Le “message politique” du pape François

Le Pape au Japon

INFOVATICANA – Par Carlos Esteban

Parmi les deux obsessions de Francisco, des deux problèmes qui se répètent le plus dans sa prédication, “l’accueil” du migrant et la “conversion écologique”, trois aspects attirent l’attention.

La première est que deux questions qui n’ont jamais été des axes de la vie chrétienne sont présentées. La garde de la création n’a jamais été traitée dans le magistère de l’Église comme une extension de l’écologie à l’usage, et encore moins comme une association si dangereuse avec une théorie scientifique et ses dérivés politiques. En ce qui concerne les migrations, François s’écarte ici aussi de l’approche habituelle, exprimée par les deux derniers papes, en ce sens que les États ont non seulement le droit, mais aussi le devoir, de contrôler leurs frontières et de gérer les entrées sur leur territoire en tenant compte du bien commun de leurs citoyens.

Deuxièmement, il est impossible d’ignorer que dans les deux cas, l’Église s’éloigne du monde séculier. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un développement de doctrine interne, né exclusivement de la foi et de la logique même du christianisme, mais de l’adoption de deux obsessions que nous trouvons machaconamente annoncées, répétées à l’ennui, par les médias du monde, des “modes” idéologiques qui visent aujourd’hui tous, et surtout ceux qui pourraient être appelés membres de l’élite internationale, avec des intérêts puissants dans les deux domaines : les possibilités de contrôle de la vie privée des citoyens permises par la panique écologique et les avantages économiques et la croissance du pouvoir qu’entraîne la disparition des frontières et, avec elles, des racines nationales.

Traditionnellement, ce qui a distingué l’Église, ce qui a fait d’elle, dans une certaine mesure, un ” corps étranger “, objet de persécution et de pression à chaque époque, a été sa nature prophétique – c’est-à-dire sa capacité à prêcher uniquement les vérités que le monde a oubliées et ne veut pas entendre – et l’immuabilité de son message, qui ne change pas avec les vents philosophiques de chaque époque. Il est pour le moins troublant de voir les dirigeants ecclésiastiques répéter avec un enthousiasme opposé des slogans identiques que l’on peut entendre et lire à toute heure dans les grands médias.

Et, troisièmement, ce sont deux questions qui, dans leur application effective, sont complètement hors de portée du courant fidèle. Si le prêtre ou l’évêque prêche sur la nécessité de la prière, cela s’applique immédiatement à chacun de nous, tout comme le besoin du pardon ou de l’attention au salut de nos âmes immortelles. Mais que peut faire le chrétien moyen pour arrêter le changement climatique ?

Ce que chacun d’entre nous peut faire pour lutter contre le ” changement climatique ” est insignifiant, et nous ne pouvons même pas être sûrs que de telles pratiques auront réellement un impact. Débarrassez-vous, bien sûr, de ceux que les “experts” en la matière citent comme étant radicalement anti-catholiques : ne pas avoir d’enfants, les éviter par tous les moyens, y compris l’avortement, le fléau de notre temps qui crie au ciel et qui est devenu un mal qui n’est certes pas nié, mais qui est réduit au silence et qui ne peut que nous faire oublier, dont il ne faut pas devenir “obsédés”.

De même, traiter le migrant comme un frère, comme nous devons traiter les pauvres et les laissés-pour-compte, n’est pas du tout quelque chose de nouveau, mais un magistère qui, en fin de compte, ne fait que transmettre le message du Christ. Mais avec cet appel à l’engagement personnel, à la charité personnelle envers l’étranger – “souvenez-vous que vous étiez étrangers en Egypte” – il y a un mélange de quelque chose qui a peu à voir avec cela, à savoir la politique migratoire elle-même. Traiter les migrants avec la dignité que chaque personne mérite et soutenir une politique nationale d’ouverture des frontières sont deux choses distinctes et parfaitement distinctes. Il n’y a pas un seul Père de l’Église, un théologien digne de mention, un médecin ou un Pape qui ait uni les deux et prêché l’abolition des frontières ou quelque chose de semblable.

Par conséquent, ce qui importe ici, comme en écologie, ce n’est pas tant ce que les fidèles font personnellement dans leur vie quotidienne que ce que font les dirigeants politiques. Et les fidèles s’intéresseront à ces questions, en particulier à leur vote. C’est en ce sens que nous pouvons respectueusement dénoncer que François a un agenda politique qui ” dévore ” souvent son message strictement religieux.