Enfin, Messori

Benoît & moi – L’interlocuteur de Joseph Ratzinger dans le célèbre « Rapport Ratzinger/Entretien sur la foi » dit son inquiétude face à la situation dans l’Eglise. Mais aussi ce qui le rassure: « L’Eglise n’est pas à Bergoglio »

Vittorio Messori: l’Eglise n’est pas à Bergoglio

La Fede quotidiana
17 septembre 2019
Ma traduction

« L’Église n’est pas à Bergoglio, mais au Christ. Bien sûr, je suis inquiet »: l’attaque vient du célèbre écrivain et journaliste catholique Vittorio Messori, intellectuel subtil, auteur d’une interview historique avec saint Jean Paul II, quand interviewer un pape n’était pas une affaire de journaux.

Messori, en Allemagne, il souffle un air de schisme. Aux États-Unis, de nombreux catholiques témoignent d’exaspération. Le 5 octobre, nous prierons à Rome pour l’Église en difficulté. Inquiet?

« Je note beaucoup de catholiques inquiets, certains même désespérés. En tant que croyant, cependant, je rappelle que l’Église n’est pas une entreprise, une multinationale ou un État. Bref, elle ne peut pas échouer. Bien sûr, il y a des raisons de s’alarmer, je pense par exemple au prochain Synode sur l’Amazonie et aux malentendus liés, je ne sais pas ce qu’on veut obtenir, probablement le mariage des prêtres. C’est pourquoi je suis inquiet, mais pas désespéré, parce que l’Église n’est pas à Bergoglio ni aux évêques, mais seulement au Christ et qu’Il la gouverne avec sagesse. Les forces du mal ne vaincront pas.

Selon vous, y a-t-il une certaine confusion de fond?

« Elle est présente, et c’est attristant, déroutant. Mais je pense qu’à la fin, le Père interviendra. Dieu dépasse notre capacité limitée de vision des choses.

Pensez-vous qu’il existe une sorte de conformisme, y compris informatif, sur le pape François ?

« Le conformisme auquel vous faites référence existe. Il est palpable même dans l’Église. Il est déconcertant de constater que seuls deux ou trois cardinaux presque nonagénaires parlent et protestent. Beaucoup d’évêques et même de cardinaux avec qui je dialogue en privé se grattent la tête et ne sont pas d’accord, mais ils ont peur, ils se taisent, ils restent muets. Depuis 2000 ans, toucher au Pape est déconseillé, mais cette tendance s’accentue aujourd’hui et on la touche de ses propres mains. On dit que cette Église est celle de la miséricorde, mais quand donc? Ceux qui commandent ne supportent aucune voix critique. J’ai écrit dans le Corriere un article courtois dans lequel je soumettais des questions et des réflexions et j’ai été submergé d’injures, surtout par certains médias catholiques. Un comité s’est dressé pour demander au Corriere de mettre fin à ma collaboration. Ce comité se réfère à ce qui, selon une expression à la mode, est le giglio magico (idiome toscan: les fidèles de Matteo Renzi, comme lui d’origine toscane, ndt) du Pape. Et alors, avec quelle cohérence affirme-t-on que c’est là l’Église de la miséricorde, du dialogue ouvert et loyal, de la parhésie ?
Je suis inquiet, comme je l’ai dit, mais pas désespéré. Le Christ ne laisse pas son Église seule ».