MARCO TOSATTI: LA BATAILLE DE JOSEPH RATZINGER

par Marco Tosatti  • ChurchMilitant.com 

Le pontife actuel a ressuscité des théologiens de la libération évincés sous Benoît

Marco Tosatti, journaliste vétéran du Vatican, a publié une fascinante critique de livre qui offre une excellente perspective sur les racines de la confusion dans l’Église incarnée par le Synode sur l’Amazonie. Sa source écrit en utilisant le pseudonyme “Super Ex” parce qu’il a travaillé auparavant au sein de divers mouvements d’Eglise et qu’il a une excellente connaissance de la vérité sur la situation de la hiérarchie. Cette revue présente une analyse incisive de la situation actuelle de l’Église, et surtout de la bataille que Joseph Ratzinger a menée tout au long de sa vie pour défendre l’Église contre ses ennemis qui semblent aujourd’hui avoir le dessus.

Le fait que Benoît XVI continue de vivre et de témoigner de ce qui se passe aujourd’hui dans l’Église est peut-être un mystère de la foi. D’abord comme cardinal puis comme pape, Ratzinger fut l’homme d’Eglise qui lutta le plus contre “l’autodestruction de l’Eglise par ses propres ministres”.

Aujourd’hui, il est témoin de la défaite momentanée de tout ce qu’il a fait et dit pendant des décennies. Dans l’état actuel des choses, ses adversaires d’hier triomphent maintenant dans tous les domaines.


Ses adversaires d’hier triomphent maintenant dans tous les domaines.


Pour comprendre cela, il faut reprendre un vieux livre, Senza Misericordia (“Sans Pitié”), publié par la maison d’édition milanaise Kaos en juillet 2005, juste après l’élection de Ratzinger au trône papal. Les auteurs du livre se sont appelés “Disciples de Vérité” – ennemis de Benoît XVI, hommes d’Eglise se cachant sous des pseudonymes, lançant ainsi secrètement leurs accusations contre leur éternel adversaire. Le livre contient un récit partisan et sectaire – mais extrêmement intéressant – des batailles de l’ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, que l’on appelle avec mépris le Panzerkardinal.

Nous devons nous rappeler que, dès son élection, Bergoglio a fait publiquement l’éloge d’un livre au titre opposé – Misericordia – écrit par le Cdl allemand Walter Kasper, Ennemi numéro un de Ratzinger. Il devint vite clair quelle sorte de “miséricorde” c’était que l’Argentine pas si charitable chercherait à imposer à l’Église catholique, en utilisant tous les moyens possibles de purge et appropriés.

Jetons un coup d’œil à ce livre et retraçons les batailles de Ratzinger et, indirectement, celles de Jean-Paul II.

Ratzinger contre la théologie de la libération

Le premier chapitre de la deuxième partie de Senza Misericordia s’ouvre avec un titre significatif : “Contre la théologie de la libération.” La première accusation portée contre le nouveau Benoît XVI était précisément la suivante : il avait passé toute sa vie, à commencer par un document en 1984, à s’opposer à la confusion entre l’Evangile de Jésus Christ et l'”Evangile” de Karl Marx.

Le livre résume la manière dont Ratzinger a enquêté et condamné beaucoup de ceux qui aujourd’hui jouent un rôle direct dans le Synode sur l’Amazonie, y compris le Péruvien Gustavo Gutierrez et le Brésilien Franciscain Leonardo Boff. Ce dernier affirmait, en 1985, que “la majorité du clergé brésilien a déjà embrassé la théologie de la libération”.

Les “Disciples de Vérité” rappellent un autre choc : celui entre Ratzinger et Mgr Pedro Casaldáliga, évêque de l’Amazonie brésilienne engagé dans le travail social selon l’esprit de l’utopie socalist. Après qu’un avertissement romain eut été donné à Casaldáliga le 27 septembre 1988, une vingtaine d’évêques brésiliens envoyèrent à Ratzinger une déclaration de solidarité avec leur frère évêque discipliné. Quelques pages plus loin, on retrouve une autre rencontre entre Ratzinger et une autre théologienne brésilienne, la militante féministe Ivone Gerbara, qui écrivait en 1995 qu’elle était en faveur de l’avortement “dans certains cas et certaines circonstances”.

