L’épreuve mondiale du coronavirus : les débuts d’un temps nouveau ?

4) Type d’intervention divine

Il nous reste à essayer de caractériser quel type d’intervention divine se passe-t-il en Chine. Nous savons par ailleurs que les chemins de Dieu sont impénétrables et que ses pensées bien au-dessus de nos pensées. Mais nous pouvons essayer de voir quelques lumières. La dimension de kairos a déjà été établie.

Il est envisageable que sur le plan spirituel, le mal entraînant le mal, cette épidémie ait été favorisée par des forces du mal ayant peut-être produit le coronavirus. Par ailleurs, la Chine a atteint un tel niveau d’injustice sur les plans politiques, militaires, économiques et judiciaires qu’il est pensable qu’il se traduise sur le plan écologique : la Chine se punit elle-même à travers une catastrophe écologique et humaine qui le reflète. Par ailleurs, Dieu n’a pas eu « besoin » de retirer sa main au cœur des formes sociales d’un système politique intrinsèquement pervers fondé sur la non-liberté politique et de conscience des personnes. Ainsi, jusque-là, l’effet du coronavirus apparaît matériellement comme un auto-jugement ou une auto-punition. Quant à savoir si Dieu a déclenché un fléau lui-même sur la Chine, je ne le pense pas car le statut même de ce virus, en lui-même déficient et mortifère ne peut être une création divine. Ainsi, Dieu n’est pas l’auteur direct de l’effet du virus, mais en laissant ses lois s’exprimer, permettant au mal de s’autodétruire et à la nature d’autoréguler le comportement humain, sa volonté permissive s’exprime. Dès lors, la notion de jugement apparaît. Elle apparaît d’autant plus que cette volonté permissive a une finalité : celle d’avertir les consciences de la fragilité et de l’iniquité d’un système politique et économique en laissant s’ébranler très significativement les formes sociales qui le déterminent. Ainsi, la notion de jugement apparaît ici à travers trois éléments : un kairos de jugement, une volonté permissive permettant un ébranlement des formes sociales, une intention « finalisante » éducative. Pour préciser, on pourrait dire que « matériellement », ce kairos que vit la Chine est un auto-jugement, mais « formellement », il s’agit bien d’un jugement au sens décrit.

En somme, Dieu agit bien au cœur de ces auto-jugements en laissant un certain mal apparent important se déployer pour que les responsables chinois comprennent la perversité du système économique et politique du pays. C’est le système chinois qui apparaît jugé par Dieu non les chinois eux-mêmes, système qui repose sur un impérialisme économique lui-même fondé sur un parti unique qui le rend encore plus destructeur du respect dû à tout homme.

Mais ce désir d’impérialisme économique qui est devenu la finalité du système chinois, la Chine le tire et l’a reçu de valeurs d’un système mondial qui prône le libéralisme économique comme paradigme sociétal et entre nations. Aussi, ce jugement de la Chine est-il à insérer dans un jugement plus large qui est celui d’un jugement des nations qui représentent ce libéralisme. Que la Chine soit le premier pays où s’est développée la pandémie pourrait être le signe d’un jugement des nations en cours car elle est elle-même l’un des deux poumons économiques mondiaux.

III) Le jugement des nations

1) Le jugement d’un système économique

Depuis plus d’une semaine, l’épidémie s’est étendue de la Chine continentale vers la Corée du Sud, l’Iran, l’Italie, trois pays représentant le fait que le phénomène devient mondial et n’est pas seulement lié à la Chine. Depuis le début de celle-ci 10 000 milliards d’euros de capitalisation sont partis en fumée, les bourses européennes ont dévissé de près de 20 %, : c’est toute l’économie mondiale qui est remise en question et fragilisée par ce virus.

