Une femme et un cardinal pour sauver les catholiques chinois

La Nuova Bussola Quotidianapar Riccardo Cascioli

Enfin, il y a ceux qui ont décodé les paroles criées par la chinoise sur la place Saint-Pierre au pape, avant d’être giflées. C’était un appel sincère à repenser la politique de réconciliation du Saint-Siège avec Pékin, qui sacrifie des centaines de milliers de catholiques chinois. Un geste qui fait le couple avec la lettre du cardinal Zen à ses frères. Signes d’une situation intolérable qui exige notre solidarité.

Et finalement, il y a eu ceux qui ont réussi à décoder les phrases criées par la Chinoise au Pape François le 31 décembre dernier sur la place Saint-Pierre, avant d’être giflés par le Pape qui voulait sortir. Et la solution du mystère a considérablement changé le scénario. Un Américain résidant à Taiwan, Eric Mader, a travaillé sur le film pendant longtemps, avec l’aide d’amis chinois. Le résultat – la phrase décodée avec toutes les explications de l’affaire – est publié sur son blog, Clay Testament, et a été traduit en italien par Vik van Brantegem, qui a été pendant de nombreuses années l’assistant du Bureau de Presse du Saint-Siège et qui dirige maintenant le site korazym.org.

Alors, qu’a dit la Chinoise ? “Pourquoi détruire leur foi ? Pourquoi détruire les Chinois ? [Cherche] les [sentiments] chinois. [Parle] à moi !” (entre parenthèses les mots avec une petite marge d’incertitude). En italien, cela ressemblerait à ceci : ” Pourquoi détruire leur foi ? Pourquoi détruire les Chinois ? Essayez de comprendre ce que ressentent les Chinois. Parle-moi.” La référence, bien sûr, est la situation des catholiques en Chine après la signature de l’accord secret entre le gouvernement de Pékin et le Saint-Siège.

Pourquoi le scénario change-t-il ? Car il semble évident que ce n’était pas le geste grossier d’une femme fidèle qui cherchait une poignée de main avec le Pape comme trophée d’une visite à Rome. C’était plutôt la voix désespérée des catholiques chinois persécutés par le régime et abandonnés par le Saint-Siège dans cette politique de réconciliation avec Pékin, qui s’avère chaque jour davantage être une capitulation inconditionnelle au pouvoir communiste. Ce n’est pas un hasard si la femme avait fait le signe de croix peu avant que le Pape ne s’approche d’elle : elle cherchait le courage et la protection d’en haut pour ce geste extrême, en criant au Pape cet appel sincère à écouter la voix d’une Eglise persécutée. La force qu’elle avait en elle était telle que lorsqu’elle voyait le Pape se retourner pour aller dans l’autre sens, elle avait le réflexe de prendre son bras et de le tirer vers elle avec force et de le retenir pour qu’elle puisse écouter ses paroles.

Des mots que le Pape n’a certainement pas compris, et qui sait si – dans la tentative de se libérer – il a au moins réalisé la douleur et la passion dont ce geste et ces mots sont nés. Il n’aura certainement pas été aidé par ses collaborateurs et par les nombreux vaticanistes de la cour qui ont rivalisé pour insulter la pauvre Chinoise et lui voler tout ce qu’elle avait dans un geste grossier et un manque de respect pour le Pape. Curieusement, aucun collègue sur place ne s’est donné la peine de retrouver la Chinoise et de lui demander pourquoi elle a fait cela ; il vaut mieux ne pas entrer dans les détails, on ne sait jamais. D’ailleurs, les excuses ultérieures du Pape portaient aussi sur le geste lui-même, une tache sur l’image du Pontife, elles n’étaient pas dirigées personnellement vers la dame giflée.

En tout cas, le geste de la Chinoise fait la paire avec la lettre que le Cardinal Joseph Zen Ke-kiun a écrite en septembre dernier à ses confrères du Sacré Collège et qui a été rendue publique ces derniers jours. Un appel à ne pas rester insensible à ce qui arrive aux catholiques chinois, victimes d’abord de l’accord ci-dessus et ensuite des orientations pastorales qui aggravent encore la situation. Celle du zen apparaît aussi comme un geste extrême, celui d’un pasteur qui voit son troupeau tué et précisément avec la complicité active de ceux qui sont censés le protéger.

L’archevêque émérite de Hong Kong les a tous essayés pour se faire entendre au Vatican, il a écrit des lettres détaillées au Pape à trois reprises, il est venu en personne à Rome dans le but de les lui donner dans l’impossibilité de faire confiance à d’éventuels médiateurs, il a essayé de faire pression sur la Secrétairerie d’Etat, il a fait des appels dénonçant publiquement la vile politique de la Secrétairerie d’Etat du Vatican. A la fin, il s’est adressé à tous les cardinaux avec une lettre qui accompagnait le don de son dernier livre qui explique bien la situation de l’Eglise en Chine, dans l’espoir qu’au moins à partir d’eux puisse naître un mouvement de réflexion qui aille jusqu’à la Secrétairerie d’Etat et au Pape.

De plus, les faits confirment continuellement l’augmentation des persécutions religieuses contre les catholiques : précisément le 8 janvier, un nouveau rapport de la Commission exécutive du Congrès américain sur la Chine a documenté qu’après l’accord Chine-Saint-Siège de septembre 2018 ” les autorités locales chinoises ont augmenté la persécution des fidèles catholiques, en détruisant des églises, en enlevant des croix, en continuant à arrêter le clergé dans la clandestinité. Les organisations catholiques nationales dirigées par le Parti communiste ont également publié un plan pour “synthétiser” le catholicisme en Chine”.

Des choses qui trouvent sourdes, cependant, la diplomatie vaticane, qui semble prête à sacrifier la vérité dans l’espoir d’un succès diplomatique. Le geste de la femme chinoise sur la place Saint-Pierre et la lettre du Cardinal Zen à ses confrères sont le signe d’une situation intolérable, qui exige la plus grande attention et solidarité de la part des catholiques.