François, le Pape qui « se croit » anti-mondialiste

Le bilan ne serait cependant pas complet si je gardais le silence sur le malaise que la figure de Bergoglio provoque en moi comme en beaucoup d’autres. Je voudrais me tromper mais sa façon d’être, de parler, de marcher, son regard, n’expriment aucune trace de charisme religieux, aucun signe de sacralité et de spiritualité incarnée. Vous ne pouvez pas l’appeler Sainteté ou Saint Père.
Par moments, ses expressions sont méchantes, comme on n’en avait jamais vu chez ses prédécesseurs… ses manières rustres évoquent son expérience de jeunesse comme videur dans un endroit peu recommandable de Cordoue, comme nous le disent les biographies.

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Marcello Veneziani


Le Pape n’est pas « antiglobal« : au contraire

Marcello Veneziani
Panorama n. 11 (2020)

J’étais heureux, ce 13 mars d’il y a sept ans, quand fut élu pape l’Argentin Bergoglio. Après la glorieuse parabole des papes européens, il m’a semblé courageux de choisir un pontife du sous-continent latino-américain, où vit la majorité des catholiques. Et j’ai été frappé par le choix de s’appeler François, comme aucun prédécesseur ne l’avait fait, pas même un franciscain. Seul un jésuite aurait pu aller aussi loin… Cela marquait un tournant radical, mais au nom d’un saint radicalement médiéval, qui unissait le témoignage de la pauvreté, l’amour de la création, le rejet du pouvoir clérical avec une forte spiritualité, la tension mystique et religieuse, les stigmates et l’ascèse.

Mais bientôt, Bergoglio trahit les attentes. Pas seulement pour la banalité de ses messages et la volonté de vouloir plaire à tout le monde. Son avènement suscita la sympathie des médias, conquit le soutien de laïcs, progressistes et athées qui le restent, mais divise l’Église et les fidèles en deux factions opposées. Dans son Argentine, comme c’est étrange, le pape n’est pas aimé et il n’y est pas retourné depuis qu’il est pape, même s’il est allé plusieurs fois en Amérique du Sud.

Bergoglio n’a pas rapproché les fidèles, il n’a pas fait revivre les églises et les vocations, il n’a pas provoqué de nouvelles conversions. L’hémorragie de la foi, durant son pontificat est confirmée par des chiffres et des signes décourageants. La direction papale est apparue ensuite tout sauf œcuménique ou « démocratique », elle a adopté un spoil system sanglant, elle a évincé et réduit au silence les non-alignés, elle n’a pas essayé d’inclure mais elle a marginalisé ceux qui représentaient une sensibilité différente, non progressiste, plus conservatrice. Dans le dialogue, il a préféré les non-catholiques aux catholiques, les non-chrétiens aux chrétiens, les non croyants aux croyants. Sans pour autant les rapprocher de la foi chrétienne. Son message s’est adressé aux migrants, oubliant les autres qui sont plus nombreux et davantage dans le besoin; et ne se souciant pas de la déchristianisation du monde, des chrétiens persécutés, mais encourageant l’invasion islamique des pays chrétiens. Il a substitué la sociologie à la théologie, Bauman & cie aux papes, aux saints et aux Pères de l’Eglise.

Sur le plan pastoral, Bergoglio semble être le pape qui s’est ouvert à son époque, s’éloignant de la civilisation chrétienne et du sens de l’éternel. Je ne vais pas m’arrêter sur les incohérences doctrinales et pastorales, comme beaucoup le font déjà (je pense à Aldo M. Valli, Antonio Socci, Magister, Messori, pour rester dans la sphère journalistique). Bergoglio se réfère au christianisme des origines, soutient que le Christ est en chaque homme, que la charité est plus importante que la foi et que la lutte contre l’injustice et la pauvreté prévaut sur le chemin de la sainteté et du salut des âmes; et même, elle coïncide avec lui. Il est vrai que les rares fois où il a pris des positions religieuses et morales conformes à son magistère, il a été passé sous silence par les médias qui, par contre, mettent toujours en avant tout ce qui est dans l’esprit du temps et en rupture avec la tradition chrétienne. Mais le message qui émane de lui est celui d’un témoin de notre temps, président d’une ONG ou d’Emergency, garde forestier de la planète, syndicaliste mondial; tout sauf une figure religieuse et pastorale. Mais ne revenons pas sur ce qui a déjà été écrit.

Je voudrais plutôt changer de perspective et faire le bilan de cette période de sept ans en m’en tenant à son message social. Lorsqu’il s’est posé, notamment avec l’encyclique « Laudato si », comme critique du modèle techno-capitaliste, de la société de consommation et de la culture du déchet, défenseur des pauvres et de l’environnement, a-t-il réalisé que le modèle qu’il exècre est basé sur le déracinement universel, la violation de propriété globale, la modification de la nature, l’annulation des différences sexuelles et territoriales, la négation des patries, des civilisations et des traditions? Bergoglio se rend-il compte que son sermon finit par entrer en collision justement avec l’idéologie sous-jacente de ce modèle mondialiste qu’il condamne, lui fournissant un alibi moral et humanitaire? Quand il critique la liberté sans limites et la croissance sans limites, sait-il que c’est le principe à la base de la société sans limites qu’il poursuit? Quand il voit le Principal Ennemi de l’humanité dans le populisme, le souverainisme, l’amour de la patrie, et, adhérant à la Pensée unique, qu’il les ramène au nazisme et au racisme, se rend-il compte qu’il condamne les peuples, les croyants et les classes pauvres qui cherchent une protection et qu’il sert ce modèle de développement mondialiste et techno-capitaliste qu’il condamne en paroles? Est-il conscient que son progressisme est le versant paupériste de ce même progressisme idéologique et techno-global, négation de la tradition, de la limite, de la nature et de la réalité? En bref, le message révolutionnaire du pape Bergoglio est en fait rhétorique et sert ce modèle mondialiste dont il devient la garde blanche.

Le bilan ne serait cependant pas complet si je gardais le silence sur le malaise que la figure de Bergoglio provoque en moi comme en beaucoup d’autres. Je voudrais me tromper mais sa façon d’être, de parler, de marcher, son regard, n’exprime aucune trace de charisme religieux, aucun signe de sacralité et de spiritualité incarnée. Vous ne pouvez pas l’appeler Sainteté ou Saint Père.

Par moments, ses expressions sont méchantes, comme on n’en avait jamais vu chez ses prédécesseurs, non seulement Woytila et Ratzinger mais aussi Roncalli et Montini ; ses manières rustres évoquent son expérience de jeunesse comme videur dans un endroit peu recommandable de Cordoue, comme nous le disent les biographies.

Même dans son dernier livre, « Io credo, noi crediamo« , quand il a dit qu’il fallait se salir les mains – une expression inappropriée à l’époque du coronavirus -, il a condamné à nouveau le populisme souverainiste comme étant la réincarnation d’Hitler. Les pouvoirs forts de la mondialisation et du techno-capitalisme le remercient de tout cœur.

Benoît & moi