Jean Vianney contre les faux prêtres

Julia Meloni1P5  – Julia Meloni

PRÉFACE : Je ne tenterai pas d’expliquer comment ces deux lettres sont tombées entre mes mains. Je me contenterai de noter combien leur contenu est curieux à la lumière des débats qui entourent le prochain Synode amazonien.

1.
Ma chère Wormwood :

Je suis profondément troublé par votre relâchement à l’égard des prêtres. Vous procédez comme s’ils étaient égaux à nos autres patients, comme s’ils n’avaient pas besoin d’un plus grand battage spirituel. Je m’efforcerai donc de vous écrire sur le sacerdoce : comment nous le méprisons, comment nous l’abhorrons, comment nous entendons l’attaquer.

Saviez-vous que ce mois-ci, l’Ennemi célèbre la grande vantardise de Son sacerdoce, Saint Jean Vianney ? Quand ce détestable était jeune, il a un jour demandé la définition d’un prêtre. On lui a dit qu’un prêtre est un homme qui mourrait pour pouvoir l’être.

Et comment il est mort – tous les jours ! – malgré toutes nos ruses. Il jeûnait pendant des jours à la fois et subsistait avec des pommes de terre moisies. Il enseigna à son troupeau à abhorrer le péché – le “bourreau du bon Dieu et l’assassin de l’âme” – et lui offrit ensuite la réparation avec les pénitences les plus terribles. Il a modelé l’amour le plus ardent pour l’Eucharistie, en s’exclamant : “Oh, belle vie !” à la seule pensée de cela.

C’est pour cela qu’il a terriblement souffert aux mains de nous, les diaboliques. Comme le résume l’un des prêtres de l’ennemi :

Vianney ! Vianney ! Mangeur de patates ! Ah ! Tu n’es pas encore mort ! Je t’aurai bien ! Le son secouait et renversait les meubles. Parfois il grognait comme un ours ou grognait comme un chien ; quand il parlait, il parlait le dialecte local[…] …

Parfois l’esprit, ou les esprits, se sentaient comme des rats qui couraient sur lui, et parfois ils essayaient de le jeter hors du lit. D’autres nuits, le matelas de paille devint soudain mou et la voix chanta une berceuse ou une mélodie séduisante. Le lendemain matin, le curé arrivait à la messe pâle et secoué. En 1826, alors qu’il se rendait à Saint-Trivier à pied pour prêcher, l’atmosphère était sinistre et les buissons au bord de la route brillaient d’un rouge maladif ; quand il arriva pour commencer la mission, quatre témoins regardèrent son lit se faire jeter et déposer au milieu de la pièce accompagnés de cris perçants[ ?].

Quand sa sœur en visite entendit les bruits, il la calma par des mots que nous ne considérions pas comme une consolation : ” C’est le grappin. Il ne peut pas te faire de mal ; quant à moi, il me tourmente de diverses manières. Parfois, il me saisit par les pieds et me traîne dans la pièce. C’est parce que je convertis les âmes au bon Dieu. [i]

Je vous raconte tout cela pour vous rappeler ce que nous détestons. Nous haïssons l’ascèse et la pureté du prêtre en réparation des péchés de son peuple. Nous haïssons son éthéréité, son autre monde, en témoignage d’une vie au-delà de celle-ci. Nous haïssons son pouvoir d’enchanter les âmes par l’amour de l’Eucharistie qu’il rend présente. Tu ne vois pas à quel point nos agressions étaient impuissantes sur celui-là, Vianney ? Comme l’un d’entre nous, possédant une femme, s’en prenait à lui : “S’il y en avait trois comme vous sur terre, mon royaume serait détruit. Tu m’as pris plus de 80 000 âmes.”

Ne sous-estime jamais, ma chère Wormwood, le pouvoir du prêtre d’arracher des âmes à la maison de Notre Père. N’oubliez jamais d’attaquer d’abord le prêtre, car il entraînera d’innombrables âmes avec lui.

J’attends avec impatience d’entendre parler de vos efforts renouvelés contre ces ennemis détestables.

Ton oncle affectueux,

BANDE À VIS

2.
Ma chère Wormwood,

J’ai été encouragé de vous entendre poser des questions plus précises sur nos tactiques contre le sacerdoce. Ils sont rusés et multiples.

Nous sommes en guerre pour remplacer saint Jean Vianney, la gloire du sacerdoce, par les “caricaturistes-prêtres”. Ce terme de “prêtres caricaturistes” vient de l’un des évêques ennemis, qui l’a utilisé pour décrire les “travailleurs humanitaires, employés d’ONG, syndicalistes socialistes, écospécialistes” et prêtresses de la nature qui vont tenter de s’emparer du sacerdoce, formant en quelque sorte une “secte”. Nous sommes en guerre pour faire du sacerdoce une caricature d’elle-même, une moquerie.

Un des cardinaux de l’ennemi déplore que tant d’âmes quittent l’Église ” dans le même esprit qu’on annule l’adhésion à une organisation séculière “. Ils apostatisent, et ils n’ont pas plus peur qu’ils n’auraient à quitter un club communautaire ! Ce cardinal avertit que ceux qui promeuvent l’ordination des femmes “considèrent l’Église comme une institution séculière au mieux et ne reconnaissent pas par la suite l’office ordonné comme une institution divine”. Il prévient que toute tentative de conférer une telle ordination serait “invalide” – en d’autres termes, une autre moquerie.

Notez aussi ce que l’ennemi dit sur le célibat :

Dans une Église qui, en tant que simple institution humaine aux buts purement séculiers, a abandonné son identité de médiatrice du salut dans le Christ, et qui a perdu toute référence transcendantale et eschatologique au Seigneur qui vient, le célibat librement choisi ” pour le bien du Royaume ” (Mt. 19:12), ou, pour pouvoir ” se préoccuper de l’œuvre du Seigneur ” (1 Cor. 7:37) est maintenant perçu comme une gêne – comme un élément étranger ou un déchet résiduel dont il faut se libérer le plus vite et le plus complètement possible. Au mieux, ce célibat pourrait être accordé à certains peuples exotiques comme une forme masochiste d’autodétermination extrêmement autonome.

Le célibat, cette source de grâces que nous haïssons, est maintenant raillée avec succès comme un vestige masochiste d’un passé primitif ! Voyez-vous, ma chère Wormwood, comment nous éviscérons le surnaturelisme de l’Église et étranglons les grâces en attaquant directement le sacerdoce ? “Quand les gens veulent détruire la religion, dit Vianney, ils commencent par attaquer le prêtre, parce que là où il n’y a plus de prêtre, il n’y a plus de sacrifice, et là où il n’y a plus de sacrifice, il n’y a plus de religion”.

Et pourtant, nous ne laisserons pas le peuple sans prêtres ; nous le laisserons avec les prêtres caricaturistes. Les prêtres caricaturistes sont les pratiquants d’aucune ascèse, les ennemis d’aucun grappin, les présidents d’un simulacre “de religion sans croix, de liturgie sans monde à venir, de religion pour détruire une religion, ou de politique qui est une religion” – pour emprunter une ligne au Fulton Sheen, bientôt béni de l’ennemi. Nous laisserons leur religion-jeu d’éco-politique tuer toute soif vestigiale que le peuple pourrait avoir pour le vrai catholicisme.

Que cette lettre vous pousse à redoubler d’efforts contre les héritiers de Vianney.

Ton oncle affectueux,

BANDE À VIS

PS : Un dernier mot, mon cher Wormwood : Ne le sentez-vous pas dans l’air – la sensation épaisse et électrique d’un affrontement à venir ? Les choses s’accélèrent vers la fin.