LE CARDINAL UROSA – “Synode, ecclésiologie faible et confuse”

La Nuova Bussola Quotidiana“Faible ecclésiologie centrée sur le social et l’écologie, écriture confuse, échecs sur la doctrine et la théologie, un Christ juste présenté comme rédempteur et sauveur de l’humanité et sans lien avec Aparecida. Le Cardinal Urosa poursuit son analyse du texte préparatoire du Synode.

Existe-t-il une église vraiment prophétique ? Dans ce deuxième article, je voudrais analyser l’approche de l’évangélisation présente dans l’Instrumentum laboris (IL). Il est certain – c’est déjà bien établi et accepté – que le dialogue est nécessaire pour l’évangélisation. Et, dans ce sens, la vision d’une Église prophétique est présente au numéro 42 du document. Mais il manque aussi quelque chose ici. Une Église vraiment prophétique est plus qu’une Église qui dialogue, qui sait trouver des accords et qui cherche des propositions concrètes pour une écologie intégrale, une Église qui agit contre les abus. Il faut aussi affirmer avec force qu’une Église vraiment prophétique doit proclamer Dieu comme source de bonheur et proclamer clairement Jésus Christ comme “le chemin, la vérité et la vie”. Ceci s’inscrit dans la ligne de l’Evangelii Gaudium du Pape François et de l’Exhortation pastorale Evangelii Nuntiandi de Saint Paul VI, avec la déclaration très claire et sans équivoque du Concile Vatican II en Const. Gaudium et Spes : “En réalité, ce n’est que dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l’homme trouve la vraie lumière” ; “Le Christ… précisément en révélant le mystère du Père et de son amour révèle pleinement l’homme à l’homme et lui fait connaître sa vocation suprême” (GS, 22) et enfin aussi conformément au plus important décret ad gentes du Concile Vatican II sur les activités missionnaires et d’évangélisation de l’Église, entre autres choses, presque non mentionnées dans ce IL. Pourquoi cette grave omission ?

En ce qui concerne l’annonce du Christ, les enseignements très clairs et pertinents du Pape Benoît XVI ne peuvent être ignorés lors du discours d’ouverture de la Conférence générale des évêques d’Amérique latine et des Caraïbes tenue à Aparecida : “Au contraire, la réponse souhaitée au cœur des cultures est celle qui leur donne leur identité ultime, unissant l’humanité et respectant en même temps la richesse de la diversité, ouvrant tout à la croissance dans une véritable humanisation, dans un progrès authentique. Le Verbe de Dieu, devenu chair en Jésus-Christ, est aussi devenu histoire et culture”.

“L’utopie du retour pour donner vie aux religions précolombiennes, en les séparant du Christ et de l’Église universelle, ne serait pas un progrès, mais une régression. En réalité, ce serait une involution vers un moment historique ancré dans le passé. La sagesse des premiers peuples les a heureusement amenés à faire la synthèse entre leur culture et la foi chrétienne que leur offraient les missionnaires. De là est née la religiosité populaire riche et profonde, dans laquelle l’âme des peuples d’Amérique latine apparaît…”. (B.XVI, Adresse Aparecida, 1)

Il sera donc très important que le Synode ait quelque chose de très présent et de faible dans l’Instrumentum Laboris : les exigences du mandat évangélisateur du Christ aux apôtres et à l’Église entière. Il est important qu’il soit clairement énoncé comme la proposition du Synode pour la vie de l’Église en Amazonie et dans le monde. Mais il est actuellement peu mis en évidence dans l’Instrumentum Laboris.

Une Église prophétique est une Église qui non seulement proclame avec force la justice sociale et défend les droits de l’homme, les dialogues et l’accompagnement, mais qui, surtout, proclame le Christ et évangélise. Rappelons-nous ce qu’en a dit le Pape François : “Du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons le lien intime entre évangélisation et promotion humaine, qui doit nécessairement s’exprimer et se développer dans toute action évangélisatrice”. (EG, 178)

De nouvelles voies pour l’évangélisation. Le document postule un sens renouvelé de la mission de l’Église en Amazonie qui, à partir de la rencontre avec le Christ, va à la rencontre de l’autre, initiant des processus de conversion. Très bien, mais il est très important que cette exigence fasse l’objet d’une réflexion dans les propositions pour une évangélisation plus ouverte et plus explicite qui aille au-delà du dialogue et de l’accompagnement, y compris pour les peuples autochtones. Dans une action évangélisatrice, dans la ligne des grands missionnaires de l’Amérique indigène du passé et, je le répète, dans la ligne de l’Exhortation Evangelii Nuntiandi, de Saint Paul VI, qui n’a malheureusement pas été mentionnée dans le texte.

