Maria Co-rédemptrice, un privilège qui exalte Dieu

La Nuova Bussola Quotidiana

Marie est ” femme et Dame, mère et métisse ” et ensuite disciple : ” Marie […] se présente comme une femme et se présente avec le message d’un Autre, c’est-à-dire qu’elle est femme, Dame et disciple. […] La piété chrétienne au cours du temps a toujours essayé de la louer avec de nouveaux titres, des titres filiaux, des titres d’amour du peuple de Dieu, qui cependant ne touchaient en rien le fait d’être femme-disciple”. Même la devise de Maria numquam satis ne remet pas en question son humble qualité de disciple, fidèle à son maître qui est aussi son fils, l’unique rédempteur : elle n’a jamais voulu prendre quelque chose de son fils pour elle, elle ne s’est jamais présentée comme corédemptrice, mais comme disciple”.

Ce sont les paroles les plus significatives prononcées par le Pape dans son homélie pour la fête de Notre-Dame de Guadalupe, sur laquelle notre vie quotidienne s’est déjà arrêtée (voir ici et ici), paroles qui ont suscité de nombreux doutes.

L’accent que le Pape François a mis sur Marie, disciple de son Fils et Maître, serait certainement digne d’éloge s’il n’était pas placé dans le contexte d’un discours qui se termine clairement par la mise en contraste de la condition de disciple de Marie avec d’autres prérogatives mariales. Et non seulement son être de disciple, mais aussi son être de femme et de mère est présenté comme ce qui est essentiel à la personne de Marie, ce qui est le plus important à reconnaître en elle. Marie est donc femme et mère, ” sans autre titre essentiel – pensez aux litanies, titres d’amoureux qui chantent – mais qui ne touchent pas à l’essentialité de Marie, femme et mère, voilà ce qui est important.

Le concept est réitéré dans la suite de l’homélie, avec l’exhortation à “ne pas perdre de temps” dans la définition de nouveaux dogmes mariaux : toute l’identité de Marie est ramenée à être “femme, Dame, mère de son fils et de la Sainte Mère Eglise hiérarchique, et elle est métisse, femme de nos peuples qui a fait Dieu métisse”.

Avec tout le respect que je dois au Pape, il me semble que nous sommes ici face à un réductionnisme annonciateur de conséquences tragiques. Le développement dogmatique a toujours suivi la règle de la semence, qui est alors la logique de l’Incarnation ; au départ, une vérité de foi est petite, humble, voire insignifiante et non essentielle. Mais lentement viennent les premières pousses, puis le petit arbuste, jusqu’à ce qu’il devienne un si grand arbre “que les oiseaux du ciel viennent se nicher parmi ses branches” (Mt 13,32). Les oiseaux ne connaissent pas ou peu le long processus de l’arbre : ils n’ont qu’à trouver de la nourriture et de la protection.

Prenons, par exemple, un des titres marials rappelés par le Pape François, celui de femme. Il est évident que Mary est une vraie femme, personne ne le remet en question. Mais déjà Saint Jean, dans son Évangile et sa Révélation, comprend en profondeur que Marie n’est pas une femme, mais la Femme, la nouvelle Eve, Celle qui accomplira la promesse faite par Dieu immédiatement après la culpabilité de ses ancêtres. C’est pourquoi, dans le mot “femme”, présent dans le quatrième Évangile, il y a beaucoup plus que la simple observation du sexe féminin ou le fait que Marie est une femme exemplaire dans la suite et la vertu.

Et, de même, Marie n’est pas seulement une mère, mais elle est la Mère de Dieu, c’est pourquoi elle est élevée à l’ordre de l’union hypostatique (ce qui ne signifie pas affirmer une union hypostatique). D’une compréhension intégrale de sa maternité divine naissent la coresponsabilité, la médiation universelle, la royauté, etc., qui doivent être comprises comme une participation singulière à l’œuvre de l’unique Rédempteur, Médiateur et Roi de l’Univers.

