Le célibat et la continence, parce qu’ils craignent leur chute.

La Nuova Bussola Quotidiana par Luisella Scrosati

Le paragraphe 111 du document final du Synode sur l’Amazonie prévoit la possibilité d’ordonner des diacres permanents comme prêtres. Si le pape accepte la proposition, il y aura une violation de la loi de continence, qui est liée aux devoirs du ministère. En effet, la présence du prêtre célibataire ou du moins du continent n’est pas seulement un rappel moral de la vertu de chasteté, mais est un signe de la relation conjugale du Christ prêtre avec son Église. Quelque chose qu’on oublie aujourd’hui.

Pas même le temps de remettre les pères synodaux dans l’avion, et Monseigneur Vincenzo Paglia décolle déjà. Dans un entretien avec Il Giornale, le Grand Chancelier de l’Institut Jean-Paul II mourant donne son avis sur le contenu du paragraphe 111 du document final, qui prévoit la possibilité d’ordonner des diacres permanents comme prêtres. Paglia a en effet déjà mis les mains en avant, déclarant que ce n’est pas une possibilité qui ne concerne que l’Amazonie : “Dans le paragraphe il est écrit que cette perspective exige une approche universelle, c’est-à-dire qu’elle offre une ouverture que l’Église universelle doit identifier s’il existe d’autres domaines similaires. Le Pape François a répété à plusieurs reprises que des processus doivent être initiés. Ce n’est pas un diktat qui change l’histoire, c’est un processus à initier. L’Église répond aux besoins et doit trouver des réponses”.

Les prévisions de Monseigneur Paglia ont malheureusement beaucoup d’espoir de réalisation et pour diverses raisons. Mais pour l’écrivain, il semble qu’il y ait un problème original, qui a ensuite infecté le corps ecclésial, privant le sentiment catholique des anticorps nécessaires pour se défendre de ce piège. Même parmi les gardiens du célibat, la résistance est affaiblie par certains clichés : cependant, ce n’est pas un dogme de foi ; au fond de l’histoire de l’Église, il y a toujours eu l’ordination des hommes mariés ; en cas de besoin, l’exception confirme la règle, etc.

Le premier fait, sur lequel il faut réfléchir, est que pendant les sept premiers siècles l’Église a connu oui l’ordination des hommes mariés, mais à condition qu’ils embrassent la continence, à partir de l’ordination diaconale (et ensuite de l’ordination subdiaconale). En d’autres termes : la règle n’était pas que le clergé soit célibataire, mais qu’il soit continental ; il n’y avait pas de distinction entre l’interdiction faite aux diacres, prêtres et évêques de se marier et l’interdiction faite aux personnes qui n’avaient pas l’intention de vivre en continent, même si elles étaient mariées, de pouvoir entrer dans les ordres majeurs. Un clergé marié n’était donc pas autorisé à poursuivre des relations conjugales avec son épouse légitime.

Ce n’est qu’à partir du Concile de Trullo de 692, dont les décisions sur la continence furent rejetées à la fois par le Pape Serge Ier et par le Pape Constantin Ier (qui accepta également d’autres canons du Concile Trullan), que l’Orient prit une autre voie. L’Église latine, en revanche, a maintenu la discipline, reconnue d’origine apostolique, de demander la continence aux candidats aux ordres majeurs, célibataires ou mariés (pour plus d’informations, je vous renvoie au livre récent Je vous déclare célibataires et chastes).

Le fait que, pendant le Synode amazonien, l’option d’un clergé marié mais continental n’ait pas du tout été prise en considération est déjà assez éloquent. Mais pourquoi l’Église antique, puis l’Église latine, n’ont-elles pas admis des concessions sur ce point ? La clé de voûte est que la “loi indissoluble” de la continence, telle que la définit le Pape Siricius, est profondément liée aux devoirs du ministère, à l’offrande des sacrifices. L’Église antique n’en dit pas beaucoup plus, mais nous fournit un espion important, qui, à la lumière des développements les plus récents, nous permet de saisir le cœur de l’obligation de la continence.

Nous savons bien que le sacerdoce ordonné diffère essentiellement du sacerdoce baptismal commun, dans sa configuration particulière au Christ Prêtre. Le ministère sacerdotal du Christ peut être exercé parce qu’il a reçu un sacrement qu’il associe à son sacerdoce. Par le baptême, nous sommes incorporés dans l’Église (et donc dans le Christ), mais ceux qui reçoivent l’ordination se mettent, pour ainsi dire, du côté du Christ Prêtre et se tiennent “devant” l’Église. Comme l’a brillamment souligné Marianne Schlosser dans son récent discours au symposium “Les défis actuels de l’ordre sacré” (28 septembre 2019, Collège Pontifical Teutonique), “ceux qui reçoivent le sacrement de l’ordination sacerdotale sont qualifiés pour “représenter” le Seigneur de l’Église, pour rendre visible en elle le Christ comme contrepartie permanente de l’Église”. Le Christ se tient devant l’Église, comme Adam à Eve, et l’unit à Lui, devenant une seule chair avec elle, comme l’époux avec l’épouse.

