Les 50 ans de la nouvelle messe, espérons qu’une crise est survenue

Le nouveau compas quotidien par Andrea Zambrano

“De l’espoir à la Pachamama : posons-nous des questions.” Le 30 novembre, il y a 50 ans, la nouvelle Messe de Paul VI entrait en vigueur. L’équilibre en clair-obscur de Don Nicola Bux : “Paul VI voulait rapprocher l’homme de Dieu, mais il vit avec tristesse que la Réforme trahissait le Concile. La fumée de Satan était pour les déformations de la Messe tandis que des défenseurs comme Bouyer et les Jésuites admettaient qu’elle était maintenant “malléable” comme le caoutchouc. Le tournant avec Ratzinger : il a compris que la crise de l’Eglise était d’abord une crise liturgique”. Que faire ? “Revenir au droit de Dieu d’être adoré. Et suivez le Summorum Pontificum : l’ancienne Messe infectera les Messes d’aujourd’hui”.

Il y a 50 ans aujourd’hui, le nouveau missel promulgué par le Pape Paul VI est entré en vigueur. Que faire ? Célébrez ou demandez-vous quel est l’état de la liturgie aujourd’hui ? Nous avons demandé à Don Nicola Bux, liturgiste et théologien, qui a consacré de nombreuses publications aux déformations de la nouvelle messe, dont la très réussie How to go to mass and not lose faith (Piemme).

Don Nicola, en 1969, vous avez été debout pendant 20 ans….
C’est vrai, c’est vrai. J’ai vécu cette réforme quand elle a été promue. Pour nous les jeunes de l’époque, cela nous paraissait une bonne chose et disons que je l’ai considéré pendant de nombreuses années comme une collaboration, tant au niveau diocésain que national, avec les principaux maîtres de son application, comme l’abbé bénédictin Mariano Magrassi, qui est ensuite devenu archevêque de Bari.

Qu’est-ce qui t’a semblé bon ?
L’idée qui était alors en grande partie la suivante : il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’un remodelage – si on nous le permet – du culte divin de manière à rendre plus évidente cette exigence de la relation de l’homme avec Dieu. C’était dans l’esprit du pontife au-delà des intentions malveillantes de divers innovateurs : rendre encore plus étroite la relation entre Dieu et l’homme.

Pourtant, les résultats nous parlent d’une grande désaffection à la messe.
Ce que nous voyons aujourd’hui n’était en aucun cas imaginable. De plus, lorsque Paul VI est cité avec ses déclarations alarmantes sur les déformations de la liturgie, il fait référence à quelque chose que personne, à commencer par le pontife lui-même, n’aurait pu imaginer. Il faut admettre qu’à l’époque, personne – ou presque personne – n’imaginait une déformation de la liturgie qui, aujourd’hui, est passée du statut de culte de Dieu à celui de culte de l’homme.

Quand avez-vous réalisé que quelque chose ne fonctionnait pas ?
Le tournant a été la publication du Rapport sur la foi de Ratzinger envers Messori. Là-bas, nous, les liturgistes, nous avons aussi réalisé que quelque chose n’allait pas.

C’était en 1984.
Quinze ans après cette réforme, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l’époque tenta de faire le point et le résultat ne fut pas des plus encourageants.

Pourquoi t’as fait ça ?
Parce qu’il devait certifier que l’idée de crise de l’Église, qui émergeait, était étroitement liée à la crise de la liturgie. En effet, il existe une relation très étroite entre le fait d’être Église et de la manifester par la prière et le culte. Ratzinger comprit que quelque chose s’était effondré et plus tard, en tant que Pape, il dit que la crise de l’Église dépendait largement de l’effondrement de la liturgie.

Il y a 50 ans aujourd’hui, le nouveau missel promulgué par le Pape Paul VI est entré en vigueur. Que faire ? Célébrez ou demandez-vous quel est l’état de la liturgie aujourd’hui ? Nous avons demandé à Don Nicola Bux, liturgiste et théologien, qui a consacré de nombreuses publications aux déformations de la nouvelle messe, dont la très réussie How to go to mass and not lose faith (Piemme).

