MARCO TOSATTI : LE PAPE A L’HABITUDE DE CHANGER SES DÉCISIONS

par Marco Tosatti – ChurchMilitant

Oui, il l’a encore fait.

Chers amis et surtout ennemis du Stilum Curiae, l’activité frénétique de ces derniers jours m’a empêché d’écrire un commentaire sur les affaires récentes du Vatican et du Pape et de les replacer dans le contexte d’un comportement répété.

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Cdl. Reinhard Marx

Il existe un proverbe arabe qui dit “adaa Alima ya ‘iadatiha al qadìma”, ce qui signifie “Alima est revenue à ses anciennes habitudes”. Et tout comme la proverbiale Alima, le pontife régnant est revenu à ses anciennes habitudes deux fois ces derniers jours, et de manière sensationnelle. Nous faisons référence à deux épisodes précis.

Premier épisode
La première a été l’annonce de la création d’un nouveau dicastère qui aura la supervision de tous – vraiment tous – les employés du Saint-Siège (environ 4 000 personnes). Ce n’est pas une simple rumeur. Le 6 mars, le Bulletin officiel du Bureau de presse du Saint-Siège a publié une longue déclaration sur ce sujet :

En réponse à la proposition du Conseil des cardinaux et du Conseil de l’économie, Sa Sainteté François a fait instituer la “Direction générale du personnel” à la Section des affaires générales du Secrétariat d’État.

La déclaration poursuit en donnant des précisions et des détails sur les pouvoirs qui appartiendront à cette nouvelle direction du personnel, et elle conclut en disant “Il s’agit d’un pas de grande importance sur la voie de la réforme initiée par le Saint-Père”. L’initiative a certainement commencé avec le cardinal Reinhard Marx (qui est le chef du Conseil des cardinaux pour l’économie) et le cardinal Óscar Maradiaga (le chef du C6, le comité des cardinaux qui travaille maintenant depuis des années – comme un nouveau Tissu de Saint-Pierre – sur la réforme de la Curie).


Il s’agit d’un total de 180.


Ouah ! Nous avons tout dit. C’est du sérieux. Quelque chose qui ressemble à ce qui a été commandé par le Cdl George Pell, il y a des années, mais cela ne s’est pas produit.

Mais le jour suivant, le 7 mars, le bureau de presse du Saint-Siège a envoyé ses camarades de contre-ordre :

En ce qui concerne l’annonce d’hier concernant l’institution de la Direction générale du personnel, il convient de noter qu’il s’agit actuellement d’une proposition présentée au Saint-Père par le cardinal Reinhard Marx, président du Conseil de l’économie, et le cardinal Óscar Rodríguez Maradiaga, président du Conseil des cardinaux, pour établir une telle structure.

Le Saint-Père étudiera la proposition et, s’il le juge opportun, il instituera en temps voulu la structure de la manière qu’il décidera avec un motu proprio pertinent.

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Deuxième épisode
Le 12 mars, le vicaire du pape pour la ville de Rome, Cdl. Angelo De Donatis, a émis une directive dans laquelle il a ordonné la fermeture de toutes les églises aux fidèles. Cette fermeture ne concernait pas seulement les messes, qui avaient été supprimées par la Conférence épiscopale italienne sous la pression du gouvernement, mais aussi la prière individuelle.

De Donatis est le vicaire, mais l’évêque de Rome est le pape. Serait-il possible de fermer toutes les églises de son diocèse sans son consentement ? Je ne le pense pas.

Mais le jour suivant, le 13 mars, De Donatis a annoncé la réouverture de toutes les églises paroissiales de Rome, avec une lettre aux fidèles qui commençait par ces mots : “Hier, le 12 mars, dans une décision sans précédent, après avoir consulté notre évêque le Pape François, nous avons publié le décret qui exigeait la fermeture de nos églises pendant trois semaines.”

De Donatis, qui est peut-être le vicaire mais qui n’est pas un fou, a immédiatement précisé que la première décision, celle de fermer toutes les églises, a été prise par son supérieur. C’était une clarification innocente. Mais connaissant trop bien la cour du Vatican (pleine de pom-pom girls et de flagorneurs), et sachant que tous les suspects habituels soufflaient déjà dans leurs trompettes en disant que le bon Pape François avait corrigé la dure décision prise par son vicaire pour Rome, il est évident que De Donatis a préféré partager avec le Pape le fardeau de la décision de fermer toutes les églises.


Si nous nous tenions devant une porte et que le pape me disait : “S’il vous plaît, allez-y”, je crois que je répondrais : “Après vous, Votre Sainteté”.


Bergoglio envoya donc une fois de plus un de ses hommes en avant avec une décision, pour ensuite revenir sur celle-ci.

Un modèle de comportement
Incertitude, gaucherie, volte-face ? Peut-être. Mais nous avons déjà vu Bergoglio se comporter de la sorte dans le passé à plus d’une occasion.

Sans vouloir nous faire oublier, je pense au pauvre Cdl. Pell qui, en bon taureau australien, s’était lancé tête baissée dans la réforme des finances du Vatican, avec les encouragements du pape (“allez-y, ne vous préoccupez de l’opinion de personne…”), pour se retrouver privé, rescrit après rescrit, de tous ses pouvoirs, sauf celui de contrôle a posteriori.

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Cdl. George Pell

 

Nous rappelons également le cas de l’Ordre de Malte, de la manière dont le Cdl Raymond Burke a été encouragé à clarifier les ambiguïtés sur la distribution de préservatifs par l’Ordre, pour être ensuite essentiellement détrôné.

Et quant au Cdl. Robert Sarah, avec son exhortation à célébrer la messe ad orientem ? Sarah a toujours dit qu’il avait parlé avec le Pape et qu’il avait eu son assentiment, mais qu’il l’avait nié de manière flagrante. En bref, ce n’est pas l’âge, à notre avis, et ce n’est pas l’incertitude. C’est un comportement qui a fait ses preuves.

Si nous nous tenions devant une porte et que le pape me disait : “S’il vous plaît, allez-y”, je crois que je lui répondrais : “Après vous, Votre Sainteté.” Pas par malveillance, comme on dit à Rome, mais vous savez comment c’est…

Publié à l’origine sur le blog de Marco Tosatti.