C’est exactement l’enseignement de saint Paul (cf. Ep 5, 30-31) sur le sacrement du mariage, en relation avec le Christ Époux et l’Église Épouse. Et le Christ regagne sa femme, devenue prostituée (rappelez-vous le symbolisme du mariage du prophète Osée ?), précisément par son sacerdoce, où il s’offre sur l’autel de la croix. Saint Jean révèle ce sens conjugal, prédit aux noces de Cana (cf. Jn 2, 1-11), dans son récit de la crucifixion, quand l’Église, présente sous la croix en la personne de Marie Très Sainte, naît du côté ouvert du Christ, comme la nouvelle Eve née du côté du nouvel Adam et donc appelée à retourner avec lui une chair. C’est aussi dans le quatrième Évangile que nous avons la confession de la relation conjugale entre le Christ et l’Église, par la bouche du Baptiste, ami de l’époux : “Celui qui a l’époux est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui est présent et l’écoute, se réjouit avec chaleur de la voix de l’époux ; cette joie, qui est mienne, est maintenant complète” (Jn 3,29).

Le Christ est donc l’Époux-prêtre ; c’est dans ce contexte que nous devons comprendre le sens de son célibat. Celle du Seigneur Jésus n’était pas un choix “personnel”, en ce sens qu’elle n’était pas l’expression d’une sensibilité privée ou d’un besoin ascétique ; son célibat est une conséquence de son mariage avec l’Église. Jésus n’avait pas d’épouse en chair et en os, précisément parce qu’il devait unir à lui une autre épouse : l’Église. Son corps est resté vierge, parce qu’il devait être offert totalement à son épouse sur la croix, tout comme dans le mariage charnel les époux se donnent entre eux et exclusivement aussi par leur propre corps, ce qui signifie le don le plus complet de leurs personnes.

Il existe donc un lien essentiel entre le sacerdoce du Christ, son mariage et son célibat. Puisque le prêtre est configuré au Christ, il est aussi configuré à son statut d’époux et au célibat, et il est donc appelé à vivre son statut d’époux avec l’Église dans son propre corps. C’est en ces termes que saint Jean Paul II s’exprimait dans Pastores dabo vobis : “[la loi ecclésiastique sur le célibat], comme loi, exprime la volonté de l’Église, avant même la volonté du sujet exprimée par sa disponibilité. Mais la volonté de l’Église trouve sa motivation finale dans le lien que le célibat a avec l’ordination sacrée, qui configure le prêtre à Jésus-Christ, chef et époux de l’Église ” (§ 12).

Il est alors évident, comme le dit encore clairement Schlosser, que “précisément parce que le mariage n’est pas une question périphérique de la vie humaine, mais une communion unique et exclusive entre un homme et une femme qui forme et revendique profondément les deux personnes dans toutes ses dimensions, on peut comprendre “commodément” qu’un homme qui a été pris avec toute sa personne dans la mission du Christ, ne peut appartenir à une autre personne humaine, comme un époux à sa femme”. C’est pourquoi la loi de continence ensemble implique à la fois que le prêtre ne se marie pas et que ceux qui sont mariés ne soient pas ordonnés, à moins qu’ils ne cessent leur relation conjugale avec leur femme, comme en témoignent de nombreuses sources dans l’Église ancienne.

Il est essentiel de comprendre que la présence du prêtre célibataire ou du moins du continent n’est pas seulement un appel moral à la vertu de chasteté, mais est le signe de la permanence du Christ Époux et Prêtre dans son Église ; le Christ veut demeurer dans son Église, affirme encore Schlosser, “non seulement comme don du salut”, c’est-à-dire dans l’Eucharistie, “mais aussi comme donneur”, c’est-à-dire comme prêtre et époux. C’est cette permanence qui nous révèle le sens véritable et surnaturel de l’Église et de chaque âme, c’est-à-dire l’appel au don total au Christ. Ex parte Ecclesiae, la virginité consacrée rend présente dans sa propre chair la vocation des hommes à s’unir au Christ Époux ; ex parte Christi, au contraire, le prêtre du continent rend présente l’espérance de l’Époux de s’unir à l’épouse.

Si le pape acceptait la proposition présente au par. 111 du document du Synode, nous serions confrontés à une réelle violation de la loi de continence, parce que, dans le but de combler le manque de vocations, une classe de prêtres uxorés serait en fait créée, non liée à la continence ; ce qui signifie penser à deux manières de vivre la conformation au Christ : un continent et l’autre non, c’est-à-dire, un configuré à son mariage et un autre non.

Et il est à craindre que cet abandon se produise, conséquence inévitable d’une compréhension sécularisée de l’Église et de sa mission (voir ici). Si la mission de l’Église devient principalement, ou même exclusivement, de nature humaine, quand elle n’est même pas mondaine, il est clair que le ministère sacerdotal se décline de façon de plus en plus fonctionnaliste, au point de perdre de vue sa nature d’épiphanie du sacerdoce et du mariage du Christ.

Dans une Église qui se comprend comme une association caritative, comme un hôpital de campagne, comme un dispensateur automatique de sacrements, comme un mouvement pour une écologie intégrale, il n’est plus nécessaire d’avoir un clergé provenant exclusivement du continent, sinon pour la plus grande disponibilité de temps qu’il peut avoir, pour sa plus grande mobilité ou même pour le respect de la valeur de la chasteté, mais plus pour la signification épousale imprimée dans son corps ; elle n’est plus incarnée par la prêtrise et la vie épousale du Christ. Le célibat peut donc continuer à être compris comme une valeur que certains, peut-être la plupart, continueront à choisir ; mais ce n’est certainement plus cette “loi indissoluble” qui exprime la relation exclusive entre le Christ et l’Église.

De même que la fidélité dans le mariage avec son conjoint est toujours une valeur à laquelle s’ajoute cependant la “valeur” de la fidélité envers une personne qui n’est pas un conjoint. Mais c’était un autre Synode, auquel le Synode amazonien est profondément attaché. Dans la trahison du Christ et de l’Église.