Cardinal Hummes: “N’ayons pas peur de la nouveauté”

La participation à la célébration de l’Eucharistie, au moins le dimanche, est fondamentale pour le développement plein et progressif des communautés chrétiennes et la véritable expérience de la Parole de Dieu dans la vie personnelle. Il faudra tracer la voie de l’avenir. En écoutant, les communautés indigènes, tout en confirmant la grande valeur qu’elles accordent au charisme du célibat dans l’Église, ont demandé d’ouvrir la voie à l’ordination sacerdotale des hommes mariés qui y vivent, considérant le grand manque de guérisons qui touche la majorité des communautés catholiques de l’Amazonie. De même, comme aujourd’hui beaucoup de femmes sont à la tête des communautés amazoniennes, elles ont exigé que leur service soit reconnu et renforcé par la création d’un ministère pour les femmes qui sont à la tête des communautés.

Une autre question de première importance est celle de l’eau, “parce qu’elle est indispensable à la vie humaine et au maintien des écosystèmes terrestres et aquatiques” (LS 28). La pénurie d’eau potable est une menace croissante dans le monde entier. “La question n’est pas marginale, mais fondamentale et très urgente (….). Toute personne a le droit d’avoir accès à l’eau potable ; c’est un droit humain fondamental et l’une des questions cruciales du monde d’aujourd’hui “, a déclaré le pape François dans un discours prononcé le 24 février 2017. L’Amazonie est l’une des plus grandes réserves d’eau douce de la planète. “Le bassin du fleuve Amazone et les forêts tropicales qui l’entourent nourrissent les sols et régulent, par le recyclage de l’humidité, les cycles de l’eau, de l’énergie et du carbone au niveau planétaire. À lui seul, le fleuve Amazone rejette chaque année 15 % de l’eau douce totale de la planète dans l’océan Atlantique. C’est pourquoi l’Amazonie est essentielle pour la répartition des précipitations dans d’autres régions éloignées d’Amérique du Sud et contribue aux grands mouvements de l’air autour de la planète. Elle nourrit également la nature, la vie et la culture de milliers de communautés indigènes, paysannes, d’ascendance africaine, de riverains et de villes (…). La surabondance naturelle d’eau, de chaleur et d’humidité fait que les écosystèmes de l’Amazonie abritent environ 10 à 15% de la biodiversité terrestre ” (IL,9). En outre, le rôle de la forêt et des peuples autochtones doit être pris en compte. En effet, en Amazonie, la jungle prend soin de l’eau et de l’eau de la jungle, en produisant ensemble la biodiversité ; pour leur part, les peuples indigènes sont les gardiens millénaires de ce système. C’est pour cette raison que l’Église se sent aussi appelée à prendre soin de l’eau de la “Casa Común”, menacée en Amazonie surtout par le réchauffement climatique, la déforestation et la pollution causée par les mines et pesticides.

Pour conclure, je propose de développer quelques thèmes au cours des travaux de cette assemblée synodale : a) L’Église en route vers l’Amazonie et ses nouvelles routes ; b) Le visage amazonien de l’Église : inculturation et interculturalité dans la sphère mission-ecclésiale ; c) La ministérielle de l’Église amazonienne : d) L’action de l’Église dans le soin de la Casa Común : l’écoute de la terre et des pauvres ; l’écologie intégrale : environnementale, économique, sociale et culturelle ; e) L’Église en Amazonie dans la réalité urbaine ; f) L’eau ; g) Autres.

Je termine en invitant chacun à se laisser conduire par l’Esprit Saint en ces jours synodaux. Laissez-vous envelopper dans le manteau de la Mère de Dieu, Reine de l’Amazonie. Ne cédons pas à l’autoréférence, mais à la miséricorde envers le cri des pauvres de la terre. Il faudra beaucoup prier, méditer et discerner une pratique concrète de communion ecclésiale et d’esprit synodal. Ce Synode est comme une table que Dieu a préparée pour ses pauvres, et il nous demande de participer à cette table.