Mgr Schneider analyse le texte amazonien du pape : « une lueur d’espoir » malgré les carences

L’évolution actuelle de l’Église vers un pélagianisme et un naturalisme cachés cause des dommages considérables au bien et au salut des âmes. Une fois encore, les paroles suivantes de Saint Grégoire le Grand sont d’une grande actualité : “Les sujets sont incapables d’appréhender la lumière de la vérité, car, tandis que les poursuites terrestres occupent l’esprit du pasteur, la poussière, poussée par le vent de la tentation, aveugle les yeux de l’Eglise. … Aucune gêne de la poussière ne peut obscurcir l’oeil qui est placé en haut pour regarder vers l’avant. … L’ornement de l’Église, c’est-à-dire les bergers, auraient dû être libres de pénétrer les mystères intérieurs comme dans les lieux secrets du tabernacle, mais ils cherchent les voies des causes séculières à l’extérieur” (Regula pastoralis II, 7).

Saint Irénée disait que la gloire de Dieu est l’homme pleinement vivant. Cependant, la vraie vie de l’homme n’est pas naturelle mais surnaturelle et consiste en la vision de Dieu. L’homme le plus vrai est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné : “Gloria enim Dei vivens homo, vita autem hominis visio Dei” (Adversus haereses IV, 20). L’affirmation suivante en Querida Amazonia, au contraire, souligne de manière excessive la valeur des créatures matérielles : “À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence même, ni ne nous transmettront leur message. Nous n’avons pas ce droit” (n. 54). Cette affirmation semble ignorer la dure réalité de la mort spirituelle de tant d’âmes humaines, créées à l’image et à la ressemblance de Dieu (voir Gn. 1, 27), qui par leur vie dans le péché et l’ignorance ne rendent pas gloire à Dieu mais l’offensent plutôt. Tant d’êtres humains offensent Dieu et ne Lui rendent pas gloire à cause du péché d’omission commis par l’Église de notre temps, qui assouplit la proclamation de la Révélation divine en tolérant les ambiguïtés doctrinales et les hérésies. En conséquence, beaucoup de gens ne connaissent pas l’unicité de Jésus-Christ et de son œuvre rédemptrice ; ils ne connaissent pas non plus la sainte volonté de Dieu et ne Lui rendent donc plus gloire. La situation dans laquelle l’Église de nos jours a laissé l’humanité et le monde peut se résumer à juste titre dans les paroles de Saint Paul : “Ils courent sans but et ils boxent comme on bat l’air” (1 Cor. 9:26).

Entrecoupée de ses nombreuses expressions théologiques problématiques, douteuses et ambiguës, la Querida Amazonia contient également de précieuses affirmations, comme celles qui suivent concernant les prêtres : “C’est là sa grande puissance, une puissance qui ne peut être reçue que dans le sacrement de l’Ordre. C’est pourquoi seul le prêtre peut dire : “Ceci est mon corps”. Il y a aussi d’autres mots que lui seul peut prononcer : “Je vous absous de vos péchés”. Parce que le pardon sacramentel est au service d’une digne célébration de l’Eucharistie. Ces deux sacrements sont au cœur de l’identité exclusive du prêtre” (n. 88) ; “Le Seigneur a choisi de révéler sa puissance et son amour à travers deux visages humains : le visage de son Fils divin fait homme et le visage d’une créature, une femme, Marie” (n. 101) ; “Nous croyons fermement en Jésus comme unique Rédempteur du monde, nous cultivons une profonde dévotion à sa Mère” (n. 107) ; “Nous sommes unis par la conviction que tout ne se termine pas avec cette vie, mais que nous sommes appelés au banquet céleste” (n. 109). Le pape François offre une vision surnaturelle et pieusement catholique à la fin de la Querida Amazonia en priant : “Mère, fais naître ton Fils dans leur cœur” (n. 111), “Mère, règne en Amazonie, avec ton Fils” (n. 111).

Ce dont l’Église d’aujourd’hui et les autorités du Saint-Siège à Rome ont besoin, ce n’est pas d’une conversion aux réalités du monde intérieur, mais aux réalités surnaturelles de la grâce du Christ et de son œuvre rédemptrice. En affirmant que “cette conversion intérieure nous permettra de pleurer pour la région amazonienne et de nous joindre à son cri vers le Seigneur” (n. 56), la Querida Amazonia semble mal juger et sous-estimer l’urgence d’une véritable conversion à Dieu. L’Église entière, et en premier lieu le Pape, ne devrait pas pleurer pour la région amazonienne, mais pour la mort spirituelle de tant d’âmes immortelles à cause de leur rejet de la Révélation divine et de la volonté divine telle qu’elle est révélée dans Ses commandements et la loi naturelle. Le Pape, les évêques et l’Église entière devraient pleurer à cause des péchés horribles d’apostasie, de trahison du Christ, de blasphèmes et de sacrilèges perpétrés par pas mal de catholiques et de membres du clergé, même du haut clergé. D’une manière particulière, le pape, les évêques et l’Église tout entière doivent également pleurer sur l’indicible et horrible génocide d’enfants innocents à naître.

