Sur l’Épouse du Christ comme Épouse : Pourquoi l’Église n’a pas de place pour le “féminisme chrétien” ?

Dans le contexte de l’instruction de saint Paul (dans sa lettre aux Éphésiens) selon laquelle la relation mari-femme reflète la relation entre le Christ et l’Église, il est hors de question qu’une femme ne puisse régner sur son mari plus que l’Église ne puisse prétendre à la souveraineté sur le Christ et que, de même, une femme ne puisse désobéir à son mari que l’Église puisse faire fi des ordres du Christ. Toute tentative mal conçue d’atténuer la force d’Éphésiens 5 pour l’adapter aux préjugés féministes fera invariablement violence à l’analogie entre le Christ et l’Église, ancrée dans le texte, et ne pourra donc être tolérée.

Bien que les passages qui précèdent soient certainement des signes de contradiction avec une culture saturée d’un respect diabolique pour un pouvoir féminin contre nature, nous devons nous garder d’exciser de facto de tels versets des Écritures par ceux qui cherchent à les ignorer ou à modifier leur signification par l’eiségèse. Saint Augustin a mis en garde contre les dangers d’infecter l’interprétation biblique avec la sagesse conventionnelle d’un cadre culturel :

Mais comme les hommes sont enclins à estimer les péchés, non par référence à leur péché inhérent, mais plutôt par référence à leurs propres coutumes, il arrive fréquemment qu’un homme ne pense rien de répréhensible, sauf ce que les hommes de son pays et de son époque ont l’habitude de condamner, et rien qui mérite des éloges ou une approbation, à part ce qui est approuvé par la coutume de ses compagnons ; et ainsi il arrive que, si l’Écriture ordonne ce qui s’oppose aux coutumes des auditeurs, ou condamne ce qui ne s’y oppose pas, et si en même temps l’autorité de la parole a une emprise sur leur esprit, ils pensent que l’expression est figurative. [15]

Comme nous l’avons vu, les Écritures parlent clairement de la nécessité du patriarcat. Cependant, ces derniers temps, même des catholiques bien intentionnés ont suffisamment bu du soma de la culture pop pour s’enivrer d’un délire féministe à l’égard de la direction masculine. Par exemple, dans son ouvrage vanté sur la sexualité conjugale, Christopher West fait remarquer que, lu à sa juste valeur, Éphésiens 5:22 devrait “faire se dresser les cheveux sur la nuque” parce qu’il suggère que les femmes sont “des paillassons qui doivent se soumettre à la domination de leur mari”[16]. Il poursuit en expliquant que ce n’est que lorsque l’interprétation littérale est renversée que le verset est bien compris[17

]. (On se demande si l’Occident prescrit cette herméneutique de l’inversion pour tous les textes bibliques, ou seulement pour ceux qui ne sont pas en phase avec les valeurs progressistes.) En fin de compte, l’Occident conclut que la vraie signification d’Éphésiens 5:22 est de “laisser votre mari vous servir”[18]. Pourquoi est-il hors de question que l’Écriture dise ce qu’elle signifie et ce qu’elle dit ? Indépendamment de la prolifération sémantique de l’Occident, il ne fait aucun doute que saint Paul prescrit que la femme doit se soumettre à la règle de son mari.

L’Église catholique a, à maintes reprises, réaffirmé que les Écritures signifient ce qu’elles disent lorsqu’il s’agit de patriarcat familial, social et ecclésial. Dans le Catéchisme du Concile de Trente, promulgué par le Pape Pie V, il nous est dit que ce n’est pas la prérogative de la femme de diriger, mais de suivre son mari[19]. Le Catéchisme tridentin précise, “que les femmes n’oublient jamais qu’à côté de Dieu elles doivent aimer leurs maris, les estimer plus que tous les autres, leur céder en toutes choses non incompatibles avec la piété chrétienne, une obéissance volontaire et prête”[20]. Le Pape Léon XIII confirme plus tard cette doctrine constante dans son encyclique sur le mariage chrétien :

Le mari est le chef de famille et le chef de la femme. La femme, parce qu’elle est chair de sa chair, et os de son os, doit être soumise à son mari et lui obéir ; non pas comme servante, mais comme compagne, afin que son obéissance ne manque ni d’honneur ni de dignité. Puisque le mari représente le Christ, et que la femme représente l’Église, qu’il y ait toujours, en celui qui commande et en celui qui obéit, un amour céleste qui guide les deux dans leurs devoirs respectifs. Car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église. … C’est pourquoi, de même que l’Église est soumise au Christ, ainsi, que les femmes le soient aussi à leurs maris en toutes choses. (Arcane, §11, citations internes omises)

Reprenant rapidement le flambeau du pape Léon XIII, le pape Pie XI écrivit sa célèbre encyclique Casti Connubii pour vanter la valeur du mariage vertueux et lancer un appel à sa défense contre les forces maraudeuses du laïcisme. Dans l’encyclique, Pie XI fournit une explication complète de la compréhension de l’Église de la direction masculine :

