SOL INVICTUS, SAINT-JEAN ET RITUEL MAÇONNIQUE

Ayant remis en cause à la Chandeleur, autre fête catholique de la lumière, les poncifs sur les prétendues origines mithriaques et solsticiales de Noël [1], la Saint-Jean parait une excellente occasion d’ajouter à cette précédente chronique un élément que des maçons repentis m’ont fait connaître depuis février.

Jusqu’à récemment, l’attachement des néo-païens à ces théories ébranlées par l’historiographie depuis plusieurs décennies ne cessait de m’étonner. Je situais leur erreur dans la supposition fausse que les chrétiens avaient détourné systématiquement les fêtes antiques comme ils avaient souvent christianisé les temples [2]. Aujourd’hui, l’erreur néo-païenne en ce domaine m’apparaît moins historique que philosophique, et trahit les accointances de cette mouvance avec la franc-maçonnerie.

Il est notoire que cette dernière voit en saint Jean le modèle du parfait initié. J’ignorais cependant l’existence de cérémonies maçonniques célébrées en son honneur dites « fêtes solsticiales d’hiver » jusqu’à ce qu’un rituel m’en parvienne providentiellement. Quelle fut alors ma surprise à la lecture de la prose suivante !

« Ainsi, par ces rites, lointains échos du culte de Mithra, le soleil invaincu, nourrissons-nous de l’illusion d’agir sur la nature et de forcer, par une figuration naïve, le retour de la lumière…Le Solstice veut perpétuer un naïf folklore ou un rite chargé de mystère ; que chacun choisisse dans ce trésor de tradition et de légendes ce qui parle le plus à son coeur et à son imagination. A chacun selon sa faim ».

Cette étrange assimilation Mithra – Sol Invictus – solstice – fêtes chrétiennes, que les sources antiques sont loin de confirmer [3], est donc entretenue et charriée dans les loges, où l’on se nourrit volontairement d’illusion selon l’appétit de son imagination. Une « Saint-Jean d’hiver » suppose une « Saint-Jean d’été », vouée cette fois à saint Jean-Baptiste (24 juin), uni « mythiquement » à l’Evangéliste pour constituer les deux faces d’un Janus lui-aussi revisité selon une démarche symbolique, en fait gnostique. Dès lors, quelle importance que le mois de Janus, l’authentique, ne soit pas décembre ou juin, les mois des solstices, mais janvier ? De même, seuls des esprits « dogmatiques », « non-initiés », continueront d’ergoter sur l’historicité des deux Jean dont on conserve pourtant des témoignages fiables : des êtres réels, résistant par le fait même de leur incarnation à toute fantaisie subjective.

En fait, maçons et néo-païens projettent, peut-être en toute bonne foi, leurs propres errements sur leur adversaire commun, le catholicisme authentique [4], pour qui la Vérité est d’autant plus irréductible qu’elle est une Personne divine. Dénaturant par le prisme de la gnose des fêtes chrétiennes établies sur des faits historiques, ils ne peuvent concevoir que les catholiques ne se soient pas appropriés les fêtes païennes de la même façon. Que les catholiques ne soient donc pas dupes dans leur charitable souci de faire connaître le Christ à ces frères égarés : chez ces derniers où « tout est symbole », les mots, les gestes, les « rites » ont toujours un sens caché. Certes, il est sympathique de se réunir une nuit d’été autour d’un feu de bois, mais les motivations intérieures de chacun sont-elles toujours compatibles, toujours innocentes ? J’en doute.

L’abbé

[1] Le crépuscule du Sol Invictus, 2 février 2019

[2] Ibidemin fine

[3] Ibidem : “L’idée que les adeptes de Mithra célèbrent le 25 décembre d’une façon ou d’une autre est une invention moderne qui ne repose sur aucune certitude” (Steven Hijmans, spécialiste de la religion romaine) ; « Faut-il aller jusqu’à considérer qu’une célébration générale du solstice d’hiver dans l’ancienne Rome est un mythe de la rechercher historique ? C’est l’avis d’Hans Förster, papyrologue et coptologue, s’appuyant sur une très bonne connaissance des sources chrétiennes des IIIe et IVe siècles ».

[4] Cf. notamment Serge Abad-Gallardo, Je servais Lucifer sans le savoir, Pierre Téqui Editions, 2016 ; Olivier Moos, Les intellectuels de la Nouvelle Droite et la religion. Histoire et idéologie d’un antichristianisme de droite (1968-2001), Université de Fribourg, 2003

LE GLAIVE DE LA COLOMBE