La conversion la plus urgente n’est pas une conversion écologique, ni une conversion pour pleurer sur le biome amazonien. La conversion la plus urgente est la conversion à Dieu, à son règne, à sa grâce. Le Pape et les évêques sont les premiers à devoir prier avec des larmes : “Convertisse-nous, Seigneur, et nous serons convertis : renouvelle nos jours, comme autrefois (converte nos, Domine, ad Te, et convertemur, sicut a principio)” (Lam. 5,22). Le Seigneur dit aussi : “Tournez-vous vers moi, et je me tournerai vers vous (convertimini ad Me, et convertar ad vos)” (Zacharie 1:3). Comme sont belles et consolantes les paroles du Psaume 84, qui, dans la forme constante du Rite Romain, l’usage le plus ancien du Rite Romain (usus antiquior), le prêtre et les fidèles prient au début de chaque Sainte Messe : “Deus, Tu conversus vivificabis nos, et plebs Tua laetabitur in Te (Tourne-toi vers nous, ô Dieu, et apporte-nous la vie et ton peuple se réjouira en toi)”.

Compte tenu des attaques spirituelles dramatiques contre le rocher de Pierre, la publication de la Querida Amazonia – avec la position du pape François en faveur de la norme apostolique du célibat sacerdotal et de la vérité divine de l’ordination sacramentelle réservée au sexe masculin – est, malgré ses limites et ses erreurs théologiques, une lueur d’espoir au milieu de la confusion permanente.

Que tous les petits de l’Église – qui ont été mis à la périphérie par l’establishment ecclésiastique mondain – prient maintenant pour que cette lueur se développe en une lumière rayonnante, et que le pape François proclame avec la plus haute autorité pédagogique, c’est-à-dire ex cathedra, la vérité divinement révélée, que le Magistère universel de l’Église a toujours cru et pratiqué, à savoir que le sacrement de l’Ordre, dans ses trois degrés de diaconat, de presbytérat et d’épiscopat, est par institution divine réservé au sexe masculin.

Une telle lumière rayonnante qui brille du rocher de Pierre augmenterait encore si le pape François publiait une déclaration concernant la norme apostolique du célibat sacerdotal qui correspond à la position prise par tous les pontifes romains. Car malgré les pressions exercées pour assouplir la loi du célibat, tous les Pontifes romains ont toujours résisté et tenu bon. Une telle déclaration pourrait être similaire à celle du pape Benoît XV, dans laquelle il a déclaré “Étant l’un des principaux ornements du clergé catholique et la source des plus hautes vertus, la loi du célibat doit être maintenue inviolée dans sa pureté ; et le Saint-Siège ne l’abolira jamais ni ne l’atténuera” (Allocution Consistoriale, 16 décembre 1920).

Puissions-nous tous écouter ces paroles opportunes de Notre Seigneur, qu’Il a adressées à Sainte Brigitte : “O Rome, si tu connaissais tes jours, tu pleurerais sûrement et ne te réjouirais pas. Rome était autrefois comme une tapisserie teinte dans de belles couleurs et tissée de fils nobles. Sa terre était teinte en rouge, c’est-à-dire dans le sang des martyrs, et tissée, c’est-à-dire mélangée avec les os des saints. Aujourd’hui, ses portes sont abandonnées, dans la mesure où leurs défenseurs et gardiens se sont tournés vers l’avarice. Ses murs sont abattus et laissés sans surveillance, car personne ne se soucie de la perte des âmes. Au contraire, le clergé et le peuple, qui sont les murs de Dieu, se sont dispersés pour travailler à des fins charnelles. Les vases sacrés sont vendus avec mépris, en ce sens que les sacrements de Dieu sont administrés pour des faveurs mondaines”. (Livre des Révélations, 3, 27).

Et voici les paroles du Christ adressées au Pape, son Vicaire sur terre : “Commencez à réformer l’église que j’ai achetée de mon propre sang afin qu’elle soit réformée et ramenée spirituellement à son état de sainteté primitive” (Livre des Révélations, 4, 142).

Historiquement, la cause profonde des crises particulièrement désastreuses de l’Église romaine a toujours été le détournement du pape et de la curie romaine de la primauté des tâches surnaturelles et spirituelles au profit des réalités temporelles et terrestres. L’actuelle Curie romaine traverse une grande crise en raison d’une nouvelle implication excessive dans les affaires temporelles et terrestres, à tel point que le Saint-Siège est devenu – selon certains commentateurs – une sorte de maison-fille des Nations unies. En fait, le Saint-Siège est utilisé comme un outil efficace pour la mise en œuvre d’une idéologie naturaliste mondiale unique à travers le “Pacte mondial sur l’éducation”, et d’une égalisation de toutes les religions à travers le concept fascinant de “Fraternité humaine”. Le Seigneur interviendra sûrement et purifiera Rome et la papauté, comme il l’a fait tant de fois dans le passé.

Nous pouvons espérer que les prières, les sacrifices et la fidélité à la foi catholique des petits dans l’Église obtiendront la grâce nécessaire pour que le pape François puisse accomplir au moins les deux actes indispensables de son ministère pétrinien mentionnés ci-dessus, pour le plus grand honneur du sacerdoce du Christ et la sanctification de la hiérarchie sacrée, puisque toute vraie réforme de l’Église doit commencer par la tête et ensuite s’étendre à tout le corps.

“Que le Seigneur préserve le Pontife romain et ne le livre pas à la volonté de ses ennemis (Dominus conservet eum et non tradat eum in animam inimicorum eius)”.

18 février 2020
+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Sainte Marie à Astana