Prêtre et liturgiste français : L’abbé Viganò peut aider d’autres prélats à parler des “points défectueux de Vatican II”.

LIFESITENEWS – Dr. Maike Hickson

L’abbé Claude Barthe, prêtre diocésain français vivant à Paris et expert en liturgie, auteur et éditeur, a répondu aux récentes interventions de l’archevêque Carlo Maria Viganò concernant le Concile Vatican II et ses problèmes. Dans une intervention publiée par notre collègue italien Marco Tosatti (voir le texte complet ci-dessous), le prêtre français dit maintenant que l’exemple de Viganò pourrait encourager d’autres prélats à exprimer publiquement leurs propres désaccords avec certains enseignements de ce Concile.

Après un examen approfondi des arguments de l’archevêque italien à ce sujet, l’abbé Barthe déclare que “certains prélats, surtout après les dernières assemblées synodales, ont été amenés à faire remonter les conséquences de la situation actuelle à leurs causes, qui ont été établies il y a un demi-siècle. Votre exemple et vos encouragements peuvent les aider à exprimer, en conscience, pour le bien de l’Église, leur désaccord avec ces causes : les points défectueux de Vatican II”.

Comme nous l’avions signalé précédemment, l’archevêque Viganò avait remercié l’évêque Athanasius Schneider pour sa déclaration du 1er juin, selon laquelle la déclaration controversée d’Abou Dhabi signée par le pape François – et qui affirme que la “diversité des religions” est “voulue par Dieu” – trouve son origine dans l’approbation par le Concile Vatican II d’un droit naturel à la liberté religieuse et donc du concept d’un droit naturel à croire en une fausse religion.

Schneider répondait à une analyse de cette déclaration d’Abou Dhabi présentée par le cardinal Gerhard Müller. Certaines de ses déclarations sont présentées ici. Le cardinal allemand avait décrit une manière d’interpréter ce document papal qui pourrait être moins controversée. Il avait notamment souligné l’important devoir de “toute autorité religieuse ou civile” d’accepter “le droit humain fondamental et supranational à la liberté religieuse”, tout en insistant sur le fait que cela ne signifie pas un relativisme par rapport à la vérité révélée. Pour lui, la déclaration controversée concernant la diversité des religions telle que voulue par Dieu “peut” être lue de manière relativiste, mais elle “ne doit pas” être faite de cette manière. Il faut, explique-t-il, “interpréter” le texte et son herméneutique et sa terminologie “en fonction de la bonne intention de leurs auteurs plutôt qu’en fonction de la précision académique de leurs expressions”.

En réponse, Mgr Schneider a fait deux interventions, l’une le 1er juin, l’autre le 8 juin. C’est la première intervention qui a incité l’archevêque Viganò à faire sa propre déclaration concernant le Concile Vatican II.

Le 1er juin, Mgr Schneider a déclaré que le document d’Abou Dhabi se trompe en affirmant que Dieu veut positivement la diversité des religions. Dans cette déclaration, Schneider a évoqué certains problèmes concernant l’enseignement du Concile Vatican II sur la liberté religieuse qui pourraient nécessiter une correction future, tout comme par le passé, les déclarations conciliaires des siècles précédents ont été corrigées.

“Il n’y a pas de volonté divine positive ni de droit naturel à la diversité des religions”, a-t-il ensuite insisté. Dans son deuxième article, le prélat kazakh d’origine allemande a également exprimé son désaccord avec l’affirmation selon laquelle les catholiques et les musulmans croient au même Dieu, une affirmation qui est une hypothèse sous-jacente du document d’Abou Dhabi. Selon l’évêque Schneider, les catholiques et les musulmans ne partagent pas une foi commune en Dieu, ni une adoration commune de Dieu, d’autant plus que les musulmans rejettent l’Incarnation et la Sainte Trinité.

C’est cette critique explicite d’une déclaration du Concile Vatican II – l’approbation de la liberté religieuse – qui a obligé l’archevêque Viganò à publier le 10 juin une déclaration critiquant vivement le Concile Vatican II.

“Si nous ne reconnaissons pas, écrit-il alors, que les racines de ces déviations se trouvent dans les principes établis par le Concile, il sera impossible de trouver un remède : si notre diagnostic persiste, contre toute évidence, à exclure la pathologie initiale, nous ne pourrons pas prescrire une thérapie appropriée”.

Le 15 juin, le prélat italien a donné suite à sa première intervention, en se montrant encore plus ferme en déclarant que les “propositions hérétiques ou celles qui favorisent l’hérésie” du Concile Vatican II (1962-1965) “doivent être condamnées, et nous ne pouvons qu’espérer que cela se produira le plus tôt possible”. Il a ajouté que le Concile devrait alors être complètement “abandonné” et “oublié”.

