Les enjeux de la 3ème guerre mondiale

MPI – L’assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani par les USA le 3 janvier 2020 a provoqué un surcroît de tensions internationales et d’agitation médiatique. La situation globale ressemble de plus en plus, en pratique, à une véritable 3ème guerre mondiale, qui ne dit pas officiellement son nom.

L’article propose de faire l’état des lieux et envisage les enjeux et issues de cette guerre.

Etats des lieux en Irak

L’armée américaine a envahi illégalement l’Irak le 20 mars 2003, sous divers faux prétextes. Récemment, le parlement irakien a officiellement demandé aux troupes d’occupation de quitter le pays. Il règne une certaine confusion au sein du commandement américain quant à la marche à suivre. Certains officiers ont répondu positivement à la demande irakienne, d’autres démentent tout retrait américain.

Concrètement, l’Irak est un pays martyr, complètement ravagé par l’occupation impériale américaine depuis 17 ans. Celle-ci n’a plus aucune légitimité ni légalité, puisque le parlement irakien a explicitement demandé le départ de l’occupant.

On peut lire un peu partout des articles hallucinants où l’Iran est présenté comme un agresseur ou un risque terroriste, alors que les USA occupent et ravagent l’Irak depuis 17 ans… On croit rêver.

Etats des lieux en Syrie

Des troubles graves ont commencé en Syrie début 2011. Spontané ou provoqué, un mouvement de contestation du Président Bachar El-Assad a dégénéré en conflit armé, puis en guerre manipulée de l’extérieur, en particulier par Israël et les USA. A l’époque, le but était de renverser Bachar El-Assad pour installer un collabo plus docile à la politique impériale des USA.

De façon aberrante et contre-nature, les USA, les pays européens, l’Occident en général, ont armé et aidé tout un aéropage de mabouls islamistes, de terroristes et d’égorgeurs, venus du monde entier, pour semer la guerre et le chaos en Syrie. On se souvient de la fameuse phrase infâme “Al-Qaida fait du bon boulot en Syrie”. Le plan de renversement du régime syrien a failli réussir.

Alors que la situation semblait compromise pour Bachar El-Assad, la Russie a commencé une intervention militaire contre les groupes terroristes fin septembre 2015, à la demande du gouvernement légal de la Syrie.

L’intervention russe avait sans doute au moins quatre motivations : (1) défendre les bases navales russes en Syrie, (2) éliminer un cancer islamiste en Syrie aux portes du Caucase, (3) soutenir un pays allié de la Russie, (4) tester de nouvelles armes en situation de guerre réelle. Ajoutons que faire la guerre en Syrie ne coûte pas très cher à la Russie. C’est une sorte d’exercice militaire grandeur nature.

Rapidement, l’intervention russe a cassé les reins du magma terroriste DAESH, allié des Occidentaux. Elle a fait voler en éclat le narratif américano-sioniste de rebelles soi-disant modérés en lutte contre l’horrible régime de Bachar El-Assad, boucher de son peuple. Elle a aussi montré toute la fausseté et la fourberie des USA qui prétendaient combattre le terrorisme. En quelques jours seulement, la Russie a renversé la situation, alors que les USA prétendaient faire la même chose depuis des mois. Au moment même où les USA annonçaient avoir trouvé de l’eau sur Mars, ils étaient soi-disant incapables de voir les terroristes dans le désert syrien… Mais, apparemment, les Russes les voyaient suffisamment bien pour leur exploser la tête.

Sur le plan stratégique, on peut noter que les USA sont allés de mal en pis, dans la guerre en Syrie.

Le plan A visait à renverser Bachar El-Assad, par l’entremise du magma terroriste DAESH, créature de l’OTAN. La Russie a cassé ce plan. De façon cocasse, les USA ont prétendu avoir vaincu leur allié, DAESH, alors que c’est clairement une défaite pour eux, à la fois militaire et stratégique. Le plan A a échoué.

Le plan B des USA a alors consisté à inventer un Kurdistan en Syrie. Cela ne va pas sans certaines difficultés, puisque les Kurdes sont partout minoritaires. D’autre part, ce plan B est irrecevable pour la Turquie, qui ne peut pas accepter un Kurdistan autonome à ses portes. Le plan B est de toute façon moins bon que le plan A.

Entre temps, les USA ont tenté de brouiller Poutine et Erdogan en faisant abattre un Sukhoi russe par une base turque. Les USA ont également tenté de renverser le président turc Erdogan. Dans les faits aujourd’hui, quoique la Turquie soit nominalement un membre de l’OTAN, elle apparaît plutôt comme un allié de la Russie que comme un allié des USA. Le président Erdogan est de plus en plus menaçant pour l’Europe et pour l’OTAN. Tôt ou tard, il faudra régler le problème du sultan néo-ottoman Erdogan.

