Le Christ roi, le seul moyen de rédemption

Jan et Hubert van Eyck, Polyptyque de l’Agneau Mystique, Gand – Cathédrale Sainte-Bavone

Le nouveau compas quotidien

Margherita del Castillo

Le polyptyque de l’Agneau mystique des frères Van Eyck est une affirmation décisive et belle de la royauté eucharistique de Jésus. Le roi éternel, flanqué, comme dans une déesse, par Marie et Jean, a sa bénédiction de la main droite tandis que la gauche tient le sceptre. Et puis, dans une autre scène, il y a l’agneau, symbole de Jésus, du côté duquel jaillit le sang de la Rédemption et autour duquel tous sont appelés à se rassembler.

Il est le commencement, le premier-né de ceux qui ressuscitent d’entre les morts, afin qu’il ait la primauté sur toutes choses (Col 1:18).

La fête du Christ Roi, tournant entre l’année liturgique ordinaire et la période de l’Avent, est relativement moderne, puisqu’elle a été instituée par le Pape Pie XI en 1925. Du point de vue iconographique, et vice versa, la figure du Christ Seigneur de l’Univers a des origines anciennes. Pensez, par exemple, aux belles mosaïques, byzantines ou non, qui reproduisent le “Pantocrator”, celui qui domine toutes choses, sur les coiffes d’abside et les coupoles de nombreuses églises locales….

Le Fils assis sur un trône aux robes somptueuses est une image qui vient de loin dans le temps et qui a connu, cependant, une fortune particulière du XVe siècle lorsque l’Église a trouvé dans la royauté du Christ la réponse à la diffusion de l’absolutisme dans la société moderne. Une réponse véhiculée aussi à travers l’art. Le Polyptyque de l’Agneau mystique des frères Van Eyck, commencé en 1426 par Huber et complété par Jan, son véritable créateur, en 1432, est une affirmation décisive, et d’ailleurs belle, de la royauté eucharistique de Jésus.

Après plusieurs mésaventures, le retable, composé de 12 panneaux, disposés sur un double registre et peints des deux côtés, se trouve toujours à l’endroit pour lequel il a été commandé : la cathédrale de San Bovone à Gand, en Belgique. Fermé, le polyptyque suggère le thème traité à l’intérieur : la venue du Christ, et du Christ dans l’Eucharistie, reconnu comme l’unique chemin de la Rédemption. En plus des deux figures des patrons et des propriétaires de l’église, saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste, les panneaux racontent, sur le registre central, avec une attention particulière aux détails, typique de la peinture à l’huile flamande naissante, l’Annonciation, au-dessus de laquelle prophètes et sibylles font référence, dans leur correspondance, à l’arrivée du roi.

“Réjouis-toi beaucoup, fille de Sion, jubilante (…), voici, ton roi vient à toi, dit Zacharie, repris par les paroles de Michée, de toi sortira celui qui régnera en Israël, et ceux de la Cumaine Sybil, le roi le plus élevé viendra et sera chair pour tous les siècles. Ce n’est qu’après avoir lu ces versets que l’on peut enfin ouvrir les portes qui complètent l’œuvre que Dürer définit comme “immensément précieuse et magnifiquement belle”.

Et le voici, dans le panneau central de la partie supérieure du polyptyque, flanqué, comme dans une déesse, par Marie et Jean. Dominum dominantium, “Seigneur des Seigneurs”, est écrit sur le bord inférieur du manteau rouge dont le jeune homme barbu est couvert, la tête couverte d’une tiare précieuse, formée par trois couronnes auxquelles s’ajoute une quatrième placée à ses pieds. Une main, la droite, est bénédiction tandis que l’autre tient le sceptre, parsemé de perles noires, symbole de la terre, et blanches, de la nature, cependant, céleste, indiquant tous les royaumes sur lesquels s’étend son règne.

Elle ne peut être identifiée dans le Père Éternel, comme certains savants l’ont pensé, car la présence de la raison qui se répète sur la tapisserie du trône, le pélican, symbole du Christ dont le nom, IHESUS XRS, surmonte en lettres capitales la figure de l’animal qui, nous le savons, nourrit ses petits avec son propre sang. Et les pierres, d’ailleurs, qui constituent le précieux fermoir du manteau, forment une croix, la voie par laquelle Jésus a choisi de régner. Il est l’agneau sacrificiel, dont l’adoration est magnifiquement rendue explicite dans le panneau ci-dessous.

Si les anges, les musiciens et les chanteurs célestes se tiennent côte à côte avec le Fils sur le trône, l’agneau, du côté duquel coule le sang recueilli dans un calice, est sur un autel entouré d’anges adorateurs, dont certains montrent les instruments de la passion. D’autres secouent l’encensoir avec de l’encens, en signe de vénération. Le paysage dans lequel se déroule la scène est un paradis céleste et terrestre vert et luxuriant, parsemé de profils de villes sur lesquelles se détachent tours et clochers, et sur lesquelles rayonnent les rayons de l’Esprit. L’eau, qui coule d’une fontaine à huit côtés, garantit la vie.

Tous sont appelés à se rassembler : les saints, les saints, les saints, les apôtres, les papes, les cardinaux, les juifs et les païens, les juges, les administrateurs et les chevaliers, les ermites et les pèlerins, en qui nous pouvons reconnaître chacun de nous, car le Royaume du Christ est vraiment catholique, universel et accueille tous.