À quoi une église catholique est-elle censée ressembler?

Des images et des éléments sacrés reconnaissables – par exemple, un crucifix proéminent du Sauveur transpercé, des statues de saints, de nombreuses vraies bougies, un tabernacle dominant et éblouissant – soulignent la continuité avec la foi apostolique, gardant ainsi l’unité de l’Église et offrant une catéchèse continue sans besoin de paroles. Certains éléments traditionnels des églises ont été négligés au fil du temps et méritent d’être restaurés, comme par exemple une véritable ambo pour la proclamation de la Parole de Dieu. Dans les églises anciennes et médiévales, l’ambon était souvent une structure massive, surélevée et très décorée ; on pouvait facilement croire que le lecteur chantait les paroles mêmes de Dieu, alors que son perchoir était si haut et sublime ! Une ambon digne proclame la dignité unique de l’Écriture Sainte avant même que toute parole n’ait été prononcée : comme le dit le proverbe, l’ambon parle de lui-même, disposant les auditeurs à vénérer la Parole proclamée à partir de celle-ci.

Plus généralement, toute église devrait être imprégnée et transmettre dans l’âme de ceux qui y habitent les trois principes du beau : proportion, intégrité, clarté[ii]. Les dessins doivent être équilibrés dans leurs éléments et leurs couleurs, entiers dans leur conception et leur exécution plutôt que partielles ou fragmentaires, et transmettre un message clair et net – c’est-à-dire, “nous sommes catholiques romains : nous croyons en la mort salvatrice de Jésus qui nous a été donnée dans le Sacrifice de la Messe, nous croyons en l’intercession des saints” – plutôt que dans le vague atmosphère chrétienne d’un édifice protestant, le vide neutre d’une salle de réunion civile ou le registre en ligne droite et en tons beige des salles corporatives.

Une dernière ligne directrice pourrait être mentionnée : l’attention affectueuse aux détails. Dans la mesure du possible, il ne faut pas négliger les détails tels que les motifs sculptés ou au pochoir pour les niches de statuaire, sur le fond d’un crucifix mural ou le long des murs, colonnes, nervures des voûtes et plafonds ; les taches de couleur appropriée sur ou autour de la statuaire ; les tapis de style persan ; les sièges et bancs sculptés avec une belle apparence. Toutes ces choses sont des façons de dire, encore une fois sans avoir besoin de mots : “Ce bâtiment est unique, son contenu n’a pas de prix, ce qui se passe ici est impressionnant et sublime, nous sommes à la cour du Grand Roi, rien n’est trop beau pour cet endroit.” Notre monde souffre d’une surabondance d’informations et, en parallèle, la culture de l’Eglise moderne souffre d’un excès de didactisme lourd. Ce qu’il faut de plus, c’est un langage symbolique tissé de beauté visuelle, de solennité rituelle, de silence et de musique traditionnelle. Ce langage a et aura toujours un effet beaucoup plus profond sur les âmes des adorateurs que n’importe quelle quantité d’explications ne pourra jamais le faire.

Vatican II est tout à fait d’accord

A en juger par ce que les néo-modernistes, aidés et encouragés par leurs alliés hiérarchiques et artistiques, ont réussi à faire aux Eglises au nom de “l’application du Concile”, on pourrait pardonner à un catholique traditionnel de penser que le Concile Vatican II est responsable de l’invasion de la stérilité et de la laideur dans le champ de l’art sacré. Certes, le Conseil a ses problèmes, mais je suis d’accord avec Benoît XVI pour ne pas avaler les interprétations tendancieuses, parfois délibérément fallacieuses, du Concile données par les “utopistes anarchistes”[iii]. Le Conseil ne s’est pas trompé sur tout. En rapport avec notre sujet, la Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium (1963) a quelque chose d’important à nous dire sur l’art sacré et ce qu’il devrait être :

Les beaux-arts sont considérés, à juste titre, comme l’une des activités les plus nobles du talent de l’homme, en particulier l’art religieux et l’aboutissement de celui-ci, à savoir l’art sacré. Ces arts, par leur nature même, regardent vers l’infinie Beauté Divine qu’ils expriment d’une manière ou d’une autre par les œuvres humaines ; et ils atteignent leur but de redonner à la louange et à la gloire de Dieu en proportion car ces œuvres n’ont d’autre but que de tourner le mental des hommes vers Dieu de la manière la plus pieuse.

La Sainte Mère l’Église a donc toujours été l’amie des beaux-arts et a toujours recherché leur noble service, dans le but spécial que toutes les choses mises à part pour le culte divin soient vraiment dignes, devenues et belles, signes et symboles des choses surnaturelles, et a formé des artistes[à cette même fin]. En fait, l’Église s’est toujours réservée, à juste titre, le droit de porter un jugement sur les arts, en décidant quelles œuvres d’artistes sont conformes à la foi, à la piété et aux lois religieusement transmises, et donc adaptées à un usage sacré.

