À quoi une église catholique est-elle censée ressembler?

La voie de la beauté

En 2006, le Conseil Pontifical pour la Culture a publié un document intitulé La Voie de la Beauté, chemin privilégié d’évangélisation et de dialogue. Le titre ne m’a pas rempli de confiance quand je l’ai trouvé pour la première fois, mais je l’ai essayé et j’ai été impressionné par son enseignement doctrinal sur le rôle de la beauté dans la liturgie. Après avoir insisté pour que la liturgie retrouve sa vraie splendeur – ce qui implique qu’elle s’en est éloignée dans les années postconciliaires moins que splendides – le Concile pontifical dit :

La promotion de l’art sacré n’est pas moins importante pour accompagner convenablement la célébration des mystères de la foi, pour redonner de la beauté aux bâtiments ecclésiastiques et aux objets liturgiques. Ils seront ainsi accueillants et surtout capables de transmettre le sens authentique de la liturgie chrétienne et d’encourager la pleine participation des fidèles aux mystères divins. [ix]

Il me semble charmant que dans ce passage, la pleine participation des fidèles, notion qui a été employée avec la subtilité d’un fouet flagellant pour imposer toutes sortes de changements désorientants, soit ici liée au fait d’avoir des espaces et des choses qui valent vraiment la peine d’être là parce qu’elles sont belles, parce qu’elles sont adaptées aux réalités mystérieuses et qu’elles communiquent la signification de ce qui se produit. On m’avait fait croire que ma participation sincère atteindrait de nouveaux sommets si seulement je pouvais me tenir debout dans une église vide blanchie à la chaux avec un bloc de pierre pour un autel et quelques récipients en bois. Pas de distractions de l’essentiel ! Le document du Conseil Pontifical déchiquette ce genre de minimalisme antiseptique : “Les églises doivent être esthétiquement belles et bien décorées, les liturgies accompagnées de beaux chants et de bonne musique, les célébrations dignes et la prédication bien préparées”. Pourquoi ? Parce que ces choses sont “des conditions qui facilitent l’action de la grâce de Dieu”[x].

Reconnaissant qu’il s’agit là d’un conseil bienvenu, fondé sur un bon jugement, je me suis surpris à souhaiter plus d’une fois que Rome puisse prendre des mesures législatives – dotées de dents tranchantes – capables d’empêcher ou du moins de minimiser les “rénovations” ultérieures des églises traditionnelles et la construction de nouvelles plaies oculaires modernistes. Une telle intervention a été demandée dans un “Appel à Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pour le retour à un art sacré authentiquement catholique”, publié en plusieurs langues en 2009 (digne d’être lu), mais pour autant que je sache, cette initiative bien intentionnée n’a jamais abouti. Pendant ce temps, partout dans le monde, de magnifiques sanctuaires continuent d’être détruits au nom de Vatican II, et de nouveaux laboratoires spatiaux continuent d’être érigés, vraisemblablement en prévision du contact réussi de Vatican III avec la vie extraterrestre. Grâce à Dieu, de tels départs coûteux de la raison sont de moins en moins fréquents, mais on se demande pourquoi Rome n’a jamais levé le petit doigt pendant toutes ces décennies pour arrêter les atrocités. Au lieu de cela, à notre honte, nous sommes redevables aux ministères athées de la Culture qui ont interdit, au nom de l’histoire et du patrimoine artistique, le marteau-piqueur et le bulldozer.

Une objection commune

Mais toutes ces dépenses d’argent pour les arts sacrés ne sont-elles pas du gaspillage, de l’indulgence, de l’irresponsabilité ? Ne pourrions-nous pas mettre tout cet argent en commun et le distribuer aux pauvres à la place ? Ou, si un tel travail a déjà eu lieu, ne pourrions-nous pas vendre les chaises ornées, les statues détaillées, les vases d’or et les vêtements de soie, le marbre, les tapisseries ou les tentures de tissu, les chandeliers et les crucifix, l’orgue à tuyaux, et ainsi de suite – ne pourrions-nous vendre tout cela et donner les recettes aux pauvres ?

Cette objection a d’abord été soulevée non pas par un conseil paroissial, mais par un prêtre apostat nommé Judas Iscariot[xi]. C’était probablement une raison suffisante pour que l’Église ne puisse jamais la prendre au sérieux. Une petite réflexion nous amènerait plus loin dans le vif du sujet. La dernière encyclique du Pape Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, va droit au but :

Comme la femme qui a oint Jésus à Béthanie, l’Église n’a craint aucune “extravagance”, consacrant le meilleur de ses ressources à exprimer son émerveillement et son adoration devant le don insurpassable de l’Eucharistie. Pas moins que les premiers disciples chargés de préparer la “grande chambre haute”, elle a ressenti le besoin, au cours des siècles et dans ses rencontres avec des cultures différentes, de célébrer l’Eucharistie dans un cadre digne d’un si grand mystère. [xii]


Pour les fondements artistiques et philosophiques d’une grande partie de mon argumentation, voir Steven J. Schloeder, Architecture in Communion (San Francisco : Ignatius Press, 1998) ; Denis McNamara, Catholic Church Architecture and the Spirit of the Liturgy (Chicago : Hillenbrand Books, 2009).

Selon saint Thomas d’Aquin : voir Summa theologiae I, q. 5, a. 4, ad 1 ; q. 39, a. 8, corp.

iii] Extrait de l’audience générale de Benoît XVI du 10 mars 2010 : Nous savons, en effet, qu’après le Concile Vatican II, certains étaient convaincus que tout devait être nouveau, qu’il devait y avoir une autre Église, que l’Église préconciliaire était terminée et que nous aurions une autre Église, totalement “autre”. Un utopisme anarchique !”

iv] Sacrosanctum Concilium, n. 122. Une traduction largement disponible, corrigée à la lumière du latin original.

v] Sacramentum Caritatis, nn. 40–41.

vi] Sacramentum Caritatis, n. 35.

vii] Audience générale, le 18 novembre 2009.

viii] Discours prononcé à Heiligenkreuz, Autriche, le 9 septembre 2007.

[ix] Malheureusement, le document tel que publié sur le site web du Vatican ne contient aucun numéro de paragraphe ou de section, donc une méthode de citation plus exacte n’est pas possible.

[x] Dans le contexte, le document semble nuancer cette affirmation en les qualifiant de “simples conditions”, mais il s’agit d’un point théologique, et vrai : “les fidèles doivent être éduqués à prêter attention non seulement à la dimension esthétique de la liturgie, aussi belle soit-elle, mais aussi à comprendre que la liturgie est un acte divin non déterminé par une ambiance, un climat ou même des rubriques, car elle est le mystère de la foi célébrée à l’église”. Autrement dit, l’esthétisme serait un vice parce que ce qui est primordial est toujours la foi dans l’action divine. Cependant, notre foi elle-même est soutenue, nourrie, suscitée et instruite par la beauté, comme le même document le décrit longuement, de sorte qu’il n’y a en fait aucune tension ici.

[xi] Dans l’Évangile de Jean, l’objection est spécifiquement celle de Judas (Jean 12:4-6) ; dans celui de Matthieu, tous les disciples portent plainte (Mt 26:8-9) ; et dans Marc, “quelques” personnes non précisées (Mc 14:4-5). Il convient également de noter que, selon les synoptiques, Judas est sorti pour trahir Jésus juste après cet épisode dans lequel Jésus a loué la femme pour avoir fait un acte extravagant pour lui.

[xii] Ecclesia de Eucharistia, n. 48.