Uncardinal met en garde l’Eglise contre le risque de glisser dans l’idolâtrie du culte de la “mère terre…Gaia”.

La lumière de la Révélation s’oppose résolument à tout culte qui n’est pas dirigé vers Dieu”, a déclaré le cardinal Paul Josef Cordes.

Dr. Maike Hickson – (LifeSiteNews) – Le cardinal Paul Josef Cordes, ancien président du Conseil pontifical Cor Unum et défenseur des cardinaux de la dubia, a écrit une revue des sources bibliques et autres sources connexes concernant la relation entre le Créateur – Dieu – et sa création, la terre, le cosmos, les animaux. Son analyse, rédigée pour LifeSiteNews (publiée intégralement ci-dessous), vise à évaluer la question de savoir s’il convient ou non pour un chrétien de vénérer la “Terre Mère”. Ce thème était présent lors du synode de l’Amazonie à Rome qui s’est terminé en octobre.

Comme il est montré à l’aide de multiples sources – et non des moindres, Saint Paul – la création qui était à l’origine “bonne” aux yeux de Dieu, a été profondément blessée après la chute de l’homme. Écrit Cordes : “Dans Saint Paul, le contraste entre Dieu et le cosmos est évident ; l’Apôtre l’attribue au péché, qui est venu dans le monde par le Premier Homme (Rom 5,12)”.

Le cardinal de 85 ans, qui vit à Rome depuis 1980, montre qu’une telle “brève revue biblique est critique de tout mysticisme de nature. Les religions planétaires homogènes, l’ésotérisme et le chamanisme jalonnent son chemin”.

“La lumière de l’Apocalypse s’oppose résolument à tout culte qui n’est pas dirigé vers Dieu”, ajoute-t-il.

“Ce n’est pas le culte des puissances cosmiques, mais la délivrance de celles-ci qui est le message biblique. La venue du Christ l’apporte”, écrit le cardinal allemand.

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Article complet du Cardinal Cordes sur la “Terre nourricière

La “Terre Mère” ne s’appelle pas seulement Pachamama. Comme le montre l’Internet, elle est également vénérée dans le monde entier sous un autre nom.

“Gaia, toi ! Porteuse, bien-aimée, nourricière, divine. Oh, toi, mère de tous les êtres, toi, notre Terre. Sainte est ta sagesse. Saint est ton être. Ta nature sacrée. Sacrée est Ta Perfection. Sacré Ton Coeur. Sacrée est ta source…” (consulté sur www.myananda.de, le 17 février 2020)

Une nouvelle déesse ? La “Terre-Mère” – un objet de culte ? Ici, pour les chrétiens, quelques questions sont dues à l’égard de la Parole de Dieu.

La Terre – la chute de l’homme – la puissance contre-divine
Dans la Révélation judéo-chrétienne, les déclarations sur la nature et la création n’ont pas pour but de présenter la genèse du cosmos et de l’homme. Elles veulent plutôt décrire Dieu dans sa relation avec l’homme. Les éléments matériels et terrestres mentionnés ne doivent cependant en aucun cas être interprétés de manière métaphorique ; les écarter comme secondaires ne correspondrait pas à la pensée sémitique qui évite les abstractions et est intégralement concrète. C’est pourquoi les objets mentionnés dans le livre de la Genèse – serpent, fruit, arbre de vie, jardin d’Eden – conservent leur valeur expressive pour la bonne compréhension.

La Bible commence : “Dieu vit tout ce qu’il avait fait. C’était très bon” (Gn 1, 31). Yahvé a accompli une œuvre qui est continuellement qualifiée de “bonne” et “belle”. Ainsi, le croyant admire la création (Ps 8 : “Ciel, lune et étoiles” ; Ps 104 : “Terre, montagnes, animaux et saisons”) – non pas pour elle-même, bien sûr, mais pour Yahvé, qui l’a créée : “Seigneur, que tes œuvres sont nombreuses ! C’est avec sagesse que tu les as toutes faites” (Ps 104, 24).

Mais alors, l’homme transgresse le commandement de Dieu et fait face immédiatement au jugement (Gn 3, 16-19 ; 23). Yahvé impose aux premiers parents une diminution complète de leur existence : douleur, labeur, oppression, échec, expulsion du jardin d’Eden, l’ombre de la mort. La relation de l’homme avec Dieu est détruite à un point tel que la création dans son ensemble périt.

Les rabbins et les apocryphes du Talmud soulignent plus tard cette corruption de la nature comme résultat du péché. C’est ce qu’il est dit dans le “Livre des Jubilés” (2e siècle avant J.-C.), immédiatement après le récit de l’expulsion : “En ce jour-là, la bouche de tous les animaux, du bétail, des oiseaux, de tout ce qui se meut et qui marche, fut fermée, de sorte qu’ils ne purent plus parler… Et il fit sortir du jardin d’Éden toute chair qui s’y trouvait” (3:28sq.). Et le “4ème livre d’Esdras” (100 après J.C.) écrit : “Mais quand Adam a transgressé mes commandements, la création a été jugée… Oh Adam, qu’as-tu fait ? Quand tu as péché, la chute est venue non seulement sur toi, mais aussi sur nous, tes descendants”.

Le Nouveau Testament est également étranger à toute allusion à une apothéose du cosmos. Jésus prêche – par exemple dans le “Sermon sur la montagne” – sa beauté liée à Dieu. Mais il connaît aussi son caractère transitoire : “Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas” (Mt 24, 35). Le but eschatologique de l’histoire reste à atteindre. Le Christ appelle les siens à vivre dès aujourd’hui dans la lumière de demain.

