Un holocauste de proportions bibliques

Par Laurent Guyénot – Le 11 novembre 2019 – Source Unz Review

Holocauste est un terme tiré de la Bible hébraïque (dans la traduction grecque), désignant le sacrifice religieux d’animaux entièrement consumés sur un autel. Le premier holocauste rapporté dans la Bible est pratiqué par Noé dans la Genèse, chapitre 8 : dans un accès de rage, Yahvé s’est dit à lui-même : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, (…) car je me repens de les avoir faits » (6:7). Mais après avoir noyé presque toutes ses créatures dans un déluge, Yahvé regrette d’avoir regretté, quand Noé lui offre un énorme holocauste. Yahvé respira l’agréable odeur et se dit en lui-même : « Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme (…) plus jamais ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait » (8:21). Depuis lors, Yahvé devint accro à la « douce odeur » de la chair carbonisée. Selon le livre d’Esdras, un holocauste gigantesque a été offert à Yahvé par les Judéo-Babyloniens qui ont (re)colonisé la Palestine, en préparation pour la (re)construction du Temple (Esdras 7:12-17).

Du sang juif pour Sion

Pourquoi, alors, le nom « Holocauste » a-t-il été choisi pour désigner la destruction de millions de Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale ? Tout ce qui est important dans l’histoire d’Israël reçoit un nom biblique, même la politique de dissuasion nucléaire d’Israël, l’« option Samson« . Mais pourquoi « holocauste » ? Dans quel sens l’Holocauste est-il un holocauste ? L’implication évidente est que la mort de millions de Juifs européens a plu à Yahvé, et, par conséquent, a accéléré l’accomplissement de sa promesse messianique. Aussi évidente soit-elle, cette implication est indicible en termes explicites. Elle ne sera chuchotée qu’énigmatiquement parmi les initiés (lisez par exemple les déclarations controversées d’Irving Greenberg sur Wikipedia. Au mieux, elle peut être voilée en termes religieux : « L’État d’Israël est la réponse de Dieu à Auschwitz », dans la formule trinitaire d’Abraham Herschel reliant Yahvé (le Père), Israël (le Fils) et l’Holocauste (le Saint Esprit ?)1.

Mais dans son livre « The Holocaust Victims Accuse », le rabbin antisioniste Moshe Shonfeld s’approche dangereusement de l’affirmation scandaleuse selon laquelle les sionistes avaient besoin de juifs sacrifiés pour fonder l’État juif : « Les dirigeants sionistes voyaient le sang juif versé de l’holocauste comme de la graisse pour les roues de l’État national juif. » (Lisez une critique du livre de Moshe Shonfeld ici, et téléchargez le livre en pdf ici).

Y a-t-il des faits à l’appui de la théorie selon laquelle les élites sionistes ont sacrifié les Juifs allemands sur l’autel du sionisme ? Voyons cela. On peut commencer par la déclaration de guerre publiée en première page du British Daily Express, le 24 mars 1933, à l’initiative de l’avocat sioniste Samuel Untermeyer de Wall Street : « Le peuple israélien dans le monde déclare la guerre économique et financière à l’Allemagne ». Les mots ont été soigneusement choisis pour impliquer les 600 000 Juifs vivant en Allemagne parmi les conspirateurs contre l’État allemand et le peuple allemand : « Les juifs du monde entier unis dans l’action », disait le titre, tandis que l’article insistait : « Quatorze millions de Juifs dispersés dans le monde entier se sont unis comme un seul homme… pour soutenir les 600 000 Juifs d’Allemagne. » Cette déclaration, entendue haut et fort en Allemagne, était une provocation destinée à mettre les Juifs allemands en grand danger, à une époque où, protestait Goebbels, « pas un cheveu sur la tête d’un Juif n’avait été touché ».

Beaucoup de Juifs, il faut le dire, ont protesté contre l’irresponsabilité de l’appel au boycott lancé par les élites financières juives. Le rabbin américain Harry Waton écrira en 1939 dans son « Program for the Jews » :

par ce stupide boycott, ils aggravent la situation des Juifs en Allemagne. Dans leur vanité et leur stupidité, les Juifs de ce pays ne réalisent pas combien il est inhumain et cruel de sacrifier les Juifs d’Allemagne pour satisfaire une vanité stupide et folle. (….) Six ans se sont écoulés depuis que les Juifs hors d’Allemagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste. Les Juifs n’admettront jamais que les récents pogroms ont beaucoup à voir avec leur stupide boycott 2.

Ils n’admettraient pas non plus, bien sûr, que les pogroms étaient le résultat voulu du boycott, comme prétexte nécessaire pour transformer la guerre économique en guerre militaire, qui à son tour ferait déferler les enfers sur les Juifs allemands.

Comment Hitler a été pris au piège de sa propre prophétie

Comme on pouvait s’y attendre, cinq jours après la déclaration du boycott, Hitler annonça un contre-boycott des entreprises juives en Allemagne comme « mesure défensive ». En même temps, il a averti que « les Juifs doivent reconnaître qu’une guerre juive contre l’Allemagne entraînera des mesures sévères contre les Juifs en Allemagne » 3.