À travers la chute vertigineuse des valorisations de capital de nombreuses entreprises en quelques jours, apparaît ainsi, au cœur de ce kairos planétaire de l’épidémie, la faiblesse de tout un système de vie économique mondial basé sur un monde de la finance spéculative déconnecté de la vraie valeur des personnes, des entreprises et de la productivité. La vitesse avec laquelle les bourses mondiales ont basculé montre à quel point le système de capitalisation est virtuel et basé non pas sur la vraie valeur des hommes et du travail mais sur une pure spéculation de rentabilité des placements. Il y a une certaine folie à présenter tout ou une partie de ses capitaux au gré de l’offre et de la demande d’investisseurs qui jouent sur des placements qui rapportent à court terme mais qui n’investissent pas dans la durée pour soutenir une croissance de fond des entreprises. C’est ce libéralisme dans la gestion des capitaux qui semble être pointé par les effets du virus.

En corollaire de ce libéralisme dans la gestion des capitaux est la manière dont on se représente l’homme au cœur de cette vision économique : l’homme est fait pour le travail, il se définit par son travail. Le monde est en effet fondé sur le concept de travail total où tout est vu à partir de l’efficacité que peut apporter chaque homme dans l’ensemble de la machinerie monde. Tout est organisé comme l’a bien vu Pieper[16] sur une vision de l’homme qui l’enchaîne à des processus de travail annihilant sa personnalité, sa capacité à se sentir comme une personne libre et autonome puisqu’il n’existe dans la société qu’en fonction de la valeur de son travail. Or cette épidémie bloquant tant et tant de chaînes de production vient comme casser symboliquement cette réduction moderne de l’homme à l’hommo faber. L’homme mis en quarantaine se souvient ou est appelé à se souvenir qu’il n’est pas un simple pion dans les rouages de l’économie mondiale.

Enfin, l’épidémie révèle la trop grande dépendance de pays occidentaux à la Chine. Elle met en évidence la perversité d’entreprises mondiales qui collaborent avec ce pays injuste pour de purs motifs économiques et qui en retour sont devenues trop dépendantes de lui. En investissant en Chine massivement, elles ont soutenu l’image d’un pays étranger dans lequel il est digne d’investir alors que ce faisant, elles bafouent l’expression des droits de ceux qui sont emprisonnés injustement[17]. Elle révèle ainsi que l’économique s’est mis au-dessus du politique et de la justice.

Capitalisation non contrôlée, travail total, une supériorité du monde économique sur le politique et la justice : trois maux de l’économie mondiale que l’effet néfaste du virus vient repointer du doigt ! Un jugement sur l’économie des nations semble bien en cours. Si l’économique absorbe le politique, il absorbera également les nations dans leur souveraineté propre. Il semble bien que le libéralisme économique de la finance internationale et ce qu’il implique – travail pour le travail, fusion du politique dans l’économique – constitue la nouvelle tour de Babel des temps modernes que Dieu est en train de briser pour faire revenir les États nations à une économie plus humaine.

2) Un auto-jugement personnel

Puisque l’argent est devenu ce lieu de pouvoir de l’homme moderne, son Dieu à lui et que d’autre part ses sources semblent se tarir, l’homme de la société occidentale confronté au coronavirus semble devoir se juger lui-même sur ce qui au fond est le plus important pour lui. Cet argent comme absolu, et tout ce qu’il représente – l’exaltation du travail pour le travail, le primat du travail sur l’homme – semble en s’évanouissant le juger pour lui rappeler qu’il est un être fini. Son meilleur ami semble disparaître pour laisser l’homme face à lui-même et à l’évaluation du sens de sa vie : est-ce déjà une préparation à l’illumination des consciences dont parlent certains mystiques ? Les faillites d’entreprise, les immenses pertes personnelles de capitaux vont faire trembler l’homme pour l’aider à se réinterroger sur le sens de la vie et des priorités qu’il lui accorde. Il est envisageable que prochainement notre mode de vie doive changer en raison de cette crise.

C’est donc par un jugement sur le système économique mondial que chacun va vivre en quelque sorte un auto-jugement particulier en étant invité à se positionner lui-même sur son rapport à l’argent. « Nul ne peut servir deux maîtres » dit Jésus : en servant comme une idole l’argent, l’homme se ferme de par lui-même à toute expérience spirituelle. En déstabilisant les fondements de l’idole l’argent, Dieu va ouvrir les cœurs pour leur permettre de s’ouvrir et de mieux juger ce qui est essentiel. Cet auto-jugement personnel que chacun est appelé à vivre est une forme d’avertissement sur notre représentation erronée de l’argent pour mettre en lumière ce qui fonde le bien véritable de l’homme.

