constater que tous ces efforts ont été peu ou pas reconnus. Les communautés de foi, peu importe qui elles sont, ne semblent pas attirer l’attention de nos élus ou des autorités de santé publique. Cela me donne l’impression que les autorités gouvernementales ne nous prennent pas au sérieux et veulent ignorer notre existence.

À aucun moment nous n’avons réussi à établir un dialogue franc et direct avec les responsables du gouvernement et de la santé publique. Nos contacts ont été continuellement limités à des tiers. Nous avons travaillé et soumis des protocoles en vue d’un éventuel déconfinement. Des tiers nous ont dit que ces protocoles étaient bien préparés et élaborés, mais il n’y a jamais eu d’annonce officielle de leur acceptation.

À deux reprises, lors de conférences de presse avec le Premier ministre et le directeur de la santé publique, il a fallu répondre aux questions des journalistes pour savoir ce qui se passait dans les lieux de culte. Ce n’est qu’alors que nous avons pu recevoir des informations partielles et fragmentaires concernant notre situation. Dans le calendrier du gouvernement du Québec publié le 25 mai, nous avons appris qu’après la phase préliminaire, après les phases 1, 2, 3, 4, 5 et 6, les “lieux de culte” apparaissent dans la rubrique Phases ultérieures au même titre que les bars et les croisières. À mon humble avis, c’est nettement décevant.

Le fait que l’on nous empêche de célébrer des funérailles chrétiennes dans nos grandes églises, alors que les entreprises de pompes funèbres ont bientôt pu proposer des rites funéraires dans leurs petits salons, a suscité beaucoup de malentendus. C’est comme s’il y avait deux poids, deux mesures. Malgré nos protestations, les autorités ont toujours fermé les yeux sur cette réalité.

Alors que la vente d’alcool et de cannabis a été considérée comme un service essentiel tout au long de la pandémie, les communautés religieuses, que nous pouvons certainement considérer comme un service essentiel à la communauté, ont été pratiquement ignorées. Même les casinos ont eu le droit, avant nous, d’accueillir 250 personnes dans des lieux beaucoup plus petits que nos églises. Cela n’a aucun sens !

Les besoins spirituels font partie intégrante de la vie humaine pour ceux qui manifestent ce besoin – et ils sont encore nombreux au Québec ; toutes ces personnes méritent d’être traitées avec respect, d’être prises en considération par leur gouvernement. Nos communautés de foi ne sont pas seulement des lieux de prière. Elles sont aussi des lieux de soutien, d’entraide au niveau social, familial et humain.

J’avoue que la timidité avec laquelle notre gouvernement a évité tout dialogue ouvert et serein avec les leaders des communautés de foi ne me semble pas saine pour notre société québécoise. Je tiens à préciser que nous ne revendiquons aucun privilège de la part du gouvernement. Les croyants sont des citoyens à part entière, ce sont des femmes et des hommes engagés dans tous les domaines de la vie humaine dans le Québec que nous aimons. Nous avons le droit d’être considérés avec respect et de ne pas être ignorés ou relégués au statut de VARIA.

À ce jour, nous devons encore négocier semaine après semaine avec les autorités, qui tentent de nous imposer des restrictions déraisonnables.

Ici, comme dans tous nos lieux de culte, les équipes ont travaillé très dur pour mettre en place les mesures nécessaires afin d’assurer un respect maximal du lavage des mains, du port de masques, de l’éloignement de deux mètres et du nettoyage continu entre les célébrations. Je suis très fier du travail minutieux que nos équipes ont accompli.

S’il vous plaît, lâchez-nous un peu ! Nous avons fait valoir notre point de vue. Au cours des quatre derniers mois, nous avons prouvé que nous étions de très bons collaborateurs. N’abusez pas de notre patience et cessez d’ignorer notre existence et notre sens des responsabilités.

Pardonnez ces paroles plutôt longues en la fête de Sainte Anne. Mais je voulais que vous sachiez que les évêques ont été très actifs et engagés, en votre nom, au nom de toutes les communautés de foi du Québec. C’est notre responsabilité de pasteurs et nous voulons l’assumer. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas encore réussi à nous faire entendre de façon satisfaisante que nous allons abandonner. Ce n’est pas seulement pour le bien de notre communauté catholique, mais aussi pour le bien de toutes les communautés de foi et pour le “vivre ensemble” du peuple québécois.

Après 400 ans de présence, d’engagement et de coopération dans la construction de ce pays, il n’est pas juste que les communautés de foi soient traitées de cette façon. Notre participation à l’édification du Québec n’est pas insignifiante. Nous sommes fiers de notre contribution et nous n’avons pas l’intention de nous retirer dans nos sacristies. La mission de l’Église est au cœur de la société ; c’est là que les disciples de Jésus doivent témoigner de la foi qui les anime et les maintient en vie, pour être aux côtés de leurs frères et sœurs, croyants ou non-croyants, comme collaborateurs pour l’avenir de notre pays.

L’État est séculier, mais la société ne l’est pas ! Dans notre Québec bien-aimé, croyants et non-croyants vivent ensemble. Tous doivent être respectés, car tous ont droit à leur place. Frères et sœurs, vous pouvez compter sur nous pour continuer à chercher des voies de dialogue. C’est la voie la plus prometteuse pour poursuivre notre cheminement ensemble, dans l’harmonie, le respect et la paix.

Gérald C. Cardinal Lacroix

Archevêque de Québec

Sainte-Anne-de-Beaupré, le 26 juillet 2020.