Cardinal Hummes: “N’ayons pas peur de la nouveauté”

InfoVaticana

«Ne craignons pas le Christ, la nouveauté. Ce Synode cherche de nouvelles voies ».

Après le discours du Pape François, ce fut au tour du Cardinal Baldisseri, Secrétaire général du Synode des Évêques, d’adresser une autre adresse aux Pères synodaux, que nous publions ci-dessous. Contrairement au Pape, le Cardinal Baldisseri s’est exprimé en italien. Le Bureau de presse du Saint-Siège l’a traduit en espagnol.

Discours du Cardinal Baldisseri
C’est avec une immense joie que je prends la parole en cette session inaugurale de l’Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour la région panamazonienne, réunie au nom de Jésus-Christ et consacrée au thème “Amazonie : nouvelles voies pour l’Église et pour une écologie intégrale”. Je remercie Votre Sainteté de tout cœur d’avoir confié au Synode des Évêques la réflexion sur un thème d’une importance extraordinaire pour l’Église vivant en Panamazonie et pour le présent et l’avenir de l’humanité entière. Mes remerciements s’adressent aussi tout particulièrement au Pro-Secrétaire général du Synode des évêques en la personne de Son Excellence Mgr Mario Grech, à qui je souhaite une cordiale et fraternelle bienvenue. Il se joint à notre cheminement synodal en m’assistant dans la direction du Secrétariat général et, par conséquent, fait partie des membres de ce digne Synode.

Le thème assigné par Sa Sainteté à cette Assemblée spéciale ouvre de vastes horizons pour une réflexion approfondie sur l’Amazonie, ce jardin d’immenses richesses et ressources naturelles, terre-mère des peuples indigènes à l’histoire et au visage uniques, un territoire extrêmement menacé par l’ambition excessive de l’homme au lieu de se faire soigner.

Sous la conduite de l’Esprit, nous voulons nous pousser dans la recherche de nouvelles voies qui correspondent à un double objectif. D’une part, le Synode constitue un véritable défi pour l’Église, car l’Amazonie est une terre de mission avec ses propres caractéristiques qui exigent des propositions adéquates pour répondre au ” besoin d’évangéliser les cultures afin d’inculturer l’Évangile ” (EG 69). D’autre part, l’assemblée synodale devra faire face à la provocation soulevée par la question environnementale. L’Église veut y répondre par une écologie intégrale qui, comme Votre Sainteté nous l’a enseigné, “exige une ouverture vers des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie et nous relient à l’essence de l’homme” (LS 11).

L’Assemblée synodale, qui entre aujourd’hui dans sa phase de célébration, est aussi un véritable défi pour tout le Peuple de Dieu, les Pasteurs et le troupeau, et en particulier pour nous tous qui avons reçu, comme don de la Providence, l’appel à y participer. Afin d’avoir l’orientation précise de ce cheminement synodal, il est opportun de rappeler ce que le Saint-Père a indiqué, dès le début de cette convocation, à savoir : “identifier de nouvelles voies pour l’évangélisation de cette partie du Peuple de Dieu, en particulier des peuples indigènes, souvent oubliés et sans perspective d’avenir serein, également à cause de la crise de la forêt amazonienne, poumon vital pour notre planète”[1] En conséquence, non seulement nous devons, Tout d’abord, écouter le cri de la terre et le cri des pauvres, parce que c’est là que nous entendons la voix de l’Esprit qui parle à travers le Peuple de Dieu en Amazonie, mais nous devons aussi répondre avec le cœur des pasteurs à leurs problèmes par des propositions appropriées et de bonnes suggestions au Saint Père.

En présentant le travail du Synode, je voudrais également saluer cordialement les membres et les autres participants de cette Assemblée panamazonienne spéciale, qui sont venus de toutes les Églises particulières de cette région, éloignées les unes des autres mais qui nous tiennent à cœur. Avec ce Synode, l’Église universelle, à travers ses Pasteurs cum Petro et sub Petro, en la personne du Pape François, veut accorder une attention particulière à tous les membres du Peuple de Dieu en Amazonie et s’engager résolument dans la recherche de nouvelles voies, proportionnées à leurs besoins humains et pastoraux.

