Coronavirus: la parole aux « scientifiques » et les nouveaux dogmes

En France, le gouvernement est assisté dans ses décisions par pas moins de deux comités Théodule… euh, groupes de scientifiques, le ‘Conseil scientifique’, et le CARE (admirez l’acronyme, pur produit d’une agence de com’!!)), dont les suggestions sont, semble-t-il, parole d’évangile. En Italie, ils ont un ‘Comité technico-scientifique’, qui assume à peu près les mêmes fonctions, et auquel AM Valli consacre un billet au ton oscillant entre sarcasme et exaspération et que nous, Français, pouvons partager sans pratiquement rien y changer.

Ils ne jurent (presque) que par lui. Chef de l’État, Premier ministre, ministre de la Santé : tous invoquent dans leurs prises de parole quasi quotidiennes depuis le début de l’épidémie du Covid-19 ce “conseil scientifique” installé par Olivier Véran pour assister l’exécutif dans la prise de décision. C’est ce conseil qui a incité le gouvernement à maintenir les élections municipales, c’est ce même conseil qui l’a orienté vers la voie du confinement.

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https://www.franceinter.fr/societe/coronavirus-qui-sont-les-onze-membres-du-conseil-scientifique-qui-conseille-le-gouvernement


Le 24 mars, Emmanuel Macron a formé un deuxième groupe de scientifiques, le CARE, pour Comité analyse recherche et expertise. « C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus », a-t- il alors affirmé.
Ces 12 médecins et chercheurs (dont deux siègent aussi au Conseil scientifique) ont pour mission de conseiller le gouvernement sur les traitements et dépistages ainsi que les « pratiques de backtracking qui permettent d’identifier les personnes en contact avec celles infectées par le virus du Covid-19 », selon l’Elysée. Le CARE est présidé par Françoise Barré-Sinoussi, virologiste à l’Institut Pasteur/Inserm, qui a reçu le Prix Nobel 2008 pour la découverte du virus du sida.

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https://www.20minutes.fr/politique/2756983-20200410-coronavirus-scientifiques-medecins-gendarme-conseille-gouvernement-lutter-contre-epidemie

Le comité technico-scientifique et les nouveaux dogmes

Si un analyste politique ou un observateur lambda nous avait dit il y a quelques mois seulement qu’un jour un pays entier, notre pays, aurait été complètement bloqué, avec une population forcée de rester enfermée, sur la base de mesures prises par un gouvernement non élu [c’est la seule chose qui nous différencie de l’Italie!!] qui, à son tour, agit selon les indications d’un Comité technico-scientifique, nous aurions sûrement traité cet analyste ou cet observateur lambda de fou. Au lieu de cela, nous y sommes.

Au-delà des aberrations de notre politique, le secret réside dans ce double adjectif: technico-scientifique. Si une décision est prise par un comité technico-scientifique, il faut y croire. Si une déclaration provient d’un comité technico-scientifique, cette déclaration doit être considérée comme vraie. Le comité technico-scientifique est une entité à l’égard de laquelle un acte de foi est obligatoire et dont les formulations ont valeur de dogme.

Si l’on y réfléchit, il est vraiment singulier que tout cela se passe dans un pays marqué, comme tout l’Occident, par un processus de sécularisation qui a prétendu marginaliser de plus en plus toute religion fondée sur une foi transcendante. Et ce qui est encore plus singulier, c’est qu’aux dogmes du comité technico-scientifique, même l’Église doit se plier, elle qui, depuis un certain temps, pour tenter de se rendre, dit-on, plus humaine et plus sympathique, a pris un chemin pour paraître moins dogmatique.

Il n’est pas vrai qu’aujourd’hui les dogmes n’existent plus. Aujourd’hui, les dogmes sont là et ce sont les dogmes technico-scientifiques.

À vrai dire, même dans l’Église qui se proclame désormais antidogmatique, les dogmes existent encore, parce qu’elle a fait siens les dogmes du monde, à commencer par le dogme du dialogue, mais le fait est que nous tous aujourd’hui, catholiques et non-catholiques, croyants et non-croyants, instruits et moins instruits, sommes suspendus aux décisions d’un comité technico-scientifique auquel, en fait, la valeur d’une source dogmatique a été reconnue, sinon nous ne nous inclinerions pas devant toutes ses décisions.

Le comité technico-scientifique est tellement dogmatique qu’il a pris l’apparence d’un véritable oracle. Face à tous les comportements ou possibilités, la première question n’est plus que celle-là: qu’a dit le comité technico-scientifique? Nos ancêtres étaient probablement plus libres vis-à-vis des réponses des sibylles que nous le sommes maintenant par rapport au comité technico-scientifique.

Réfléchissons. Nous ne connaissons même pas la composition de ce comité technico-scientifique. Oui, les noms ont été annoncés et publiés, mais levez la main si vous les connaissez tous. Levez la main si vous pouvez dire que vous savez qui sont réellement les membres du comité et pourquoi, précisément, ils ont été nommés au comité. Presque personne ne sait qui ils sont, et nous ne le savons pas parce que ce n’est pas nécessaire. Puisqu’il s’agit d’une entité dogmatique, il n’est pas important d’entrer dans le pourquoi et le comment. Face à une entité dogmatique, une seule chose est requise: un acte de foi. Et un acte de foi est précisément ce que nous mettons tous en pratique.

Mais en vertu de quoi donnons-nous chaque jour corps à cet acte de foi, puisque les noms des membres de la commission nous échappent même? En vertu, je le répète, de ce double adjectif: technico-scientifique. Voilà le sceau de garantie, si l’on peut dire. Voilà la marque de la vérité. Il suffit de dire « technico-scientifique » et le tour est joué: l’entité qui se vante de ce titre devient ipso facto une entité dogmatique et ses formulations deviennent des vérités incontestables.

Dans toute cette situation, il y a un autre aspect curieux. Elle est donnée par le fait que les vrais scientifiques, et non les vantards, ne savent qu’une chose: ils savent qu’ils ne savent pas. Bien sûr, un scientifique sait beaucoup de choses sur son domaine d’étude, mais, au fond, ce qui fait vraiment un scientifique, c’est la conscience de ne pas savoir. Car c’est ainsi que fonctionne la science: plus elle acquiert de connaissances, plus elle découvre de nouveaux horizons à explorer; plus elle obtient de réponses, plus elle pose de nouvelles questions. La science, en effet, a des réponses qui sont toujours et seulement relatives, loin d’être immuables, définitives et dogmatiques. La science, donc, pour donner ses réponses relatives, a besoin de temps et de comparaison des informations. Et pourtant, nous l’avons élue prêtresse d’Apollon, à tel point qu’un comité technico-scientifique, pour le seul fait de se vanter de cet adjectif, est devenu un oracle, et nous abordons ses réponses comme si nous entrions dans la caverne de la sibylle, dans une attitude d’humble écoute et de volonté d’accueillir tout comme de l’or en fusion.

Bref, ce que nous vivons mérite réflexion car tout cela est vraiment paradoxal. Selon l’aphorisme bien connu de Chesterton, « celui qui ne croit pas en Dieu ne croit en rien, car il commence à croire en tout« .

Mais il me vient aussi à l’esprit « Sa Majesté des mouches« , de William Golding, le roman dans lequel il est question de quelques garçons anglais de bonne famille qui, se retrouvant naufragés sur une île, régressent au point d’empaler sur un piquet la tête d’un cochon sauvage, qui devient pour eux le fétiche auquel rendre vénération et respect.

Benoît & moi