Le premier accent, qui semble absent dans l’homélie mentionnée, est donc celui-ci : la fidélité aux Écritures ne conduit pas à une conception minimaliste de la Vierge (mais on pourrait en dire autant de toutes les vérités de foi), car ce sont précisément celles-ci qui contiennent la semence et le bourgeon du développement mariologique. Mais leur sens le plus profond est révélé par ce même Esprit Saint, promis par Jésus, qui les a inspirés et qui accompagne l’Église à travers les siècles.

Utiliser la maternité de Marie, son être de femme et de disciple, pour étiqueter des formulations dogmatiques, présentes et futures, comme “tonteras” signifie trahir les Ecritures elles-mêmes. Et c’est ce que font les protestants, par exemple, quand ils se jettent contre la vérité de la coresponsabilité ; pour eux il n’y a qu’une coopération matérielle de Marie à la Rédemption, comme mère physique du Rédempteur ; la parole de Dieu ne dirait rien d’autre.

Cette apparente ” fidélité ” au référentiel biblique est en réalité un sérieux réductionnisme, incapable d’aller au-delà du sens historico-littéral du texte biblique. Tous les titres mariaux que nous trouvons dans les dogmes, dans les litanies, dans la liturgie, dans les écrits des Pères, ne sont pas des fantaisies et ne sont même pas des manifestations d’affection sans contenu véridique ; ils sont la manière dont l’Église croit, annonce, célèbre l’œuvre la plus haute et la plus parfaite qui puisse sortir de la main de Dieu, dont dépend notre salut.

Il y a ensuite un autre malentendu, présent dans les paroles du Pape, qui nécessite une clarification. Pour aider le lecteur à comprendre l’ordre de la grâce, observons celui de la nature. Nous observons métaphysiquement une hiérarchie d’entités, créée par l’Être lui-même selon une hiérarchie de perfection. La plus grande perfection de l’être n’est pas au détriment de la moindre perfection des autres, et il ne faut pas non plus penser que l’affirmation de la sublimité de la perfection angélique, par exemple, entre d’une certaine manière dans la perfection divine. Au contraire, plus les êtres sont parfaits, plus ils rendent gloire à leur Créateur, qui reste au-delà de l’ordre des entités, des créatures, de l’infinie surabondance de la perfection. Chaque être participe, selon sa propre mesure, à la perfection divine, qui est au contraire sans mesure.

Revenons maintenant à la Sainte Vierge. Affirmer ses particularités, liées à son être de Mère Immaculée de Dieu, ne signifie nullement voler quelque chose à Jésus ou, pour reprendre l’expression du Pape, “prendre quelque chose à son Fils”. Le fait que la Vierge participe de manière singulière, dans notre cas, à l’oeuvre de la Rédemption de son Fils, n’enlève rien à l’unicité du Rédempteur, précisément parce que celle de Marie est une participation, et donc essentiellement subordonnée à l’oeuvre de son Fils. Cependant, cette participation est unique parce que Dieu lui-même l’a voulue telle quelle, il l’a unie à lui-même de façon singulière, au-dessus de toute autre créature existante, de façon quasi hypostatique.

Ces privilèges de Marie n’enlèvent rien à Dieu, au contraire ils l’exaltent ; c’est le sens profond du chant du Magnificat : “Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint” (Lc 1, 49). De même, l’exaltation de Marie au-dessus de toutes les créatures n’est pas au détriment de ces dernières, mais à leur profit, un profit nécessaire. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’une vraie Mariologie n’est pas une option de luxe pour l’Église, précieuse mais facultative ; c’est au contraire le chemin nécessaire pour connaître vraiment le Fils et aller à Lui. Il ne s’agit pas d’une nécessité absolue, car Dieu pourrait certainement agir d’une autre manière, mais d’une nécessité de fait : étant donné cet ordre de Création et de Rédemption, sa médiation, sa coopération dans la Rédemption sont nécessaires.