1) Les caractéristiques spécifiques d’une Assemblée Spéciale

Avant d’entrer dans le véritable et propre itinéraire de cette assemblée synodale, nous devons nous rappeler que nous célébrons un synode avec des caractéristiques particulières, non seulement à cause de la spécificité du thème, mais aussi parce que c’est une assemblée spéciale. Il ne s’agit donc pas d’une Assemblée générale ordinaire, comme celle de la famille et celle des jeunes (2015 et 2018 respectivement), ni d’une Assemblée générale extraordinaire, comme celle du premier Synode sur la famille (2014).

Il s’agit plutôt d’une Assemblée Spéciale, une typologie du Synode qui, selon la Constitution Apostolique Episcopalis Communio, est convoquée en Assemblée Spéciale pour “si des questions qui concernent principalement une ou plusieurs zones géographiques spécifiques sont traitées”. (Art. 1, 3). En outre, l’article 20 de l’Instruction du Synode stipule que le Règlement intérieur de l’Assemblée spéciale peut prévoir que des commissions, organes et méthodes peuvent être établis, au cas par cas, en fonction des caractéristiques spécifiques de chaque Assemblée de ce type.

Les particularités d’une Assemblée Spéciale se réfèrent à deux aspects : les critères de participation et la modalité des trois phases synodales : préparatoire, festive et appliquée. Quant aux critères de participation, ils sont établis par analogie avec les autres types d’assemblées synodales, mais en tenant compte de la spécificité géographique, culturelle et ecclésiale de la région en question, en l’occurrence la vaste région appelée Panamazonia. Ceci explique en premier lieu que l’un des critères établis depuis le début est la participation de tous les Ordinaires – ceux qui leur sont égaux selon la loi – des circonscriptions ecclésiales de l’Amazonie ou de celles du territoire amazonien, auxquelles les Auxiliaires ont été ajoutés. Il ne s’agit donc pas d’une représentation partielle des évêques, comme c’est le cas dans les Assemblées générales ordinaires et extraordinaires, mais dans ce cas, ce sont tous, précisément tous les évêques de la région, qui sont convoqués. Le but de ce critère est de mettre l’accent sur une collégialité encore plus efficace et affective, qui est l’esprit de cette caractéristique distinctive de l’institution synodale, définie précisément comme “synodalité”.

Deuxièmement, chaque Assemblée Spéciale, même si elle se réfère à une zone géographique spécifique, est toujours un Synode qui concerne l’Église universelle. Pour cette raison, la participation a été étendue aux prélats d’autres Églises particulières et aux organismes ecclésiaux régionaux et continentaux. En d’autres termes, c’est toute l’Église universelle qui veut tourner son regard vers l’Église en Amazonie et s’approprier ses défis, ses préoccupations et ses problèmes, parce qu’à la fin, nous devons tous nous sentir partie de ce village global dans lequel vit et palpite l’unique Église de Jésus Christ. C’est pourquoi l’Assemblée spéciale pour la région panamazonienne est l’expression de la sollicitude de toute l’Église pour le peuple de Dieu dans cette région, parce que, même dans l’Église, “tout est lié” (LS 91), comme nous l’enseigne souvent Sa Sainteté, et comme dit l’apôtre Paul “si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui. Si un membre est honoré, tous les autres partagent sa joie ” (1 Co 12, 26).

Pour cette raison, l’Assemblée Spéciale, bien qu’elle concerne une région spécifique, se tient à Rome, siège du Successeur de Pierre, et non dans une ville de la Région Pan-Amazonienne, comme pourrait le suggérer une vision purement mondaine. Ici la perspective est différente, celle de la foi, qui nous invite à regarder l’Église dans son universalité et en même temps dans sa réalisation au niveau local. C’est un Synode qui a mis en marche, dans le chemin synodal et dans la prière, toute l’Église universelle sous la direction de son Pasteur suprême. C’est ce que nous avons voulu souligner avec la procession de ce matin, qui a commencé de l’autel de la confession de Pierre dans la Basilique Vaticane à la porte de la salle Paul VI.