Le 30 janvier 1939, dans une ultime tentative de dissuader l’Angleterre de déclarer la guerre à l’Allemagne, Hitler lui envoya un avertissement de la tribune du Reichstag. Après avoir rappelé qu’il avait souvent été prophète, comme lorsqu’il prédisait sa propre montée au pouvoir, Hitler ajouta :

Je veux à nouveau aujourd’hui être prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, et par là la victoire du judaïsme, mais au contraire l’anéantissement [Vernichtung] de la race juive en Europe.4

Cet « avertissement prophétique aux Juifs », comme le « Völkische Beobachter » titrait le lendemain, a été largement diffusé et discuté. Comme pour y répondre, l’Angleterre déclare la guerre le 3 septembre 1939. Le Congrès juif mondial (fondé en 1936 pour rallier les juifs du monde entier contre Hitler) a immédiatement déclaré qu’il soutenait sans réserve la Grande-Bretagne.

Hitler répéta sa prophétie le 30 janvier 1941, cette fois à l’adresse des États-Unis. Le New York Times a répondu en publiant un article qui équivalait à le mettre au défi de tenir parole :

il n’y a pas un seul précédent pour prouver qu’il tiendra une promesse ou qu’il accomplira une menace. Si on peut être sûr d’une chose d’après ses antécédents, en fait, c’est que la seule chose qu’il ne fera pas, c’est ce qu’il dit qu’il fera.5

Les États-Unis sont entrés en guerre en décembre 1941. Quelques jours plus tard, lors de la réunion de la Chancellerie du Reich du 12 décembre 1941, selon le journal de Goebbels, Hitler déclare que sa prophétie « n’est pas seulement une phrase. La guerre mondiale est là, et l’anéantissement [Vernichtung] des Juifs doit en être la conséquence nécessaire. » Encore une fois, Hitler aurait dû considérer l’évidence : il était poussé à agir selon sa prophétie.

Cette même année 1941, en réponse à un appel au sauvetage des Juifs d’Europe, Nathan Schwalb, chef de l’Agence juive en Suisse, décline l’offre avec la justification suivante :

Si nous n’apportons pas de sacrifices, avec quoi obtiendrons-nous le droit de nous asseoir à la table quand ils feront la répartition des nations et des territoires après la guerre ? (…) c’est seulement par le sang que la terre sera à nous6.

Déjà en 1938, les sionistes anglo-américains avaient saboté la « Conférence internationale d’Evian sur les problèmes politiques et économiques causés par l’expulsion des Juifs du Reich » et la résolution des démocraties occidentales d’ouvrir leurs frontières aux Juifs dont l’Allemagne souhaitait se débarrasser, car, selon David Ben-Gourion, cela « mettra en danger l’existence du sionisme. »7 Les Juifs allemands devaient soit se convertir de force au sionisme et émigrer en Palestine – mais les Britanniques n’autorisaient que des quotas limités – soit mourir dans les camps de concentration nazis – dans les deux cas, au profit ultime du sionisme. Lorsque la guerre a éclaté, il restait en Allemagne environ 275 000 Juifs qui, faute d’un visa accordé par un pays étranger, ne pouvaient émigrer. Cela avait été voulu par les sionistes anglo-américains.

Tout fut fait pour intensifier la rage des Allemands contre les Juifs. Au début de 1941 parut le livret de 96 pages de l’homme d’affaires juif américain Theodore Kaufman, « Germany Must Perish », prônant « l’extinction de la nation allemande et l’éradication totale de la terre de tout son peuple », en stérilisant tous les hommes allemands de moins de soixante ans, et les femmes de moins de quarante cinq ans, ce qui pouvait être réalisé en moins d’un mois par environ vingt milles chirurgiens. « En conséquence, en l’espace de deux générations, (…) l’élimination du germanisme et de ses porteurs aura été un fait accompli.8 «  Interviewé par le Canadian Jewish Chronicle, Kaufman parle de la « mission » des Juifs de guider l’humanité vers une « paix perpétuelle » ; grâce à eux, « le monde se développera lentement mais sûrement en un paradis » ; mais pour le moment, « stérilisons tous les Allemands et les guerres de domination mondiale prendront fin »9. Le livre de Kaufman a été bien accueilli par le New York Times et le Washington Post. En 1944, il sera commenté par Louis Nizer dans son influent livre « What to Do with Germany ? » (très apprécié par Harry Truman). Nizer rejette la solution de Kaufman comme exagérée, mais recommande la peine de mort pour 150 000 Allemands et des « bataillons de travail » pour des centaines de milliers d’autres10.

Louis Marschalko, dans « The World Conquerors : The Real War Criminals (1958)« , cite quelques autres auteurs juifs très bien publiés qui prônent une « solution finale » à la « question allemande » : Leon Dodd, qui dans « How Many World Wars » (New York, 1942), proclame qu’aucune Allemagne et aucune race allemande ne doit être laissée après la guerre ; Charles Heartman, qui dans « There Must Be No Germany After This War » (New York, 1942), exige également l’extermination physique du peuple allemand ; Einzig Palil, qui dans « Can We Win the Peace ? » (Londres, 1942), exigeait le démembrement de l’Allemagne et la démolition totale de l’industrie allemande ; Ivor Duncan, qui dans le numéro de mars 1942 de Zentral Europa Observer, demandait la stérilisation de quarante millions d’Allemands, estimant le coût total à cinq millions de livres sterling 11.