L’humanisme, l’hérésie qui a façonné le XXe siècle

LBQ -Roberto Marchesini

Qu’est-ce que le véganisme, Darwin Day,CICAP, UAAR ont en commun? Qu’en est-il de l’UNESCO, de l’OMS et du prix Nobel? Qu’en est-il Planned Parenthood et SIECUS? Ce sont tous des émanations d’humanisme (à ne pas confondre avec l’humanisme). C’est-à-dire cette philosophie qui croit en l’homme et non en Dieu, descendant direct de l’hérésie appelée: unitarisme

Qu’ont en commun le véganisme, le Darwin Day, le Comité italien pour le contrôle des allégations de pseudo-science (CICAP), l’Union des athées et des agnostiques rationalistes (UAAR) ? Et l’UNESCO, l’OMS et le prix Nobel ? Et le planning familial et le SIECUS ? Et la psychologie humaniste (Maslow, Rogers, Berne, mai…) ? Apparemment rien, sauf une certaine antipathie (plus ou moins voilée) envers le catholicisme. La réponse est différente, et assez simple : l’humanisme.

Attention : par humanisme, nous n’entendons pas une attitude positive envers l’homme ; il ne s’agit pas non plus d’une variante orthographique de l’humanisme de la Renaissance. Nous parlons d’une association particulière, avec des manifestes programmatiques : l’American Humanist Association (AHA).

Fondée en 1941 par Curtis Reese (1887-1961) avec la devise “Le bien sans Dieu”, elle vise à l’application du Manifeste humaniste écrit en 1933 : “Les humanistes religieux considèrent l’univers comme auto-existant et non créé. L’humanisme croit que l’homme fait partie de la nature et qu’il est le résultat d’un processus continu. […] L’individu né dans une culture particulière est largement façonné par cette culture. […] Nous tenons pour acquis que l’humanisme prendra le chemin de l’hygiène sociale et mentale […] les institutions religieuses, leurs formes rituelles, leurs méthodes ecclésiastiques et leurs activités communautaires doivent être reconstituées le plus rapidement possible afin de fonctionner efficacement dans le monde moderne. En substance, un ensemble de matérialisme, de darwinisme, d’eugénisme, d’athéisme.

Le Manifeste Humaniste a été remplacé en 1973 par un deuxième Manifeste Humaniste : “Nous croyons […] que les religions traditionnelles dogmatiques ou autoritaires ont placé la révélation, Dieu, le rituel ou la croyance au-dessus des besoins et de l’expérience des hommes et qu’elles causent du tort à l’espèce humaine. […] Pour autant que nous le sachions, la personnalité entière est fonction de l’interaction de l’organisme biologique dans un contexte social et culturel. Il n’y a pas de preuve crédible que la vie survive à la mort du corps. […] Dans le domaine de la sexualité, nous pensons que les attitudes intolérantes, souvent cultivées par les religions orthodoxes et les cultures puritaines, répriment indûment les comportements sexuels. Le droit au contrôle des naissances, à l’avortement et au divorce devrait être reconnu. Si nous n’approuvons pas les formes d’expression sexuelle qui impliquent la dégradation ou l’exploitation, nous ne voulons pas interdire, par la loi ou par une sanction sociale, les comportements sexuels entre adultes consentants. Les nombreuses variétés d’exploration sexuelle ne doivent pas être considérées en soi comme “maléfiques”. Sans encourager une permissivité aveugle ou une promiscuité débridée, une société civile doit être tolérante. Au prix de nuire à autrui ou de les forcer à faire de même, les individus devraient être autorisés à exprimer leurs penchants sexuels et à poursuivre leur mode de vie comme ils le souhaitent. Nous voulons cultiver le développement d’une attitude responsable envers la sexualité, dans laquelle les êtres humains ne sont pas exploités comme des objets sexuels et dans laquelle l’intimité, la sensibilité, le respect et l’honnêteté dans les relations interpersonnelles sont encouragés. L’éducation morale des enfants et des adultes est un moyen important de développer la conscience et la maturité sexuelles. […] Pour améliorer la liberté et la dignité de l’individu, il faut faire l’expérience de toute la gamme des libertés civiles dans toutes les sociétés. Cela inclut la liberté d’expression et la liberté de la presse, la démocratie politique, le droit légal de s’opposer aux politiques gouvernementales, une procédure judiciaire équitable, la liberté religieuse, la liberté d’association et la liberté artistique, scientifique et culturelle. Elle comprend également la reconnaissance du droit d’une personne à mourir dans la dignité, de l’euthanasie et du droit au suicide. […] La communauté mondiale doit s’engager dans une planification coopérative en ce qui concerne l’utilisation des ressources qui s’épuisent rapidement.

Elle a été suivie en 2003 par le troisième Manifeste humaniste. Il suffit de jeter un coup d’œil au contenu des différents Manifestes (et de faire défiler la liste des signataires !) pour se rendre compte de l’explosivité de la question. D’accord, mais… notre liste initiale ? Toutes les initiatives de l’AHA. Le véganisme, en fait, est diffusé par l’American Humanist Association ; le Darwin Day est organisé par l’AHA ; le CICAP n’est rien d’autre que la branche italienne du Comité d’enquête sceptique, évidemment une émanation de l’AHA. Les fondateurs de l’UNESCO et de l’OMS, respectivement Julian Huxley (1887-1975) et Broke Chisholm (1896-1971), étaient des humanistes ; tout comme Margareth Sanger (1879-1966), fondatrice du Planned Parenthood, et Mary Calderone (1904-1988), fondatrice du SIECUS ; tout comme les fondateurs et les principaux représentants de la psychologie humaniste (oui, celle du “counselling”), qui a encore tant de succès dans différents milieux catholiques.

Arrêtons-nous là. Toutefois, si vous voulez mieux comprendre la culture du XXe siècle, je vous suggère de consulter ces deux listes : une liste d’humanistes et la liste des lauréats du prix de l’humaniste de l’année.

Faisons maintenant un nouveau pas en arrière. Reese, fondateur de l’AHA, était un ministre unitarien. Oui, parce que l’Association Humaniste Américaine n’est rien d’autre qu’une émanation de l’Église unitarienne. Une église sui generis, parce qu’elle vénère l’homme au lieu de Dieu. L’Église unitarienne a ses racines au XVIe siècle, en Europe ; elle a été officiellement fondée par les descendants des Italiens Lelio (1522-1562) et Fausto (1539-1604), respectivement oncle et neveu. En Italie, il est presque inconnu, mais dans le monde (surtout aux États-Unis), il est extrêmement présent et influent. Il suffit de dire que cinq présidents américains étaient unitaristes : John Adams, John Quincy Adams, Millard Fillmore et William Howard Taft ; Thomas Jefferson était pro-Unitaire ; Abraham Lincoln était considéré comme un crypto-Unitaire, et Barack Obama a suivi l’école du dimanche unitarien-universaliste. Il y a également onze prix Nobel parmi les universalistes-unitaires. Nous devrions maintenant prendre un peu de recul et chercher les origines de l’unitarisme (ou du socinianisme). Mais ne prenons pas trop de place, arrêtons-nous là pour l’instant…