2) Participants de l’Assemblée Spéciale

Un total de 185 Pères synodaux participent à ce Synode : 137 d’office dont 113 des circonscriptions ecclésiastiques panamazoniennes ; 13 chefs des dicastères de la Curie romaine ; tous les membres du Conseil pré-synodal. En outre, il y a 15 religieux élus par l’Union des Supérieurs généraux et 33 membres nommés ex pontificia.

Parmi les Pères synodaux, il y a 28 cardinaux, 29 archevêques, 63 évêques résidentiels, 7 auxiliaires, 27 vicaires apostoliques et 10 évêques prélats, 21 membres qui n’ont pas l’ordre épiscopal entre diocésain et religieux.

La Région pan-amazonienne s’étendant sur le territoire de neuf pays (Guyane française, République coopérative de Guyane, Suriname, Venezuela, Colombie, Equateur, Brésil, Bolivie, Bolivie, Pérou), les Pères synodaux ex officio qui viennent de cette Région appartiennent à 7 Conférences épiscopales : Antilles, Venezuela, Colombie, Equateur, Brésil, Bolivie, Pérou. Ainsi, parmi les 113 Pères synodaux des circonscriptions ecclésiales panamazoniennes, il y a 3 des Antilles, 6 du Venezuela, 13 de Colombie, 7 d’Equateur, 57 du Brésil, 11 de Bolivie, 10 du Pérou, ainsi que les présidents respectifs des conférences épiscopales mentionnées.

Les trente-trois (33) membres nommés pontificalement viennent de tous les continents, en particulier de pays et de zones géographiques qui traitent les mêmes problèmes que ceux qui font l’objet du thème synodal, comme, par exemple, le bassin du Congo. Ainsi, cette Assemblée souhaite rassembler le large éventail des réalités culturelles et ecclésiales qui reflètent la sensibilité et la résonance des voix des différents groupes ethniques et peuples autochtones, ainsi que l’encouragement d’une Église vivante qui a tant à donner et à recevoir.

Je saisis cette occasion pour saluer cordialement les six (6) Délégués fraternels, représentants d’autres Églises et Communautés ecclésiales, dont la présence anime en nous le désir de travailler ensemble pour réaliser la pleine unité visible de l’Église du Christ, conscients que l’Esprit Saint éveille continuellement de nouveaux chemins et ouvre de nouvelles portes pour annoncer et témoigner l’Évangile de Jésus Christ en Amazonie et dans le monde.

La présence de 12 invités spéciaux – jamais autant qu’aujourd’hui dans une Assemblée Spéciale – qui ont été choisis pour le travail synodal en raison de leur haute compétence scientifique et de leur appartenance à des organisations et associations dans le monde entier, à l’extérieur et à l’intérieur de l’Eglise, qui s’intéressent de différentes manières aux différentes activités liées à l’aide humanitaire et à la protection écologique de l’environnement est également significative.

Mes sincères remerciements vont également aux vingt-cinq (25) experts, nommés en vertu de leur compétence pour contribuer au travail synodal en tant que collaborateurs des Secrétaires spéciaux, et aux cinquante-cinq (55) auditeurs, dont des spécialistes et agents pastoraux des coins les plus reculés du territoire panmazonien. Parmi eux, il y a 16 représentants de différents groupes ethniques et peuples autochtones qui apportent la voix, le témoignage vivant des traditions, de la culture et de la foi de leur peuple, un sincère merci à eux tous ! La présence parmi les auditeurs de 10 religieuses, présentée par l’Union Internationale des Supérieures Générales (U.I.S.G.), n’est pas moins significative et témoigne du rôle important que joue la vie consacrée féminine en Amazonie.

Enfin, un merci particulier aux assistants, traducteurs, techniciens, consultants, fonctionnaires et collaborateurs de la Secrétairerie générale du Synode des Évêques qui, sous la direction et la coordination du Sous-secrétaire, Mgr Fabio Fabené, ont travaillé avec compétence et esprit de service à la préparation et à la célébration de cette Assemblée.