Comprendre le péché: suggestion et plaisir

par Timothy Flanders

Dans mon dernier article sur ce sujet, quelques personnes m’ont fait remarquer une omission flagrante. J’essaierai ici d’y remédier et d’aborder brièvement quelques distinctions cruciales que nous devons garder à l’esprit.

Suggestion au péché
Dans le dernier article, nous avons parlé des sources de scrupulosité et de fierté. S’il est vrai que la fierté est un facteur important, il est également vrai qu’il peut y avoir d’autres sources de cette maladie. Considérons les sept étapes du péché ainsi décomposées :

Suggestion
Plaisir
Consentement
Agir
L’habitude
Esclavage
Cécité spirituelle
Nous nous concentrerons ici sur les trois premières étapes. La première étape, la suggestion, porte sur la distinction entre le péché originel et le péché réel. Le péché originel est une condition, pas une action morale. Elle fait référence à un intellect obscurci, une volonté affaiblie et une inclination au mal. Pour guérir de cette blessure, tous les hommes ont besoin de la grâce de Dieu par Notre Seigneur Jésus. Mais le point crucial à saisir ici est qu’une suggestion au péché, provenant de notre condition déchue, n’est pas un “péché réel”. En d’autres termes, il n’est pas nécessaire d’aller à la confession pour des suggestions au péché. En revanche, comme le dit le Catéchisme de Baltimore : “Le péché réel est toute pensée, parole, action ou omission volontaire contraire à la loi de Dieu” (Question 52).

La différence cruciale réside dans l’action de la volonté. Les suggestions au péché ne sont pas des actions de la volonté d’un homme, mais lui arrivent sans implication de sa volonté. Nous reviendrons plus loin sur la façon dont le testament est impliqué.

Quelle est la nature de ces suggestions ? Les suggestions sont des pensées, des émotions et des inclinations qui sont internes. Ils sont connus sous le nom de logismoi chez les Pères grecs. Il y a trois endroits d’où ils viennent : le monde, la chair et le diable. En particulier dans notre chair, blessée par le péché originel, des facteurs psychologiques tels que le trouble obsessionnel-compulsif peuvent créer une tendance écrasante vers les scrupules.

Guérison des pensées maléfiques
Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent aider à guérir une âme des mauvaises pensées. Un aspect est ce que nous mettons dans notre imagination. Les mauvaises suggestions peuvent être atténuées par une discipline stricte consistant à prier le chapelet tous les jours, à pratiquer la prière mentale tous les jours et à restreindre autant que possible toutes les images mauvaises (comme les films). Ceci aide à garder votre imagination concentrée sur les choses de Dieu et aide à guérir cette faculté de la pollution du monde, de la chair et du diable. Surtout si vous êtes un homme aux prises avec une condition psychologique grave, cette guérison peut prendre des années. Mais persévère, frère, car notre Seigneur a donné sa promesse infaillible : Venez à moi, vous tous qui travaillez et êtes accablés, et je vous rafraîchirai (Mt 11,28).

Un autre point crucial ici est que les émotions peuvent aussi être des suggestions au péché. Par exemple, une soudaine poussée de colère peut surgir en vous et vous submerger. Mais quand même, si ta volonté n’a pas encore agi, tu n’as pas péché. Vous devez apprendre au fil du temps à modérer votre vie émotionnelle. Les émotions naissent de nos appétits sensuels, et le péché originel fait en sorte que nos appétits sensuels submergent nos âmes. À mesure que nous grandissons en vertu, nous devons apprendre à gouverner notre vie émotionnelle avec notre intellect et notre volonté. Encore une fois, cela prend du temps.

De plus, au niveau de l’appétit sensuel, il est crucial de jeûner. La raison en est qu’elle freine notre appétit concupiscent, qui est attaché à l’impureté, obscurcissant notre intellect. Saint Thomas observe que le vice de la folie, qui s’oppose à la sagesse, est causé principalement par les péchés de la chair (S.T. II-II q46 a3). Par conséquent, le jeûne peut modérer cet appétit sensuel, et cela aide aussi beaucoup à guérir un intellect obscurci.

Mais par-dessus tout, la réception fréquente de la Sainte Communion est essentielle. Dans ce grand sacrement, nos péchés véniels sont purifiés. En cela aussi, nous plaçons notre confiance dans la puissance du Seigneur et non dans la nôtre. Pour surmonter ces difficultés, il faut cesser de nous confier en nous-mêmes et tourner toute notre confiance vers Dieu. Au niveau des suggestions au péché, nous devons avoir l’humilité de nous voir comme désordonnés mais de croire que Dieu est infiniment plus grand que notre pire mal. Nous sommes pécheurs par nous-mêmes, mais avec Dieu nous pouvons devenir saints. Scupoli dit que ces deux vérités – la méfiance en soi et la confiance en Dieu – sont le fondement de la vie spirituelle (Combat spirituel, ch. 2).

Plaisir
Nous passons ensuite à la deuxième étape du péché, et c’est là que les distinctions deviennent difficiles. C’est parce que sous le péché originel, il est difficile de distinguer dans notre esprit quand nous examinons notre conscience. C’est pourquoi, surtout avec des scrupules, nous devons faire confiance à Dieu et non à notre propre intellect lorsque nous examinons notre conscience.

