LE MONDE FANTASTIQUE DES MYTHES DU PAPE FRANÇOIS

par Henry Sire ChurchMilitant

Un livre sur la procréation suivi d’une mise en scène imaginative

Ces derniers jours, nous avons eu plusieurs exemples du cynisme politique qui a été la marque du pape François depuis son accession au trône papal. Tout d’abord, il y a la nomination en tant que vice-doyen du collège des cardinaux de son compatriote Leonardo Sandri, dans ce qui est considéré comme une tentative de manipuler le prochain conclave afin d’assurer un successeur bergolien. Pour apprécier toute l’impudence de cette nomination, il faut lire l’article de George Neumayr dans The American Spectator.

Image
Cdl. Angelo Sodano

Neumayr souligne que Sandri est la créature de l’ancien secrétaire d’État notoirement corrompu, le docteur Angelo Sodano, et qu’il a été nommé nonce papal au Mexique dans le but (qu’il a amplement rempli) de couvrir les crimes de la Légion du Christ et de son mauvais fondateur, le père Marcial Maciel.

Le deuxième exemple, ou paire d’exemples, est la récente réception par le pape du président argentin antichrétien, pro-avortement et divorcé, ainsi que de sa maîtresse, qui ont tous deux reçu la Sainte Communion ; à côté de cela, il y a la rencontre du pape (en novembre dernier, bien qu’elle vienne juste d’être révélée) avec Melinda, l’épouse de Bill Gates, une catholique de nom, indépendamment du fait que la Fondation Bill et Melinda Gates est l’un des plus grands promoteurs de la contraception au monde. Ces deux rencontres illustrent le goût du pape François pour la convivialité avec les élites du monde laïque, avec un joyeux désintérêt pour les principes catholiques.

Ce qui est instructif à propos des événements mentionnés, c’est qu’ils n’ont pas réussi à provoquer un murmure de critiques de la part des laquais du pape François – des gens comme Austen Ivereigh et Christopher Lamb. Aucun acte de leur idole, aussi flagrant soit-il, ne les amènera jamais à le voir comme l’homme politique cynique et obsédé par le pouvoir qu’il est.

Avec de tels propagandistes, le pape François peut être sûr que son image sera présentée religieusement dans les médias du monde entier comme celle du réformateur libéral et de l’amoureux des pauvres, au mépris de toutes les évidences. Un exemple de cela est donné par un article époustouflant de Paul Elie dans le New Yorker du 2 février.


L’Église catholique est en effet aujourd’hui dirigée par des escrocs et des gardes noirs.

Le sujet de l’article est la controverse autour du livre récemment publié par le Cdl Robert Sarah et le Pape Benoît sur le célibat clérical. Elie situe le contexte en décrivant le Synode amazonien, qu’il décrit comme une tentative de haut niveau pour discuter de questions “telles que le changement climatique et les abus des droits de l’homme”, sans aucune allusion à son caractère de dispositif mis en scène en Europe pour pousser le programme de la hiérarchie allemande.

Elie déforme l’intervention de l’Abp. Gänswein à la veille de la publication avec les mots “Il a dit que Benoît n’avait fait qu’apporter une contribution au livre, sans y collaborer, et que le pape émérite veut que son nom soit retiré des prochaines éditions.” Le fait que la contribution de Benoît ait consisté en un essai était déjà clair dans le livre lui-même ; mais c’était un essai d’une telle importance que le Cdl. Sarah avait estimé qu’il ne pouvait être rendu justice qu’en le publiant dans un livre. Et ce que demandait l’abbé Gänswein, ce n’était pas la suppression du nom de Benoît – ce qui était impossible, puisque son auteur de l’essai était indiscutable – mais un changement de crédits, en vertu duquel Benoît devait être décrit comme contributeur et non comme co-auteur.

Image
Abp. Georg Gänswein

Pour brouiller les pistes de l’intervention du Gänswein, on peut comparer cet article à celui d’un autre auteur, il y a quelques jours, dans lequel, faisant preuve d’un jugement bienveillant et d’une ignorance séduisante des vrais problèmes, il reprochait au Cdl. Sarah d’avoir présenté le pape Benoît comme le co-auteur alors qu’il n’y avait pas eu de contrat d’édition séparé avec lui. C’est donc ce qui dérangeait Abp. Gänswein, n’est-ce pas ?

