La première béatitude contre la rhétorique du pape François

THE FATIMA CENTERpar Chris Ferrara

Depuis plus de six ans, le pape François s’est engagé dans une polémique grossière qui oppose les riches aux pauvres : les riches sont des hypocrites avides qui “élèvent des murs”, tandis que les pauvres, simplement parce qu’ils sont pauvres, sont “les gardiens du Ciel”, comme l’a déclaré François à la fin du honteux synode sur l’Amazonie. C’est le trope démagogique de base de la théologie de la libération : l’élévation de la pauvreté en tant que pauvreté au niveau d’une vertu théologale et la description de la richesse comme un péché.

Mais que voulait dire Notre Seigneur lorsqu’il a déclaré la vérité révélée : “Heureux les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux est à eux”. Il ne voulait certainement pas dire “Heureux ceux qui manquent de biens matériels” ou “Heureux ceux qui vivent en dessous des seuils de pauvreté établis par le gouvernement”. La compréhension traditionnelle de l’expression “pauvre en esprit” est qu’elle signifie l’humilité. Comme le note le commentaire du père Haydock sur la béatitude, ce sens peut en effet englober l’humilité de l’esprit et du cœur de celui qui souffre patiemment de la pauvreté matérielle, même si – en fait, surtout si – et surtout si – sa privation des biens matériels est le résultat d’une injustice sociale plutôt que de sa faute quelconque. Mais cela peut aussi signifier un homme de richesse qui est néanmoins humble d’esprit et de cœur en ce qui concerne ses bénédictions, sachant qu’elles viennent de Dieu, et qui honore son devoir d’aumône selon la destination universelle divinement ordonnée de tous les biens.

Quoi qu’il en soit, la première béatitude ne fait certainement pas référence à la pauvreté en tant que telle, terme purement relatif dont le sens dépend du contexte social. Le pauvre Américain, avec un petit appartement dans un mauvais quartier, mais avec un chauffage central, un service d’électricité fiable et de l’eau courante, qui possède un smartphone, une télévision, un climatiseur, une nourriture adéquate et de l’eau potable à volonté, vit peut-être bien en dessous du seuil de pauvreté fédéral dans des conditions que la plupart des Américains trouveraient effroyables. Pourtant, il a un niveau de vie qui serait considéré comme luxueux au Bangladesh. Il peut difficilement être vrai que ces deux “pauvres” sont bénis simplement parce qu’ils sont pauvres selon les normes de leurs sociétés respectives. Il n’existe pas non plus de seuil de pauvreté biblique absolue en dessous duquel les personnes relativement désavantagées sont “bénies”, alors que les autres ne le sont pas.

Même les masses d’immigrés clandestins qui inondent l’Europe, que Francis dépeint sans cesse comme des victimes irréprochables de l’oppression des riches – mais jamais des gouvernements socialistes et communistes – sont surtout des hommes d’âge militaire. Ils arrivent avec des smartphones et prennent des photos de leur arrivée illégale, qu’ils transmettent à ceux qu’ils ont laissés derrière eux, qui ont aussi des smartphones. Comme le note la source liée, sans apparemment remarquer l’ironie : “Plus d’un million de réfugiés sont arrivés en Allemagne depuis l’année dernière. En plus de leur histoire et de leurs rêves, presque tous ont emporté un objet : un smartphone.”

En effet, nombre de ces “réfugiés” possédant un smartphone arrivent de lieux où ils n’étaient pas du tout affamés et où des amis et des membres de leur famille, y compris des femmes et des enfants abandonnés, attendent des SMS sur leur propre smartphone et des transferts de fonds transmis électroniquement par des “réfugiés” qui cherchent simplement à exploiter le système européen de prestations sociales, à travailler en secret, ou aux deux. Tous ces immigrants illégaux sont-ils “bénis” et parmi “les gardiens du Ciel” ? Sont-ils tous bénis même s’ils se révoltent, attaquent la police et exigent des prestations sociales auxquelles ils n’ont pas droit légalement simplement parce qu’ils se disent “réfugiés” ?

François a réduit la première béatitude, et avec elle toute la doctrine sociale de l’Église, à une caricature au niveau d’une populace socialiste latino-américaine qui soulève les relativement pauvres contre les relativement riches. Il ne s’agit pas de nier l’existence d’injustices sociales en Amérique latine, le fait étant que les révolutions des pauvres contre les riches, qui ont généralement produit des dictatures socialistes oppressives, ne dénigrent pas la pauvreté d’esprit dont parle Notre Seigneur. Et ce n’était nul autre que Notre Seigneur qui refusa d’être un révolutionnaire contre l’injustice sociale, le “roi du pain” qui allait nourrir les masses et renverser les Romains, mais qui observa plutôt que “les pauvres vous aurez toujours avec vous”.

Bref, François a donné une mauvaise réputation à la première béatitude. Mais à ce stade, vu l’opposition croissante à son pontificat de la part du monde catholique, il n’est pas exagéré de dire qu’il a donné une mauvaise réputation à la papauté elle-même. Sauf miracle, il faudra beaucoup de temps à l’Église pour se remettre des dommages que ce Pape a infligés à l’office pétrinien.