L’épreuve mondiale du coronavirus : les débuts d’un temps nouveau ?

2) La notion biblique de jugement sur une nation ou sur des nations.

La Bible enseigne que des oracles divins ont été exprimés sur des nations car elles ont pour Dieu une signification particulière en rapport avec le salut. Elles expriment depuis la chute de la tour de Babel, une sagesse de répartition des frontières des nations, voulue par Dieu pour que le monde ne se voit pas comme une grande masse d’individus qu’on pourrait utiliser à sa guise pour la réalisation des projets de l’orgueil humain mais d’abord comme un ensemble de cultures dignes de respect. La notion de nation ou de culture est au service du respect de la personne humaine, car l’être humain, s’identifiant d’une manière naturelle à ses semblables qui lui ressemblent par la culture, la langue, le mode de vie aura tendance à défendre l’individu plutôt qu’un concept de nation universelle. Détruire les nations et les cultures, c’est détruire une frontière voulue par Dieu favorisant le primat de l’individu sur le groupe : c’est chercher à exposer l’être humain face à un pouvoir absolu sans l’intermédiaire du groupe. En quelque sorte les nations sont à l’humanité entière, ce qu’étaient les corporations en France dans le corps social tout entier avant la révolution : l’individu n’était pas à nu seul devant un pur État. Dieu voulait créer une humanité totalement unie mais elle a été incapable de vivre cette unité par elle-même. La division des nations est le signe de l’attente d’une nation toute particulière qui sera capable de faire l’unité, figurée par Israël et réalisée pleinement par l’Église.

Dans la Bible, les nations peuvent être jugées lorsqu’elles ne respectent plus, soit le peuple d’Israël[8], soit l’Église[9] et toutes les valeurs qu’ils représentent de justice à l’égard de toute personne humaine. Elles sont jugées pour leur arrogance, insolence dira Isaïe, lorsqu’elles cherchent à s’autofonder par elles-mêmes sans Dieu ou en cherchant un expansionnisme totalisant voulant gommer les nations pour se faire leur propre source[10]. Isaïe a une longue section de jugements contre les nations (Is 13-23), Jérémie deux sections, lui que Dieu a « établi sur les nations »[11] : le chapitre 25 et toute la finale concerne un jugement des nations ( 45 et suivants ). Le jugement sur les nations apparaît bibliquement comme intrinsèquement lié au salut du peuple de Dieu et de chaque homme en particulier.

Qu’entend-on plus précisément par jugement des nations ? Il ne s’agit pas de juger chacun des membres de la nation ce qui relève d’un jugement personnel de Dieu et qui de fait est permanent car Dieu scrute sans cesse les reins et les cœurs. Le jugement des nations correspond selon notre vision à un kairos où Dieu intervient pour corriger les structures d’une nation, d’un pays, afin qu’elles servent mieux la personne humaine dans sa réalité spirituelle. Il implique des conséquences concrètes sur la vie des personnes mais indirectement. Car les personnes ne sont pas jugées individuellement de la même manière par Dieu comme Lui-même corrige les structures. Dieu laisse libre cours aux nations mais son jugement sur une ou des nations intervient quand objectivement la structure s’oppose radicalement au primat de la liberté de la personne humaine. Si chacun des hommes est responsable de son propre péché, il est aussi solidaire en un certain sens du péché de sa nation ou du mal de ses structures, car il a une certaine responsabilité sur eux. C’est pourquoi le jugement sur une nation peut aussi atteindre les justes.

Un jugement sur les nations comprend selon nous trois grandes composantes : une évaluation d’une situation d’une nation selon un kairos donné, une intervention divine par laquelle il laisse s’amoindrir ou amoindrit ( cela peut fonctionner également dans l’autre sens ) la stabilité des formes sociales de la nation et un enseignement car Dieu ne corrige pas sans indiquer une direction. Le kairos d’un jugement d’une nation ou d’un ensemble de nations peut correspondre à l’estimation par Dieu que les structures sociales d’un pays sont trop aliénantes sur le plan du salut de l’âme, que son action apparaît nécessaire là où les structures de péché ou de contrôle de personnes sont trop contraignantes pour respecter la liberté intérieure de la personne. Il y a intervention divine selon une sagesse que nous ne pouvons pas comprendre dans sa profondeur même si l’on peut distinguer quelques grands types que nous allons expliciter plus bas dans le respect d’un Dieu qui est absolument Père. La troisième composante qui couronne le jugement est un message, un avertissement indiqué à travers le lieu qui est déstabilisé, message qui constitue de fait la finalité de ce jugement de la nation car Dieu ne veut pas corriger pour corriger mais bien pour éduquer.

