Regardez qui travaille pour l’autodestruction de l’Église

par Aldo Maria Valli – ChurchMilitant

Aldo Maria Valli est l’un des journalistes italiens qui ont contribué à la publication du témoignage de l’archevêque Carlo Maria Viganò en août 2018.

Alors qu’un conflit d’époque se déroule entre les ailes traditionaliste et progressiste de l’Eglise, Aldo Maria Valli, ancien journaliste du Vatican pour la RAI (radio-télévision publique italienne), a récemment publié un livre, L’ultima battaglia (Fede & Cultura) [La bataille finale], qui est à la fois un roman dystopique et une photographie troublante de la situation actuelle au Vatican.

Chers amis de Duc in altum, j’ai été interviewé par le quotidien Libero. Dans ma conversation avec Gianluca Veneziani, nous avons abordé de nombreux sujets intéressants !

Dans l’Église que vous décrivez dans votre roman, il est interdit de faire le signe de la croix, de parler du ciel, de prier la Sainte Mère et de se dire catholique.

C’est une réalité que nous avons déjà sous les yeux. Aujourd’hui, nous avons un pontife régnant qui utilise le même langage que le monde et propose les mêmes thèses que la pensée laïque dominante. À plus d’une occasion publique, le pape a évité de donner une bénédiction en utilisant la formule trinitaire afin de ne pas heurter les sensibilités des non-croyants et celles des autres confessions. Tout cela est en contraste évident avec le commandement évangélique d’annoncer le message du salut depuis les toits. Il s’agit d’une trahison de la foi.

Dans votre livre, vous imaginez la naissance d’une Europe et d’une Asie islamo-chrétiennes. Ces continents risquent-ils de subir un remplacement ethnique et religieux ?

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Le pape François initie le “dialogue” avec les peuples indigènes

Absolument oui. Ces deux processus vont de pair. Si nous prenons en compte les aspects démographiques de la situation actuelle, nous voyons à quoi nous sommes confrontés. Le “dialogue” semble être le nouveau dogme dominant. Mais quel est le but d’un tel dialogue ? En cela comme en d’autres choses, nous devons garder à l’esprit le commandement de Jésus : “Allez dans le monde entier, et prêchez l’Évangile à toute créature.” Mais au lieu de cela, le dialogue en est venu à signifier le dépouillement progressif de notre héritage religieux et culturel.

Dans votre livre, les prêtres peuvent se marier, et ils peuvent aussi épouser d’autres hommes. Ne considérer le célibat comme indispensable ne signifie-t-il pas ouvrir la porte à des unions conjugales entre prêtres homosexuels ?

Cela semble être la voie qu’une certaine Église moderniste entend suivre. Mais c’est un acte de suicide. Nous le savons grâce à l’exemple des églises protestantes : elles se sont inclinées devant le monde, elles se sont identifiées à la pensée laïque dominante, et quel en est le résultat ? Ils ne sont pas pertinents. Et il est vraiment incroyable que, même si nous avons déjà cet exemple négatif, une certaine partie de l’Église catholique veuille s’engager dans cette voie de l’auto-dissolution.

Ratzinger s’est exprimé en faveur du célibat des prêtres, le définissant comme “indispensable”. A votre avis, joue-t-il le rôle d’un antipape ?

Qu’il l’ait voulu ou non, et il ne l’a certainement pas voulu, il est maintenant identifié comme un antipape par certains catholiques. C’était inévitable. La présence de deux papes entraîne une série de conséquences dévastatrices. Qu’est-ce qu’un pape émérite ? Quel est son rôle ? Sur la question spécifique du célibat des prêtres, comme sur beaucoup d’autres questions, je suis d’accord avec Benoît XVI, mais je crois que la présence d’un pape émérite est un désastre pour l’Église. Elle donne lieu à des contrastes, des malentendus, des oppositions.

Le texte de Benoît XVI est devenu un roman policier. D’après les lettres postées [sur Twitter] par la Cdl Sarah, nous voyons que Ratzinger connaissait la forme sous laquelle le livre serait publié. Et pourtant, le secrétaire du pape émérite a demandé que le nom de Benoît soit retiré de la couverture du livre. Est-ce une tentative de faire passer Ratzinger pour un vieil homme sénile ?

