Une réflexion sur la gloire du paradis

1P5Timothy Flanders 

Avoir une crainte saine du jour du jugement.
Avoir peur de se retirer de l’enfer.
Aspirer à la vie éternelle avec tout désir spirituel.
Avoir l’attente de la mort chaque jour devant les yeux. [1]

Nous voyons ici résumée de façon très littérale toute la voie des saints, qui les a conduits à une grande gloire dans la sainteté. Aujourd’hui nous considérons la gloire du paradis, pour laquelle nous devons aspirer “avec tout désir spirituel”. La gloire de ce pays béni est au-delà de toute considération humaine, mais c’est le désir ardent de tout cœur fidèle. Sans aucun doute, “le plus grand de tous les tourments des damnés de l’enfer vient de la pensée d’avoir perdu le ciel par leur propre faute” [2]. L’acte de contrition dit : “Je suis désolé pour mes péchés parce que je redoute la perte du ciel.”

Car l’Apôtre déclare avec insistance que l’œil n’a pas vu, que l’oreille n’a pas entendu, et qu’il n’est pas entré dans le cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment (I Cor. 2:9). Pourtant, nous devons contempler la gloire de notre foyer céleste, même si notre contemplation finie tombe comme une goutte d’eau dans un océan. Dieu ne nous a pas laissé sans images pour éveiller nos désirs spirituels de vie éternelle. Que ces considérations vous tiennent à cœur afin que vous puissiez susciter le désir spirituel nécessaire pour le paradis.

La fin du péché et de la mort
Considérez toute la douleur de cette vie. La douleur de la maladie, de la lassitude, du désespoir, de la solitude. Les blessures physiques, les blessures émotionnelles, les maux spirituels, les larmes de la perte. Considérez la vaste méchanceté de l’homme dans cette vie.

Au paradis, tout mal est banni. Toute méchanceté a disparu. Toute iniquité n’est plus.

Et la mort ne sera plus, ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses sont passées. Et celui qui était assis sur le trône dit Voici que je fais toutes choses nouvelles. (Apoc. 21:4, 5)

Dans notre patrie bénie, il n’y a pas d’incertitude quant à Dieu, car nous le verrons face à face. Maintenant je sais en partie ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu (I Cor. 13:12). Il n’y a pas de crainte du jugement, car nous avons passé outre le jugement (Jean 5.24). Il n’y a pas d’angoisse de séparation, car alors, en vérité, qu’est-ce qui nous séparera de l’amour de Christ ? (Rom. 8:35).

Comme le prédit le rite baptismal, ” Mais toi, esprit mauvais, va-t’en, car le jugement de Dieu est venu “. Le ciel est le jugement définitif de Dieu contre tout mal pour toujours. Alors Dieu redressera ce qui est mauvais, redressera ce qui est tordu, et ressuscitera ce qui est mort. Et l’enfer et la mort furent jetés dans l’étang de feu (Apoc. 20:14).

Alors il y aura la paix de Christ par le règne de Christ. Le prophète Michée l’a vu et s’est réjoui :

Dans les derniers jours, la montagne de la maison du Seigneur sera dressée sur le sommet des montagnes et sur les hauteurs des collines, et les gens afflueront vers elle. Et beaucoup de nations viendront en hâte, et diront Venez, montons à la montagne de l’Éternel, et à la maison du Dieu de Jacob ; il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers… et ils forgeront leurs épées en socs de charrue, et leurs lances en piques ; nation contre nation, ils ne prendront plus l’épée, et ils n’apprendront plus la guerre. Et chacun s’assiéra sous sa vigne et sous son figuier, et il n’y aura personne pour les effrayer, car la bouche de l’Éternel des armées a parlé… nous marcherons au nom de l’Éternel, notre Dieu, aux siècles des siècles (Mic. 4:1-5)

Image de la beauté naturelle
Même après la chute de l’homme, Dieu n’a pas quitté le monde naturel sans la tranquillité de la beauté, qui est un aperçu du monde à venir. Les saints ont utilisé cette beauté pour contempler le paradis. Saint François de Sales :

Représente-toi une belle nuit calme, quand le ciel est éclairé par d’innombrables étoiles : ajoute à la beauté d’une telle nuit la plus grande beauté d’un jour d’été glorieux – la luminosité du soleil n’empêchant pas l’éclat clair de la lune ou des étoiles, et puis sois sûr que tout cela est incommensurablement loin de la gloire du Paradis. Ô pays lumineux et béni, ô lieu doux et précieux ! [3]

Considérez le sentiment que vous ressentez en voyant la grande gloire des merveilles les plus impressionnantes du monde naturel. Les vastes étendues des cieux et des étoiles, l’étendue infinie de la mer, la hauteur des montagnes et l’étendue des forêts et des prairies. Rappelez-vous le doux parfum du printemps, le chant des oiseaux et la fraîcheur de l’air du matin. Alors, sachez avec certitude que ces choses sont des gouttes dans l’océan de la gloire du paradis. Même encore, le monde naturel sert d’icône puissante du monde à venir. Dans notre existence finie, nous trouvons une grande bénédiction pour la méditation dans la beauté et l’immensité de la création.