Il fait siennes les paroles suivantes d’un professeur de droit italien, Paolo Pasqualucci : “Si le Concile s’est écarté de la Foi, le Pape a le pouvoir de l’invalider. C’est en effet son devoir”.

C’est là qu’intervient l’abbé Barthe lui-même. Pour ce prêtre français, cette déclaration du 15 juin dernier de l’archevêque Viganò est “d’un grand intérêt pour l’Église”. Il résume ensuite la propre analyse du prélat sur le Concile du Vatican, qui doit être faite à la lumière de ce qu’a été la “doctrine précédente” de l’Église. Ici, on pense notamment aux textes conciliaires Dignitatis Humanae (liberté religieuse) et Nostra Aetate (nouvelle relation avec les religions non chrétiennes).

L’abbé Barthe discute également de la déclaration de l’archevêque Viganò selon laquelle Vatican II, en raison de ses déviations et ambiguïtés, devrait être annulé complètement. Pour ce faire, explique le prêtre, il faut confirmer que Vatican II était de nature pastorale, et non doctrinale. Il est en mesure de montrer que “les organes du Concile lui-même (Dz 4351) et toutes ses interprétations successives ont considéré que ce Concile était de nature purement “pastorale”, c’est-à-dire non dogmatique”.

Pour lui, ce serait un moyen de sortir de notre crise actuelle en insistant à nouveau sur les enseignements dogmatiques, loin des enseignements pastoraux. Il déclare “En fait, la grande sortie de la crise magistrale actuelle est de sortir de ce qu’on appelle la “pastorale” et d’entrer à nouveau dans la dogmatique : que le pape seul ou le pape et les évêques qui lui sont unis s’expriment magistralement et non plus “pastoralement”””. L’approche pastorale, comme nous pourrions l’ajouter, s’est révélée beaucoup plus encline aux hétérodoxies doctrinales, comme Amoris Laetitia nous l’a clairement montré.

C’est ici que l’abbé Barthe fait écho à l’appel de l’archevêque Viganò pour que d’autres prélats se joignent à Mgr Schneider et à lui dans un débat honnête sur les problèmes de Vatican II, pour le bien de l’Église et le salut des âmes.

“Un devoir de conscience pèse donc sur les prélats de l’Eglise qui sont conscients de cette situation”, écrit le prêtre français, résumant Viganò et ajoutant que ses paroles pourraient être un encouragement pour d’autres. Comme l’a récemment dit Viganò au Dr Robert Moynihan, “J’ai essayé d’aller plus loin pour comprendre pourquoi nous sommes arrivés à cette situation… J’essaie simplement de suivre ma conscience”.

En présentant la position de Viganò, Moynihan a expliqué, à propos du Concile Vatican II, que “parfois cette interprétation ne correspondait pas à la tradition pérenne de l’Église. En soutenant cela, Vigano est d’accord avec le travail d’un autre évêque, Athanasius Schneider du Kazakhstan, qui a présenté cette thèse à plusieurs reprises ces dernières années”.

Et puis vient la déclaration importante de l’archevêque Viganò : “Schneider était avant moi en train de réaliser cela. J’en suis venu à être d’accord avec lui”.

Il est à espérer que d’autres prélats et prêtres se joindront maintenant à ce débat, et nous remercions l’abbé Barthe pour sa propre intervention.

Veuillez consulter ici la déclaration complète de l’abbé Barthe. Nous remercions Marco Tosatti pour l’autorisation de réimpression.

Permettez-moi de répondre à l'”Excursus sur Vatican II et ses conséquences” de votre Excellence (Chiesa e post concilio, 9 juin 2020), afin de souligner, en toute modestie, son grand intérêt pour l’Église.

Permettez-moi de le résumer en cinq points :

1) Vatican II contient des textes “en nette opposition avec la doctrine exprimée dans la Tradition”.

Votre attaque contre Vatican II vise les points suivants :

– Ce qui est en désaccord direct avec la doctrine précédente, comme la liberté religieuse de la déclaration Dignitatis Humanae et les fondements de la nouvelle relation avec les religions non chrétiennes de la déclaration Nostra Aetate (nous pourrions également ajouter le décret sur l’œcuménisme, Unitatis Redintegratio, n.3, qui introduit l’innovation de l’idée de la “communion imparfaite” que les personnes séparées du Christ et de l’Église sont censées avoir avec le Christ et l’Église,) ;

– Les ambiguïtés qui peuvent être utilisées dans le sens de la vérité ou de l’erreur, comme le terme “subsistit” au n. 8 de la Constitution Lumen Gentium : “L’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique” au lieu de “L’Église du Christ est l’Église catholique”.

2) Ces distorsions doctrinales sont à l’origine des erreurs qui les ont suivies – la preuve de “l’esprit du Concile”.

