Michael Hesemann: «Non à une église anthropocentrique, désacralisée et mondaine»

lafedequotidiana.itMichael Hesemann est un journaliste et auteur allemand. En 2010, le Wall Street Journal le décrit comme “un historien religieux qui aide le Vatican à dater les reliques”. Il est le représentant allemand de la Fondation Pave the Way (PTWF) pour laquelle il a fait des recherches aux archives du Vatican en 2010. Il a co-fondé Deutschland pro Papa, une initiative catholique conservatrice qui prétend représenter la “majorité silencieuse des catholiques fidèles de Rome”. En 2013, il réalise une exposition sur le Suaire de Turin pour l’Ordre Souverain Militaire de Malte, en tournée en Allemagne et en Autriche à partir de 2015. Avec Georg Ratzinger, Hesemann a co-écrit “Mon frère, le Pape”. En 2014, il a affirmé avoir trouvé 2000 pages de documents sur le génocide arménien dans les archives du Vatican. Pour cela, en octobre 2016, il a reçu un doctorat honorifique de l’Académie nationale des sciences de la République d’Arménie.

Nous avons interviewé Michael Hesemann.

M. Hesemann, le comité international “Uniti con Gesù Eucaristia per le mani santissime di Maria” a organisé une conférence le 5 octobre pour demander : genoux dans les églises, communion sur la langue, distribution de l’Eucharistie seulement pour les personnes consacrées et Corpus Domini le jeudi. Quelle est votre opinion ?

“Il est merveilleux que les catholiques se souviennent que la Sainte Eucharistie est le centre, le cœur et le point archimédien de notre foi. La crise actuelle de l’Église est d’abord une crise de la foi et aussi une crise du dogme. Le modernisme prêche un compromis avec la vision matérialiste, naturaliste, anthropocentrique du monde, qui est fondamentalement l’idéologie de la Franc-Maçonnerie, souvent idéalisée comme “philosophie de l’âge de raison” ou “illumination”, qui était en effet un âge d’obscurité de la foi. Elle a promu l’athéisme ou du moins le déisme, la croyance en un Dieu qui s’est retiré après la création de l’Univers et qui n’interfère jamais dans l’histoire humaine, de sorte qu’il appartient à l’homme de créer le “ciel sur terre”, comme l’avaient promis des idéologies comme le socialisme, le communisme ou le national-socialisme, qui ont effectivement créé un enfer sur terre et ont apporté mort et souffrance à des millions de gens. Le christianisme est le contraire de l’anthropocentrisme et du naturalisme : sa croyance est théocentrique et surnaturelle. Notre Dieu n’est pas mort ou à la retraite, mais il est un Dieu vivant, un Dieu qui s’est fait homme et a vécu parmi nous, qui se révèle dans les signes des temps, qui nous a promis de rester avec nous jusqu’à la fin du monde et qui tient cette promesse même. Il est vivant et parmi nous, présent dans chaque tabernacle du monde, et nous pouvons communiquer avec lui de la manière la plus intime, oui, pour Le recevoir sous la forme de la Sainte Communion, le Saint Sacrement. La transsubstantiaton, la transformation du pain et du vin en véritable corps et sang du Christ, est le plus grand miracle de tous les temps et elle se produit non seulement par coïncidence, mais des milliers de fois chaque heure de la journée dans des centaines et des milliers d’églises dans le monde, dans chaque Sainte Messe célébrée sur Terre devant des millions de témoins, simplement parce qu’un prêtre parle la formule de la consécration. C’est ce que l’Église enseigne et c’est vrai. Elle est prouvée par au moins 140 miracles eucharistiques reconnus et bien documentés à tous les âges dans toutes les parties du monde. Rien qu’au cours des trois dernières décennies, nous avons eu cinq incidents bien documentés à Bétanie/Venezuela, Buenos Aires, Tixtla/Mexique, Sokolka et Legnica/Pologne où un hôte consacré est devenu un muscle cardiaque humain en état d’agonie, ce qui nous oblige à reconsidérer notre foi dans le Saint Sacrement et à reconnaître que le dogme de la transsubstantiation n’est ni une hypothèse théologique ou allégorie religieuse mais la vérité pure. Le Christ est présent dans la Sainte Eucharistie ! Le traiterons-nous, quand nous le rencontrons dans la Sainte Communion, avec un manque de respect ? Ou avec amour et dévotion ? Je ne le considère pas respectueux quand nous le recevons comme un biscuit lors d’une fête d’anniversaire d’enfant. Il est notre créateur, il est notre Seigneur et Sauveur. Comment exprimer notre respect, notre amour et notre dévotion mieux qu’à genoux, comment démontrer que nous ne sommes pas dignes de Le recevoir, que nous le faisons juste par Sa Miséricorde, mieux qu’en Le recevant sur la langue, placé là par les mains d’un prêtre ? Une dévotion eucharistique renouvelée peut et va guérir l’Église, car elle nous rappelle toujours sa présence : C’est Son Église, pas celle de l’homme !”.