La première manière de voir l’intervention divine est de penser que Dieu laisse le mal se diffuser là où le mal, ayant déjà pris des racines, entraîne un mal plus grand. Car le mal s’autopunit et s’autodétruit parce que Dieu laisse l’homme libre. Cette autodestruction peut revêtir des formes stupéfiantes en raison de l’imagination du mal. En ne mettant pas une limite à ce déploiement temporaire et parfois virulent du mal dans une nation, Dieu agit au sens d’une volonté permissive. La seconde manière de voir l’intervention divine lors d’un jugement est l’intervention des lois de la nature qu’Il a lui-même instituées. Lorsque l’homme se détourne de Dieu, parce qu’il est intimement lié à tout le cosmos comme fin de ce dernier tout en l’équilibrant, ce dernier réagit en fonction de la bonté ou de la perversité des actes moraux de l’homme[12]. Ainsi, lorsqu’une nation collectivement s’est trop détournée de Dieu, elle appelle sur elle la manifestation de ces lois de la nature par laquelle elle comprend sa contingence. Ce n’est pas Dieu qui ici punit l’homme directement, mais la nature qui met une limite naturelle au péché des hommes parce que celui-ci la heurte et la contraint également à rétablir un équilibre pour que l’homme lui-même vive dans de bonnes conditions. Dieu intervient parce qu’Il est lui-même l’auteur de ces lois mais indirectement. La troisième manière de voir l’intervention divine au cœur d’un jugement sur une ou des nations est de voir Dieu retirer son assistance au niveau de la stabilité de formes sociales et sociétales d’une manière globale ou dans un lieu particulier. Dieu retire sa main comme Il l’a fait au cœur de l’histoire d’Israël en ayant permis la division des tribus, comme Il l’a fait dans l’histoire de beaucoup de pays en privant de ses secours certains responsables pour que leurs structures sociales se voient ébranlées et que les peuples se mettent à crier vers Dieu en ayant plus d’humilité. Dieu retire sa main d’une manière indirecte mais ce n’est pas un mal envoyé mais un manque de bien. La quatrième forme est de voir l’intervention directe de Dieu pour une correction divine : si ce n’est pas la manière habituelle de Dieu car Il n’est que bonté, pour des personnes athées ou agnostiques, ce serait une manière de leur parler concrètement. Le livre de l’exode et l’apocalypse parlent ainsi mystérieusement de certains châtiments comme s’ils venaient directement de Dieu (Ap 16). À noter que ces types d’interventions apparaissent dans un ordre où Dieu semble de plus en plus engagé et pourraient être vus avec d’autres nuances ou selon une autre grille : l’action divine ne peut être réduite à des schémas.

3) Quels sont les signes d’un jugement de Dieu à l’égard de la Chine ?