“Il n’est pas superflu de se souvenir : évangéliser, c’est avant tout témoigner, de manière simple et directe, de Dieu révélé par Jésus Christ, dans l’Esprit Saint. Témoigner que dans son Fils il a aimé le monde, que dans sa Parole incarnée il a donné l’être à tout et appelé les hommes à la vie éternelle. Cette attestation de Dieu fera peut-être atteindre à beaucoup le Dieu inconnu[55], qu’ils adorent sans lui donner de nom, ou qu’ils cherchent une inspiration secrète du cœur quand ils expérimentent le vide de toute idole. Mais elle est pleinement évangélisatrice quand elle montre que, pour l’homme, le Créateur n’est pas une puissance anonyme et distante : il est le Père. “Nous sommes appelés enfants de Dieu, et nous le sommes vraiment ! Nous sommes donc frères les uns aux autres en Dieu. (Evangelii Nuntiandi, 26 ans)

Au centre du message : le salut en Jésus-Christ. “L’évangélisation contiendra aussi toujours – comme base, centre et en même temps sommet de son dynamisme – une proclamation claire qu’en Jésus Christ, Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité, le salut est offert à chaque homme, comme don de la grâce et de la miséricorde de Dieu lui-même[57]. Ce n’est pas déjà un salut immanent, mesuré par des besoins matériels ou même spirituels qui s’épuisent dans le cadre de l’existence temporelle et s’identifient totalement aux désirs, aux espoirs, aux occupations, aux luttes temporelles, mais aussi un salut qui dépasse toutes ces limites pour se réaliser dans une communion avec l’unique absolu, celui de Dieu : le salut transcendant et eschatologique, qui a certainement son commencement dans cette vie, mais qui se réalise dans l’éternité ” (Evangelii Nuntiandi, 27).

Omissions d’Instrumentum Laboris. Sans aucun doute, la VA a le mérite d’être le résultat de la consultation de nombreuses personnes, en particulier des habitants de l’Amazonie, et elle touche en profondeur et avec courage les problèmes écologiques et socio-économiques des peuples amazoniens, dont le texte présuppose et encourage correctement la défense. Elle souligne la nécessité d’une action décisive pour prévenir une tragédie écologique en Amazonie. Très bien !

Cependant, elle considère les peuples indigènes ou indigènes comme la majorité de la population du vaste territoire amazonien, où l’on trouve également de nombreuses villes et villages de culture latino-américaine commune. Il utilise un langage imprécis et équivoque et affirme faiblement la mission évangélisatrice et sanctificatrice de l’Église en Amazonie, parce qu’il a une vision anthropologique ingénument optimiste d’un être humain presque parfait.

Quelque chose de plus grave : il a une christologie très faible, parce que la personne du Christ est juste présentée comme le Rédempteur et Sauveur de l’humanité. Mais, en outre, elle propose une vision libératrice et réductrice de la mission de l’Église, plus attentive au thème sociologique, culturel, anthropocentrique et écologique qu’à celui évangélisateur et sanctificateur, spirituel et pastoral. Il s’agit d’un échec très grave dans un document ecclésial, que le Synode devra surmonter.

L’IL n’est pas un document pour une assemblée d’ONG, mais pour un Synode ecclésial, pour une assemblée très importante de l’Église pour l’aider à mieux vivre sa mission, pour revitaliser l’Église en Amazonie et dans le monde, pour laquelle nous devons présenter de nouveaux chemins d’évangélisation authentique. Pour ces raisons, le document a été sérieusement critiqué et a déjà soulevé de nombreuses controverses.