Il me semble évident que le Cdl. Sarah s’est bien comporté. D’autre part, quel intérêt aurait-il eu à tromper le pape émérite ? Le retrait de la signature de Benoît XVI s’est manifestement fait sous la forte pression de Santa Marta [la résidence de Bergoglio].


Comme dans le cas du “dialogue” et du “discernement”, le mot “œcuménisme” est utilisé aujourd’hui pour liquider l’Église catholique.


L’objectif de la machine à filer progressiste est clair : démontrer que le pape émérite peut être manipulé et discréditer Sarah en tant que future candidate possible à la papauté. Malheureusement, je dirais que l’opération a été couronnée de succès.

L’affaire est-elle vraiment close, comme l’a dit Bergoglio à Repubblica, ou existe-t-il un fossé irrémédiable entre François et Benoît XVI ?

L’affaire n’est pas close et ne peut pas être close. Je pense qu’en général, la discussion s’éloignera de ce cas spécifique pour aborder la question de la coexistence de deux papes, qui s’est avérée ingérable. À l’extérieur, le Vatican présente deux papes qui vivent en amour et en harmonie, mais il n’en est rien, car ils ont deux profils [théologiques] complètement différents et nous serons donc toujours exposés à un fossé incurable. Sans parler de l’aberration d’un pape ayant pour porte-parole [le journaliste athée Eugenio] Scalfari.

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Le journaliste athée Eugenio Scalfari (gauche) est vu par beaucoup comme “homme de paille” pour le pape François dans la presse

 

L’Église allemande est sur le point de commencer la “voie synodale” qui discutera du célibat sacerdotal, du diaconat féminin et de la communion pour les divorcés et les remariés. Cinq cents ans après Luther, un nouveau désir de schisme vient-il d’Allemagne ?

L’Allemagne joue un rôle central dans le processus d’autodestruction de l’Église catholique. Malheureusement, le 500e anniversaire de la réforme luthérienne a été mis à profit pour promouvoir une étreinte mortelle avec le protestantisme. Comme dans le cas d’autres mots talisman comme “dialogue” et “discernement”, le mot “œcuménisme” est utilisé aujourd’hui pour liquider l’Église catholique.

Vous avez commencé à manifester votre perplexité à l’égard du Magistère de Bergoglio après l’encyclique Amoris Laetitia de 2016. Puis vous avez fait un choix courageux : publier le témoignage de l’ancien nonce Abp. Carlo Maria Viganò sur les scandales sexuels et la pédophilie dans l’Église. Quelles ont été les conséquences pour vous d’avoir osé, en tant que journaliste du Vatican, “chanter” en opposition à la chorale qui vénère Bergoglio ?

J’ai vécu une lutte intérieure tant sur le plan humain que professionnel. Mais le choix de croire l’abbé Viganò et de publier son rapport m’a finalement donné beaucoup de sérénité. J’ai senti que j’étais du bon côté. Et même si je ne suis plus le journaliste du Vatican pour la RAI, je suis content d’être passé à autre chose. J’ai fait ce pas dans la liberté.


L’Allemagne joue un rôle central dans le processus d’autodestruction de l’Église catholique.


Dans un autre de vos livres, Come la Chiesa finì [Comment l’Eglise s’est terminée], vous racontez l’histoire de la fin de l’Eglise provoquée par une série de papes nommés François. Est-ce une autre prophétie ?

J’ai la nette impression qu’une partie de l’Église, y compris ses hauts dirigeants, s’efforce d’arriver à la fin du christianisme, ou du moins d’arriver à un christianisme édulcoré qui se réduit à un simple sentimentalisme. Sous l’égide du “choix pastoral”, la doctrine est détruite, et il est clair que sans doctrine, il ne peut y avoir de pratique pastorale authentique. Nous sommes confrontés à une direction de l’Église qui s’emploie à liquider l’Église et à la transformer en quelque chose d’autre, peut-être en une béquille du mondialisme.

En général, quelle est la plus grande objection à faire à l’encontre de Bergoglio ?

En deux mots, je pense que François a introduit le relativisme dans le Magistère, par le biais de la morale faite au cas par cas, qui est l’ennemi mortel de la pensée catholique, et l’idée qu’en fin de compte, toutes les croyances sont les mêmes. De plus, il l’a fait par l’utilisation de l’ambiguïté, ce qui rend l’attaque encore plus insidieuse”.

Sous la direction de Gianluca Veneziani