M. Hesemann, bientôt il y aura un Synode sur l’Amazonie. Quels sont les aspects positifs et négatifs de cette initiative ?

“Un proverbe chinois dit : Il est difficile de prophétiser, surtout l’avenir. Mais ce que j’observe au moins ici en Allemagne, c’est que l’Amazonie est mal utilisée. Un problème régional est mal utilisé par ceux qui ont leur propre agenda pour l’avenir de l’Église, qui veulent une Église anthropocentrique, désacralisée et mondaine. Une Église sans célibat et sans sainteté, une Église avec des prêtres mariés et des prêtresses, une Église qui ne se soucie pas des lois de Dieu et qui embrasse ou même bénit les actes pécheresses. Ce serait une protestation totale et complète de l’Église. Nous ne serions plus catholiques. Eh bien, si vous étudiez la situation de l’Eglise protestante en Allemagne, le pays de la Réforme, vous constaterez que leurs églises sont vides, qu’ils ont encore plus de difficultés à recruter des pasteurs que nous (bien qu’ils aient épousé des pasteurs, des pasteurs femmes, même homosexuels) et se trouvent face à une faillite théologique en enseignant une foi sans aspect surnaturel, souvent même nier la divinité du Christ et se plier aux erreurs du Zeitgeist, à l’époque ; leur nouvel “évangile” est le libéralisme, l’écologisme et le socialisme, ils se comportent comme le “département spirituel” du Parti Vert de gauche. Ce n’est certainement pas un modèle pour l’Église catholique. En effet, nous devrions apprendre de leurs erreurs et suivre les conseils de l’un des plus grands et des plus sages papes de l’histoire, Benoît XVI, qui a enseigné une “désécularisation” (Entweltlichung) de l’Église. Lorsqu’il a rencontré 2 millions de jeunes catholiques lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne en 2005, il a gagné leur cœur en leur apportant le plus grand des dons : une rencontre avec le Dieu vivant lors d’une adoration eucharistique. L’Église du futur sera une Église d’adoration – ou elle ne le sera pas ! Nous avons besoin de saints prêtres, pas de prêtres mondains. Tant en Amazonie qu’en Europe !”.

Monsieur Hesemann, vous avez rencontré le Pape Benoît XVI et vous avez écrit ” le premier pape “. Quelle impression avez-vous eue du pape émérite ?

J’ai eu l’honneur de rencontrer notre bien-aimé “Papa emerito” à plusieurs reprises depuis 2013, la dernière fois en janvier de cette année, et chaque fois je suis plus impressionné par l’esprit brillant et la profonde spiritualité de cet homme merveilleux, humble et fragile dans les années 90. Il vit dans la conscience constante que le ciel l’attend, en harmonie intérieure avec Dieu. Nous aurions dû l’écouter quand il était Pape, car il savait exactement ce qu’il fallait pour guérir l’Église. En lui, Dieu nous a envoyé un prophète. Mais, une fois de plus, nous l’avons ignoré et nous en subissons maintenant les conséquences. Un jour, il sera déclaré Maître de l’Église. Mais maintenant nous avons encore la chance de l’écouter. Nous devrions étudier ses écrits brillants, écouter ses discours et ses homélies et apprendre d’eux à voir et à expérimenter la présence de Dieu sur terre !

M. Hesemann, quelle est votre impression du pape François ?

“Il est le Pape du peuple, le curé de la paroisse du village global, un homme d’action, de charité, d’amour et de tendresse ; dans bien des cas, il vit ce que Benoît XVI enseigne. Ce sont quand même des personnages complètement différents : Ici le grand maître, le théologien brillant, l’homme de prière et de contemplation, là le prophète de la simplicité, de la miséricorde, de la compassion. Les deux sont importants et je suis convaincu que Dieu “rassemble” toujours un pontificat par le prochain Pape. Cela ne veut pas dire que je suis d’accord avec tous ses conseillers théologiques. Mais je le vois comme un homme avec un cœur bon, une piété simple et profonde et un grand amour et une grande dévotion à Notre Dame, la Sainte Vierge Marie”.

Monsieur Hesemann, quelles sont les principales légendes noires du catholicisme qui sont encore connues/diffusées ?