Il n’y a pas de critique parce que le Synode veut défendre l’écologie et le peuple amazonien. Il est à noter que lorsque nous faisons ces observations au document, nous n’attaquons pas le Synode dans son aspect social et écologique, parce qu’il sera très approprié pour sa défense contre les menaces contre l’Amazonie et ses divers peuples. Cependant, bien que l’Instrumentum Laboris ne soit pas un document définitif, il aurait été positif qu’ils y travaillent davantage et qu’ils essaient de mieux intégrer certains aspects de la doctrine catholique, en particulier Jésus Christ et la mission de l’Église, pour éviter de soulever des doutes, des controverses et même un fort rejet.

Le problème, c’est sa faible ecclésiologie. Le problème du texte est son écriture confuse et ses échecs dans les thèmes généraux de doctrine et de vision théologique, en particulier l’anthropologie, la christologie et l’ecclésiologie, entre autres. Ces controverses dans un Instrumentum Laboris sont en quelque sorte inconfortables et inconfortables. C’est pourquoi il est nécessaire de l’étudier attentivement, d’exploiter ses forces et de se débarrasser de ses échecs et de ses faiblesses, et de revitaliser véritablement l’Église en Amazonie et dans le monde. Et cette prééminence apparente des aspects écologiques, sociaux et culturels sur les aspects théologiques, spirituels et pastoraux dans la vie de l’Église doit être surmontée dans la salle du Synode.

Un exemple à suivre : le document Aparecida. Dans une ligne très équilibrée, dans l’étude de l’Instrumentum Laboris, il est nécessaire de considérer ce document ecclésial et, surtout, dans le Synode lui-même, considérant qu’il a été approuvé par la 5ème Conférence générale des évêques d’Amérique latine et des Caraïbes. Le fameux “Document d’Aparecida” est le fruit du travail des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs d’Amérique latine et des Caraïbes, et donc aussi de l’Amazonie. Il s’est attaqué aux problèmes sociaux, économiques, politiques et écologiques de tout le territoire américain, y compris l’Amazonie, mais il a aussi abordé avec force le problème de l’évangélisation des peuples indigènes. En effet, il nous dit : ” Notre service pastoral pour les peuples indigènes exige l’annonce de Jésus-Christ et de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, la dénonciation des situations de péché, des structures de mort, de violence et d’injustices internes et externes, encourageant le dialogue interculturel, interreligieux et œcuménique. Jésus-Christ est la plénitude de la révélation pour tous les peuples et le centre fondamental de référence pour discerner les valeurs et les lacunes de toutes les cultures, y compris les peuples autochtones. Par conséquent, le plus grand trésor que nous pouvons leur offrir est la rencontre avec Jésus Christ ressuscité, notre Sauveur. Les indigènes qui ont déjà reçu l’Évangile sont appelés, comme disciples et missionnaires de Jésus-Christ, à vivre leur réalité chrétienne avec une joie immense. (Aparecida, 95)

Un fait très important : se rappeler que le président de la Commission qui a rédigé ce document n’était autre que le cardinal Jorge Bergoglio, aujourd’hui Pape François. Aparecida, avec des exigences très fermes en matière de justice, d’évangélisation et d’action de l’Église à l’égard des peuples indigènes, a atteint un contenu très clair, exigeant et éclairant, mais aussi harmonieux, serein et pacifique, avec un excellent contenu théologique, christologique et ecclésiologique. Ce serait un magnifique point de référence latino-américain pour ce Synode.

Il aurait été commode que l’Instrumentum Laboris actuel, bien que n’étant qu’un instrument de discussion, soit aussi un document serein, précis et clair, plus élaboré et affiné dans ses concepts et sa formulation, et non imprécis et controversé comme l’actuel. Dans ce contexte, Aparecida est sans aucun doute un grand point de comparaison et un élément de lumière pour les Pères du Synode de l’Amazonie. Enfin, Aparecida a été créée collégialement et synodalement par les évêques de toute l’Amérique latine et des Caraïbes, et donc aussi des Églises d’Amazonie. Dans un prochain article, nous aborderons certaines des propositions pastorales du document.