L’amour des Saints et l’espoir de retrouver les êtres chers perdus
Saint François de Sales nous dit de méditer sur l’amour des saints :

Imagine-toi seul avec ton bon ange dans une plaine ouverte, comme l’était Tobit sur son chemin vers Rages. Suppose que l’Ange te propose le Paradis, plein de délices et de joies, et que, d’autre part, l’Enfer, avec tous ses tourments… ton bon Ange te pousse de toutes ses forces à choisir le ciel, t’offrant d’innombrables grâces de la part de Dieu, d’innombrables aides pour y parvenir… Regarde la mère du Christ qui te désire avec une tendresse maternelle : “Courage, mon enfant, ne méprise pas la bonté de mon Fils, ni mes prières sincères pour ton salut”. Voyez les saints, qui vous ont laissé leur exemple, les millions d’âmes saintes qui vous suivent, désirant ardemment que vous puissiez un jour vous joindre à eux pour toujours dans leur chant de louange, vous exhortant à ce que le chemin du Ciel ne soit pas aussi difficile à trouver que le monde voudrait vous le faire croire. “Continuez courageusement, cher ami”, crient-ils. “Celui qui réfléchira bien au chemin par lequel nous sommes venus ici, découvrira que nous avons atteint ces délices actuels par des joies plus douces que tout ce que ce monde peut donner.” [4]

La grande gloire des saints est la charité brûlante qu’ils portent envers l’âme qui va de l’avant – même nous, les pécheurs. Ils n’ont pas cessé d’aspirer à votre salut depuis avant que vous ne les appeliez à l’aide. Ils travaillent encore – si l’on peut appeler cela du travail – pour ta félicité et ta joie éternelles. En union avec Dieu, leur seul désir est de partager cette paix avec plus d’âmes. Notre Sainte Mère désire avant tout tendrement votre union avec tous les saints dans le Christ. En tant que mère parfaite, elle brûle d’amour pour votre âme.

Considérez le son de leur chœur auquel ils vous invitent, s’élevant infiniment dans la louange de la miséricorde de Dieu. La musique la plus belle et la plus exquise que vous ayez jamais entendue est comme un bruit infâme en comparaison. Un jour, saint François entendit le son d’un ange qui jouait d’un instrument et il faillit mourir de joie [5]. Considérez la beauté de la voix de la Vierge Mère par-dessus tout. De Sales dit : ” De même que le rossignol qui vient de naître apprend à chanter avec les oiseaux plus âgés, de même, par notre communion sacrée avec les saints, nous apprendrons à mieux prier et à chanter les louanges du Seigneur ” [6].

Pensez aussi à l’espoir de retrouver dans ce pays céleste les êtres chers que nous avons perdus. Les enfants baptisés qui se sont perdus avant l’âge de raison courront vers vous. Peut-être d’autres personnes dont vous avez souffert vous salueront-elles – un père ou une mère défunt ou même un conjoint. S’ils ont gagné la vie éternelle, alors sans aucun doute ils vous ont désiré et ont prié pour vous comme tous les saints. Considérez l’amour de tous les saints, vous invitant à élever votre cœur vers le paradis et à venir.

L’amour de Dieu
Mais tout cela est ce que saint Alphonse appelle “la moindre des bénédictions du paradis” [7]. La vraie joie du paradis est la vision de Dieu la Sainte Trinité et la gloire de l’union avec Lui pour toujours. Souvenez-vous d’un temps où vous étiez remplis de consolations divines. Souvenez-vous de ces moments où Dieu vous a rempli de douceur spirituelle ou de joie en Lui. Alors sachez que ce sont aussi des gouttes dans l’océan.

Tout comme l’immensité des cieux dépasse de loin les plus grandes œuvres de l’homme, de même la consolation de Dieu au paradis dépasse de loin chaque aperçu de Son amour sur la Terre. Selon la hauteur des cieux au-dessus de la terre : il a renforcé sa miséricorde envers ceux qui le craignent (Ps. 102, 11). Quand Dieu a touché ton âme pour te montrer son amour, ne t’es-tu pas réjoui en lui ? De même, vous vous réjouirez au ciel de son grand amour pour vous, mais bien plus encore, au-delà de tout ce que l’on peut dire. Les innombrables paroles, travaux et labeurs de tous les saints depuis deux mille ans n’ont pas suffi pour commencer à raconter toutes ses louanges. Et au Ciel, seule l’éternité peut fournir un espace suffisant pour sa louange – et cela seulement dans notre capacité humaine.

Considérez votre création à partir de rien. Avant d’exister, que faisiez-vous pour mériter d’être ? C’est l’amour de Dieu qui vous a créé en tant qu’âme individuelle et unique. C’est l’amour de Dieu qui t’a fourni ce qui était nécessaire à ta croissance et à ta subsistance. La charité de Dieu vous a appelé à partir de rien et vous a appelé à vivre avec Lui.

Considérez le Cœur de Jésus-Christ qui s’est incarné pour chercher votre âme comme le bon berger cherche la brebis perdue. Considérez la Passion de Jésus, expiant vos péchés et vous lavant de la blancheur de la neige (Ps. 50, 9). Fatigué et fatigué, tu m’as cherché, sur la Croix de la souffrance tu m’as acheté [8]. C’est pour toi qu’Il a versé son sang et rendu son dernier souffle. C’est pour toi qu’Il s’est relevé et t’a montré la gloire de ses blessures. Il m’a délivré parce qu’il me désirait (Ps. 17, 20).

C’est pour cet amour que les saints reçurent avec joie les tourments du feu et de l’épée. C’est pour cet amour que les saints veillaient, jeûnaient et priaient. C’est pour cet amour qu’ils ont voyagé sur terre et sur mer et sont morts pour vous apporter la foi et sauver votre âme. Car les souffrances de cette vie ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire à venir (Rom. 8:18). Recevez le Christ en vous, l’espérance de la gloire (Col. 1:27), et brûlez pour la vie éternelle avec tout désir spirituel.


1] Règle de saint Benoît, chapitre 4

2] Saint Alphonse, Sermon du 2e dimanche de Carême, Au Ciel

3] Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, ch. 16

4] Ibidem, ch. 17

[5] St. Alphonse, op. cit.

[6] Saint François de Sales, op. cit., ch. 16

[7] St. Alphonse, op. cit.

[8] Hymne Dies Irae