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Msgr. Pedro Casaldáliga

C’est Ratzinger et Jean-Paul II qui ont identifié le catholicisme marxiste d’Amérique latine comme l’un des cancers du catholicisme. Et ils appelèrent Gutierrez, Boff, Casaldáliga et Gerbara à revenir à la vraie foi. C’est très intéressant à la lumière de certains faits : Parmi les principaux électeurs papaux de Bergaoglio se trouvait le Cdl brésilien Claudio Hummes, qui, dans sa jeunesse, était publiquement associé à la théologie de la libération. Aujourd’hui, Bergoglio a convoqué un Synode sur l’Amazonie, qui se tient principalement au Brésil, et il a choisi Cdl Hummes comme rapporteur général du Synode.

La théologie de la libération latino-américaine, ou plus précisément la théologie de la libération brésilienne, est-elle en train de se venger ? Ces dernières années, Bergame a ouvertement réhabilité tous les théologiens condamnés par Ratzinger.

En juin 2018, par exemple, Bergoglio a publiquement reçu, remercié et félicité Gustavo Gutierrez, et il a ensuite donné le dédouanement au rebelle socialiste Leonardo Boff, qui avait accueilli avec enthousiasme l’élection de Bergoglio en lui envoyant une lettre de félicitations à l’occasion de la publication d’un de ses livres.

Quant à Pedro Casaldáliga, Bergoglio le considère comme un bon professeur. La preuve en est, à tout le moins, l’article élogieux publié dans L’Osservatore Romano en février dernier. 18 2018, où l’évêque, autrefois discipliné par Ratzinger et Jean-Paul II, est salué par le Vatican comme un “prophète”, le “référent de l’Église des pauvres – au Brésil et au-delà de ses frontières – engagé dans la défense des droits des paysans et des peuples indigènes et quilombolas, avec la participation active des communautés ecclésiales locales, et en particulier du laïcat comme protagonistes”.


Je crois au nouvel homme…


Casaldáliga est également l’auteur de “son” credo qui contient des affirmations telles que les suivantes : “Je crois en une humanité diverse, plus fraternelle. Le monde a besoin de respirer harmonieusement d’une manière humaine. Tous les hommes devraient se reconnaître comme des hommes, comme des frères, dans l’utopie de la foi… Je crois en l’homme nouveau…” – un véritable manifeste d’humanisme sans Christ, l’humanisme de[Premier ministre italien] Conte et Bergoglio.

Ce qui est exactement le contraire de l’humanisme chrétien, tel que défini par Benoît XVI : “Nous avons plutôt une autre mesure : le Fils de Dieu, le vrai Homme. C’est Lui qui est la mesure du véritable humanisme.”

Ratzinger contre le relativisme moral
Senza Misericordia poursuit son attaque avec une liste des “héros” du relativisme éthique qui, dit-il, ont été injustement contrés par le “bulldog” allemand Joseph Ratzinger.

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Fr. Edward Schillebeeckx

Le premier sur la liste est le P. Edward Schillebeeckx belge, “opposé au célibat ecclésiastique et en faveur de l’ordination sacerdotale des femmes”. L’hérétique belge, ses fans s’en souviendront, était très actif sur d’autres fronts, et en juin 1983, il signa un document avec Hans Küng et Leonardo Boff en signe de “solidarité” avec “l’Eglise des pauvres” au Nicaragua, un document qui s’opposait à ce que Jean Paul II avait affirmé durant sa visite à Managua en 1983, à savoir qu’une “Eglise populaire” existant contre les évêques locaux ne pouvait être admissible.