Vous expliquez que les déviations ou les éléments les plus néfastes pour la foi des chrétiens qui marquent la période post-conciliaire (vous citez la Déclaration d’Abou Dhabi, mais aussi le Jour d’Assise, la réforme liturgique, l’usage de la collégialité) ont leur origine dans ces distorsions.

De plus, il ressort clairement de ce texte que le concept d'”esprit du Concile” confirme la spécificité novatrice de cette assemblée, car “il n’a jamais été question d’un “esprit du Concile de Nicée” ou de l'”esprit du Concile de Ferrare-Florence”, encore moins de l'”esprit du Concile de Trente”, tout comme nous n’avons jamais eu d’ère “post-conciliaire” après le Latran IV ou Vatican I.”.

3) Ces distorsions ne peuvent être corrigées.

Les efforts pour corriger les excès du Concile, dites-vous, sont futiles :

L’une de ces options consiste à emprunter la voie insuffisante de “l’herméneutique de la continuité”. Cela est d’autant moins possible que cette herméneutique n’est pas un retour au magistère précédent mais représente la recherche d’une troisième voie entre innovation et tradition. Benoît XVI, dans son discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005, a proposé une “herméneutique du renouveau dans la continuité” en opposition à “l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture” ; mais par cette dernière affirmation, il a mis l’accent à la fois sur les “traditionalistes” et les “progressistes”, qui soutiennent tous deux que Vatican II a opéré une certaine rupture.
Ou encore, on appelle le Magistère à “corriger” les erreurs de Vatican II. Vous montrez à juste titre que ce projet, “même avec les meilleures intentions, menace la fondation de l’édifice catholique”. En réalité, opposer le magistère de demain à celui d’aujourd’hui, qui à son tour contredit le magistère d’hier, finirait par signifier qu’aucun acte magistral ne serait jamais définitif.
C’est pourquoi, dans une autre déclaration faite le 15 juin (Chiesa e post concilio), vous êtes d’avis qu’un futur pape “pourrait annuler tout le concile”.

Si l’on me permettait d’approfondir votre analyse, je dirais que la seule solution pour contredire un acte précédent par un acte magistral est de constater que l’acte en question n’est pas magistral dans sa totalité. Par exemple, le pasteur Aeternus de Vatican I en 1870 a annulé le décret Frequens du Concile de Constance en 1417, qui prétendait institutionnaliser la supériorité d’un Concile sur le pape. Cette annulation a été possible parce que le Saint-Siège n’avait jamais reconnu la valeur dogmatique des Frequens. De même, avec Vatican II, nous nous trouvons dans la même situation que Frequens, car les organes du Concile lui-même (Dz 4351) et toutes ses interprétations successives ont considéré que ce Concile était de nature purement “pastorale”, c’est-à-dire non dogmatique. En fait, la grande sortie de la crise magistrale actuelle est de sortir de ce qu’on appelle la “pastorale” et d’entrer à nouveau dans la dogmatique : que le pape seul ou le pape et les évêques qui lui sont unis s’expriment magistralement et non plus “pastoralement”.

4) – Le pontificat actuel est clairement paradoxal.

Vous écrivez : “Ce que nous avons entendu pendant des années, énoncé, vaguement et sans connotations claires, du plus haut Trône, nous le retrouvons ensuite élaboré dans un véritable manifeste dans les partisans du présent Pontificat.”

C’est ce que ressentent beaucoup de ceux qui ont essayé de donner une interprétation pieuse aux textes controversés de Vatican II : ils reconnaissent que cela n’est pas possible en raison de l’application quelque peu authentique qui est faite aujourd’hui. Les textes de ce pontificat sont le point culminant des points controversés du Concile, comme par exemple la reconnaissance erronée des droits de la conscience dans l’exhortation Amoris Laetitia, qui au n. 301 affirme que dans certaines circonstances l’adultère n’est pas un péché.

5) Un devoir de conscience pèse donc sur les prélats de l’Eglise qui sont conscients de cette situation.

En parlant de vous, vous dites : “De même que j’ai obéi honnêtement et sereinement à des ordres douteux il y a soixante ans, croyant qu’ils représentaient la voix aimante de l’Église, de même aujourd’hui, avec une égale sérénité et honnêteté, je reconnais que j’ai été trompé. Être cohérent aujourd’hui en persévérant dans l’erreur représenterait un choix misérable et ferait de moi un complice de cette fraude”.

Certains prélats, surtout après les dernières assemblées synodales, ont été amenés à faire remonter les conséquences de la situation actuelle à leurs causes, qui ont été établies il y a un demi-siècle. Votre exemple et vos encouragements peuvent les aider à exprimer, en conscience, pour le bien de l’Église, leur désaccord avec ces causes : les points défectueux de Vatican II.