Dans Saint Paul, le contraste entre Dieu et le cosmos est évident ; l’Apôtre l’attribue au péché, qui est venu dans le monde par le Premier Homme (Rm 5, 12). Et l’univers entier doit être inclus dans l’histoire du salut : “Nous savons que toute la création gémit et est dans les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce jour” (Rm 8, 22).

La Lettre aux Hébreux intègre l’eschatologie de l’Ancien Testament telle que décrite par les prophètes avec réalisme ; elle se distingue du culte cosmique hellénistique, qui est peu dramatique et idéalisant : “Toi, Seigneur, tu as posé les fondements de la terre avant les temps, les cieux sont l’œuvre de tes mains. Ils disparaîtront, mais Toi, Tu resteras. Ils vieillissent tous comme un vêtement ; Tu les roules comme un manteau et comme un vêtement ils sont changés” (Hébreux 1:10q.). La catastrophe apocalyptique est annoncée, qui détruit le périssable et cède la place au permanent : “…afin que l’inébranlable demeure” (Hébreux 12:27).

L’avertissement le plus fort contre tout le romantisme de Gaïa est donné par l’évangéliste Saint Jean. Pour lui, le cosmos s’avère même être une force anti-divine. Sans le Christ – la lumière que les ténèbres n’ont pas saisie (cf. Jn 1, 5) – le mensonge, le péché et la mort prévalent dans le monde et dans l’histoire. Ce sont les ténèbres. Et elles sont une force qui détermine l’homme, qui opprime et submerge, confond et couvre. Encerclées par le cosmos, les créatures de Dieu sont aimées par lui et deviennent sa propriété (cf. Jn 15, 19) ; il commence à régner sur elles. Cet accès étranger à l’homme vient du “maître de ce monde” (Jn 12, 31 ; 14, 30 ; 16, 11).

Pas de mythe de Gaïa
Cette brève revue biblique est critique à l’égard du mysticisme de toute nature. Les religions planétaires homogènes, l’ésotérisme et le chamanisme jalonnent son chemin. La lumière de la Révélation s’oppose résolument à tout culte qui n’est pas dirigé vers Dieu. Tenté dans le désert, le Seigneur lui-même répond au diable par une citation de l’Ancien Testament : “Tu ne te prosterneras pas devant d’autres dieux et tu ne t’engageras pas à les servir. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux” (Dt 5,9 ; Mt 4,10).

Le message biblique n’est pas l’adoration des puissances cosmiques, mais la délivrance de celles-ci. C’est la venue du Christ qui l’apporte. Benoît XVI l’enseigne en se référant à l’Apôtre Paul. Il met en garde contre une “fausse doctrine… qui se réfère aux puissances élémentaires du monde, et non au Christ” (Col 2, 8) : ce ne sont pas les éléments du cosmos qui sont “le Dieu à qui l’on peut prier” (Spes salvi 5).

Toute forme de mythe sentimental Gaia – von Balthasar l’a appelé “transformer le globe en un objet d’amour” [“Amorisierung des Erdballs”] – devient finalement carrément cynique au vu des récents tremblements de terre (Albanie, Philippines), des éruptions volcaniques et d’un tsunami en 2004.

“Gaia – Mère, bien-aimée, nourricière” ? Les romantiques rêveurs nous étonnent par leurs notions fantastiques. Ils devraient plutôt observer les lois brutales décrétées par “Mère Terre”, par exemple, dans le monde animal. Le grand Reinhold Schneider les a étudiées en détail et en a consigné quelques-unes dans ses carnets de notes L’hiver à Vienne (1958). Seulement deux petites sections : Celui qui les lit ne doute plus que la malédiction du péché a marqué la création.

Rappelons-nous seulement l’histoire quotidienne, souvent racontée, du parasite qui vit dans les intestins de certains oiseaux, dont les œufs s’insinuent dans les escargots par les excréments ; dans ceux-ci, les germes se développent en tubes qui pénètrent dans les tâteaux ; dans les tâteaux gonflés, il développe un jeu stimulant de couleurs et de mouvements similaires ; cela attire les oiseaux pour arracher les tâteaux ; de cette façon, les parasites reprennent leur place. Et l’escargot repousse toujours des antennes et celles-ci sont toujours arrachées ; l’escargot n’est que le producteur des destructeurs qui le détruisent et les oiseaux… (p. 191sq.)

Après le vol nuptial, une fourmi des pays méditerranéens pénètre dans la chambre de reproduction d’une autre espèce, monte sur le dos de la reine légitime, lui coupe lentement la tête avec ses mâchoires et prend maintenant la relève de son règne. Les minuscules fourmis voleuses sans yeux mordent le corps des individus hôtes en quantité énorme ; les individus hostiles entrent dans des combats en plein champ qui font rage pendant des jours et se terminent autrement par de la pluie ou des orages. (p. 221sq.)

Une nouvelle sensibilité écologique éveille en nous une conscience de la beauté du cosmos et nous appelle à juste titre à le révérer. Greta Thurnberg est sur toutes les lèvres. Il serait cependant fatal d’oublier le Créateur à la lumière de la création, de s’incliner devant l’œuvre plutôt que devant son auteur. Aujourd’hui plus que jamais, il est valable de le dire : “Notre citoyenneté est dans les cieux” (Phil 3, 20).