Les mêmes faux maîtres qui tentent de ternir l’éclat de la foi et de la pureté conjugales ne s’efforcent pas d’en finir avec l’obéissance honorable et confiante que la femme doit à l’homme. Nombre d’entre elles vont même jusqu’à affirmer qu’une telle soumission d’une partie à l’autre est indigne de la dignité humaine, que les droits du mari et de la femme sont égaux ; c’est pourquoi elles proclament avec audace que l’émancipation de la femme a été ou devrait être réalisée. Cette émancipation dans leurs idées doit être triple, dans la gestion de la société domestique, dans l’administration des affaires familiales et dans l’éducation des enfants. …

Mais il ne s’agit pas là de la véritable émancipation de la femme, ni de cette liberté rationnelle et exaltée qui appartient à la noble charge de la femme et de l’épouse chrétiennes ; il s’agit plutôt de la dégradation du caractère féminin et de la dignité de la maternité, voire de toute la famille, ce qui fait que le mari perd son épouse, ses enfants, le foyer et toute la famille d’un gardien toujours en surveillance. Plus encore, cette fausse liberté et cette égalité contre nature avec le mari se font au détriment de la femme elle-même, car si la femme descend de son trône vraiment royal auquel elle a été élevée entre les murs de la maison par l’Evangile, elle sera bientôt réduite à l’ancien état d’esclavage (sinon en apparence, certainement en réalité) et deviendra comme dans les païens le simple instrument de l’homme (Casti Cannubii, § 74-75).

De plus, anticipant l’argument des progressistes selon lequel l’enseignement traditionnel de l’Église n’est qu’une simple question disciplinaire et donc modifiable au bon plaisir des hommes, le Saint-Père précise que l’ordre essentiel de la société a pour origine Dieu et n’est donc pas susceptible de changer (Casti Connubii, §77).

La chrétienté est entièrement basée sur une structure patriarcale, d’où elle ne peut être démêlée sans frustrer la providence de notre bienfaisant Créateur. Même face aux efforts les plus acharnés pour forcer l'”évolution” doctrinale dans cette lutte de pouvoir des plus fondamentales, les fidèles ne supporteront pas d’échanger un patriarcat ordonné par Dieu contre une ochlocratie féministe. La notion de l’Église en tant que société égalitaire et aveugle au genre est un pur novum théologique – un rêve chimérique de l’époque récente que le féminisme moderne a comploté pour se greffer sur le depositum fidei. Reconnaître l’herméneutique féministe comme ayant une valeur pour les sciences théologiques, c’est permettre à la queue de remuer le chien, puisque le féminisme n’est pas légitimement intéressé à explorer les mystères divins. Au contraire, le féminisme abuse de la théologie comme d’un moyen vulgaire de déifier la femme, au détriment du Dieu trinitaire vivant. Pourtant, la tension entre le christianisme et le féminisme ne devrait surprendre personne.

Car, comme l’a fait remarquer le Bienheureux Seigneur, il est impossible à un homme de servir deux maîtres, car, inévitablement, il aimera l’un et haïra l’autre.

David Gordon et son frère, Timothy, publieront un livre sur ce sujet plus tard cette année par Sophia Press.

Daphne Hampson et Rosemary Radford Ruether, “Y a-t-il une place pour les féministes dans une église chrétienne ?” New Blackfriars 68, n° 801 (1987), 12.

2] Daphne Hampson, Theology and Feminism (Cambridge, MA : Basil Blackwell, 1990), 1-3.

3] Ibid. 108.

4] Maretha M. Jacobs, “Feminist Scholarship, Biblical Scholarship and the Bible”, Neotestamentica 35, no 1/2 (2001), 84.

5] Ibid. 86-87 (non souligné dans l’original).

6] Ibid. 89.

7] Rebecca Chopp, “Feminism’s Theological Pragmatics : Un naturalisme social de l’expérience des femmes.” The Journal of Religion 67, no 2 (1987), 251.

8] Mary Ann Tolbert, “Defining the Problem : The Bible and Feminist Hermeneutics”, Semeia, 28 (1983), 121.

9] Letty Russell, “Introduction : Liberating the Word “, dans Feminist Interpretation of the Bible, éd. Letty Russell (Philadelphie : Westminster Press, 1985), 11.

Cette phrase a été inventée par le philosophe et psychologue William James dans une lettre à H.G. Wells en 1906.

11] F.F. Bruce, H.L. Ellison et G.C.D. Howley, sous la direction de : The International Bible Commentary (Grand Rapids, MI : Zondervan Publishing House, 1979), 117.

12] George Haydock, Catholic Commentary on Genesis (First Rate Publishers, 2016), chapitre III, verset 14.

Le Catéchisme du Concile de Trente, trans. John A. McHugh et Charles J. Callan (Rockford, IL : TAN Books, 1982), 377.

John Fulton, The Laws of Marriage ; Containing the Hebrew Law, the Roman Law, the Law of the New Testament, and the Canon Law of the Universal Church[14] : Concerning the Impediments of Marriage and the Dissolution of the Marriage Bond (New York : E. & J.B. Young & Co., 1883), 15.

15] Augustine, On Christian Doctrine (Pickerington, OH : Beloved Publishing, 2014), 95 (bk. III, ch. 10, ¶ 15).

Christopher West, The Good News About Sex and Marriage : Answers to Your Honest Questions about Catholic Teaching, éd. rév. 61-62 (Cincinnati, OH : Servant Books, 2007).

17] Ibid. 62.

18] Ibid.

19] Le Catéchisme du Concile de Trente, 377.

20] Ibid. 378.