Pourquoi 200 grandes marques ont décidé de boycotter Facebook

La VRAIE raison nous est expliquée ici par Stefano Magni, sur La Bussola. Et bien entendu, il faut chercher Donald Trump et la guerre sans merci que lui livre le monde, dans la perspective de la campagne présidentielle. Un jeu impitoyable, où tous les coups sont permis. Et ce n’est pas fini.

 

Facebook, boycotté, il doit bâillonner Trump.

La NBQ – Stefano Magni

Il boycotte par peur d’être boycotté. Telle est la chaîne d’authentique terreur qui se déchaîne aux États-Unis, au début de la campagne électorale présidentielle et au milieu de la tempête « Black Lives Matter » qui, comme « Me Too » ces dernières années, oblige la finance, la politique et les affaires à revoir tout leur langage. Victime du boycott et forcé à boycotter à son tour, cette semaine, Mark Zuckerberg a promis d’appliquer des règles plus restrictives en matière de contrôle des post, au détriment de la liberté d’expression, après qu’Unilever et d’autres multinationales aient retiré leur publicité du réseau social.

Selon les communiqués officiels de Facebook, la décision de changer de politique sur le contrôle du langage des post sur sa plateforme ne dépendrait pas du tout du boycott publicitaire des multinationales. Pourtant, par une étrange coïncidence, le changement de direction a été annoncé vendredi, le jour même où le Wall Street Journal a publié la nouvelle selon laquelle Unilever (après de nombreuses autres sociétés prestigieuses) avait elle aussi arrêté ses campagnes publicitaires sur Facebook aux États-Unis. Le boycott ne concerne donc que les États-Unis, pour des raisons politiques américaines, et non le monde entier où le réseau social est très répandu: « Compte tenu de la polarisation politique actuelle et des élections à venir aux États-Unis, beaucoup plus d’efforts sont nécessaires contre le langage de la haine », a déclaré Luis Di Como, vice-président de la communication d’Unilever. Dès que la nouvelle s’est répandue, les deux victimes du boycott, Facebook et Twitter, ont enregistré de lourdes pertes en bourse: vendredi, Facebook a perdu 8% et Twitter 7%.

Au milieu des manifestations de Black Lives Matter, plusieurs agences de presse comme Associated Press changent leur style éditorial en mettant un B majuscule au mot « Black » lorsqu’il s’agit de personnes noires, des sociétés de cosmétiques comme L’Oréal bannissent le mot « bleaching » de leur langage et Unilever a elle aussi fait sa part dans la construction de la novlangue: elle a supprimé la marque « Fair & Lovely » pour sa crème décolorante, parce que la peau blanche n’est pas nécessairement plus Fair ou plus Lovely que la peau noire. Dans ce contexte, [Unilever] veut s’assurer que tous les utilisateurs de Facebook utilisent également un langage approprié, en particulier si leurs commentaires apparaissent à proximité de ses publicités.

Unilever n’est pas la première multinationale à annoncer le boycott du réseau social de Zuckerberg. Il y a également d’autres grandes entreprises comme Verizon Communications, Patagonia, VF, North Face, Eddie Bauer et Recreational Equipmen. Coca Cola est allé plus loin en annonçant l’arrêt de sa publicité sur tous les réseaux sociaux américains pendant au moins un mois : plus de publicité pour la boisson la plus célèbre du monde sur Facebook, Twitter, YouTube, car « il n’y a pas de place pour le racisme dans le monde et il n’y a pas de place pour le racisme sur les médias sociaux », a déclaré James Quincey, président de Coca Cola.

Pourquoi toutes ces multinationales agissent-elles ensemble en ce moment? Parce qu’il existe une campagne organisée par les principales organisations de défense des droits de l’homme, dont la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), l’une des plus grandes associations de défense des droits des Afro-Américains, et l’Anti-Defamation League, la plus grande association de lutte contre l’antisémitisme en Amérique. Les associations pour les droits de l’homme, sur la vague de Black Lives Matter, ont demandé à toutes les entreprises américaines de cesser leur publicité sur Facebook pendant au moins un mois, afin de sensibiliser Zuckerberg. Bien que risquant de perdre des profits et de précieuses données d’utilisateurs, mais par crainte de subir un boycott dévastateur dans une période très chaude rappelant la révolution culturelle, de nombreuses multinationales ont décidé de se joindre au boycott.

Mais pourquoi Facebook? Même s’il y a d’autres « victimes collatérales » (Twitter aussi a été impliqué dans le boycott d’Unilever), c’est le réseau social de Zuckerberg qui est le plus explicitement visé par le boycott. Le groupe d’associations de défense des droits de l’homme a soumis à la société californienne une liste de 10 réformes à mettre en œuvre pour mettre fin au boycott, y compris le remboursement des sociétés qui font de la publicité vis-à-vis de commentaires indésirables qui pourraient ruiner leur image. Mais parmi les réformes annoncées vendredi par Zuckerberg, il en est une qui permet de mieux comprendre le véritable objectif de cette campagne: on pourra « étiqueter » les commentaires envoyés en ligne par Donald Trump.

Twitter le fait déjà: sur plusieurs messages du président, un avertissement « nouvelles douteuses » apparaît, avec une invitation aux lecteurs à aller chercher des informations à ce sujet. En fait, le président n’est pas directement censuré, mais, pire encore, il est catalogué comme un diffuseur de bobards. Jusqu’à présent, Facebook avait refusé d’étiqueter les déclarations du président, donnant la priorité à la liberté d’expression. Elle a dû faire face aux critiques des médias et de son propre personnel qui s’est mis en grève le 1er juin après que le réseau social n’ait pas réussi à censurer un post de Trump (celui qui appelait à l’intervention de la Garde nationale au début des manifestations de Black Lives Matter).

A présent, la pression a été si forte que même Zuckerberg, malgré sa force sur le marché, a dû s’aligner. Désormais, sous les post de Trump, sur Facebook aussi, on devrait lire que le président lance des nouvelles fausses ou douteuses. Et ce n’est que le début de la campagne électorale.

Benoît & moi