Mais nous en arrivons au véritable casse-tête de l’article de Paul Elie. Lorsque l’intervention de Gänswein, avec ses multiples inexactitudes, a été révélée, le Cdl. Sarah a remis les pendules à l’heure en publiant la correspondance entre lui et le pape Benoît depuis le mois de septembre précédent, ce qui a permis de clarifier la genèse du livre. Sur ce document, Elie écrit : “Les lettres sont imprimées sur le papier à en-tête de Benoît, mais les progressistes ont fait remarquer qu’il n’y a pas de certitude que Benoît les ait composées”.

Image
Apb. Gänswein a contacté l’éditeur de ce livre exigeant que le pape Benoît émérite soit décrit en tant que contributeur, et non en tant que co-auteur

 

C’est donc ça l’histoire, n’est-ce pas ? Le cardinal Sarah a falsifié deux lettres du pape Benoît, sur le papier à lettres de ce dernier, en falsifiant le récit de la préparation de leur livre. On ne sait guère par où commencer avec cette suggestion. En premier lieu, il est difficile de voir quelle aurait été la motivation du Cdl. Sarah, si ce n’est qu’il était désespéré de prévenir une attaque contre le célibat clérical en publiant son livre. En d’autres termes, c’est une question de principe qui a rendu le cardinal si peu scrupuleux.

Mais qu’est-ce que l’abbé Gänswein fait dans cette histoire ? Après son intervention frénétique, dans laquelle ses efforts pour discréditer le livre ne sont allés qu’à faire la distinction entre une co-écriture et une contribution, a-t-il été incapable de dévoiler un faux élaboré perpétré sous ses propres yeux, et de démontrer comment le pape émérite aurait été incapable d’écrire ces lettres ?

Mais la fantaisie la plus folle concerne la vision du monde que les créateurs de mythes du pape François sont en train d’évoquer. Un cardinal a falsifié les lettres du pape émérite, et pour l’instant, du moins, il a pu s’en tirer. C’est une vision assez stupéfiante, aurait-on pu penser, de l’état actuel de l’Eglise. Ces propagandistes ont-ils une explication de ce qui l’a amenée à se réaliser ? Ont-ils découvert des faits qui commenceraient à rendre l’accusation plausible ? Ont-ils recueilli de sombres secrets sur le passé du Cdl Sarah – comme ceux qui sont bien documentés dans les cas de McCarrick, Maradiaga, Rica, Peña Parra et tant d’autres que Bergoglio a protégés – et dans le cas de Bergoglio lui-même, qui étayent la description de lui comme un audacieux faussaire ?


Ces fantasmes sont aux commandes, en ce qui concerne les médias du monde entier.


En revanche, ceux qui critiquent la papauté de François ont un compte-rendu très cohérent de la façon dont l’Eglise est arrivée à son état actuel. Elle passe par la mafia de Saint-Gall, le lobbying au conclave de 2013, le caractère longtemps reconnu de Bergoglio comme un homme politique intelligent – autant de faits non seulement admis mais annoncés par un admirateur de Bergoglio tel qu’Austen Ivereigh. Plusieurs livres et une longue série d’articles documentant les scandales, la corruption et la manipulation donnent tout lieu de croire que l’Église catholique est aujourd’hui effectivement dirigée par des escrocs et des gardes noirs. Mais ce n’est pas le corpus de preuves avec lequel travaillent des gens comme Paul Elie. Le dos tourné à la vérité, ils se lancent dans des insinuations grotesques sur des personnages dont on n’a jamais rien prétendu de déshonorant.

Ces fantasmes ont le contrôle, en ce qui concerne les médias du monde entier. Paul Elie peut faire publier son article dans le New Yorker, qui n’acceptera jamais de révéler le nom du pape François et de son entourage. La question à se poser est la suivante : les cardinaux et la hiérarchie de l’Église sont-ils complices de cette fantaisie, ou font-ils, en privé et en secret, le point sur ce qui se passe réellement dans l’Église ?