Déjà ici, nous voyons le tricot commun des hérésies : les hérésies politiques prônées avant tout par les Brésiliens et les Latino-américains, et les hérésies éthiques avancées en particulier par les Européens du Nord, les Belges, les Allemands et les Américains.

L’Église belge, comme on le sait, a suivi le chemin du P. Schillebeeckx, du Cdl Leo Joseph Suenens[l’un des “progressistes” de Vatican II] et de Godfried Danneels, un des grands électeurs de Bergame, malgré les nombreux scandales liés à sa couverture des crimes sexuels commis par les prédateurs prélats.

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Cdl. Godfried Danneels

Pendant son pontificat, Benoît XVI a tenté au moins un peu de renverser la ligne Schillebeeckx-Danneels, remplaçant Danneels par l’excellent André-Joseph Léonard comme évêque du diocèse de Bruxelles. Léonard a été immédiatement marginalisé par Bergame, évidemment en solidarité avec les militants féministes et LGBT qui avaient fait de Léonard leur cible favorite (recours à la violence et aux insultes… sans aucun signe de désapprobation du Vatican).

Après le Belge, il y a eu l’Américain P. Charles Curran – théologien moral en faveur de l’homosexualité, de la contraception, de l’euthanasie et du divorce, qui en 1983 a dû subir (pauvre chose) “les fléchettes du cardinal préfet Ratzinger” – et l’américain Raymond Hunthausen de Seattle, enquêté par Ratzinger en 1985 pour sa proximité au mouvement gay et aussi pour sa promotion des seconds mariages sans déclaration de nullité.

L’avertissement de Ratzinger disait que “l’Archidiocèse devrait éviter d’apporter un quelconque soutien à tout groupe qui n’accepte pas sans équivoque l’enseignement du Magistère concernant le mal intrinsèque de l’activité homosexuelle”. Il a ajouté que “l’accueil malheureux dans sa cathédrale d’un groupe pro-homosexuel a contribué à rendre ambiguë la position de l’Eglise sur cette question délicate mais importante”.

Et aujourd’hui ? Aux Etats-Unis, Bergame nomme des cardinaux et promeut aux postes de visibilité maximale les prélats qui accueillent publiquement les groupes LGBT dans leurs diocèses, qui nient l’existence du “mal intrinsèque” et qui font de l’ambiguïté leur outil habituel pour saper l’enseignement de l’Église sur cette “question difficile mais importante”. Qu’il suffise de donner les noms de Farrell, Cupich, Tobin et Martin.

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Abp. Raymond Hunthausen

Nous ajouterons une anecdote importante : En 1986, Ratzinger a renversé l’abbé Raymond Hunthausen de Seattle, qui a été renvoyé pour de nombreuses raisons, le remplaçant par son évêque auxiliaire, Donald Wuerl, qui allait devenir cardinal et l’un des grands électeurs de Bergame, et qui était aussi, comme on le sait maintenant, un ami proche du cardinal progressiste et agresseur en série Theodore McCarrick.

Si l’abbé Raymond Hunthausen est renversé par Ratzinger, son assistant, Donald Wuerl (choisi pour ses mérites ?) est à son tour forcé de démissionner, mais cette fois par la justice civile parce qu’il a couvert les abus sexuels !

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Abp. Rembert Weakland

Pour prendre position en faveur du pauvre Abp Raymond Hunthausen, les “Disciples de Vérité” rappellent avec une profonde dévotion l’exemple de l’Abp Rembert Weakland de Milwaukee, qui a lancé ses propres fléchettes contre le “fanatisme” et la “cruauté” du Vatican (un peu comme le Père James Martin, avec l’approbation papale actuelle).

Si l’abbé Raymond Hunthausen est renversé par Ratzinger, son assistant, Donald Wuerl (choisi pour ses mérites ?) est à son tour forcé de démissionner, mais cette fois par la justice civile parce qu’il a couvert les abus sexuels !

