Synode Amazonie, la révolution par ouïe-dire

Benoît & moi – Andrea Zambrano
La NBQ
17 septembre 2019
Ma traduction

Le tir viral de Don Nicolini sur le diacre qui en Amazonie dit déjà la messe avec l’accord du Pape est une fake new. La NBQ coince le prêtre progressiste qui doit admettre: « Je n’ai aucune preuve, c’est juste un ‘on-dit‘ ». En attendant, le message destructeur du célibat passe, de manière irresponsable, à travers une révolution par ouï-dire, qui met en cause le Pape sans démenti.

Depuis quelques semaines, c’est l’une des vidéos les plus cliquées sur Internet. On y voit don Giovanni Nicolini, un prêtre de Bologne avec de nombreuses charges, parmi lesquelles l’assistance spirituelle des ACLI (Associazioni Cristiane Lavoratori Italiani), soutenant lors d’une rencontre, qu’en Amazonie il y a déjà des diacres qui disent la messe et que le Pape serait informé et aurait donné son accord, mais aurait demandé de ne pas le rendre public. Dommage qu’il n’en ait aucune preuve et qu’il n’ait parlé que par ouï-dire.

A la veille du Synode sur l’Amazonie, qui abordera le thème d’un célibat sacerdotal de plus en plus attaqué, c’est le meilleur moyen de chauffer les moteurs: faire parler un prêtre assez proche du pouvoir (don Nicolini est un fils spirituel de don Dossetti, inspirateur de l’école de Bologne) et surtout attribuer au Pape des paroles qu’en réalité il n’y a aucune preuve qu’il les ait jamais prononcées

Le court-circuit médiatique a été utile, parce qu’au Vatican, personne n’a démenti les propos-choc de don Nicolini, et même son évêque, le néo-cardinal Zuppi, ne l’a pas rappelé à l’ordre. Et pourtant la chose a fait grand bruit et a laissé filtrer la voix de la normalisation d’un phénomène – celui des prêtres mariés – qui ne concerne pas seulement la discipline, mais qui implique la théologie toute entière.
Mais pour comprendre ce qui se cache derrière les mots du prétendu scoop papal, et quel piège médiatique couve sous la cendre, il est bon de revenir en arrière et d’aller relire les paroles du moine bolognais.

Don Nicolini avait dit:

Depuis l’Amazonie, nous avons appris qu’un soir, depuis une mission paroissiale perdue en Amazonie, quelqu’un a passé un coup de fil, c’était un diacre âgé, la soixantaine, marié, qui disait à son évêque : « Je dois te dire que demain il n’y aura pas de messe parce qu’il n’y a pas un seul prêtre ». Et l’évêque lui a dit : « vas-y et dit la messe ». Un diacre marié, ses enfants ont déjà une situation, on les appelle les « anciens » et les évêques de là-bas lui ont donné l’autorisation de présider la liturgie. On l’a dit au Pape et le Pape a dit : « Pour l’instant nous ne pouvons rien mettre par écrit mais vous, allez-y! ». Je me suis demandé, quand j’ai appris qu’il convoquait l’assemblée des évêques du monde entier en Amazonie, qui sait si cela pourrait ou voudrait dire quelque chose. Pourtant l’Église, dans sa structure concrète, juridique, existante, arrive à son terme.

Sandro Magister, traduction en français Diakonos

Propos explosifs qui, s’ils étaient vrais, confirmeraient le grave abus d’une situation perpétrée au mépris de toutes les lois canoniques dont les prêtres comme don Nicolini semblent se moquer royalement et qui serait acceptée par le Pape. Mais le problème, en ce moment, c’est de se demander – comme l’a fait un journaliste faisant autorité [Sandro Magister] – si ce qu’il dit des « messes » déjà célébrées en Amazonie par les diacres mariés est vrai ou faux et si le feu vert que le Pape François aurait donné est vrai ou faux. Et surtout quelle serait la source de don Nicolini.

Pour le savoir, la NBQ l’a demandé directement au moine qui, avec une certitude tellement granitique, était prêt à affirmer que les prêtres mariés étaient déjà à l’oeuvre. Eh bien, la réponse laisse sans voix.

« Il s’agit d’un on-dit », nous a répondu don Nicolini après nous avoir abondamment endoctrinés sur la nécessité actuelle – et au nom du Concile! – d’une révision révolutionnaire du célibat sacerdotal.

Oui, mais un « on-dit » explosif.

« Mais je ne parlais pas d’un fait particulier (en réalité, si – ndr) – a poursuivi le moine -, seulement de voix que j’entends autour de moi et qui confirment la nécessité de revoir cette discipline ».

Vous avez bien compris: don Nicolini n’a vendu à ses « disciples » disposés en cercle qu’un seul désir, le sien, celui de voir enfin des prêtres mariés, le travestissant en nécessité et présentant l’ensemble comme un fait déjà acquis et approuvé par le Pape. Dommage, cependant, qu’au moment de la vérification, notre homme se soit défilé en rétractant la chose.

En théorie, le Pape pourrait les avoir prononcé, ces choses, de même qu’il est hautement probable que ce qui est dit se passe déjà en Amazonie, mais présenter tout comme des faits certains sans aucune preuve, source, contrôle, ne fait qu’alimenter la confusion sur un sujet qui mérite au contraire étude, rigueur et attention. Au lieu de cela, on procède par slogan, en jetant la pierre et en retirant la main dès que quelqu’un, en l’occurrence un journal, demande des comptes. Mais entre-temps, le message passe dans les cercles ecclésiaux, à tel point qu’aujourd’hui les membres du clergé qui prennent cette révélation de don Nicolini pour argent comptant ne sont pas rares. Une révélation pourtant fortement viciée. Une fake new, relayée avec l’autorité du « catholicisme démocratique », si habile et tellement à l’aise quand il s’agit de s’approprier la pensée du pape Bergoglio en lui faisant dire n’importe quoi, mais sans jamais prendre la responsabilité de ses propres paroles.

Pourtant, ce sont ces mêmes prêtres qui rêvent, en jetant la pierre de la révolution sexuelle dans l’Église et en présentant leurs paroles comme enveloppées d’un je ne sais quoi de messianique. En réalité, ils retirent leurs mains, montrant que derrière leurs désirs impies, il n’y a aucune préparation théologique, mais seulement une vision personnaliste de l’Église: la leur. Ce faisant, ils démontrent le peu de fiabilité des idées qu’ils propagent ainsi, par inadvertance. Des empoisonneurs de puits sans même le bon goût de l’autorité. En pratique, des vendeurs de fumée, mais très écoutés dans les étages supérieurs [du palais apostolique].