Le plaisir est quelque chose de plus complexe, parce que nous pouvons dire que le plaisir se trouve dans différentes facultés et pouvoirs de l’âme et du corps humains. D’une part, il y a un certain plaisir intellectuel, comme lorsqu’un homme voit un bel ensemble d’étoiles et de merveilles. Ce plaisir intellectuel est une appréhension immédiate par l’intellect de la beauté et n’implique pas la volonté.

Il y a aussi une inclination sensuelle au plaisir, comme lorsqu’un homme qui a faim voit et sent une délicieuse assiette de son plat préféré. Son appétit concupiscent est immédiatement enclin à ce plaisir. Pourtant, sa volonté n’a pas encore agi.

Dans ces deux exemples, nous introduisons dans notre intellect des suggestions qui ne sont pas nécessairement des suggestions au péché. Comme je l’ai souligné plus haut, même les mauvaises suggestions ne sont pas des péchés réels. Ce qui fait d’un péché un péché est toujours une action de la volonté. Prummer, à la suite de saint Thomas, définit comme acte volontaire ” ce qui procède d’une source interne d’action accompagnée de la connaissance de la fin recherchée ” (20).

Nous avons donc d’abord le plaisir intellectuel que nous avons mentionné, ainsi que l’inclination au plaisir sensuel. Ce qui se passe ensuite, c’est que votre testament fait un choix. Vous pouvez choisir de vous tourner vers le plaisir ou de vous détourner. En d’autres termes, par notre volonté, nous pouvons choisir de continuer à avoir ce plaisir ou non. Si le plaisir est dans quelque chose de bon, alors le choix de s’y adonner est aussi bon. Mais si ce plaisir est d’une manière ou d’une autre mauvais, alors prendre plaisir est aussi mauvais. Comme le fait remarquer saint Thomas, “le plaisir dans une bonne action est bon et dans une mauvaise action, le mal, le mal” (ST Suppl. q49 a6).

Pour résumer ce que nous avons dit jusqu’à présent, le docteur en théologie morale l’explique ainsi :

La suggestion est la première mauvaise pensée qui est présentée à l’esprit : ce n’est pas un péché, mais, quand elle est rejetée, c’est une occasion de mérite. “Comme souvent, dit saint Antonin, quand tu résistes, tu es couronné.” La délectation a lieu lorsque la personne s’arrête, pour ainsi dire, pour regarder la mauvaise pensée, qui par son apparence agréable, fait plaisir. A moins que la volonté n’y consente, cette délectation n’est pas un péché mortel ; mais c’est un péché véniel, et si elle ne résiste pas, l’âme risque d’y consentir ; mais, lorsque ce danger n’est pas proche, le péché est seulement véniel. (Sermon XLVII)

Ainsi, l’action de la volonté entre en jeu au stade du plaisir du péché. C’est ici que nous pouvons commettre un péché véniel en “entretenant” une mauvaise pensée : choisir de continuer à avoir du plaisir dans quelque chose de pécheur. Il faut noter ici que saint Alphonse affirme aussi que si ce plaisir est contre la pureté, il n’est pas véniel, mais mortel, puisque ces plaisirs conduisent immédiatement au consentement par un danger immédiat.

Consentement
Rappelons qu’un acte délibéré inclut une action de la volonté et de la connaissance de la chose recherchée. Prummer fait alors la distinction suivante : “si la connaissance est intellectuelle, l’acte volontaire est parfait ; si elle est sensorielle, l’acte volontaire est imparfait” (20). On peut ainsi distinguer le plaisir délibéré du consentement délibéré. Dans le premier cas, l’âme choisit simplement d’avoir un plaisir plus sensuel – normalement véniel, sauf si c’est contre la pureté. Dans ce dernier cas, il pousse son intellect à poursuivre intentionnellement ce plaisir, ce qui peut causer un péché mortel, selon la gravité de la chose recherchée. C’est pourquoi le consentement est l’étape interne finale du péché, qui conduit immédiatement à la première étape externe : l’acte. C’est pourquoi notre Seigneur relie le péché intérieur de l’adultère avec l’extérieur, et le péché intérieur du meurtre avec l’extérieur (Mt 5,21).

Dans les travaux d’un homme sous les scrupules et le péché originel, il est crucial qu’une âme cherche et trouve un confesseur bien informé afin de démêler ces distinctions pour apporter clarté et paix à son esprit. Si aucun bon confesseur ne peut être trouvé, cherchez le soutien d’un ami spirituellement mûr et charitable. Lisez les classiques spirituels et pratiquez la prière mentale. Lorsqu’on est tenté de désespérer, priez continuellement l’Acte d’Espérance. Persévérez dans la prière, et Dieu vous accordera le repos de vos ennemis en temps voulu.

Qui peut comprendre les péchés ? De mes péchés secrets me purifient, Seigneur :

Et de ceux des autres, épargne ton serviteur. S’ils n’ont pas de domination sur moi, je serai sans tache, et je serai purifié du plus grand péché.

Et les paroles de ma bouche seront telles qu’il plaira, et la méditation de mon coeur sera toujours à tes yeux. Ô Seigneur, mon aide et mon rédempteur. (Ps. 18:13-15)