L’Église a été particulièrement séduisante de voir que l’ameublement sacré devrait servir dignement et admirablement la dignité du culte,[de ce point de vue] en admettant les changements de matière, de forme ou d’ornementation apportés par le progrès des arts techniques au fil du temps. iv]

Plus surprenant encore, l’Instruction générale du Missel romain (3e éd., 2001) – le guide de la Messe du Novus Ordo – affirme que ” les édifices sacrés et les conditions requises pour le culte divin doivent… être vraiment dignes et beaux et être signes et symboles des réalités célestes ” (n° 288). C’est pourquoi “le caractère et la beauté du lieu et de tout son mobilier doivent favoriser la dévotion et montrer la sainteté des mystères qui y sont célébrés” (n. 294). Ceci s’étend aux matériaux utilisés : “Dans le choix des éléments pour les nominations à l’église, il faut se soucier de l’authenticité des choses[rerum veritas] et s’efforcer d’obtenir ce qui sera l’instruction des fidèles et la dignité du lieu sacré tout entier” (n. 292). Il s’agit du but même d’une église : l’adoration du Dieu Tout-Puissant, et la représentation des réalités divines, des vérités révélées, et des mystères transcendants dont il s’agit, ou, mieux dit, qui sont totalement enchevêtrés.

Le dernier Saint-Père est également d’accord

Le Pape Benoît XVI, dans son exhortation apostolique sur l’Eucharistie Sacramentum Caritatis (2007), souligne le lien entre beauté et célébrations liturgiques dans tous leurs aspects, y compris l’espace architectural qui les entoure :

La manière de célébrer[la liturgie] doit favoriser le sens du sacré et l’utilisation de signes extérieurs qui aident à cultiver ce sens, comme, par exemple, l’harmonie du rite, les vêtements liturgiques, le mobilier et l’espace sacré. … Le lien profond entre la beauté et la liturgie doit nous rendre attentifs à toute œuvre d’art mise au service de la célébration. Un élément important de l’art sacré est certainement l’architecture de l’église, qui doit souligner l’unité du mobilier du sanctuaire, comme l’autel, le crucifix, le tabernacle, l’ambon et le fauteuil du célébrant. Il est important de rappeler ici que le but de l’architecture sacrée est d’offrir à l’Église un espace approprié pour la célébration des mystères de la foi, en particulier l’Eucharistie. … Tout ce qui concerne l’Eucharistie doit être marqué par la beauté. Il faut aussi accorder un respect et un soin particuliers aux vêtements, à l’ameublement et aux vases sacrés, afin que, par leur disposition harmonieuse et ordonnée, ils favorisent la crainte du mystère de Dieu, manifestent l’unité de la foi et renforcent la dévotion. [v]

La Sainte Mère l’Église va jusqu’à dire que la liturgie doit être comme le Ciel sur la Terre. Les catholiques latins qui connaissent bien le rite byzantin et les catholiques orientaux qui le chérissent et le pratiquent comme leur propre religion sont bénis par l’expérience d’une tradition liturgique qui montre avec une intensité, une ferveur et une beauté artistique particulières ce lien entre les ombres terrestres et les réalités célestes. Que la plupart des Latino-Catholiques d’aujourd’hui puissent vivre une telle expérience dans leurs propres églises ! Pour une minorité importante, la liturgie divine orientale est devenue un véritable havre de paix, une échappatoire aux abus rituels désormais universels et à la banalité d’un horizontalisme inlassable.

Benoît XVI était un ennemi de ces abus et de cette banalité, un promoteur constant de cet esprit toujours jeune que l’on retrouve dans tout culte authentique, byzantin et latin. Considérez ce qu’il dit dans la même exhortation apostolique :

La beauté de la liturgie fait partie de ce mystère ; elle est une expression sublime de la gloire de Dieu et, dans un certain sens, un aperçu du ciel sur la terre. Le mémorial du sacrifice rédempteur de Jésus contient quelque chose de cette beauté que Pierre, Jacques et Jean ont vue lorsque le Maitre, se rendant à Jérusalem, fut transfiguré sous leurs yeux (cf. Mc 9,2). La beauté n’est donc pas une simple décoration, mais un élément essentiel de l’action liturgique, car elle est un attribut de Dieu lui-même et de sa révélation. Ces considérations doivent nous faire prendre conscience du soin qu’il faut apporter à l’action liturgique pour qu’elle reflète sa splendeur innée. [vi]

Dans le même ordre d’idées, il a fait remarquer à l’auditoire général :

Qu’est-ce que la beauté, que les écrivains, poètes, musiciens et artistes contemplent et traduisent dans leur langue, sinon le reflet de la splendeur de l’Eternel Verbe fait chair ? Chers frères et sœurs, que le Seigneur nous aide à redécouvrir le chemin de la beauté comme l’un des chemins, peut-être le plus beau et le plus fascinant, pour pouvoir trouver et aimer Dieu. vii]

En entrant dans une église, nous devrions penser immédiatement à notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu et à l’éternité, et à la destinée de notre âme. Une église doit être différente de tous les autres espaces : “Les fidèles, franchissant le seuil de l’édifice sacré, sont entrés dans un temps et un espace différents de ceux de la vie ordinaire “, dit le Pape Benoît XVI à propos des cathédrales médiévales d’Europe. Parlant d’une église monastique romane en particulier, il a observé :

En vérité, il ne serait pas présomptueux de dire que, dans une liturgie complètement centrée sur Dieu, nous pouvons voir, dans ses rituels et ses chants, une image de l’éternité. Sinon, comment nos ancêtres, il y a des centaines d’années, auraient-ils pu construire un édifice sacré aussi solennel que celui-ci ? Ici, l’architecture elle-même attire tous nos sens vers le haut, vers “ce que l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendue, ni le cœur de l’homme imaginé : ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment” (1 Co 2, 9). Dans tous nos efforts en faveur de la liturgie, le facteur déterminant doit toujours être notre regard vers Dieu. [viii]