Jeunes mariés, restez à 2 mètres l’un de l’autre : la distanciation sociale COVID-19 selon l’évêque de Prince Albert, Canada

Parmi la longue liste de mesures absurdes adoptées pour freiner la propagation du coronavirus – qu’il soit présent ou non d’ailleurs, selon les régions – la plus ubuesque nous est venue d’un évêque catholique du Canada. Mgr Albert Thevenot du diocèse de Prince Albert, Saskatchewan, a pris sur lui au mois d’avril de suivre scrupuleusement les indications des autorités sanitaires concernant les offices religieux publics, précisant que cela devrait au moins jusqu’à la fin juin. Et cela valait pour les mariages. Par exception, 10 personnes en tout et pour tout (prêtre, organiste, mariés, famille, invités y compris) seraient autorisées à participer à une telle cérémonie dans l’église, mais cela restait fortement déconseillé. Car tous, je dis bien tous les participants devraient observer la distanciation sociale de 2 mètres. Y compris les jeunes mariés !

Vous avez déjà essayé, vous, d’enfiler une alliance à une personne se trouvant à deux mètres de vous ? De lui tenir la main droite ? Et je vous fais grâce du reste…

On se demande évidemment ce que Mgr Thevenot peut bien avoir dans la tête pour imaginer qu’il puisse être d’une quelconque utilité de « distancier socialement » deux fiancés qui – par les temps qui courent – ont très probablement cohabité pendant des mois ou des années (ils seraient 40 % dans le diocèse de Prince Albert d’après la correspondance d’un fidèle du diocèse adressée à One Peter Five).

Même dans le cas contraire, et en s’en tenant à un code moral strictement victorien, il est probable qu’ils se soient frôlé la main de temps en temps. Assez pour faire circuler le coronavirus, mais enfin on se partage tout, non, quand on s’aime ?

Cela dit il n’y a guère de risque. Le Saskatchewan est grand comme la France mais ne compte qu’un peu plus d’un million d’habitants ; le nombre total de cas de COVID-19 dans la province à ce jour est de 778, pour un total de 13 décès ; et le diocèse Prince Albert ne représente que le quart de son secteur nord. Modeste pandémie.

Peut-être les célébrants des mariages covidiens de Prince Albert enjoignaient-ils aux amoureux de ne surtout pas s’embrasser. De ne surtout pas partager la table et le lit.  De respecter la règle des deux mètres en toute circonstance. Histoire de ne pas donner la mort. Histoire de ne pas donner la vie…
C’est le paroxysme du principe de précaution, de l’épidémie de la peur. Dans cette terreur qui met fin à la vie comme elle va, c’est la mort qui gagne en réalité. Le message est clair : on a arrêté de laisser les jeunes vivre leur vie, de s’engager, de recevoir la grâce propre au mariage, on les a peut-être même poussé à cohabiter encore plus qu’avant, parce que les portes des églises leur étaient pour ainsi dire fermées !

Et les baptêmes ? Et la confession ? Et la communion ? Et la confirmation ? N’y pensez même pas. Dans certains pays, les catholiques ont été invités à remettre cela aux calendes, et cela continue dans de nombreuses régions. Là où le confinement se lève progressivement, il se trouve des conférences épiscopales pour interdire la communion sur les lèvres, comme en Autriche.

Notre religion étant celle du réel, appuyée sur la nature et sur les réalités tangibles, elle est frappée de plein fouet par la folie « distanciatrice ». On nous dit – comme aux Pays-Bas où une loi est en gestation qui veut imposer, sous peine d’amende, 1,5 mètres de distance entre les citoyens dans l’espace public – qu’il y a lieu par temps de COVID-19 de proscrire toute proximité humaine, tout geste d’onction, le soufflet donné au confirmand, tout contact commun avec le pain, le vin, l’huile, le sel…

(Et pourtant Notre Seigneur a rendu la vue à un aveugle en oignant ses paupières de sa salive…)

La dictature de l’empathie mise sur pied par la grâce inversée du coronavirus est celle de la stérilité. De l’asepsie totale et au demeurant impossible : ne sommes-nous pas faits du limon de la terre ?

Cette stérilité qui proscrit les embrassades, les poignées de mains, le pain partagé et le sel qu’on se passe, eh bien finalement, ces mariés « distanciés » de deux mètres en sont l’exemple le plus exact, le plus abouti.

Le blog de Jeanne Smits