Pour prendre position en faveur du pauvre Abp Raymond Hunthausen, les “Disciples de Vérité” rappellent avec une profonde dévotion l’exemple de l’Abp Rembert Weakland de Milwaukee, qui a lancé ses propres fléchettes contre le “fanatisme” et la “cruauté” du Vatican (un peu comme le Père James Martin, avec l’approbation papale actuelle).

Des années plus tard, Weakland – comme les “Disciples de Vérité” ne s’en souviennent pas – a d’abord cherché à minimiser la question des abus sexuels, puis il a lui-même été accusé de violence sexuelle contre un de ses propres étudiants en théologie (avec qui il avait, de son propre aveu, une relation sexuelle), pour finalement lui verser en secret 450 000 $ en argent diocésain afin de prévenir un procès contre lui.

Pour en revenir à l’accusation clémente de Senza Misericordia, un autre paragraphe est consacré à Ratzinger, intitulé “Le dogme anti-gay du préfet homophobe”. Cette section contient une à une la transformation en martyrs de tous les théologiens allemands qui se sont rebellés contre l’enseignement moral de l’Église : Bernhard Haring et les évêques Karl Lehmann, Walter Kasper et Oskar Saier.

Le livre rappelle à propos de ces hommes que “durant l’été 1993, ils ont signé une lettre pastorale pour l’accompagnement des personnes dont le mariage a échoué et de celles qui sont divorcées et remariées”. Cette lettre contenait une interprétation novatrice et “ouverte” de l’interdiction de recevoir l’Eucharistie par les personnes divorcées et remariées : Il a émis l’hypothèse de la décision individuelle et subjective de la recevoir, dans des cas déterminés….” Mais Ratzinger a répondu le 14 septembre 1994 en s’y opposant.

En 1993-1994, Kasper a donc été contraint de prendre sa retraite par Ratzinger et Jean-Paul II. Mais voici qu’en 2015, Bergoglio convoque un Synode sur la Famille qui est manipulé pour arriver aux conclusions de Kasper (c’était déjà décidé à l’avance), qui est salué à l’ouverture du Synode comme point de référence pour une nouvelle doctrine !


En 1993-1994, Kasper a donc été contraint de prendre sa retraite par Ratzinger et Jean-Paul II.


Je conclurai par un petit aperçu de certains des biens contenus dans le livre, écrit à l’occasion de l’élection de Benoît XVI en 2005, attestant de la volonté d’un groupe d’ecclésiastiques de lui faire la guerre, ce qu’ils ont ensuite fait pour les 8 années à venir : Ratzinger, en plus d’être accusé de “pro-nazisme”, d'”homophobie” et de “sexphobie” (aujourd’hui au contraire, ceux qui sont au pouvoir sont des maniaques sexuels), est accusé de “phobie maçonnique” (quel rôle le courant maçonnique du Cdl Achille Silvestrini[1923-2019] joue-t-il dans l’Église aujourd’hui ?), d’être attaché à son fauteuil (il a prouvé cette accusation en démissionnant), de s’opposer aux unions entre homosexuels (en revanche, Bergame n’a jamais rien dit sur la loi Cirinnà de 2016 (reconnaissant les unions homosexuelles en Italie) ou la légalisation du mariage gay en Irlande et en Allemagne), d’avoir descendu le pauvre Cdl McCarrick pour donner communion à un candidat pro-avortement…

Le livre se termine par une citation de Leonardo Boff, que nous connaissons aujourd’hui comme l’un des amis proches de Bergame : “l’élection de Benoît XVI sera un fléau pour toute l’Église”, car il est guidé dans sa défense de la doctrine “par une logique cruelle et sans pitié”.

Le doux, cultivé, sans défense, Benoît était donc un pape “sans pitié”. Et maintenant, avec le sinistre, vindicatif, certains disent l’hérétique Bergame en charge, nous vivons dans le temps de la “miséricorde”. Mais de plus en plus de catholiques espèrent que ce temps se terminera le plus tôt possible…