Dieu et l’Enfer

THE CATHOLIC THING – Par le P. Thomas G. Weinandy, OFM, Cap.

La question de savoir si tout le monde est sauvé, et donc si personne ne va en enfer, a été débattue (et censurée) dans l’Église primitive, ainsi que dans le sillage du livre de Hans Urs Von Balthasar en 1987 : Osons-nous espérer “que tous les hommes soient sauvés” ? Récemment, ce débat s’est intensifié avec la publication du livre de David Bentley Hart : That All Shall be Saved” (Que tous soient sauvés) de David Bentley Hart : Le ciel, l’enfer et le salut universel.

Bien que je n’aie pas encore lu le livre, je déduis des diverses critiques et de sa réponse que Hart soutient catégoriquement et conclut définitivement que tout le monde est finalement sauvé. Ainsi, personne ne résidera éternellement dans les douleurs de l’Enfer.

Je ne veux pas aborder directement les arguments de Hart, ici. Je veux plutôt aborder certaines questions qui me semblent pertinentes et qui, d’après ce que j’ai lu, n’ont pas été abordées de manière adéquate.

Tout d’abord, il est communément admis que puisque Dieu est tout-bon et tout-aimant, il ne permettrait pas que quiconque soit puni à jamais en enfer. Une telle damnation éternelle serait contraire à son amour et à sa bonté suprêmes – sa miséricorde et son pardon tout puissants. Je soutiens, au contraire, que la bonté et l’amour de Dieu exigent l’existence de l’enfer et qu’il est habité à jamais par les damnés.

Parce qu’il est la bonté même et l’amour même, Dieu aime tout ce qui est bon, et donc, par sa nature même, il doit haïr ce qui est mauvais. Le mal, de par sa nature même, est un affront et une attaque contre Dieu lui-même. Si Dieu tolérait ou excusait le mal, ou s’il le trouvait de peu d’importance, il ne serait pas tout-bon et tout-aimant, car il sanctionnerait et participerait ainsi au mal lui-même.

Il serait alors une divinité malveillante, un Dieu qui ne se préoccupe pas vraiment de ce qui est moralement bon, juste et droit. Ainsi, Dieu lui-même, dans sa bonté et son amour mêmes, est le principe fondateur qui valide la possibilité de l’enfer.

Deuxièmement, si Dieu ne déteste pas ceux qui commettent le mal, car il est leur bon Créateur, il déteste néanmoins, il ne peut pas supporter, le mal qu’ils font. Ceux qui font volontairement et sciemment le mal sont incapables de demeurer en sa présence toute bonne et toute sainte. Ils ne sont tout simplement pas moralement aptes à demeurer avec lui.

À cause de cette situation de péché, le Père, dans son amour, a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour condamner les pécheurs mais pour sauver ceux qui croient en son Fils incarné – afin qu’ils ne périssent pas mais possèdent la vie éternelle. (voir Jn. 3:16-17). Le Père veut éternellement et amoureusement que “nous soyons saints et irréprochables devant lui”, et que nous devenions ainsi “ses fils par Jésus-Christ”. (Eph. 1:4-5) Nous percevons la généreuse miséricorde et la compassion de Dieu en Jésus crucifié et ressuscité.

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Troisièmement, tout acte malfaisant ne rend pas une personne complètement odieuse pour Dieu, mais certains actes malfaisants conforment tellement quelqu’un en une personne malfaisante que, à moins qu’il ne se repente et ne change d’avis, il ne peut jamais demeurer en présence de Dieu.

C’est pourquoi l’Église catholique distingue le péché véniel du péché mortel. (1 Jn. 5:16-17) Même les péchés véniels doivent être purifiés, soit dans cette vie, soit au purgatoire après la mort. C’est seulement à ce moment-là que le pécheur véniel peut entrer pleinement en présence du Dieu tout-bon, tout-saint et tout-aimant. Ceux qui commettent sciemment et volontairement des péchés mortels, et qui restent impénitents dans cette vie, se privent pour toujours d’entrer dans la pleine présence céleste de Dieu.

Les actes intrinsèquement mauvais – tels que le meurtre et l’adultère – sont spécifiés dans les Dix Commandements (bien que tous les actes interdits par les Dix Commandements ne soient pas nécessairement des péchés mortels, par exemple les “petits” mensonges).

On peut trouver d’autres exemples, par exemple, dans les lettres de Saint Paul (par exemple, Gal. 5:19-21). Paul avertit que ceux qui commettent de tels actes mauvais, s’ils restent impénitents, “n’hériteront pas du royaume de Dieu”. Tout péché conforme une personne à la ressemblance du péché commis, mais certains péchés sont si mauvais qu’ils peuvent complètement marquer ou sceller le caractère moral – faisant de quelqu’un un meurtrier, voleur, fornicateur, adultère, trompeur et haineux. Les péchés mortels excluent à juste titre le pécheur impénitent de la bonne présence de Dieu.

Quatrièmement, nous devons comprendre que ceux qui ont commis des actes aussi odieux et qui sont restés impénitents ici sur terre sont repoussés lorsque, au moment de leur mort, ils sont confrontés au Dieu tout-bon, tout-saint et tout-aimant. C’est une pure folie de penser que ceux qui meurent dans le péché mortel seront submergés par leur vision du Dieu bon et aimant, et qu’ils se repentiront immédiatement de leur péché et l’aimeront éternellement en retour.

Ils seront en effet accablés, car ils ne pourront pas supporter la vue de quelqu’un de si radicalement et si complètement différent de leur propre mal. Ils fuiront aussitôt dans un dégoût répugnant et une haine redoutable. Le dernier endroit où ils voudront se trouver est la présence de Dieu, et ils ne voudront jamais y être pour l’éternité.

Ainsi, alors que, d’un côté, ils sont éternellement condamnés par un Dieu juste, de l’autre, ils se sont jetés volontairement et avec empressement dans leur propre damnation éternelle.

Ainsi, alors que, d’un côté, ils sont éternellement condamnés par un Dieu juste, de l’autre, ils se sont volontairement et ardemment jetés dans leur propre damnation éternelle.

Tout cela n’est-il pas pour le moins effrayant ? C’est pourquoi l’Église, dans son souci maternel pour ses enfants, a, depuis des siècles, accentué l’importance du Carême. Le Carême est un temps pour se détourner du mal du péché – péché qui peut nous conduire à la mort éternelle – et pour se tourner vers la miséricorde et le pardon que l’on trouve en Jésus-Christ.

Le Carême n’est pas seulement un temps de purification, c’est aussi un temps de sainteté – un temps pour grandir dans la bonté et l’amour, un temps pour se conformer à la ressemblance de Dieu, à l’image duquel nous avons été créés et maintenant recréés en Jésus-Christ notre Seigneur et Sauveur. Ainsi, le sacrement de la confession est opportun et peut être une nécessité. De plus, notre participation et notre amour pour l’Eucharistie devraient augmenter, car c’est là que nous rencontrons celui qui est notre vie et notre salut.

*Image : Loi et Évangile de Lucas Cranach l’Ancien, vers 1529 [Herzogliches Museum Gotha, Allemagne]