“J’ai écrit un livre entier à leur sujet, “Contra la Chiesa”, je ne suis donc pas en mesure de les énumérer tous en une courte interview. Autant d’idées fausses sur l’Église primitive, mais aussi sur les Croisades, la Sainte Inquisition ou encore sur le rôle de l’Église au XXe siècle. Je suis très reconnaissant au Pape François d’avoir ouvert les Archives du Vatican sur le Pontificat de Pie XII en mars prochain afin que le monde entier puisse voir avec quel courage ce saint Pape a combattu les nazis et essayé de sauver autant de leurs victimes, en premier lieu des Juifs, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans mon dernier livre, “Le Pape et l’Holocauste”, je montre qu’il a non seulement bravement dénoncé la terreur nazie, mais qu’il a aussi sauvé plus de 970.000 Juifs, principalement par 44 interventions diplomatiques pour annuler ou au moins reporter les déportations dans les Etats vassaux hitlériens, comme la France vichy, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Croatie ou la Bulgarie. Le Vatican convainquit également Mussolini d’épargner les Juifs italiens de la déportation ; ce n’est que lorsque les Nazis occupèrent l’Italie en septembre 1943 que l’Holocauste atteignit votre patrie et même Rome. Mais une fois de plus, le Pape convainquit le commandant de la ville allemande, le général Stahel, d’exhorter Himmler à arrêter les arrestations pour que 6400 des 8000 Juifs romains soient sauvés – dont près de 5000 dans des monastères, des maisons de l’Eglise ou au Vatican même !”

M. Hesemann, vous avez écrit sur Hitler. Pouvez-vous nous parler de l’occultisme nazi ?

“Pie XII était convaincu qu’Hitler était possédé et contrôlé par des forces démoniaques, il a même réalisé un exorcisme lointain sur sa photo. Et en effet, si vous étudiez les origines du parti et de l’idéologie nazis, vous trouverez des éléments d’occultisme. Le Deutsche Arbeiter Partei (DAP) a été fondé par Rudolf von Sebottendorff, un franc-maçon qui a étudié l’occultisme en Turquie et en Egypte, comme aile politique de la “Loge de Thulé” à Munich. Plusieurs membres de haut rang étaient associés à des groupes maçonniques, anthroposophiques ou théosophiques et à des “ordres” qui utilisaient tous la croix gammée comme symbole de leurs aspirations, pour créer une nouvelle religion “aryenne”, syncrétiste, une Gnose du sang, appelée par Hitler “Christianisme positif”. Il était présenté comme une sorte de Sauveur qui devait “corriger là où le Christ a échoué”, c’est-à-dire dans sa “révolution contre le judaïsme”. Hitler avait une bibliothèque remarquable avec des centaines de livres sur des sujets occultes, qu’il a quitté Berlin en avril 1945, et qui a été découvert par les forces américaines après”.

M. Hesemann Fatima est un sujet qui revient souvent dans vos livres. Que pensez-vous des apparitions et du secret ?

“Fatima fut la plus importante ingérence divine dans l’histoire de l’humanité depuis l’époque des Apôtres, comme le croyait Pie XII. En 1917, l’année la plus cruciale du XXe siècle, dans un pays où la franc-maçonnerie avait persécuté l’Église et planifié une déchristianisation complète, Notre Dame s’en est mêlée et a tout changé. Avec le grand Miracle du Soleil, l’authenticité des apparitions était indéniable, même pour la presse maçonnique. Cela provoqua une révolution ; quelques mois plus tard seulement, le gouvernement maçonnique fut remplacé. La consécration de la nation au Cœur Immaculé de Marie l’a sauvée de tous les bouleversements des décennies suivantes, de la guerre civile espagnole, du communisme et du fascisme, ou des destructions et persécutions de la seconde guerre mondiale. Les trois enfants bergers étaient des enfants illettrés et des enfants de campagne simples, sans instruction, mais ils ont reçu le message prophétique le plus profond, décrivant les événements des décennies à venir : La montée et la chute du communisme, la Seconde Guerre mondiale, la persécution de l’Église, la tentative d’assassinat du pape Jean-Paul II, la conversion de la Russie. Plus encore, par leur intermédiaire, Notre Dame a donné au Pape la clé pour changer le cours fatal des événements : Lorsque Pie XII, le 30 octobre 1942, consacra le monde au Coeur Immaculé de Notre Dame, la défaite des nazis commença en une semaine avec la bataille d’El-Alamein, suivie quelques semaines plus tard de celle de Stalingrad. Avant, Hitler avait gagné chaque grande bataille, après avoir perdu l’une après l’autre. Quand Jean-Paul II a répété la consécration, maintenant avec tous les évêques du monde catholique en mars 1984, c’était le début de la fin du communisme. En 1985, l’Union soviétique avait planifié une invasion de l’Europe occidentale, mais une explosion majeure le 13 mai 1984 a détruit une grande partie de leurs armes. Leur chef Tchernenko, un dur à cuire, mourut et fut remplacé par Michail Gorbatschow, l’homme de la Glasnost et de la Perestroika. En cinq ans, le mur qui divisait l’Europe s’est effondré, en sept ans, la Sowjet Union s’est effondrée. Depuis 1992, nous vivons les plus grands miracles de notre temps, la conversion de la Russie, qui se poursuit encore aujourd’hui. Rien qu’au cours des 6 dernières années, 5000 nouvelles églises ont été construites en Russie et chaque année entre 5000 et 7000 nouveaux prêtres sont consacrés. Tout cela a été prédit et promis par Notre Dame de Fatima. Oui, en effet, Fatima a été l’événement surnaturel le plus important de notre temps !”.

MATTEO ORLANDO