Les USA ont donc été obligés de passer au plan C : occuper militairement eux-mêmes la moitié est de la Syrie, là où se trouve le pétrole syrien. Le roi est nu. Trump n’a pas hésité à cracher le morceau. Les USA occupent officiellement en toute illégalité une partie du territoire syrien. La question est de savoir combien de temps cela pourra durer.

Bilan de la guerre américaine contre la Syrie

Même si la Syrie est affaiblie, ravagée et partiellement occupée par les USA, le bilan est mauvais pour le camp occidental.

Bachar El-Assad n’a pas été renversé et ne le sera sans doute jamais. Pas de “job done” comme avec Saddam Hussein.

L’espace aérien syrien est partiellement interdit aux avions occidentaux, à cause de la présence de matériel russe.

La Turquie présidée par Erdogan a quasiment changé de camp et se comporte désormais en ennemi des Européens et des USA.

On peut ajouter que le bilan est mauvais aussi pour l’entité sioniste. Un jour viendra bientôt où les Israéliens regretteront de ne pas avoir fait la paix dans les années 1990 avec les Palestiniens, au moment où leur suprématie militaire était incontestable. Ils auraient pu imposer leur paix dans leurs termes et leurs conditions. Les rêveries de Grand-Israël du Nil à l’Euphrate risquent fort de rester à l’état de rêverie. On peut même se demander si la pérennité d’Israël est réellement acquise à long terme.

Bilan provisoire de la 3ème guerre mondiale

Malgré trois pays martyrs, Irak, Syrie, Palestine, le bilan des 20 dernières années est plutôt mauvais pour le camp occidental.

Après la chute du mur de Berlin en 1989, les USA ont pu rêver d’un monde unipolaire où ils feraient la pluie et le beau temps. Clairement, ce temps est révolu. Le projet néo-conservateur de domination mondiale exclusive est sans aucun doute entravé et impossible à réaliser.

Certes, les USA ont une domination sur le système financier mondial et sur internet, et sur diverses technologies de ce type. Mais la réalité est que l’emprise territoriale de l’Empire américain est en recul et qu’elle est menacée en différents points.

Finalement, l’Ukraine reste plus ou moins dans l’orbite russe, malgré le conflit artificiel fomenté par l’OTAN dans le Donbass. Les Ukrainiens, par millions, se réfugient en Russie, qui est pourtant censée être leur ennemi… La Russie leur accorde même la nationalité russe.

La tutelle impériale des USA sur l’Europe est de plus en plus mal supportée. La volonté américaine d’interdire le gaz russe aux Allemands et aux Européens est particulièrement mal vécue. Les amendes infligées à diverses reprises en vertu de l’extraterritorialité du droit américain ne sont ni plus ni moins que du racket impérial, un tribut versé à l’occupant. L’eurocrature de Bruxelles est de plus en plus contestée. Elle apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est, à savoir une imposture, la façade légale de l’OTAN, le grapin des Américains sur l’Europe, une dictature juridico-monétaire nuisible aux peuples européens eux-mêmes. Combien de temps cette mascarade va-t-elle encore durer ?

La brutalité du joug américain a pour effet de casser l’Occident, et d’aliéner l’Europe, allié naturel.

Au Proche-Orient, les USA occupent ouvertement deux pays : l’Irak et la Syrie.

Ils occupent également l’Afghanistan, non sans mal, depuis fin 2001, soit quasiment 19 ans, et pour quel résultat ? Cette occupation n’a pas d’autre but que d’entretenir un foyer de pourriture pour empêcher les projets de Route de la Soie de la Chine. Les désordres liés aux Rohingas en Birmanie n’ont pas d’autre but non plus que de créer un autre foyer de pourriture au sud de la Chine. Les USA évidemment ne souhaitent pas que les deux Corées se réconcilient.

Tôt ou tard, la Chine finira par dégager les USA de l’Afghanistan et de l’Asie centrale, car elle y a des intérêts vitaux pour son influence et son développement économique. Elle le fera elle-même ou en finançant les ennemis des USA.

L’infériorité militaire américaine

Malgré un tweet dithyrambique de Donald Trump, il est très clair que l’Armée américaine n’est pas, ou n’est plus, un force militaire supérieure partout et en tout. C’est au mieux de la propagande électorale.

La Russie dispose d’armes dévastatrices que les USA n’ont pas, et qu’ils n’ont pas non plus les moyens de détruire en vol. La Russie possède également une expertise dans le brouillage électronique, supérieure à celle des Occidentaux. Elle en a fait la preuve à diverses reprises.