C’est tout d’abord le signe même de l’épidémie, qui touche aussi bien les faibles, les petits que les puissants, qui montre l’idée d’un jugement. Qui plus est, l’épidémie apparaît même comme le symbole d’un jugement car elle est totalisante. Aucune personne n’est épargnée car chacun doit pouvoir se remettre en cause. Qu’est-ce ce que signifierait le jugement d’une nation entière si seulement les plus faibles étaient concernés ? Peu de virus ont été aussi pénétrants et ont marqué à ce point la planète : il faut peut-être remonter à la peste noire pour voir l’extension d’un virus à portée internationale comme celui que nous subissons actuellement. Sa spécificité selon plusieurs scientifiques réside dans la combinaison d’une certaine capacité de pouvoir léthal et d’une capacité forte de contagion. Le fait qu’il ne soit pas assez léthal ajoute en fait à sa diffusion car on peut le porter sans s’en apercevoir et être ainsi facteur de contagion. Le danger du virus n’est pas dans sa léthalité comme telle mais dans l’effet d’une propagation à l’échelle nationale qu’un système de santé ne pourra pas absorber. Son extension en Chine apparaît comme une immense couverture, un immense crible jeté sur l’ensemble des personnes et des institutions d’un pays. Il pénètre au plus intime des rouages, des relations, des structures d’un pays pour voir quelles places sont véritablement données à la vie et à la personne humaine : comment les traite-t-on ? Ce qui frappe les vidéos des réseaux sociaux chinois, c’est la manière brutale et déshumanisante dont on traite les personnes malades soit en scellant leur habitation, soit en les emmenant de force dans des camps en quarantaine, soit en les matraquant. L’idéologie communiste et ses effets pervers sont ainsi dévoilés à la face du monde. On peut juger de la maturité d’une société à sa capacité à prendre soin des plus faibles. Il est à regretter que les plus faibles soient ici parqués de force dans des conditions inhumaines, ayant fait ressembler certains camps de quarantaine à des mouroirs. De plus, le virus libère la parole car les personnes qui le subissent ont moins peur de dire la vérité puisque la vie même est déjà en jeu. Par sa puissance invisible, il exprime quelque chose de mystérieux, une force beaucoup plus forte face à laquelle la Chine doit se plier : pendant plus d’un mois, elle a paru si démunie et si faible face à l’invisible puissance de ce virus.

L’idée d’un jugement divin apparaît car un kairos sociétal à portée mondiale semble se produire là même où l’iniquité est la plus forte dans le monde. À elle seule, la Chine rassemble de multiples vices structurels de l’humanité : idéologie mortifère, corruption, distinction de classes, mais surtout mensonge, abus de la force, traitement inique de ceux qui ont voulu prendre la parole, infanticides… Pourquoi finalement le virus commence-t-il à se propager dans un pays où l’iniquité des structures semble l’une des plus fortes ? S’il y a bien dans l’avenir un jugement mondial divin sur l’iniquité planétaire tel que le prévoit l’Apocalypse, le fait qu’il commencerait en Chine dans un pays qui accumule à tel point les structures de péché aurait une cohérence, comme signe donné aux nations sur ce qui est en cours. La corruption sociétale de la Chine s’exprime essentiellement par une répartition injuste et hypocrite des capitaux au profit de personnes appartenant au Club du parti unique parce qu’elles se prétendent garantes des valeurs communistes.

De plus, c’est aussi la rapidité avec laquelle les institutions fondamentales d’un pays sont touchées qui évoque l’idée d’un jugement. Le président qui symbolise toutes les institutions est mis dans une situation de devoir se justifier assez souvent depuis le début de la crise alors que jusque-là, le président Xi prenait peu la parole en restant prudent, silencieux et réservé comme symbole de son autorité. L’assemblée générale annuelle du parti a été annulée, un évènement dans l’histoire de la Chine. Des gouverneurs ont été déplacés. L’armée non plus n’est pas épargnée par le virus.

Du côté des causes, au-delà des structures d’iniquité du pays, une raison qui pourrait expliquer le jugement divin serait le changement de posture pris depuis quelques années par le dirigeant Xi. Il s’est en effet recentré sur l’idéologie de Mao qui voit dans la sinisation l’outil essentiel de préservation du parti. Toutes les expressions religieuses, culturelles, littéraires doivent être sinisées et correspondre à la Vulgate du parti. L’idée d’un expansionnisme culturel des valeurs communistes chinoises a repris de la vigueur sur le terrain allant à l’encontre de la manière dont Dieu a pensé les nations et les espaces culturels tel que nous l’avons mentionné au début de cette partie. Toutes les minorités ethniques, les espaces culturels de la Chine, les religions doivent se soumettre comme l’illustre l’établissement de camps pour les Ouighours. C’est ainsi que sur le plan religieux, l’un des derniers congrès du parti a demandé une nouvelle traduction des textes des grandes religions pour les faire correspondre à la Vulgate du parti. La persécution contre l’Église catholique souterraine ou officielle s’est renforcée récemment avec la fermeture de nombreuses églises, l’interdiction pour les enfants d’être catéchisés en public, … Sur le plan international, ce désir d’expansionnisme culturel à l’encontre de la théologie des nations et des cultures se voit à travers la main mise exercée par la Chine sur le Vietnam, le désir d’annexer Taïwan et de soumettre pleinement Hong Kong. L’épidémie vient symboliquement fermer les frontières des provinces et du pays, comme pour signifier qu’elles existent pour elles-mêmes.

