Tué Soleimani: la réponse sévère des États-Unis à l’expansionnisme de l’Iran

La Nuova Bussola QuotidianaL’année a été vraiment incandescente au Moyen-Orient, avec l’assassinat du général Soleimani. En Irak, la rébellion contre les milices chiites a déclenché une confrontation directe entre les États-Unis et l’Iran. Le soulèvement a éclaté contre la corruption du nouveau pouvoir que les Iraniens ont établi en Irak, après sa libération d’Isis. Khamenei a pointé du doigt la conspiration américaine habituelle et a relevé la barre contre le personnel militaire et diplomatique américain en Irak. Jusqu’à l’assaut de l’ambassade à Bagdad. Mais à ce stade, la réponse des États-Unis a été très dure et inattendue. Le général Soleimani, architecte de l’expansionnisme iranien en Irak, au Yémen, en Syrie et au Liban, a été frappé.

 

Le Moyen-Orient, un début d’année pour le moins radieux. Le 3 janvier, en Irak, un raid mené par un drone américain près de l’aéroport de Bagdad a en effet fait disparaître l’homme fort du régime khoméiste iranien, les Pasdaran et chef des forces d’Al Qods, Qassem Soleimani, deuxième après le guide suprême, Ali Khamenei.

Créateur et protagoniste des politiques expansionnistes de Téhéran dans la région, Soleimani venait de Syrie (certains disent du Liban) et était accompagné de membres des milices paramilitaires chiites à la solde des Forces d’Al Qods, qui dominent aujourd’hui le territoire irakien. Parmi les 8 victimes, on trouve notamment Abu Mahdi Al Mohandes, chef adjoint du groupe Hashd Shaabi. Par crainte de représailles et sous un chantage constant, le Premier ministre démissionnaire, Adel Abdul-Mahdi, a rappelé que Suleimani et Al Mohandes étaient des ” symboles ” de la victoire contre l’ISIS, accusant Washington d’avoir commis un acte d'” agression ” en ” violation de la souveraineté ” de l’Irak.

Avec la défaite de l’ISIS, le pauvre Irak est passé d’un extrémisme à l’autre, se trouvant écrasé sous les tourments imposés par les milices chiites, instrument de l’hégémonie exercée sur le pays par l’Iran, vingt ans après la fin de la guerre avec Saddam Hussein. Une hégémonie fondamentaliste incarnée par la figure de Suleimani et tachée du sang de divers représentants de la société civile, avec une certaine préférence pour les femmes activistes dans le domaine des droits de l’homme, comme intermède à la cruelle répression des récentes protestations animées surtout par la nouvelle génération, avec plus de 400 morts en un peu plus de deux mois (octobre-décembre).

Les protestations ont été lancées contre l’énorme corruption du gouvernement et de l’appareil d’État, comme cela s’est produit en Algérie, au Liban et au Soudan, dans une sorte de nouveau chapitre du Printemps arabe. D’où la main lourde des forces de sécurité, à laquelle s’ajoute celle des miliciens, car les jeunes Irakiens, en plus de la classe dirigeante, ont également mis dans leur ligne de mire le conditionnement de plus en plus oppressif de Téhéran, que cette même classe dirigeante a sous son emprise.

Les protestations ont ainsi pris un caractère profondément anti-khoméiste, atteignant leur point culminant avec l’incendie des consulats iraniens de Nadjaf et de Karbala. Se sentant directement remis en question, Khamenei a relancé la théorie du complot, dépassée mais toujours prête à l’emploi, en pointant du doigt une conspiration des États-Unis et de la CIA comme moteur de la révolte.

A Washington, ils n’ont certainement pas vu la montée d’un mouvement national irakien contre l’ingérence de Téhéran, mais à plusieurs reprises Donald Trump avait manifesté par des actes, et pas seulement par des mots, son opposition à une escalade avec l’Iran, malgré les provocations subies dans la dernière période (voir, par exemple, la série d’attaques contre des navires marchands dans les eaux du Golfe).