La Russie possède également un système anti-aérien de destruction des missiles et drones supérieur à celui des USA. Lorsque la base de Hmeimim en Syrie a été attaquée par une pluie de drones, presque tous ont été détruits. Lorsque des drones ont été envoyés sur deux raffineries de pétrole d’Aramco, en Arabie saoudite, elles ont été mises hors d’usage. La réalité est que le système Patriot est à la fois une ruine financière et une passoire inefficace.

Nous avons la preuve expérimentale que l’armement et le matériel russe sont supérieurs à ceux des USA. Les USA ne peuvent pas faire la guerre contre un ennemi sérieux. Ils peuvent piétiner l’Irak, ou envahir la Républicaine dominicaine, mais ils ne pourront pas vaincre la Russie ou la Chine. Les milliards de milliards de dollars dépensés par les USA servent à gaver la war-machine et le complexe militaro-industriel, mais, concrètement, avec beaucoup moins d’argent, avec cent fois, mille fois moins, les Russes font mieux.

Le couplage dollar-pétrole

L’enjeu majeur de la 3ème guerre mondiale est le dollar américain.

Quoi qu’on pense du président Donald Trump, concrètement, il est à la tête d’un Empire, qu’il doit donc gérer, et le principal instrument de l’Empire américain est le dollar américain. Donald Trump n’est pas un mondialiste obsédé par le sociétalo-progressisme LGBTopède, ni un néo-conservateur belliciste. C’est un chef d’entreprise qui compte ses sous et gère au mieux l’Empire américain.

Un point essentiel à comprendre est le couplage dollar-pétrole. En effet, contrairement aux monnaies normales, comme pouvaient l’être le franc ou le deutsche mark, le dollar n’est pas assis sur l’économie américaine. Les USA ont créé un système où le dollar est la monnaie de transaction pour le pétrole et diverses matières premières. Ils sont passé du système “as good as gold” au système “as good as oil” dans les années 1970.

Grâce à ce privilège exorbitant, les USA ont assis leur monnaie nationale, non pas sur l’économie américaine, mais sur l’économie mondiale tout entière. Grâce à ce privilège, les USA peuvent imprimer des milliards de dollars, sans que leur monnaie ne s’effondre. La “dette” américaine n’est pas une dette, elle mesure en réalité le racket international, la prédation financière que les USA exercent sur le reste du monde. Un pays normal ne pourrait pas imprimer de telles quantités de monnaie sans en subir des conséquences immédiates.

Fondamentalement, les USA sont une monnaie, qui a une armée pour imposer au monde entier un cours légal forcé.

A l’instant même où le dollar cessera d’être la monnaie de référence pour le pétrole et autres matières premières, il ne vaudra plus grand chose. Tout est là. Les Russes et les Chinois l’ont bien compris. Donald Trump aussi, sans doute.

Actuellement, les USA occupent militairement plusieurs pays producteurs de pétrole, à savoir le nord-est de la Syrie, la péninsule arabe, l’Irak. L’enjeu est plus grand que simplement le contrôle des matières premières. Dans cette guerre mondiale, les USA jouent leur survie financière et le privilège exorbitant du dollar. Trump ou un autre, peu importe, les USA sont dos au mur. Et il est probable qu’ils ne lâcheront rien jusqu’au bout. Ils ont trop à perdre.

La question se pose de savoir comment les USA vont être décramponnés de la Syrie, de l’Irak et de la péninsule arabe. A mon sens, il faut s’attendre à toujours plus d’attaques de drones sur des bases ou des entreprises américaines. Leur système Patriot est vulnérable. Le gigantisme de l’emprise territoriale des USA sur le monde est aussi une vulnérabilité.

En outre, on ne voit pas pourquoi les Russes ou les Chinois laisseraient tomber l’Iran comme un domino. Les USA ont probablement trop d’ennemis en même temps, certains très bien équipés, et de moins en moins d’alliés fiables et motivés. Les USA ont des vassaux, des laquais et des contractors, mais aucun véritable allié. Ils ont entamé une guerre mondiale en 2003 mais, aujourd’hui en 2020, on ne voit pas bien comment ils pourraient la gagner.

Manifestement, l’Empire américain a déjà passé son point le plus haut. L’explosion de la navette Challenger, le 28 janvier 1986, puis de la navette Columbia, le 1er février 2003, marque aussi sans doute la fin du rêve prométhéen de l’Occident tout puissant. Les Américains parlent d’aller sur Mars, mais en sont-ils réellement capables ?