Puisque l’attrait pour l’argent est quelque chose de paradigmatique dans la vie des personnes et que ce dernier va tarir dans ses sources, il faut voir la crise économique comme quelque chose de positif sur le plan spirituel. Ce jugement des nations à travers un système économique mondial ébranlé devient un test pour chaque personne appelée à définir son bien le plus précieux.

Il faut bien distinguer le jugement des nations, ces auto-jugements, du jugement personnel et très intime que Dieu peut opérer dans les âmes. Les limites à nos actions entraînées par ces deux premières formes de jugement n’empêchent pas mais au contraire pourraient faciliter le déploiement d’un jugement de grâce pour l’âme qui se tourne vers Dieu au cœur de la reconnaissance de ses limites.

3) La place de l’Église

Au cœur de ce jugement des nations, l’Église prend sa place en s’identifiant à la croix que va vivre chacune. Elle ne sera pas mise à part comme les juifs du temps de l’Exode mais elle sera éprouvée dans ses membres dans sa capacité à offrir les souffrances liées à cette épidémie pour la gloire de Dieu ! Les siens iront apporter espérance aux malades : ce que j’espère de tout cœur. Elle s’offre comme un signe d’espérance pour tous ceux qui perdront l’espoir en ces temps difficiles. En étant libre de tout asservissement économique, elle rappellera qu’il est possible de former une communauté humaine solidaire de tous lorsque chacun est vu comme un fils d’un même Père. Face au diktat d’une machinerie économique mondiale, l’Église propose et rappelle que Dieu est le seul être qui puisse combler le cœur humain.

Conclusion

Peuple de Chine, Église de Chine, vous n’êtes pas délaissés par Dieu ! Courage ! Le Seigneur vous fait vivre un kairos car tant de milliers de personnes souffrent de l’iniquité de ce système communiste sans que rien ne semble pouvoir le bouleverser si ce n’est le kairos dans lequel vous êtes. Tant de milliers de chinois emprisonnés dans le monde de manière injuste dont le système profite ! Je ne crois pas que le Seigneur mettra à part dans cette épreuve les chrétiens comme Il a mis à part les Hébreux lors des dix plaies d’Égypte, car au cœur des lieux de quarantaine, des hôpitaux, des prisons, ils sont appelés à témoigner du Christ vivant et ressuscité ! Le Corps du Christ formé dans tes entrailles porte lui-même cette épidémie par laquelle Dieu veut rendre plus humble les dirigeants de la Chine ! Courage, si vous êtes stigmatisés dans les médias, si le feu de l’épidémie vous brûle, l’Église du Ciel, des martyrs de Chine, vous accompagne jusqu’à la victoire finale ! Offrez vos souffrances, les impossibilités de se retrouver autour de la parole de Dieu et de l’eucharistie pour que la Chine se convertisse ! Cette offrande continue le combat d’un enfantement pour que la Chine renaisse sur les fondements de la justice et du droit, du respect de la liberté politique, religieuse, culturelle. Nous le savons « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »[18] affirme Paul alors que Jacques rappelle dans sa lettre que Dieu « veille sur l’Esprit qu’il a fait habiter dans le cœur des croyants »[19]. Soyez sûrs que l’Esprit Saint souffle en abondance sur vous pour vous soutenir dans cette épreuve et faire connaître la grandeur du nom de Dieu et sa seigneurie sur toute civilisation ! Vous les dirigeants de la Chine, l’heure du jugement est proche ! Revenez à la lumière. Le jugement ne sera peut-être pas pour vous lié à l’effet néfaste du virus mais il consistera certainement en une mise en lumière des structures de ténèbres que vous entretenez. Comme chrétiens appartenant au corps mystique, nous sommes invités à prier urgemment et incessamment pour nos frères de Chine chrétiens ou pas ! Il nous faut prier le Seigneur que de cette épidémie, laissée à sa juste mesure, Dieu puisse tirer du mal un bien et que les plus faibles et les plus petits soient protégés !