Moment totalitaire du Québec et perte de la culture catholique

Rev. Dr. Andrew BennettTHE CATHOLIC THING – Rev. Dr. Andrew Bennett

En 1981, alors qu’il inaugurait la nouvelle Charte canadienne des droits et libertés, le premier ministre de l’époque, Pierre Trudeau, faisait remarquer que ” Le fil d’or de la foi est tissé tout au long de l’histoire du Canada, de ses débuts à nos jours “. Aujourd’hui, dans la province natale de Trudeau, le Québec, nous assistons à l’effilochage de ce fil et à la perspective de son effritement complet.

Le 16 juin 2019, l’Assemblée nationale du Québec a adopté le projet de loi 21 du gouvernement de la Coalition pour l’avenir du Québec : Loi sur la laïcité de l’État. D’une dizaine de pages, la loi est brève en longueur, mais sa portée est large et troublante. Elle affirme que le Québec est un ” État laïc “, caractérisé par la ” séparation de l’État et des religions “. … la neutralité religieuse de l’État… l’égalité de tous les citoyens… et la liberté de conscience et de religion.”

Sur la base de ces prémisses mutuellement contradictoires, la loi interdit le port de symboles religieux par les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions.

Des législateurs, des juges de paix, des procureurs, des agents de la paix et des enseignants sont, entre autres, pris dans cette toile. Même les défenseurs de la liberté religieuse seront peu enclins à s’opposer à l’interdiction de couvrir le visage et la tête des policiers et des enseignants.

Mais la loi va trop loin en supprimant tous les symboles extérieurs de la foi religieuse, y compris les sikhs religieux qui portent un turban, les juifs orthodoxes qui portent une kippa, les femmes musulmanes en hijab et les chrétiens qui portent des croix visibles. Pire encore, les interdictions s’étendent aux établissements privés qui sont d’accord avec le gouvernement pour fournir des services sociaux et de santé.

L’accent exclusif mis sur l’habillement religieux est en effet troublant. On soupçonne que le but ultime de l’Assemblée nationale est d’utiliser la force de la loi pour retirer la religion de la vie publique du Québec, un processus en cours ailleurs au Canada.

Le droit d’expression religieuse publique ne se limite pas au port de symboles religieux. Cela signifie également le droit de gérer les institutions religieuses d’une manière compatible avec les enseignements religieux, de s’abstenir de participer à des activités incompatibles avec les croyances religieuses et, dans une démocratie de citoyens égaux, le droit de participer à des débats sur le droit et la politique publique avec des arguments religieux.

La logique du droit pourrait facilement être invoquée pour justifier de futures restrictions dans ces domaines d’expression plus substantiels.

Néanmoins, la loi est profondément troublante à première vue, exigeant que les fonctionnaires du Québec présentent des versions incomplètes d’eux-mêmes lorsqu’ils exercent leurs fonctions dans le domaine public. Anticipant l’intense opposition que cette loi susciterait, le gouvernement du Québec a invoqué l’article 33, la soi-disant ” clause dérogatoire ” de la Loi constitutionnelle de 1982 du Canada. Cet article permet au Parlement – ou à toute législature provinciale – d’adopter une loi nonobstant les dispositions des articles 2 et 7 à 15 de la Charte des droits et libertés (qui comprend la liberté de conscience et de religion) pendant une période de cinq ans.

Le gouvernement du Québec cherche à contourner la Charte en faisant ouvertement étalage de la suppression des libertés fondamentales, tout en affirmant sans ambages que l’État laïque protège l’égalité des citoyens et leur liberté de conscience et de religion.

La nouvelle loi reflète les attitudes anti-musulmanes qui prévalent dans les régions rurales du Québec. Mais en fin de compte, elle découle d’une compréhension étatiste du rôle du gouvernement et des impulsions gnostiques des élites laïques du Québec. Ils se considèrent comme les gardiens de la connaissance du bien et du mal et les arbitres de la manière dont l’État doit être servi. Il s’agit d’une réorganisation fondamentale de la démocratie représentative.

La nouvelle loi peut aussi être qualifiée de projet de certaines élites québécoises à s’accrocher aux valeurs politiques et culturelles des années 1960 et 1970. Durant ces années, le Québec français en est venu à rejeter le nationalisme catholique de longue date en faveur d’un nationalisme progressiste et ouvertement laïc – la soi-disant Révolution tranquille du Québec.

Le Concile Vatican II s’est déroulé au début des années 1960, mais les élites du Québec, comme les autres catholiques occidentaux, n’ont jamais compris les enseignements de Dignitatis Humanæ concernant la personne humaine et la nécessité absolue de la liberté religieuse pour tous. Au lieu de cela, la culture qui a émergé est une laïcité française étrangère – l’utilisation de l’État pour contrôler et privatiser la religion – qui, historiquement, n’a pas fait partie de la société canadienne-française.

Les Premières Nations autochtones, les Juifs anglais, écossais, irlandais, ashkénazes et sépharades, les Juifs libanais, italiens, haïtiens et nord-africains, parmi tant d’autres, sont depuis longtemps réunis au Québec (mais non sans discrimination en cours de route). Le gouvernement du Québec a un contrôle quasi exclusif sur l’immigration dans la province. Il accueille des immigrants, en particulier des immigrants francophones, de partout dans le monde pour aider à bâtir la civilisation française en Amérique du Nord.

C’est un projet louable. Pourtant, le gouvernement dit maintenant à ceux qu’il a accueillis favorablement : “Nous te voulons toi, mais pas ta foi. “Votre valeur culturelle et économique pour l’État suffira.” Cela représente une compréhension étroite, utilitaire et fondamentalement anti-catholique de la personne humaine.

D’où la stupéfiante hypocrisie du gouvernement qui prétend défendre la liberté de conscience et de religion dans la nouvelle loi. La liberté religieuse est le droit de chaque personne, et de chaque communauté religieuse, de vivre sa foi par l’observance religieuse et l’action publique. La liberté religieuse est nécessaire à l’épanouissement individuel et social. Comme tous les autres droits inaliénables, ce n’est pas un don de l’État. Elle devrait être protégée et défendue par l’État.

Alors pourquoi cette loi ? La réponse est que les élites laïques de la belle province ne croient pas vraiment au pluralisme et à la diversité. Cette nouvelle loi constitue une violation flagrante de la Charte canadienne des droits et libertés. Elle représente une étape juridique importante dans le retrait de la religion de la vie publique de cette province historiquement catholique.

Bien sûr, des contestations judiciaires sont en cours et certaines personnes de foi au Québec, ainsi que certaines institutions publiques, comme les municipalités et les commissions scolaires, peuvent décider de répondre par la désobéissance civile. Dans l’affirmative, le gouvernement du Québec arrêtera-t-il les sikhs, les juifs et les musulmans observants dans l’exercice de leurs fonctions de fonctionnaires ? Nous devons attendre et voir.