Mais si l’on veut bien regarder de plus près, un changement de paradigme a eu lieu récemment en Chine qui pourrait expliquer la venue de ce jugement sur cette nation et plus largement sur d’autres nations qui exercent publiquement ou de manière cachée la pratique suivante. Depuis bientôt un an se sont développées en Chine des pratiques qui permettent à l’État de pouvoir filmer et d’enregistrer les comportements de tous les citoyens grâce à la technologie du contrôle facial. Il est stupéfiant de voir un écran de contrôle surveillant les rues de Pékin où chaque voiture et chaque personne sont reconnues en temps réel avec leur identité précise. Ce réseau de caméras semble symboliser le pouvoir de jugement divin qu’un État s’est acquis grâce à la technologie alors que « le jugement – la capacité à juger à partir de la synthèse des faits et des gestes – d’une personne humaine appartient à Dieu »[13]. Sur le plan des relations numériques, il est indéniable que tout soit également contrôlé et rapporté à chaque personne. Au-delà des iniquités véhiculées par ce pays, jamais un pays n’a été aussi proche du rêve prométhéen de pouvoir tout contrôler. Selon Pieper, dans son livre La fin des temps, cet impérialisme cherchant à contrôler les libertés individuelles est le signe même de l’AntéChrist[14]. C’est le propre d’une société totalitaire que de chercher à connaître les habitudes, les convictions de ses citoyens et si possible de contrôler les pensées exprimées et les consciences. En étant sur le point de créer une structure technologique totalisante à même de pouvoir induire un nouveau rapport de l’individu à lui-même, comme individu « contrôlé », la Chine vit en même temps l’expérience d’une force qui semble contenir sa vision d’un contrôle presque total des libertés. Que les masques de protection empêchent précisément le contrôle facial si nécessaire à ce nouveau système et puissent libérer la parole, ne serait-ce pas le signe d’une certaine ironie divine[15] ?

Par ailleurs, si ce virus a été délibérément produit par une équipe de chinois dans le fameux laboratoire P4 situé à Wuhan grâce à des recherches en guerre biologique, cela renforce l’idée d’un jugement divin qui dans la parole de Dieu confond les puissants en les faisant tomber dans le trou qu’ils ont eux-mêmes creusé. En voulant potentiellement dominer un conflit mondial et contrôler la nature, les chinois se seraient punis eux-mêmes et se seraient mis sous la coupe d’un jugement divin.

Enfin, il faut rappeler que ce jugement divin ne va pas à l’encontre de la bonté divine qui veut absolument le bien de chaque âme. Il est absolument dommageable que tant et tant de personnes souffrent de ce virus et l’on peut se demander s’il n’y a pas une intention diabolique d’éradication d’une race voire de l’humanité. Mais même dans ce cas-là, on est encore dans une situation où le jugement divin domine car Dieu mettra une limite au mal par sa bonté. Il se servira de ce mal pour dénoncer d’autres maux et pour que ses responsables soient eux-mêmes tôt ou tard punis. Il assistera de sa grâce les petites gens qui crient vers lui au sein de ce désastre. Et au cœur même d’une volonté perverse de destruction, on pourrait voir un peuple se tourner vers Dieu pour implorer sa miséricorde. Pour ce rapport entre démon et permission divine, le début du livre de Job éclaire. En ayant permis que le malin se déchaîne sur le juste Job, le livre rappelle que Dieu ne veut pas faire souffrir mais bien éduquer une âme à l’absolue grandeur de Dieu. Purifié de son orgueil, il reconnaît d’autant plus la seigneurie de Dieu sur toute chose. Dieu ne veut pas la souffrance des chinois ni des autres peuples mais Il appelle à la découverte d’un bien plus profond si nécessaire pour l’âme : Dieu lui-même.