Il y a deux religions dans l’Église catholique. L’un d’eux a un visage amazonien

par Roberto de Mattei

Un historien de l’Église affirme qu’il existe maintenant deux religions dans l’Église catholique. L’un d’entre eux a un visage amazonien.

Le 4 octobre dernier, Voice of the Family, une association d’organisations pro-vie et pro-famille, a tenu une table ronde à Rome, à la veille du Synode des évêques pour l’Amazonie, sur des questions cruciales pour l’Église et la famille. Le rapport LifeSiteNews peut être lu ici. Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de l’exposé du professeur Roberto de Mattei.

Actuellement, deux religions coexistent au sein de l’Église catholique. Le premier est le catholicisme traditionnel, la religion de ceux qui, dans la confusion actuelle, restent fidèles au magistère infaillible de l’Église.

La seconde, qui jusqu’à il y a quelques mois n’avait pas de nom, en a maintenant : c’est la religion amazonienne, parce que, comme l’a déclaré la personne qui gouverne actuellement l’Église, il y a un plan pour lui donner un visage amazonien.

La signification du visage amazonien est expliquée dans l’Instrumentum Laboris du Synode d’octobre et dans les nombreuses déclarations des théologiens, évêques et cardinaux qui ont rédigé ce document. Il s’agit de réinventer l’Église, comme Léonard Boff (Ecclésiogenèse. Les communautés de base réinventent l’Église, Sal Terrae, Bilbao 1986). L’ecclésiogenèse de Boff est devenue une cosmogénèse alignée sur l’environnementalisme postmoderne. Elle a maintenant un objectif plus large : non seulement réinventer l’Eglise, mais la création en général sur la base d’un nouveau pacte cosmique (Ecologie : cri de la Terre, cri des pauvres, Trotta, 1995).

Cet objectif est atteint en réinterprétant la vérité de l’Église catholique. Le modernisme avait enseigné que la méthode la plus efficace pour nier la vérité est de la déformer plutôt que de l’attaquer de front.

L’Instrumentum Laboris propose une “cosmovision qui se trouve dans le mantra de François : “Tout est connecté” (paragraphe 25). Pourtant, nulle part dans le document il n’est dit que tout est hiérarchiquement ordonné à Dieu, son Créateur, ce qui n’est pas la même chose que la création. La Terre est présentée comme une biosphère, comme un écosystème dans lequel Dieu est inclus et dans lequel la loi suprême est l’égalité de toutes choses. En réalité, la règle primordiale de la création n’est pas l’interconnexion égalitaire de tout, mais son ordinatio ad unum. Les erreurs panthéistes d’hier et d’aujourd’hui, qui assimilent Dieu au monde ou le monde à Dieu, ont été condamnées à plusieurs reprises par l’Église. Selon la foi catholique, Dieu est “distinct du monde” (Concile Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius) et, comme le Concile Vatican I précité l’a rappelé, “si quelqu’un dit qu’il est un : et la substance ou l’essence même de Dieu et de toutes choses, laissez-le être anathème” (Session III, Denzinger 1803).

La nouvelle religion amazonienne réinterprète et déforme le premier article du Credo en citant la sagesse ancestrale des peuples indigènes qui voient Dieu dans les éléments physiques de la nature sans comprendre que Dieu transcende ces éléments. Ils n’ont aucune notion de transcendance, parce qu’ils n’ont aucune notion de création, et ils confondent Dieu avec la nature, qui pour eux est un tout qui contient Dieu. Le christianisme, d’autre part, a expliqué que Dieu a tout créé et est en tout, mais qu’aucun espace ne peut le contenir parce qu’il est immense ; pas dans un sens matériel, mais dans un sens métaphysique et transcendant. Dieu remplit les cieux et la terre, mais les cieux et la terre ne peuvent les contenir.

La religion amazonienne nie non seulement la transcendance de Dieu en l’incluant dans la nature, comme le panthéisme, le panentéisme et le monisme, mais elle nie aussi son caractère unique, comme le polythéisme païen.

Par polythéisme, nous entendons la croyance en une pluralité de dieux, par opposition au monothéisme, qui croit en un seul Dieu. La religion amazonienne est polythéiste, car elle applique la notion de Dieu à des éléments individuels de la nature et réduit donc l’Absolu au niveau du fini, abaissant le spirituel au niveau du matériel.

Leonardo Boff, l’écothéologiste qui a collaboré à l’écriture de Laudato sii, déclare : ” Quelle que soit l’interprétation que nous en faisons, nous devons reconnaître que les païens avaient cet aspect extraordinaire : ils voyaient la présence des dieux et déesses en tout. Dans les forêts, le Pain et Silvanus, dans la Terre-Gaia, Déméter[= Terre Mère] et Hestia, dans le soleil Apollon et Phoebus, et ainsi de suite ” (Écologie : cri de la Terre, cri des pauvres, p. 245).

L’Instrumentum laboris synthétise le même panthéisme et le même polythéisme dans ces lignes qui font allusion à Laudato sii : ” La vie des communautés amazoniennes non encore affectées par l’influence de la civilisation occidentale se reflète dans la foi et dans les rites sur l’action des esprits, de la divinité – appelée de multiples façons – avec et dans le territoire, avec et en relation avec la nature. Cette cosmovision est recueillie dans le ” mantra ” de François : ” tout est connecté ” (LS 16, 91, 117, 138, 240). Cette même cosmovision est exprimée dans de nombreux autres points du document.

Avec tout le respect que je dois aux autorités ecclésiastiques, j’accuse tous ceux qui ont approuvé ou approuveront l’Instrumentum laboris de l’Amazonie, de polythéisme, et plus précisément de polidémonisme, car “omnes dii Gentium daemonia ; Dominus autem caelos fecit” (Ps 95,5, Vulgate). Tous les dieux des païens sont des démons, mais le Seigneur a fait les cieux.

Deux religions ne peuvent coexister dans la même Église.

J’exhorte les cardinaux et les évêques qui restent catholiques à élever la voix contre ce scandale. S’ils persistent dans leur silence, nous continuerons à implorer l’intervention des anges et de Marie, Reine des anges, pour sauver la Sainte Église de toute forme de réinvention, de déformation et d’interprétation.