Don Nicola, en 1969, vous avez été debout pendant 20 ans….
C’est vrai, c’est vrai. J’ai vécu cette réforme quand elle a été promue. Pour nous les jeunes de l’époque, cela nous paraissait une bonne chose et disons que je l’ai considéré pendant de nombreuses années comme une collaboration, tant au niveau diocésain que national, avec les principaux maîtres de son application, comme l’abbé bénédictin Mariano Magrassi, qui est ensuite devenu archevêque de Bari.

Qu’est-ce qui t’a semblé bon ?
L’idée qui était alors en grande partie la suivante : il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’un remodelage – si on nous le permet – du culte divin de manière à rendre plus évidente cette exigence de la relation de l’homme avec Dieu. C’était dans l’esprit du pontife au-delà des intentions malveillantes de divers innovateurs : rendre encore plus étroite la relation entre Dieu et l’homme.

Pourtant, les résultats nous parlent d’une grande désaffection à l’égard de la Messe.
Ce que nous voyons aujourd’hui n’était en aucun cas imaginable. De plus, lorsque Paul VI est cité avec ses déclarations alarmantes sur les déformations de la liturgie, il fait référence à quelque chose que personne, à commencer par le pontife lui-même, n’aurait pu imaginer. Il faut admettre qu’à l’époque, personne – ou presque personne – n’imaginait une déformation de la liturgie qui, aujourd’hui, est passée du statut de culte de Dieu à celui de culte de l’homme.

Qu’entendez-vous par l’effondrement de la liturgie ?
L’expiration de la liturgie qui devient une autocélébration du peuple. Je me souviens de l’exemple qu’il a donné à l’appui de cette thèse : une danse vide autour du veau que nous sommes nous-mêmes. Une déformation sensationnelle du culte.

C’est le diagnostic. Mais qui en était responsable ?
Il ne serait pas juste d’attribuer cette intention ni à Paul VI ni aux premiers partisans de la réforme, même si l’on a beaucoup critiqué et critiqué les soi-disant conseillers de la réforme, comme les membres du célèbre consilium. Je dois avouer que le jugement le plus lapidaire a été rendu par Louis Bouyer, qui, luthérien, est devenu catholique et a participé à l’œuvre. Dans son célèbre volume sur l’Eucharistie, il a rendu un jugement très sévère : il dit que si avant la réforme la liturgie était un cadavre empaillé, après la réforme elle est devenue un cadavre décomposé.

Vous le partagez ?
Excessif, mais il est vrai que les directives du Conseil n’auraient jamais permis les abus et les déformations qui sont devenus courants par la suite. La situation est devenue incontrôlable parce que si nous comparons la Constitution liturgique Sacrosantum Concilium avec ce qui se passe aujourd’hui en moyenne dans nos églises, il est clair qu’il y a une distance dans beaucoup d’endroits et cela a été trahi.

Latin, grégorien…..
C’est vrai, c’est vrai.

Et l’orientation du célébrant, non plus vers Deum, mais vers le populum….
Il n’en parle pas vraiment. Le point critique est qu’il y a une infinité de dyscrasies entre ce qu’est la Constitution liturgique et l’application par laquelle passe le nouveau Missel.

Pourtant, Paul VI était conscient des attaques qui se déroulaient dans la liturgie de la part de certains cercles très proches des protestants….
Il est inévitable qu’il y ait des responsabilités, mais nous devons toujours sauver la bonne foi du Pontife. Je crois que beaucoup dépend du travail de Bugnini, qui est le père de la Réforme. Mais il est vrai que cette messe s’est alors révélée loin de la sensibilité du Pape, à tel point qu’il a dû se plaindre quand il a découvert par exemple que le huitième de la Fête-Dieu avait été aboli ainsi que dies irae in Messe da requiem.

