“La mer est agitée, Seigneur nous vous implorons: réveillez-vous.”

LBQ – Nico Spuntoni

La prière du Pape sous la pluie dans un Saint-Pierre vide et sombre reflète les sentiments du monde et de l’Italie dans la crise du Coronavirus : « L’obscurité s’est épaissie sur nos places ; ils ont pris le dessus sur nos vies, remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide sombre. Nous vivons comme les disciples se méfient du bateau orageux. “Notre erreur, nous leurrer de toujours rester en bonne santé dans un monde malade. Mais Jésus se réveille.

Le froid et la pluie ont rendu encore plus triste le 18e jour de fermeture de la place Saint-Pierre, l’un des lieux les plus visités au monde depuis des siècles. A 18 heures, ce qui depuis près d’un mois est le moment de désespoir pour les Italiens suite à la lecture du bulletin quotidien de la Protection civile sur l’épidémie, le Pape est apparu au centre du cimetière de l’église pour apporter de l’espoir aux fidèles connectés du monde entier par la télévision, la radio et le streaming.

François a dirigé le moment de prière et d’adoration proclamé dimanche dernier pour demander au Seigneur de libérer l’humanité de l’épidémie. À côté de lui, sur la station mobile au centre du cimetière, seul Monseigneur Guido Marini, maître des célébrations liturgiques papales, tandis qu’au bout de la place, au début de la Via della Conciliazione, on pouvait voir les quelques figures de policiers et de soldats en service et quelques photographes et journalistes sous le parapluie. L’événement s’est ouvert par la lecture de la Parole de Dieu tirée de l’Evangile selon Marc.

Du commentaire du passage de l’Evangile, qui voit les disciples effrayés par la tempête et Jésus qui, calmant la mer, leur reproche de ne pas avoir eu foi en Lui, le Pape est parti pour son homélie. Faisant une comparaison avec les temps difficiles que l’humanité vit aujourd’hui, Francis a souligné que nous aussi “avons été pris de court par une tempête inattendue et furieuse” et “nous avons réalisé que nous étions dans le même bateau, tous fragiles et désorientés, mais en même temps importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de se réconforter les uns les autres. “Depuis des semaines”, a déclaré le Souverain Pontife, “il semble que le soir soit tombé. L’obscurité dense s’est épaissie sur nos places, dans nos rues et dans nos villes ; elle s’est emparée de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage”.

Commentant l’épisode tiré de l’Evangile de Marc, sur le comportement des disciples qui se plaignent au Maître et se sentent abandonnés, le Saint-Père a observé : “Ils pensent que Jésus se désintéresse d’eux, qu’il ne s’occupe pas d’eux”. Cela, a poursuivi le pape dans son homélie, aura aussi ébranlé Jésus “parce que personne ne se soucie de nous plus que lui” et “en fait, une fois invoqué, il sauve ses disciples qui se méfient”. Selon lui, ce passage souligne comment “la tempête démasque notre vulnérabilité et laisse à découvert ces certitudes fausses et superflues avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et nos priorités”.

Comme c’est le cas aujourd’hui pour l’humanité avec l’épidémie qui a fait tomber “des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos aînés, nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour faire face à l’adversité”. Un passage avec lequel Francesco a voulu se souvenir des principales victimes du fléau qui fait plier le monde et l’Italie en particulier : les personnes âgées, qu’il a toujours considérées comme ” les racines et la mémoire d’un peuple “. L’erreur des hommes, selon l’homélie du Pape, a été de se bercer d’illusions sur le fait qu’ils “restent toujours en bonne santé dans un monde malade”.

“Maintenant, alors que nous sommes en mer en pleine agitation, nous vous implorons : “Réveille-toi, Seigneur ! Il faut, selon le Souverain Pontife, revenir à Lui et trouver en Lui le cœur de notre vie : “Appelez-nous à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de votre jugement, mais de notre jugement : le temps de choisir ce qui compte et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le moment de remettre le cours de la vie à zéro envers Toi, Seigneur, et envers les autres”, a-t-il dit dans son homélie. Le Pape a ensuite fait l’éloge du service offert par ceux qui sont en première ligne dans ce moment de grande difficulté, ces héros qui, loin des “grandes passerelles du dernier spectacle”, écrivent “les événements décisifs de notre histoire” : et donc “les médecins, les infirmières et les infirmiers, les employés des supermarchés, les nettoyeurs, les soignants, les transporteurs, les forces de l’ordre, les bénévoles, les prêtres, les religieux et beaucoup mais beaucoup d’autres qui ont compris que personne n’est sauvé seul”. “Nous ne sommes pas autosuffisants – a rappelé François – seuls, nous coulons : nous avons besoin du Seigneur comme les anciens marins des étoiles”.

D’où l’appel à amener “Jésus dans les barques de notre vie” et à lui livrer “nos craintes, afin qu’il les surmonte”. “Comme les disciples – dit le pape en reprenant le passage tiré de Marc – nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, nous ne ferons pas naufrage. Parce que c’est la force de Dieu : se tourner vers le bien pour tout ce qui nous arrive, même les mauvaises choses. Il apporte la tranquillité d’esprit dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais”. En Lui, nous trouvons une ancre : “dans sa croix, nous avons été sauvés”. En Lui, nous trouvons un gouvernail : “Dans sa croix, nous avons été rachetés”. Et un espoir : “Dans sa croix, nous avons été guéris et embrassés afin que rien ni personne ne puisse nous séparer de son amour rédempteur.

L’homélie s’est terminée par la confiance de tous les fidèles au Seigneur par l’intercession de la Vierge, “santé de son peuple, étoile de la mer démontée”. Francesco, accompagné de Monseigneur Marini, se rend alors à l’entrée de la porte centrale de la Basilique pour se recueillir en prière devant l’icône du Salus Populi Romani et le Crucifix de Saint Marcellus – qu’il embrasse – considéré comme miraculeux à l’occasion de la peste du XVIe siècle. Il se rendit dans l’atrium de la Basilique, au pied de l’autel qui y est placé, et se rassembla en prière pour un moment d’adoration eucharistique devant le Saint Sacrement et de là il éleva sa supplication.

Assisté du Père Bruno Silvestrini, gardien du Sacrarium Apostolique, François a exposé le Saint Sacrement à l’extérieur, vers la place vide, en élevant symboliquement l’ostensoir vers les quatre coins du monde. Le moment de prière s’est terminé par le rite de la bénédiction eucharistique “Urbi et Orbi”, avec la possibilité d’une indulgence plénière pour les fidèles en relation avec la condition d’accomplir le plus tôt possible la confession sacramentelle, la communion eucharistique et la prière selon les intentions du Pape, comme le rappelle également le récent décret de la Pénitencerie Apostolique.