Cette opposition, de la part du régime khoméiste et de ses satellites armés en Irak, semble avoir été interprétée comme un synonyme de faiblesse et de manque de volonté de réagir, autorisant le bombardement par missiles du 27 décembre contre une base américaine de Kirkouk par les milices appelées Kataib Hezbollah, coûtant la vie à un entrepreneur américain et blessant du personnel (4 Américains, 2 Irakiens). Le bombardement n’était pas un épisode isolé, mais le point culminant de semaines de provocations et de menaces contre les diplomates et les militaires à Washington, qui avaient suscité pas mal de critiques contre Trump sur le front intérieur, de la part des experts et des commentateurs les plus interventionnistes.

Tout en prévoyant de réprimer l’hostilité de la population, Suleimani a pensé qu’il pourrait peut-être porter un coup significatif à la présence américaine, sans payer de droits. Mais il a résolument sous-estimé les intentions de Donald Trump, qui ne pouvait pas laisser l’attentat de Kirkuk impuni. Le 29 décembre, sur ordre de la Maison Blanche, les combattants américains ont ainsi frappé les bases kataib du Hezbollah en Syrie et en Irak, avec un bilan de 25 morts et 50 blessés.

La contre-attaque iranienne ne s’est pas fait attendre, avec l’assaut du 31 décembre contre l’ambassade américaine dans la zone verte de Bagdad, orchestré par la milice sur ordre de Souleimani selon Washington. Les forces de sécurité du gouvernement ont assisté à l’incident sans armes, qui n’a toutefois causé ni mort ni blessure. Le siège des diplomates américains et l’incendie de la réception ont évidemment été jugés suffisants par l’ancien chef des forces d’Al Qods pour remettre Washington dans un coin. La même évaluation aurait pu être faite par Khamenei, qui a répondu de manière sarcastique au tweet du 31 décembre, dans lequel Trump a clairement dit que ” l’Iran sera tenu pleinement responsable des décès causés ou des dommages infligés à toutes nos installations “. “Ils paieront un PRIX ÉNORME. Ce n’est pas un avertissement mais une menace.”

La menace s’est alors matérialisée et c’est Suleimani qui en a payé le prix fort. Khamenei a juré de se venger, mobilisant la foule à Téhéran contre le grand Satan, tandis que les milices irakiennes ont invoqué le départ de toute présence militaire étrangère et se sont dites prêtes à frapper des cibles américaines. Washington, par contre, ne semble pas intimidé par les intentions de réaction du régime khoméiste et de ses alliés. Les citoyens américains ont été invités à quitter le pays, mais Trump a ordonné l’envoi de centaines de marines pour renforcer la sécurité des installations américaines. Le Pentagone a également assuré que les mythes pro-iraniens seront à nouveau attaqués par des raids aériens et des drones en cas de représailles contre des cibles américaines.

Y aura-t-il une escalade qui mènera à une confrontation frontale entre l’Iran et les États-Unis ? Il est toutefois plus probable que, pour l’instant, la confrontation restera confinée à des pays tiers, comme l’Irak, et qu’elle s’orientera au contraire vers une phase de désescalade, car les États-Unis ont rétabli leur capacité de dissuasion, en faisant comprendre au régime khoméiste qu’il peut à tout moment infliger de lourdes pertes. Cela ne veut pas dire que nous avons réduit Téhéran à un conseil léger une fois pour toutes. Les intentions de vengeance de Khamenei sont réelles et attendront le bon moment pour se concrétiser. Le terrorisme, même à l’intérieur de l’Occident ?

” L’Islam (le politique, ajoutons-nous) gagnera sa bataille contre l’impérialisme “, a déclaré le dirigeant suprême, qui ne veut toujours pas réaliser que c’est sa République islamiste qui gagne aujourd’hui la primauté de l’impérialisme. Trump a renversé Souleimani, mais avec le régime khoméiste iranien, ce n’est pas encore fini.