Paul VI a-t-il essayé de se mettre à l’abri des distorsions qu’il voyait ?
Je me souviens d’avoir parlé avec Mgr Virgilio Noè, qui était le cérémonial du Pape, puis Préfet du Culte Divin et Cardinal. Il m’a dit – et l’a ensuite mis par écrit dans son mémorial récemment publié – que les célèbres paroles de Paul VI sur la fumée de Satan, prononcées en 1972, étaient dues aux déformations de la liturgie.

Comment expliquer tout cela ?
Ce n’est pas que tout soit attribué à la réforme liturgique, mais comme le disait Ratzinger, la crise de la désacralisation a déformé la liturgie et donc tout le reste. A l’occasion du 40ème anniversaire du Sacrosantum Concilium, la Civilisation catholique, qui est la revue jésuite, a écrit que l’ancienne était une Messe de fer, la nouvelle une Messe de caoutchouc….

A cause de la facilité de “falsification” ?
Il est évident….

Disons la vérité : n’est-ce pas que le Missel actuel se prête par hasard à diverses distorsions…. ?
Eh bien… vous voyez… le problème est qu’aujourd’hui nous sommes déjà au-delà du Missel, qui n’est même plus considéré comme contraignant ou normatif parce que le concept du droit de Dieu dans la liturgie est entré en crise : c’est-à-dire, Dieu n’a pas le droit de dire de quelle manière il doit être adoré, mais si nous sommes venus inconsciemment apporter à l’église une pirogue avec la silhouette des divinités comme Pachamama sans être si surpris, ceci signifie que l’idée même du culte à donner à Dieu a échoué.

Et la liturgie disparaît ?
Bien sûr ! Pourquoi devrais-je respecter les normes si je dois tout adapter aux besoins des gens ? Il est clair que nous ne pouvons pas ne pas attribuer ici une énorme responsabilité au tournant anthropologique de Karl Rahner qui a influencé le peuple catholique. Rahner a dit qu’avec la venue du Christ, le profane a disparu et qu’il n’y a plus de distinction entre sacré et profane. Mais c’est faux.

Pourquoi ?
Parce que s’il en était ainsi, nous ne verrions pas l’oppression et la violence dont nous sommes témoins.

Y a-t-il un remède ?
Ayez le courage de retourner au sacré. Rapprocher Dieu de l’homme, célébrer la messe comme si Dieu était présent.

Cela n’arrive-t-il pas ?
Vous semble-t-il qu’aujourd’hui, avec tous les dysfonctionnements dont nous sommes témoins, de la trattoria de l’église au Credo inventé, nous le faisons ?

Êtes-vous en train de dire qu’une réforme de la réforme serait nécessaire ?
Oui, le Pape Benoît XVI avait raison.

Comment le Summorum Pontificum qui libère définitivement la messe tridentine s’inscrit-il dans cet anniversaire ?
Il est inséré comme remède. C’est un cadeau de Benoît XVI, mais ce n’est pas un remède à table, c’est un remède qu’il a pris en parcourant le monde et en voyant que malgré toutes les déformations insupportables – comme il le disait – la conception correcte du culte divin avait résisté : dans les monastères et communautés et surtout chez les jeunes qui ont compris que le “rite” tridentin ou “rite grégorien” portait ses fruits. Ce n’était pas l’ambition de certains nostalgiques parce que les jeunes par définition ne sont pas nostalgiques.

Mais le Summorum pontificum, qui codifie l’ancienne messe comme une forme extraordinaire du seul rite romain, ne touche pas la nouvelle messe….
Et au contraire, dans l’esprit prophétique de Benoît XVI, il le touche, parce que la forme extraordinaire ne peut qu’infecter positivement l’ordinaire. Dans le sens de la récupération d’une dévotion ou d’un ars celebrandi vraiment respectueux du sacré. Et en tout cas dans la conscience que la dévotion doit s’exprimer comme une attitude d’adoration constante de Dieu. C’est la meilleure façon d’infecter positivement la nouvelle Messe pour qu’elle ne devienne pas une danse vide autour d’une idole.